EscaladeMag n°26 - Page 1 - Disponible gartuitement dans nos boutiques Le catalogue Terre 2009 est paru. Un choix ENORME pour tout ce qui concerne la montagne et la randonnée été comme hiver Paris Quartier Latin ✹ Lyon ✹ Thonon-Les-Bains ✹ Sallanches ✹ Toulouse/Labège ✹ Strasbourg ✹ Albertville ✹ Marseille dito Juin 2009 Comme un lapin dans les phares Le pelage frémissant, les yeux brillants dans la nuit, le corps tétanisé au milieu de la chaussée, l’animal prolifique n’a pas l’air de comprendre la fin inévitable qui l’attend s’il n’enclenche illico la course effrénée qui s’impose. Une décapotable louvoie déjà sur l’asphalte à sa rencontre, dans un crissement de pneus fumants. 26 www.escalademag.com Aperçu du volant, le lapin a l’étonnante impassibilité d’un individu d’une remarquable douceur. Hop ! Il bondit et file dans les fourrés, échappant in extremis à une mort par renversement. « Sa garenne est parmi le thym », écrit Apollinaire. Nous dirons plus prosaïquement qu’il détalle dans le maquis, épris de liberté. Il fait bien. Dans le genre « animal traqué », nous pourrions évoquer un autre spécimen pioché dans le bestiaire classique : la biche aux abois, esquivant les arbres et les chiens, semant le chasseur. Mais la logique éditoriale nous conduit à nous étendre sur un gibier légèrement différent : le grimpeur à l’agonie, acculé dans une impasse, serrant des prises plates au bout d’une longue fuite en avant. Là aussi, c’est sauvage ! Exit donc la biche, lancée à pleine vitesse sous les frondaisons. D’elle, nous dirons simplement qu’elle parvient à peine à endiguer la montée d’acide lactique qui envahit ses cuisses. Courageusement, elle résiste et entraîne son poursuivant près des sables mouvants ou aux abords d’un étang, quitte à se mouiller elle-même pour le noyer ou le faire chavirer entre deux eaux. Quant au grimpeur, il lui reste quelques chances de s’en tirer, s’il joue la carte de la prise de risque : tenter le jump extrême (comme le lapin) ou se hasarder dans une séquence détournée (comme la biche), mais sans retour possible ni expectative quant au résultat ! Avancer en mode automatique, pour le seul plaisir des pulsions, du challenge et de l’aléa. Grimper sans devenir observateur de soi-même. Au summum. Ces quelques réflexions vous reviendront-elles en mémoire sur les blocs d’Ailefroide ou dans le Frankenjura, quand vous explorerez l’un des deux sites présentés ce mois-ci ? Peut-être goûterez-vous in petto le sel du récit quand dans l’urgence du crux, vous tenterez soudain votre va-tout ? Qui vivra verra ! En attendant, bel été et belle lecture ! Ah, oui, j’oubliais : ce numéro est plus bref que de coutume, mais comme toutes les voies courtes, ça reste péchonnant. EscaladeMag est bien vivant, et fringant même, comme notre lapin ! N’en déplaise à la rumeur - déjantée mais tenace - qui a circulé en cette fin de printemps… Rendez-vous en septembre donc, pour l’ouverture de la chasse ! Mat Sémiond, dans un double jeté en 6c du secteur Manu1, à Ailefroide • Photo Tony Lamiche « J’ai fait cette image pour la première fois il y a quelques années. Je n’avais pas de flash à l’époque, c’était donc une ombre chinoise. J’avais donné l’idée à Fred Labreuveux qui avait refait cette image, toujours sans flash et plus tard dans la saison. Il avait choisi de prendre l’image un peu plus tôt dans le jeté. Ce coup-ci, je voulais profiter du fond et aussi de la couleur du rocher et des vêtements de Mat. J’ai donc utilisé deux flashs bien diffusés. J’ai déclenché tard, à la fin du balancier pour qu’il ne se confonde pas avec les montagnes. Une image prise au ras du sol au 16 mm, avec un redressement à DXO. » Tony Lamiche Laurence Guyon ommaire expressO 4 le Bon RéflexE 6 focus DVD 8 CrashtesT 9 focus événemenT 10 focus événemenT 11 intervieW 12 entrée librE 16 d’antaN 26 ecogrimpeuR 28 Carnet de voyagE 30 fashion climbinG 37 P’tites annonces 42 Actu en bref Conseils de