Indic1internet - Page 1 - L'Indic, magazine consacré au polar FAITESVOS JEUX ENQUÊTE Semestriel - mai 2008 n°1 - 4 euros 2 Livres Paul AUSTER, La musique du hasard, Actes Sud, 1991 .William BAYER, Tarot, Rivages/Thriller, 2001 .Tonino BENACQUISTA, Trois carrés rouge sur fond noir, Série Noire, Gallimard, 1990 .José Louis BOCQUET, Karmann blues, Série Noire, Gallimard, 1996 .BOILEAU et NARCEJAC, Le Roman Policier, Quadrige, Puf, 1975 .Michel BOUJUT, La vie de Marie-Thérèse qui bifurqua quand sa passion pour le jazz pris une forme excessive, Rivages/ Noir, 2008 .Larry BROWN, Joe, Gallimard, folio policier, 1994 .CARCO, Jésus la Caille, Albin Michel, 1932 .Viviane FAUDI- KHOURDIFI, Nous étions tous dans ce train, Quadrature, 2008 .W.L. GRESHAM, Le charlatan, Julliard 1948 puis Série Noire, Gallimard, 1998 .Frédérick HOUDAER, Angiomes, la passe du vent, 2004 .Alexandro JODOROWSKY, La voie du tarot,Albin Michel, 2004 .Jack KARNEY, Casse Bidon, Gallimard, 1962 .Bernard LENTERIC, La gagne, Le livre de poche, 2002 .John D. MacDONALD, Le verdict, Rivages/Noir, 1989 .John D. MacDONALD, Strip-Tilt, folio policier, 2002 .Ben MEZRICH, Bringing Down The House : How Six Students Took Vegas For Millions, Arrow Book, 2004 .Arturo PEREZ-REVERTE, Le tableau du maître Flamand, Le livre de Poche, 1994 .John STEINBECK, Des souris et des hommes, Du monde entier, Gallimard 1939 .John STEINBECK, Les raisins de la colère, Du monde entier, Gallimard, 1947 .John STEINBECK, La perle, Gallimard, Du monde entier, 1950 .Richard FORD, Sportswriter,Vintage, 1995 .Michel STEINER, Rachel, la dame de carreau, Lignes Noires,2000 .Paco IgnacioTAIBO II,Adios Madrid,Rivages/Noir,2005 .Paco Ignacio TAIBO II, L’ombre de l’ombre, Rivages/Noir, 1992 .Nick TOSCHES, La religion des ratés, folio policier Gallimard, 2000 .Joseph WAMBAUGH, Soleils Noirs, Le livre de Poche, 1997 .Joseph WAMBAUGH, Flic à Hollywood, Seuil, 2008 Films Arnaques, crimes et botanique (1998) de Guy Ritchie .Bugsy (1992) et Rain Man (1989) de Barry Levinson .Laura (1944) d’Otto Preminger .Leaving Las Vegas (1996) de Mike Figgis .Little Big Man (1971) d’Arthur Penn .La clé de verre (1942) de Stuart Heisler .Les joueurs (1999) de John Dahl .Les maîtres du jeu (2004) de Damian Nieman .Les ailes de l’enfer (1997) de Simon West .Las Vegas Parano (1998) de Terry Gilliam .Ocean’s Eleven (2002) de Steven Soderbergh .Une aventure de Buffalo Bill (1936) de Cecil B. DeMille .Minuit dans le Jardin du bien et du mal (1998) de Clint Eastwood .Breaking Vegas le film tiré du roman de Ben Mezrich est en cours de tournage. Musique John Dowland, Sting, Songs from the Labyrinth, Deutsche Grammophon, 2006 .Horslips, Live, Edsel Record, 1977 .Laura, B.O., Bernard Herrmann, Arista, 1993 .Philippe Marlu, Les Valses Machines, Frenchsong, Toot !, 2004 .Igort, Casino, Nocturne, 2007 .Big and rich, Horse of a different color, Warner Bros, 2004 .Blue Highway, Marbletown, Rounder, 2005 Pieces a convictio L’Indic est édité par l’association Fondu Au Noir 27 rue Anatole Le Braz 44000 Nantes - fonduaunoir44@gmail.com Directeur de Publication Emeric Cloche Rédaction Claude Baugee, Caroline de Benedetti, Lionel Bérenger, Clément Bulle, Emeric Cloche, Geoffrey Domangeau Conception graphique et dessins de presse Dominique Tanguy Photos Internet Couverture Le tripot (1883), Jean-Eugène Buland Imprimerie spéciale. ISSN en cours. Dépôt légal à parution Empreintes Alibi L’association Fondu Au Noir a vu le jour le 21 juin 2007. Elle a pour but de diffuser le polar et le noir, au sens large du terme. Ce magazine l’Indic, que vous tenez maintenant entre vos mains, est une des extensions de l’association, un ambassadeur qui portera la bonne parole sur