escalademag38 - Page 1 - www.escalademag.com 38 3 Novembre 2010 Quel grimpeur n’a jamais rêvé d’avoir neuf vies comme un chat, afin de pouvoir explorer ad libitum toutes les falaises du monde ? Enchaîner chaque voie perdue au fond de l’Hin- terland, améliorer sans cesse ses capacités et son expérience : une quête de l’absolu, ma foi bien tentante, et qui n’est pas sans évoquer celle d’un Faust ou d’un Don Quichotte ! « Le Chevalier errant fouille tous les recoins du monde », écrit Cervantès. Il « pénètre dans les labyrinthes les plus compliqués, accomplit l’impossible à chaque pas, endure les fé- roces rayons du soleil dans les déserts inhabités, l’inclémence du vent et de la glace en hiver ; les lions ne peuvent l’intimider, les démons ni les dragons ne l’effrayent car la tâche de sa vie et sa véritable mission est de rechercher le combat et de vaincre ». Fabuleuse image d’une persévérance qui confine à la folie et que l’on retrouve exacer- bée chez bien des grimpeurs passionnés, en quête de réalisations toujours plus nombreu- ses et toujours plus difficiles ! Car il y a chez nos chevaliers errants des falaises une dualité fascinante, qui fait rimer gloutonnerie verticale et confiance illimitée, parfois au détriment de la raison ! Mais quand on aime… À bien regarder les grimpeurs, on paraphraserait volontiers l’Ecclésiaste. Car en escalade, comme dans la Bible, il y a un temps pour tout : un temps pour parler et un temps pour se taire, un temps pour se lamenter et un temps pour danser, un temps pour lézarder au pied des voies et un autre pour combattre jusqu’au relais. Et tour à tour, on expérimente l’un ou l’autre, ça fait partie du jeu ! Ce mois-ci, nous partons faire de la falaise près de Toulon, dans les Gorges du Destel ; et du bloc en Italie, dans le Piémont, à Chiomonte. Deux idées de séjour pour vos prochai- nes vacances ou deux recoins du monde à fouiller, si vous vous sentez l’âme d’un Cheva- lier errant ! Et Dieu seul sait si les passages que vous découvrirez ne vous feront pas l’effet d’un labyrinthe difficile à décrypter ! Mais le plaisir ne loge-t-il pas là aussi ? Accomplir l’impossible à chaque instant : le rêve reconductible ! Laurence Guyon www.escalademag.com 38 4/11/10 11:45:14 « Ce mois-ci, cap sur Toulon et plus précisément sur les Gorges du Destel ! S’il est un grimpeur qui connaît les lieux comme sa poche, c’est bien Denis Garnier. Équipeur actif et talentueux, il est co-auteur des deux tomes du topo des esca- lades autour de Toulon. Pourfendeur de voies dures, il profite ici d’une belle ligne facile du secteur Babylone : c’est bon aussi ! » Denis Garnier dans Delirius, 6a+, Gorges du Destel © Sam Bié 4 EXPRESSO Actu en bref 6 ABÉCÉDAIRE Les mots de l’escalade 8 PAR-DESSUS LE MARCHÉ R&D 9 FOCUS LIVRE PATHOLOGIE DES DOIGTS 10 FAITES LE MUR Bloc Trotters 11 TÉLESCOPAGE Une image, une citation 12 CRASHTEST Armour lady CAMP 13 INTELLIGENCE ARTIFICIELLE Opération abdos 14 INTERVIEW Autour de Tuzgle 20 ENTRÉE LIBRE Gorges du Destel 30 ECOGRIMPEUR Vallon Sourn 32 D’ANTAN René Daumal 34 CARNET DE VOYAGE Chiomonte 38 FASHION CLIMBING Enfants 40 VOS SHOPS SPÉCIALISÉS Annuaire des magasins édito sommaire 4 Ristretto Une nouvelle chaîne 100% montagne arrive sur le câble, Montagne TV, dédiée aux amoureux d’air pur et de sensations. Dans un rapport publié mi-octobre, L’Académie des Sciences a confirmé l’origine humaine du réchauffe- ment climatique. La salle parisienne Urban Evasion a organisé une soirée originale le vendredi 29 octobre, À bloc de fruits. La Commission européenne a assigné la France de- vant la Cour de justice européenne pour non respect de l’obligation d’information en matière de prévention des inondations. La fête de l’Escalade du Bureau des Moniteurs des Calanques a remporté un franc succès, le week-end des 2 et 3 octobre, aux portes de Marseille. La salle rémoise