pro pour réussir vos photos Pure, Chuck Fryberger Chaussons Boldrini Forts en danse Retour sur le Freestone Contest Jérôme Bernard Ailefroide Mouriès Natura 2000 Frankenjura Le matos qu’il vous faut De particulier à particulier p. 30 p. 16 Vous souhaitez concevoir des services touristiques, devenir agent de développement, coordinateur de projet touristique ou chargé de mission tourisme et loisir ? L’UFR STAPS de Clermont-Ferrand vous propose dès la rentrée prochaine une formation conduisant à l’obtention d’une licence professionnelle « tourisme et loisirs sportifs en montagne ». Elle est ouverte aux détenteurs d’une licence 2ème année (STAPS, géographie, droit, AES), d’un DUT tourisme et en formation continue aux BEES « plein air » justifiant d’une expérience professionnelle. Renseignements : emmanuel.motard@univ-bpclermont.fr (ou par tel : 04 73 40 77 35). 25). À noter que le 23, une conférence sur les enjeux climat/énergies est organisée en marge de l’événement, afin d’informer, d’expliquer et de débattre autour du réchauffement climatique. Et le 26, toute la journée, un Open climbing en moulinette permettra à tout grimpeur (niveau 6b/c minimum) de s’essayer sur le célèbre et dernier mur de Serre Che. plates ou griffées ; ressemelage de chaussures d’alpinisme et de trekking avec semelles d’origine. Tarifs préférentiels pour les envois groupés. Pour tout renseignement : Chamonix Cordonnerie /15, Galerie Blanc-neige / 74400 Chamonix Mont-Blanc ; Tel : 04.50.54.24.60 Email : chamonixcordonnerie@sfr.fr D’après un article paru dans une revue américaine de météorologie, le débit des plus grands fleuves de la planète a baissé en un demi-siècle. L’étude porte sur la période 1948 - 2004 et sur 925 cours d’eau. La baisse du volume de l’eau douce s’écoulant dans l’océan Pacifique représente par exemple l’équivalent du fleuve Mississippi. La seule région à connaître une tendance inverse est l’Arctique, où le réchauffement climatique accroît la fonte des glaces. Les ressources en eau douce vont donc probablement décliner au cours des décennies à venir dans de nombreuses régions densément peuplées à des latitudes moyennes et basses, essentiellement à cause des changements climatiques. La salle Grimper de Marseille a subi un petit lifting et a vu quelques travaux d’agrandissement ce mois-ci : soit 100 m2 de plus offerts aux énervés pour se déchaîner dans les blocs pour un total de 900m2 de surface grimpable dans des profils variés. Ça commence à faire une belle salle ! Les bloqueurs du sud ont d’ailleurs pu tester tout ça lors de la finale du contest Power Challenge, le 20 juin dernier. Elle a réuni les grimpeurs les plus motivés de la région dans la joie et la bonne humeur. Au programme : 25 blocs à déchirer, contest no foot et le traditionnel apéro pizza de fin de journée. Plus d’infos sur : www.salle-grimper.com Lancé en mai 2008, La Main à la Pâte, opération nationale de rénovation de l’enseignement des sciences et de la technologie à l’école primaire, reconduit cette année, avec l’Agence de l’environnement et la maîtrise de l’Energie (ADEME) et la Cité des Sciences et de l’Industrie, le projet d’éducation à l’environnement pour un développement durable (EEDD). Nommé « Le climat, ma planète... et moi ! », il est destiné aux classes du cycle 3 de l’école primaire (CE2, CM1, CM2). Son objectif est de sensibiliser les enseignants, les enfants et les parents au problème du changement climatique et ainsi de permettre une large diffusion de cette thématique dans les écoles. Un nouveau shop de ressemelage a ouvert en Haute-Savoie, Chamonix Cordonnerie. C’est une équipe de professionnels dans la connaissance des produits et la pratique des activités sportives, qui vous propose : ressemelage de chaussons d’escalade en gomme Vibram XS Grip, Five Ten C4 ou Onyx ; enrobage ; pose d’inserts de rigidité ; customisation sur demande de vos chaussons ; travail sur formes d’origine, La