les tables de chevet. Il souhaite faire partager ce qui nous semble valoir le détour, aussi bien au sujet de la littérature que du cinéma, de la BD, la musique, la peinture, la photo, la cuisine et la confection de cocktails et tout ce qui touche de près ou de loin à la culture « polardeuse »... Pas de limites, tant que le sujet nous intéresse. Comme le font remarquer Boileau et Narcejac dans Le Roman Policier (Quadrige, Puf, 1975), le roman policier est un pommier particulièrement riche, avec ses fruits qui vont du roman d’enquête, presque un roman jeu, à la Agatha Christie, au roman noir profondément ancré dans l’étude de société et la révolte, à la Amila. Le pommier n’a pas fini de grandir et il n’a pas encore donné toutes ses pommes. Alors nous sommes là, à le secouer, avides de rencontres, de découvertes et d’échanges. Ouverts à toutes vos remarques et suggestions, ainsi qu’à toute envie qui pourrait vous prendre de rejoindre l’aventure ! Merci aux rédacteurs de L’Indic, merci aux personnes qui dans l’ombre ont rendu possible l’impression de ce premier numéro, merci à vous qui tenez L’indic entre vos mains, puisse-t-il faire office de loupiote au royaume du Noir ! 3 Mobiles Pièces à conviction 2 Mobiles 3 Alibi 3 Empreintes 3 Interrogatoires 4 Sur le grill Garde à vue A la loupe 6 Eclats On connaît la chanson Enquête 9 Sous influence 18 Scoop Dernière séance Verdict Affaire classée Aveux 22 Infraction 23 Sévices 26 Complices 27 Sur le grill questions 3Les du dj duclock J’ai eu la chance de croiser Stéphanie Benson, auteur de nombreux polars et par ailleurs éducatrice spécialisée, pendant la deuxième édition du salon Du Sang Sur La Page organisé à Saint-Symphorien pas très loin de Bordeaux. L’Ours Polar et le comité de pilotage de la mairie de Saint-Symphorien y proposaient des rencontres avec des auteurs de polars et de bandes dessinées polardeuses,des surprises musicales,des débats,des expositions dont une présentait des panneaux tirés des chroniques du dj duclock La musique adoucit les moeurs, qui paraissent depuis maintenant plus de deux ans dans chaque numéro de L’Ours. C’était au soleil, devant une église, à l’ombre des arbres d’une place accueillante comme le Sud Ouest sait si bien les faire. 4 INTERROGATOIRE Dj Duclock : Stéphanie, première question, qu’est-ce que tu lis en ce moment ? Stéphanie Benson : Je viens de finir hier soir Les raisins de la colère qui m’a fait pleurer. J’ai vrai- ment pleuré à la fin. Parce que c’est trop beau. Je l’avais déjà lu il y a très longtemps, mais j’avais pas eu la même sensation d’humanité, de beauté, de langue. Comme quoi il faut relire des classiques de temps en temps. Et là je commence un livre d’un certain Richard Ford qui s’appelle en anglais, je suis désolée, parce que je lis en anglais, je sais pas si c’est traduit ? ça s’appelle The Sportswriter, Le correspondant sportif. C’est sur un journaliste qui vit dans la banlieue de New York. Pour l’instant je sais qu’il a un fils qui est mort, qu’il est divorcé et qu’il part interviewer un grand joueur de basket dans le sud du Texas. Mais j’en suis que là. Dj Duclock : Steinbeck, à chaque fois que je relis Des souris et des hommes, je pleure. J’ai dû le lire 3 ou 4 fois. Et ça me fait toujours le même effet. Stéphanie Benson : ça fait longtemps que j’avais pas relu Steinbeck. J’avais lu La perle quand j’étais petite et je l’ai relu récemment. J’ai trouvé ça ma- gnifique. Les raisins de la colère, c’est une claque littéraire, c’est une langue majestueuse. DjDuclock :Deuxièmequestion,qu’est-ceque tu écoutes comme musique en ce moment ? Stéphanie Benson : J’écoute l’album baroque de Sting sur John Dowland, c’est magnifique, vraiment très très