société drômoise Planet’Roc, déjà connue pour la qualité du grain de ses prises, propose une innovation qui va faire du bruit ! Fini les volumes en stratifié, place à une nouvelle technologie. Les volumes, très légers, sortent en série et peuvent se décliner en différentes matières (la base reste une matière recyclée et recyclable). Les revêtements de surface diffèrent au gré de vos envies : grain résiné classique, peau adhérente (idéale pour les voies enfants ou les jeux à grimper), et même matière luminescente avec leds intégrés (pour illuminer les parties sombres de votre pan ou de votre SAE). Ces étonnants volumes seront présentés au Tout A Bloc 2009 en avant première et exclusivité. Ils seront présents sur les blocs de la compétition et seront intégrés au show lumineux des épreuves nocturnes. La 20e et probablement dernière édition du Mondial de l’escalade de Serre Chevalier aura lieu du 20 au 26 juillet. Cette année, l’événement se déroule sur un tout nouveau site, toujours à Villeneuve, mais à 300 m du mur historique, sur le parking du Pontillas, juste à coté du petit plan d’eau. Ambiance bucolique et nature ! Cette semaine dédiée à la compétition débutera comme les années précédentes par l’Open jeunes (les 20 et 21) et sera suivie par les Internationaux (les 24 et Highlights EscaladeMag.com - Un peu de détente ? (rubrique expresso) : un article décalé sur le travail photographique de Vincent Bousserez. L’escalade y est à l’honneur, d’une drôle et belle manière. - Freestone photo (rubrique photoémotion) : une belle image du Freestone contest organisé à Annecy (avec Jérôme Meyer en action sous l’œil et derrière l’objectif de Marc Daviet). - Mai 2 (rubrique cinéclub) : un petit tour du monde en images et en vidéos que nous propose notre correspondant belge Nicolas Van Boven. - P-A Chouvy (rubrique photo=émotion) : un beau N&B de Bleau pris à la Gorge aux chats (une analyse de cliché proposée par Olivier Dubois avec un témoignage du photographe). Votre aVis sur le magazine nous intéresse ! réagissez, argumentez, postez Vos commentaires sur www.escalademag .com 4 Greenpeace dénonce les risques du riz génétiquement modifié LL62 de Bayer. Dans les semaines à venir, lors du prochain Conseil permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale, les États membres vont être amenés à discuter de la proposition de la Commission européenne d’autoriser l’importation de ce riz. Celuici a été génétiquement modifié afin de résister à un herbicide très toxique, appelé glufosinate (considéré comme nocif pour la santé par le nouveau Règlement sur les pesticides, il sera prochainement interdit dans l’Union européenne). Des irrégularités au niveau moléculaire, des résidus de glufosinate, ainsi que des différences de composition entre ce riz transgénique et le riz conventionnel pourraient présenter un risque sanitaire important. Le grimpeur bleausard et guide de hautemontagne Emmanuel Ratouis sort un nouveau roman : L’Aiguille de l’M. Travailler son ego pour survivre à l’alpinisme extrême, explorer son inconscient familial pour interrompre une spirale effrénée des prises de risques ultimes, tels sont les deux thèmes principaux de ces cinq histoires iconoclastes. Pour progresser dans ces deux directions, le narrateur expérimente autant de prises de conscience que de situations inattendues. C’est drôle et salutaire à la fois, avec une vision bien décalée de l’escalade, comme on l’aime à la rédaction. Vous l’aurez compris, on vous le recommande chaudement. Disponible au prix de 16 euros sur le site des éditions Tupilak : www.tupilak.com istretto •Pierre You, président de la FFME, a été élu au conseil d’administration du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) dans le collège des fédérations sportives nonolympiques. •La salle stéphanoise Boulder House a fêté son premier anniversaire, le samedi 6 juin dernier. Au programme : contest de bloc, barbecue et concert... •L’Etat annonce une augmentation de 5% du budget dédié aux réserves naturelles en 2009, dans le cadre du Grenelle. •Le vidéaste Brian Solano sort un nouveau DVD, The Players. On y retrouve à l’œuvre tous les cadors américains du moment. •Un clean-up day organisé par le Comité Régional Haute-Normandie et le Comité Départemental de l’Eure a eu lieu le 17 mai dernier, sur les sites de Thuit et du Val Saint-Martin. •Une nouvelle salle d’escalade a ouvert ses portes à Sottens, en Suisse, le 13 juin dernier, Gecko escalade. •Un hommage à Patrick Berhault s’est déroulé les 2 et 3 mai dernier à Chabreloche (Puy-deDôme), à l’initiative de sa compagne Christiane Bizeray et de ses filles Coralie et Flore. •Le photographe Sam Bié, bien connu des lecteurs d’EscaladeMag, rejoint le Team ABK. •La 4e édition du topo de la Vallée de l’Arve vient de paraître : 57 sites décrits, 1500 voies (disponible sur http://escalade-74.com au prix de 30C). •Le 11e Festival International d’Escalade se déroulera à Chamonix du 11 au 13 Juillet. Il inclut une étape de la Coupe du Monde de vitesse et de difficulté, ainsi qu’une Coupe de France espoirs. •7, c’est le nombre de mouvements que compte la voie The Fly (9a, Rumney), répétée récemment par l’américain Matt Wilder. •12 ans, c’est la durée pour laquelle le classement du Parc naturel régional du Luberon est renouvelé. •22 nouvelles réserves de biosphère, c’est le chiffre annoncé par l’UNESCO qui en compte désormais 553 dans 107 pays. Ceci couvre différents écosystèmes (zones côtières, îles, montagnes, zones humides, forêts tropicales ou zones arides). •41, c’est le nombre de longueurs de Golden gate, une voie de 1000 m sur El Capitan, au Yosemite. Elle comporte du 8a et a été parcourue entièrement en libre par le suisse Ueli Steck (tout à vue sauf une longueur en 6c). •12 heures, c’est la durée du rallye d’escalade organisé sur le mythique site des Riglos (Espagne) le 6 juin dernier. But du jeu pour les 25 cordées inscrites : parcourir le plus de grandes voies possibles ! •7000, c’est le nombre hallucinant de grimpeurs qui ont fait le déplacement pour la 6e édition du Mello Blocco (célèbre rassemblement de bloc italien) en mai dernier ! •1 an d’existence, c’est l’anniversaire que célèbre la salle parisienne Block’Out, en organisant un rassemblement en forêt de Fontainebleau le 27 juin prochain, suivi d’une grande soirée à la salle de Cergy. Résultats des jeux concours Le mois dernier sur www.escalademag.com, 2 jeux concours étaient organisés, avec à la clé de très beaux lots (un crashpad Les arts de la grimpe d’une valeur de 146 euros et 150 prises Altissimo). Les gagnants sont : Arnaud Loisy qui remporte le crashpad Lézard et Soline Serri, Raphaël Langlois et Christian Fechter qui gagnent respectivement la gamme complète des séries Large, Medium et Small Altissimo. Bravo à tous ! Expresso au jour le jour sur www.escalademag.com Texte et photos : Sam Bié Depuis une corde, ça change tout… Vous avez dû le remarquer : faire des photos d’escalade depuis le sol, ça limite. Alors, voyons comment prendre un peu de hauteur. par tout système bloquant équivalent. L’avantage de ces outils est de pouvoir être mobile sur sa corde rapidement. Une fois pendu à la corde, une longue longe (genre Daisy Chain) est très utile ainsi que quelques dégaines pour se faire des points de renvois et surtout accrocher le mou de votre corde au baudrier pour ne pas qu’elle entre dans le champ de la photo (ou même son ombre). Une fois en place, le tout étant très solide, ne pas hésiter à prendre des positions acrobatiques pour prendre du recul et donner de la perspective à vos images. Ensuite… SHOOT… Bien entendu, pour toute progression sur corde, il faut être absolument certain de son installation… Si la mémoire des nœuds vous fait défaut, voici deux adresses internet pour vous aider : www.noeud-escalade.com et encore www.ffme.fr/technique/corde/noeud A ttacher, progresser