beau. Qu’est ce que j’ai dans la voiture aussi ? J’ai Dead Can Dance qui… Je sais pas si on peut les appeler un groupe ? Mais ils sont des créateurs en tout cas. J’aime vraiment beaucoup. Et mon mari vient de s’acheter un logiciel pour graver ses vieux vinyles. Il m’a gravé un vieux live de Hot Lips qui est un groupe irlandais qui fait de l’électro-acoustique à base de musique irlandaise traditionnelle. Ils sont très drôles, plein d’humour. J’écoutais ça quand j’étais étudiante… Dj Duclock : Troisième et dernière question : c’est quoi ta dernière surprise ? Stéphanie Benson : Heu… ma dernière surprise… Je pense que ma dernière surprise, ma vraie der- nière surprise, c’est quand mon fils m’a annoncé qu’il voulait être infirmier. Là il m’a quand même sciée. Je m’attendais pas à ça. Je voyais pas du tout ce garçon comme quelqu’un qui allait être un soignant. Comme quoi - c’est ce que je lui ai dit d’ailleurs - comme quoi on connaît très très mal ses enfants, en fait.Voilà là ça m’a vraiment sciée. EC 5 Philippe Marlu Garde a vue On doit à Philippe Marlu deux albums pas piqués des hannetons. Dans Les Valses Machines (Frenchsong/ Toot !, Coop Breizh distribution, 2005) on croise deux petits polars. Il n’en fallait pas plus pour que j’aille poser deux questions au gazier… Si vous croisez un album de Marlu dans les bacs, n’hésitez pas une seconde, jetez vous sur la galette, c’est du bon. Quelque chose à voir avec la ten- dresse et la cruauté, servi par une écriture riche et ciselée. Un orchestre et une voix. Valse, guitare manouche, tango, reggae… tout ça trempé dans la poésie des comp- toirs et des trottoirs, promené sur la route, par terre et par mer, jusqu’à nos oreilles ravies. Indispensable. Emeric Cloche : Marlu, ton deuxième album Les valses machines contient deux chansons que l’on pourrait qualifier de polardeuses ou de noires... Jésus- La-Caille, une histoire d’amour équivoque avec quartier chaud, travelo et prostitué et L’homme au cutter qui cause de l’art d’assassiner. Comment t’es venu l’idée de telles chansons ? Marlu : A la base d’une chanson, en ef- fet, il me faut toujours une petite idée, une étincelle... Bizarrement, pour Jésus-la-Caille, l’idée de base c’était plutôt de récupérer des bouts d’une vieille chanson tra- ditionnelle que j’adore, Auprès de ma blonde... La caille, la tourterelle et la jolie perdrix... Je donnerais Versailles, Paris et Saint Denis etc. Le roman de Carco n’est venu se greffer là-dessus qu’après, en dé- veloppant. Excellent roman, à l’argot très stylé, d’ailleurs, et trop méconnu. Un truc marrant, ce bouquin a été traduit, réécrit en argot plus récent, par Pierre Devaux... J’ai jamais lu cette version, introuvable, mais je renonce pas, y a un pote à moi qui a mis la patte dessus dernièrement. Quant à L’homme au cutter, le point de départ, c’était Landru. Et ça a évolué en cours de route, le mot amenant l’idée, l’idée un autre mot, et ainsi de suite. Moi je tiens à garder les contraintes de la rime et du mètre régulier, du coup, ça oblige à se creuser un peu pour que ça tienne bien debout, et ça, ça t’amène des trouvailles. Et finalement, j’ai laissé tomber Landru, qui entre nous, était plutôt un minable. Mon assassin à moi a quand même plus de classe, non ? Emeric Cloche : Oui, ton Homme au cut- ter se pose là dans la catégorie chanson assassine ; Carco se pose là aussi, avec sa peinture des bas fonds et son style, comme une référence de la littérature noire. Dans quelle mesure le mauvais genre, le polar, le noir, font-ils partie de tes sources d’inspiration ? Tu as des titres fétiches ? Marlu : Alors, ça, c’est venu par la lan- gue. J’ai grandi dans un univers breton- nant, dans les années 60... Les