et se positionner sur une corde peut être à la fois complexe et simple. Concentrons-nous sur la deuxième possibilité. Tout d’abord, il vous faut une corde. Oui, mais, statique ou dynamique ? Une « stat » est moins élastique et évite l’effet « yoyo » d’une dynamique. Par contre, elle sera beaucoup plus fragile aux frottements (attention !). Et ce sera aussi une corde de plus à monter à la falaise. Donc, pour des séances photos occasionnelles, une corde dynamique avec laquelle on pourra aussi grimper fera amplement l’affaire. Après, voici quelques méthodes, non exhaustives, pour mettre le tout en place : Pour attacher une corde en fixe, plusieurs méthodes existent. Mais ça sous-entend qu’il faut aller au relais soit en grimpant, soit en envoyant le volontaire de service : - Le bout de la corde directement sur un relais ; Toujours sur deux points à l’aide de deux nœuds de huit ou, le top, avec des « oreilles de Mickey » (cf. photo). Cette méthode oblige, pour déséquiper, de repasser par le relais. - Ou encore, on profite d’une corde déjà installée en moulinette, on attache le brin de l’assureur à un arbre (ou quelque chose de solide) ou à un assureur et l’on remonte sur le brin qui redescend du relais. La méthode la plus simple pour remonter sur une corde est d’utiliser un Grigri et une poignée-bloqueur. La poignée est remplaçable 6 F ocus dvd Texte : L.Guyon • Photos collection Chuck Fryberger Coup de cœur : Pure, de Chuck Fryberger ! Retour sur une des meilleures vidéos sorties ce printemps, Pure de Chuck Fryberger. Premier film de bloc entièrement tourné en qualité 35mm, Pure est un véritable petit bijou en terme de réalisation et de montage. Si vous ajoutez à cela des grimpeurs à l’enthousiasme communicatif et une bande son parfaitement en adéquation avec les séquences d’escalade, vous obtenez une galette rythmée, qui donne diablement envie d’aller tâter du caillou ! Avec son dernier DVD, Pure, Chuck Fryberger nous convie à un beau voyage autour du monde : Afrique du sud, Californie, Fontainebleau, Zillertal, Suisse. Les hauts lieux du bloc sont revisités par des grimpeurs tous aussi impressionnants les uns que les autres, tant par leur maîtrise gestuelle que par leur capacité à transmettre leurs émotions face à la caméra. Les styles de grimpe sont variés mais un dénominateur commun se dégage : la relation au rocher et à la difficulté, le besoin de challenge et d’harmonie. D’un point de vue artistique, Pure laisse pantois. C’est sans conteste le DVD le plus abouti qu’il nous a été donné de voir cette année ! La prise de vue est soignée, le travail de postproduction impeccable, la mise en scène graphique excellente. Mention spéciale pour les insertions de titres, le vignetage des plans de coupe, l’usage de filtres polarisants et de caches à miroirs, qui produisent une esthétique vintage vraiment séduisante. Les esprits chagrins regretteront peut-être l’intervention d’une voix off légèrement grandiloquente et la construction scénaristique un peu 3 questions au réalisateur, Chuck Fryberger Quelles étaient tes intentions ave film, Pure ? c ce isi par cerRendre compte du style de vie cho perforforts bloqueurs, basé certes sur la tains ge, la découver te, mance mais aussi sur le voya , sur le bloc l’échange. Pure est un film de bloc pratique un peu partout autour tel qu’on le mencé à du monde, avec passion. J’ai com pendant l’été 2008. filmer en Afrique du Sud, vraiment ce À cette époque, je ne savais pas faire de ces images mais l’envie que j’allais la commuétait forte de les partager avec nauté grimpante. urs Comment as-tu choisi les bloque film ? présents dans le conventionnelle, basée sur le parcours de lieux assez classiques. Paysages, images de grimpe, tranches de vie : plus qu’une histoire proprement dite, Pure juxtapose les séquences. Mais il est difficile de ne pas être touché par la beauté des ambiances lumineuses et l’esprit qui se dégage du film. Le