adultes parlaient breton entre eux, et français dès qu’ils m’adressaient la parole. Il y a de quoi traumatiser un gamin, avec ce genre de situation. Puis débarque à la maison un breton de Paris, un peu louche, qui jacte un français bizarre, et là les adultes n’y entravent que peau de balle... Après mes parents quittent la Basse Bretagne pour Saint-Brieuc, et là je découvre que ma voisine parle aussi autrement, en gallo. Je suis tout de suite entré dans Rabelais, Villon, San Antonio... Un genre un peu vert, plutôt que noir, à l’opposé de la littérature classique qu’on t’impose à l’école. Ce qui m’intéressait, c’était ceux qui écrivaient une sorte de langue qui jusque là n’était que parlée... Bruant, Rictus, Couté... et les argotiers, Le Breton, Boudard... et de fil en aiguille, avec la BD, qui n’est que du dialogue, donc du langage parlé, les vieux films en noir et blanc, Audiard, on en arrive au polar, mais le côté policier ne m’intéresse pas. C’est plus au niveau du style. Les bouquins de Simonin, ça ça devrait être étudié, sa syntaxe académi- que impeccable et le vocabulaire du plus pur argot. Avec Céline et Simonin, j’ai relu cent fois les Doberman de Houssin. Pour l’anecdote, il y a un titre de la Série Noire, de José Louis Bocquet, Karmann blues, où on voit Casse-Pipe qui chante ma chan- son L’Etoile Rose... ça fait joli sur ma table de nuit ! EC 6 Eclats Trucages et faux-semblants : fonctions de la triche dans le polar ÀLALOUP Le jeu dans le polar, c’est d’abord une ambiance :la salle aux volutes bleues, son tapis vert, sa roulette et bien sûr ses petites pépées. Monde de la nuit, interlope, où gravitent les personna- ges louches, où pullulent les combi- naisons foireuses, les coups tordus ; de manière insidieuse, souterraine. Si l’univers du jeu fait si bien partie du polar, c’est peut-être en effet avant tout parce qu’il permet de mettre en scène l’envers du décor. Car la tri- cherie y est une composante insti- tuée, dont l’entretien et la révélation remplissent des fonctions narratives précises. Lesquelles ? Pour y répon- dre, l’analyse d’une nouvelle tirée d’un pulp et signée John MacDonald, l’un des maîtres du genre. There’s a shroud, qui date de 1949 (Le verdict, Rivages noir, 1989), est paru dans la revue The detective ; le héros, de re- tour d’ Allemagne, est recruté par le milieu pour assurer la sale besogne. Polar pur jus. Ce que l’on va ici aus- culter, dans l’ordre : spacialisation et physiologie de l’arnaque ; opérations de trucage. Spacialisation et physiologie de l’arnaque (des lieux et des gueules) On n’entre pas dans la salle de jeu comme dans un moulin. Il faut mon- trer patte blanche pour y accéder, pour descendre dans ses profon- deurs. Pourquoi l’imagine-t-on si vo- lontiers en sous-sol, cette salle, si ce n’est parce qu’elle doit être cachée, quasi clandestine, coupée du monde visible en tout cas. Eh bien, dans Le Verdict, c’est pourtant à l’étage qu’elle se trouve : « A la façon dont la boîte fonctionnait, je compris tout de suite qu’elle était chapeautée par le syndicat, avec classe. Ainsi, la porte à guichet permettant d’accéder à la salle de jeu était conçue pour susciter un délicieux frisson chez les gogos et prévenir l’entrée en force d’individus aux vues moins bienveillantes ». Salle de jeu à la fois citadelle et lieu d’at- traction ; qui se dérobe pour mieux capter la convoitise du chaland et se défendre des indésirables. Le fran- chissement de la porte à guichet remplissant à la fois une fonction symbolique de marquage de seuil (le passage du bar à la salle de jeu, du monde visible au monde interdit) et une autre, plus prosaïque, de barrage. Le public admis dans la salle se com- pose de trois catégories de personna- ges. Il y a d’abord les victimes, proies fragiles attirées par le gain facile et l’encanaillement : « L’endroit abritait la clientèle habituelle : une foule de jeunots, plus une meute de vieilles dames et un assortiment de représen- tants en bière ». Benêt, bien sûr, celui qui tombe la gueule la première dans l’arnaque ; il aura donc le physique et l’origine socio-géographique de l’em- ploi : « De l’autre côté de la table, un péquenot au teint vermeil et à la lèvre supérieure emperlée de sueur jouait gros jeu ». Viennent en- 7 suite les multiples acteurs de l’arnaque, plus ou moins ca- mouflés, qui se disséminent dans la salle et sont censés se fondre la masse ; échan- tillon : « Un type osseux assis en face de moi et qui n’arrê- tait pas de se mouiller la lè- vre monta un as ». Enfin, le héros, qui au premier regard se rend compte de l’énorme manège ; il est beau, blond, sentirait presque le sable chaud : « Quand j’avais dix- huit ans, une dame m’avait dit un jour que je lui rappelais un grand chat blond au re- pos. Elle m’avait dit que mes yeux avaient un air glacé ». Par sa capacité de révélation de l’arnaque, il a surtout pour particularité de souligner ou d’effacer la frontière entre le licite et l’interdit ; on touche avec lui déjà aux implications narratives -et morales- de l’ar- naque dans le polar. C’est en effet ce qui se cache derrière ces archétypes. Avant d’y ve- nir, voyons en quoi consistent ses procédures. Opérations de trucage Du trucage apparent, à peine masqué, comme une injure tout juste camouflée au joueur crédule, qui n’y voit que du feu. Plus c’est gros, meilleur c’est : telle pourrait être la devise de ces combines. Pour ce qui est du jeu de dés, par exemple, pas de tours savants, mais du trucage rudimentaire ; jugeons-en plutôt : « Ca s’ap- pelle « croc-en-jambes ». C’est la plus simple de toutes les arnaques. Le dé peut être par- faitement carré, authentique et correctement lesté, mais sur la face opposée à celle qu’ils ne Sacralité du satape pourrait-on dire, si l’on suit la proposition de Mallarmé, non « un coup de dé jamais n’abolira le hasard », mais « ce qui est sacré et veut demeurer sacré doit s’entourer de mystère ». CBu veulent pas voir sortir, ils appliquent une matière col- lante, invisible, et impalpable. Habituellement, le dé roule, tourne sur lui-même et glisse jusqu’à l’arrêt complet. Il ne glisse pas sur cette matière collante, il se renverse ». Simple comme bonjour en effet, cette vieille combine de croupiers. Parfois, la tech- nique de trucage n’a même pas besoin d’être grossière, elle n’a tout juste pas besoin d’exister. Tout tient en effet dans la simple participation d’hommes du syndicat infil- trés dans la partie. Leur rôle : être ici, incognito, pour mener le jeu à leur guise, au détri- ment des « vrais » joueurs : « J’observai longuement les six autres joueurs. La partie était truquée jusqu’à la garde. Deux des participants sen- taient les compères à plein nez malgré des efforts héroï- ques pour ressembler à des flambeurs ordinaires ». La scène du jeu se dissimule au regard pour mieux épais- sir l’ombre de ses mystères ; lesquels résident, on l’a vu, dans de misérables combi- nes de foire. Qu’importe, elles ont pour fonction de mettre le lecteur dans le coeur du sys- tème ; de lui mettre en évi- dence quels en sont à la fois les instigateurs et les victi- mes. Quant au héros, il est en quelque sorte affranchi des règles de l’arnaque et donc en positon de force par rapport au « syndicat », qui ignore qu’il « en est ». Il se retrouve doté du pouvoir de déshabiller du regard (ce qui constitue semble-t-il un leitmotiv chez MacDonald ; voir à ce sujet Strip-tilt) ; et du