plaisir de la performance, le choix de la liberté, le besoin d’immersion dans les éléments : on entrevoit ce que représente le bloc pour ceux qui le pratiquent à ce niveau d’excellence ! moi. Les Il y a deux critères qui importaient pour être ueurs représentés dans Pure devaient bloq ulté, mais aussi à la pointe en terme de diffic esthétiques avoir un beau style de grimpe, être uaient sur le rocher. J’espère que quand ils évol le pari est réussi de ce point de vue. mi Un grimpeur qui t’a marqué, par trés pour ce ceux que tu as rencon projet ? ucoup de D’un point de vue humain, il y a bea rs qui figurent dans le DVD : Kigrimpeurs supe a Stoehr, lian Fischhuber, Kevin Jorgeson, Ann y Roth, etc… Le Fred et François Nicole, Cod par exembloqueur finnois Nalle Hukkataival lqu’un avec qui j’ai bien accrople, est que en même ché. C’est un très fort grimpeur et joueur. Cette temps c’est quelqu’un de très sert beaucaractéristique de sa personnalité coup le film. retrouvez l’interview sur 8 www.escalademag.com c rashtest Texte : Laurence Guyon Photos : O. Broussouloux Apache Talisman Boldrini EscaladeMag s’est intéressé ce mois-ci au modèle Apache Talisman de Boldrini et l’a confié à deux testeurs pour des essais grandeur nature. Alors, comment se comporte ce nouveau chausson asymétrique, équipé du tout nouveau concept de semelle FCS (full contact sole) ? Voici ce qu’en disent nos testeurs : Olivier Beaumais, professeur d’économie Olivier Broussouloux, Maître de conféà l’Université de Rouen, niveau 6b/6c à vue Diantre ! Me voici propulsé crashtesteur pour EscaladeMag, sur les falaises des environs de Corte… Conditions climatiques extrêmes pour le mélange improbable de normand et de breton que je suis : il fait en effet beau, au moins 25 degrés Celsius (77 degrés Fahrenheit tout de même). Ce qui frappe quand on chausse les Boldrini Talisman c’est à la fois leur finition et leur confort. La finition est impeccable, avec un cuir et une gomme agréables au toucher… une belle réalisation en soi. Le confort, très lié à la qualité des matériaux utilisés, est encore accentué par le laçage, qui permet d’ajuster finement le chausson au pied. Sur falaise (granit, calcaire compact, calcaire poreux et silex : back in Normandy, pour mes essais), les Talisman se révèlent précis ; leur souplesse peut surprendre, lors des premiers pas, mais devient vite un atout pour les passages en adhérence. On peut charger en confiance sur des grattons, puis enchaîner une section « dalleuse » sans angoisse. Même si je n’ai pas eu l’occasion, pour l’instant, de les tester en grande voie, je suis certain qu’ils resteront tout à fait supportables. Bref, vous l’aurez compris, je les ai adoptés ! rence en STAPS, BE de ski et d’escalade, niveau 8a+ à vue Première impression (qui se confirme par la suite) : ce sont des chaussons très confortables. Ceci est lié à leur conception, mais aussi au fait qu’ils sont en cuir non doublé. On a l’impression d’enfiler des gants. Le laçage permet un bonne répartition du serrage : cependant, l’absence de vraie languette fait à mon sens défaut au niveau du coup de pied. Les premières utilisations réservent quelques surprises : les repères visuels classiques étant modifiés, il apparaît d’abord difficile de placer les pieds à la bonne hauteur par rapport aux prises, avant de les poser. Les sensations de précision sont relativement bonnes et, lors des poussées complètes, la forme arrondie de la pointe FCS permet de développer très longtemps, sans décrochage intempestif. Le talon, bien que peu puissant a priori, permet tout de même de bons appuis, mais manque de précision. Enfin, c’est un modèle qui est très souple (il dispose d’une demi-semelle) et qui nécessite par conséquent une bonne tonicité des pieds et une bonne endurance des mollets dans les voies un peu longues. Le mot de la rédac’chef Damned ! La malle-poste, ce n’est plus ce que c’était ! N’ayant pas reçu les