même coup, au centre de toutes les ambi- guïtés. Non identifié par ses pairs, il est invisible à leurs yeux. Il cache son jeu, se pla- çant à un troisième niveau de dissimulation par rapport à la salle de jeu et aux opérations de trucage. Ce qui se synthé- tise comme suit : la chanson Laura(Johnny Mercer/David Raksin) 8 “ I shall never forget the week-end Laura died ”. C’est sur ces mots que s’ouvre le film Laura (1944) d’Otto Preminger. Le thème a été créé par David Raksin qui n’en est pas là à sa première colla- boration cinématographique, puisque c’est lui qui arrange la musique des Temps modernes de Chaplin. La mélo- die lui a été inspirée par la lettre de rup- ture que son épouse lui avait envoyée. Le morceau commence en mineur puis alterne entre mineur et majeur pour fi- nir en majeur. Laura, l’étrange héroïne éponyme, est incarnée à l’écran par Gene Tierney. Le succès du film est immédiat et le public veut maintenant la chanson. Une chanson pour se sou- venir de l’ambiance éthérée du film noir. Johnny Mercer qui a déjà travaillé avec Duke Elligton et Billy Strayhorn, qui a fait le MC ou le chanteur à la ra- dio dans les années 30 aux côtés de Paul Whiteman, Benny Goodman et Bob Grosby, va s’y coller et pondre l’une de ses meilleures tounes parmi les milles et quelques chansons qu’il a écrites. On notera au passage que ces titres sont chantés par Billie Holiday, Glenn Miller, Peggy Lee, Frank Sinatra, Judy Garland et quelques autres poin- tures. En 1946 il deviendra le prési- dent de l’ASCAP, l’Association des Compositeurs qui gère les copyrights. En 1945 Laura (la chanson) fait un tel tabac qu’elle apparaît au Pop Charts reprise par cinq formations différentes. Elle est alors jouée par les orchestres de Woddy Herman, Johnnie Johnston, Freddie Martin, Jerry Wald et Dick Haymes. En 1946, l’orchestre de Stan Kenton (avec Art Peeper au sax) main- tient Laura numéro un au Hit Parade américain pendant 14 semaines. En 1947 Sidney Bechet l’interprète à la clarinette. Laura devient alors l’une des mélodies les plus enregistrées au monde. Les interprètes se comptent par paquets de dix : Nat King Cole, Frank Sinatra, Julie London, Pete Rugolo… Les paroles éthérées de la chanson qui s’accolent bien à l’am- biance noire du film sont dans toutes les oreilles. L’interprétation de Jeanne Lee et Ran Blake a su rendre parfai- tement le côté lancinant et fantomati- que du thème. Christophe, celui des Mots bleus, en donnera une version très réussie avec des paroles à lui. Le thème de jazz Laura est un standard. Philippe Catherine s’en empare pour la faire groover de manière inattendue dans Summer Night (Dreyfus, 2002). Dans le roman de Vera Caspary dont le film est tiré, il y a déjà une chanson qui joue un rôle : Smoke Get In Your Eyes. Le film lui-même est une réus- site dans le temps ; il est devenu une référence de la vague cinéma noir des années 40-50. La légende dit que le nombre de fillettes et de villas qui portent le nom de Laura est plus élevé chez les cinéphiles que dans le reste de la population. Si la ver- sion chanson de Laura n’existait pas encore pour le film Laura, on la re- trouve plus tard au cinéma dans Ten (Blake Edwards, 1979), Bird (Clint Eastwood, 1988), et Minuit dans le jardin du bien et de mal (Clint East- wood,1998). EC ÀLALOUP On connait Faites vos jeux Le jeu apporte le frisson, il peut aussi apporter des millions et pas mal d’ennuis. La scoumoune. Casino, rêve de baraka et d’argent facile, blanchiment, salles enfumées, jeux truqués et doigts cassés, poisse et martingale. L’univers du jeu flirte évidemment avec le polar et le noir. De Las Vegas au jeu de Tarot en passant par le billard et les dominos, L’Indic vous lâche