chaussons en petite taille à l’heure du bouclage, je n’ai pas pu tester le modèle pour l’instant. Rendez-vous donc sur www.escalademag dans quelques temps… 9 F ocus evenement Texte : L.Guyon • Photos : coll. P.Osella Forts en danse 2009 En août prochain, Briançon vivra au rythme de l’art chorégraphique. Pour la quatrième année consécutive, Forts en danse investit les espaces publics et les abords des fortifications de Vauban, pour des spectacles articulant patrimoine historique, verticalité et danse contemporaine. Si vous grimpez du côté d’Ailefroide, un saut s’impose ! Comment faire corps avec la pierre et avec l’histoire ? Comment tenir en équilibre dans une société clivée, marquée par l’individualisme et souvent oublieuse de son passé ? Comment entrer en résonance avec un lieu, pour réconcilier temps et espace, décloisonner les univers et faire communier les différences ? À ces questions, les organisateurs de Forts en danse, Isabelle Fouilloy-Jullien et Pierre Osella, © Franck Philippeaux © N. Laureau Dans le Parc de la Schappe Eric Alfieri répondent par des propositions alternatives qui favorisent la mise en commun d’expériences diverses : escalade, danse, taï chi, hip-hop ou natation synchronisée… selon les années. Des créations pluridisciplinaires qui invitent le public à participer et qui accordent une place à l’éphémère ou à l’aléatoire. Cette manifestation joue sur l’idée de contrastes et fait dialoguer le système militaire très codifié des fortifications anciennes avec la gestuelle et l’espace de liberté exceptionnel qu’offre la danse. C’est une manière de faire revivre des lieux marqués par un passé très dur, par l’idée de la guerre, de l’attente ou du combat. Mais le vécu dont il s’agit de porter témoignage passe par le filtre de la transfiguration esthétique. Après trois éditions faisant la part belle à la danse verticale, à travers les performances de Patrick Edlinger, Antoine Le Menestrel ou Jérôme Aussibal, Forts en danse se tourne cette année vers des compagnies de hip-hop ou de mineront danse contemporaine. Celles-ci che fusionneront avec l’eau et les dans les rues ou arbres du parc de la Schappe. rammation Dans le cadre de cette prog pourra également assister au éclectique, on Eric Alfieri, spectacle du danseur plasticien visages qui créateur grenoblois aux multiples qu’on pourintègre à ses évolutions des toiles re destinées au décor. Par rait d’abord croi cinéma de ailleurs, le deuxième festival de parallèlement, comédies musicales, organisé remparts et se poursuivra en plein air, sur les n. sur grand écra Forts en danse, du 3 au 8 août 2009 isme de Renseignements : Office du tour urisme@briancon.com Briançon, ot-to © J.-S. Faure 10 Antoine Le Menestrel lors de l’édition 07 © J.-S. Faure Texte Ph. Mathieu . Photos Marc Daviet Freestone contest : Et de 10 ! Le Freestone contest a fêté son 10e anniversaire. C’était le 16 mai dernier dans la célèbre salle éponyme d’Argonay, près d’Annecy. La formule, bien rodée, fait toujours autant d’adeptes. Cette année, 180 grimpeurs avaient fait le déplacement pour faire honneur au plus ancien des contests français ! Retour sur l’événement. Participer au Freestone Contest, c’est passer une journée conviviale et partager de très bons moments. C’est surtout grimper, grimper et encore grimper… Dans la bonne humeur et sur des blocs ouverts de mains de maître. Cette année encore, il y en avait pour tous les goûts : 38 passages de niveaux variés, dans des inclinaisons et des profils multiples (dont un tout nouveau volume en forme de tube d’aspirine, sans doute placé là pour éviter les prises de tête !). Le Freestone Trophy hommes a été remporté par le suisse Cédric Lachat. À noter que Jérôme Meyer, blessé en qualification, n’a pas pu défendre son titre. Du côté des femmes, Maud Ansade remporte la mise. Mais la sensation est venue de Julia Chanourdie. Retenez bien ce nom, cette jeune grimpeuse tient bougrement les prises (elle a de qui tenir !) mais surtout elle possède une hargne et une envie qui ne la font rien lâcher. Bref, un vrai plaisir pour les spectateurs... Mais l’essentiel n’était pas là. Une organisation au top, des ouvertures classes, une ambiance conviviale : tous ces ingrédients font du Freestone Contest un événement unique. C’est toujours sympa de voir grimper ensemble des personnes de tous horizons et de niveaux totalement hétérogènes, qui se réunissent pour partager un pur moment de grimpe. Et cerise sur le gâteau, pour cette 10e édition du contest, tous les blocs proposés ont été réalisés, chapeau bas ! Après s’être poncé les doigts et explosé les biceps, les grimpeurs ont pu profiter de la fête et de la tartiflette géante… et là encore, un vrai régal, plus même. Et comme les autres années, le Sagagnass Sound System avec DJ Lafouche étaient présents pour assurer l’ambiance. Que demander de plus ? (à part la onzième édition ! mais il faudra encore attendre une petite année…). 11 Propos recueillis par Laurence Guyon • Photos O. Broussouloux nterview Jerome Bernard À fond la gomme ! Jérôme Bernard est directeur Marketing & Communication chez Vibram, le célèbre fabricant italien de semelles. Nous sommes partis à sa rencontre, à l’heure où se déroule à Millau le méga festival international des sports outdoor : les Vibram Natural Games. Comment est fabriquée la gomme des chaussons que vous utilisez ? Quelles sont toutes les étapes de son développement ? EscaladeMag vous en dit plus ! Combien d’ingrédients entrent dans la fabrication d’une semelle de chausson d’escalade ? Il y a une trentaine de composants. Selon le dosage, on obtient des semelles plus ou moins adhérentes, ou plus ou moins résistantes. Par exemple, actuellement on serait en mesure de fabriquer de la gomme qui tiendrait sur du plexisglass. Par contre, elle serait difficile à travailler par la suite (elle serait tellement adhérente qu’elle collerait aux moules). Dans la gomme XSGRIP que l’on a sortie en 2005, on a joué sur la vulcanisation et sur le dosage entre caoutchouc naturel (hévéa) et caoutchouc synthétique pour trouver un bon compromis au niveau de l’adhérence et de la résistance. Dans les deux nouvelles gommes que nous présenterons en juillet au salon Outdoor à Friedrichshafen, la base est la même mais on améliore la recette pour l’adapter à toutes les situations de grimpe et couvrir un spectre plus étendu de températures. 8°, la gomme n’est pas linéaire. En dessous de de souplesse et d’adhérendurcit et ses qualités plus la tempéce sont amoindries. Au contraire, est adhérente. rature augmente, plus la gomme au détriment de la Mais par contre, cela se fait s travaillons tenue (car la gomme se ramollit). Nou sur les polymères pour améliorer actuellement des semelcet aspect et pour pouvoir produire sera beaucoup plus les dont le rayon d’action élevé. Quelle influence la température a-telle sur les qualités d’adhérence d’une gomme ? Le caoutchouc est un matériau vivant. Selon la température, la modification de la réponse Laminage de la gomme – unité de production d’Albizzate (Varese) tient Quel % de caoutchouc naturel con usson fabriquée par une semelle de cha Vibram ? enne, on peut Ça dépend des produits. En moy généralement dire entre 2 et 10%. Il provient s) ou du Brésil. d’Asie (Vietnam, Malaisie, Philippine sont des grosses multinationales Nos fournisseurs n très serrés qui ont des protocoles de productio lité de l’hévéa, et garantissent une même qua quelle qu’en soit l’origine. Vibram en quelques chiffres •32 millions de semelles produites chaque année •50 nouveaux modèles chaque saison •Une présence dans 120 pays •Le partenaire de plus de 1000 marques de chaussures •60 millions d’euros de CA (dont 70% réalisé dans le spor t et l’outdoor) Test de friction – laboratoire d’essais d’Albizzate Max Sacchi – responsable du tester team 12
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