ici quelques infos. Les jeux sont faits. []ENQUETE 9 10 [ ]ENQUETE Mon banquier, le jeu et Que faire quand on a un gros trou dans son compte en ban- que ? Un pote me dit que le moyen le plus rapide de se renflouer c’est le casino, le jeu, ou la loterie, mais voilà s’en remettre au hasard est assez risqué et peut surtout avoir l’effet inverse et trans- former un trou en gouffre. A moins de… tricher « Il y a cent façons de tri- cher, mais il n’y a guère que trois sortes de tricheurs. Tout d’abord, il y a le joueur qui tri- che - qui ne triche que parce qu’il joue. Qui le fait sans méthode, sans prémédita- tion, d’une manière presque inconsciente, involontaire, et dont on sent très bien qu’il est parfaitement honnête en dehors du jeu. Il y a l’homme qui joue incorrectement parce qu’il est incorrect d’un bout à l’autre de la vie - et qui doit penser que ce n’est vraiment pas le moment de l’être. Enfin, il y a le tricheur de profes- sion, conscient et organisé. » Sacha Guitry – Mémoire d’un tricheur. Bon, suivons les conseils de M. Guitry, il faut s’organiser ! Partir bille en tête serait sui- cidaire alors j’ai consulté mes petits polars sur le jeu.D’abord dans quels jeux peut-on forcer le hasard !? Déjà, il faut oublier les jeux d’argent qui nécessitent pas mal d’aptitudes comme le billard. La loterie ? Comme dans « La religion des ratés » de Nick Tosches, en trafiquant les numéros sortants ? Ouais mais pour ça il faut être du côté des organisateurs, qui sont généralement du crime organisé, et moi je ne connais personne dans la mafia. J’ai bien un grand-oncle du côté de mon père dans le milieu mais il s’occupe plutôt de ban- dits manchots. Tiens ! Le ca- sino ! Y en a un près de chez moi, qu’est-ce qu’ils propo- sent comme jeu… Le craps, à moins d’avoir un jeu de dés pi- pés, c’est plutôt difficile à tru- quer, surtout que ces dés sont généralement marqués par les casinos. Le Black Jack est un jeu simple à comprendre et à jouer, mais si on veut gagner de l’argent, il faut y jouer au casino, donc la manipulation des cartes… on oublie. Reste les probabilités. Si on se ré- fère au livre Casser la baraque (« Bringing Down the House ») de Ben Mezrich adapté à l’écran sous le nom « Breaking Vegas »,il existe une technique de comptage de cartes élaboré par un professeur de maths de l’Institut technologique du Massachusetts. Il a utilisé ses élèves pour l’expérimenter dans les casinos du monde entier au début des années 90. Bon, un peu trop neuronal pour moi et je ne suis pas un petit génie des maths comme Raymond Babbitt dans Rain Man. Et surtout les casinos ont interdit cette pratique. Bref pour se faire du fric au casino, faut en être propriétaire. J’en parlerai à mon banquier… Bon, il ne me reste que le po- ker ! Ca tombe bien c’est à la mode et il n’y a pas forcé- ment besoin de casino pour plumer ses copains. C’est vrai qu’à la base il faut des amis plutôt aisés, mais en trou- ver reste dans le cadre du possible. Si on se réfère aux films (Les joueurs de John Dahl ou Les Maîtres du Jeu de Damian Nieman) ou livres (Rachel, la Dame de Carreau de Michel Steiner) sur le poker, lestechniquesdemanipulation des cartes sont apparemment les plus efficaces, mais sont généralement pratiquées avec des complices pour passer inaperçues. Et puis ces techni- ques sont très proches de cel- les des magiciens de close-up, ça ne s’invente pas ! Il faut des années de pratique pour arriver à un bon niveau. Donc pas trop pour moi… Reste le marquage des cartes. Il existe des jeux de magicien pré- marqués, comme par exemple dansLesmaîtresdujeu,maisil existe aussi des techniques de marquage, comme celle expli-
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