Les Arts de la grimpe sort des sen- tiers battus et propose une soirée thématique un mer- credi par mois. Le concours Familles à énergie positive est organi- sé du 1er novembre au 30 avril. Il vise à encourager les habitants à changer leurs habitudes en terme de consommation d’énergie. Le grimpeur anglais Léo Houlding vient de libérer The Prophet, un big wall extrême sur El Capitan, au Yosemite. Chiffres , c’est l’espérance de vie moyenne en Sierra Leone. , c’est la quantité de déchets récoltés sur La Mer de Glace, lors d’une journée de nettoyage organisée par la société Lafuma. 12 ans, c’est l’anniversaire que vient de fêter la salle Antrebloc à Villejuif. , c’est ce que pourrait pro- duire l’éolien en 2030. pour 10 mètres de devers, ce sont les mensurations du plus haut mur du monde, situé à Groningen, aux Pays Bas. de plantes et de ver- tébrés ont été découvertes en Amazonie entre 1999 et 2009, selon le WWF. , c’est le nouveau record du monde de vitesse établi par le chinois Qixin Zhong sur le mur ho- mologué pour la Coupe du Monde. expresso Les vainqueurs des jeux concours 5-10 et Volx sur www.escalademag.com sont Seb Ranc et Fabrice Goudeau. Ils gagnent respectivement une paire d’Anasazi et un vo- lume V corner ! Bravo à eux ! Altitude Les 12e Rencontres du cinéma de montagne auront lieu . Des invités prestigieux seront présents comme : Kilian Jornet, la star du trail qui vous fera voyager en Corse, aux USA et partout dans le monde ; Stéphanie Bodet et Arnaud Petit qui vous offrent une répétition inédite de la voie ouverte en 97 par Arnaud sur le Grand Capucin ; Nicolas Fa- vresse et Sean Villanueva qui vous emmènent en Terre de Baffin avec leur matos de grimpe et leurs instruments de musique ; et bien d’autres encore ! Tou- tes les infos pratiques et le programme sur www.cine- ma-montagne- grenoble.fr À la nuit tombée La seconde édition du Jour de la Nuit a eu lieu le 30 octo- bre dans toute la France. Cette fête de la nuit noire visait à sensibiliser le grand public à la protection de la biodi- versité nocturne et aux économies d’énergie. En parte- nariat avec de nombreux réseaux associatifs, diverses manifestations ont été organisées (balades nocturnes, expositions, conférences…). Par ailleurs, les collectivités étaient encouragées à éteindre symboliquement une partie de leur éclairage public. La généralisation de l’éclairage ar- tificiel affecte en effet l’environnement noc- turne et entraîne de plus un gaspillage d’énergie considé- rable qui participe au réchauffement climatique. Plus d’in- formations sur www. jourdelanuit.fr Grand jeu concours sur la page Facebook ATTENTION CONTAGIEUX, du 15 novembre au 10 décembre : GAGNEZ VOTRE ÉQUIPEMENT COMPLET POUR NOËL ! Attention à Bleau L’intégralité de la forêt de Fontainebleau est concernée par , et plusieurs secteurs sont actuellement en danger. Le Co- siroc, ses associations et les nombreuses associations d’utilisateurs de Bleau ont été reçues à la Mairie pour étu- dier la demande de classement en Parc National. Malgré leurs protestations et réserves, le Maire demande au Mi- nistère la création d’un GIP, préalable à la constitution de la charte. Au vu de ce qui se passe dans les Calanques, le Cosiroc fait part de ses vives inquiétudes. Plus d’infos www.climbing-attitude.org Alerte rouge Une marée rouge hautement toxique a touché la Hongrie début octobre. L’état d’urgence a été déclaré dans l’ouest du pays suite à - cédent, menaçant la faune et la flore autour du Danube, . C’est un réservoir d’une usine d’aluminium qui s’est rompu et a déversé quelque 1,1 millions de m3 de boue rouge. Cette boue, composée d’éléments nocifs comme le plomb, est très corrosive, en particulier pour la peau. Elle a entraîné la mort de plusieurs personnes, fait plus de 150 blessés (dont des dizaines de brûlés) et plusieurs disparus. 3000 places–entrée gratuite–infos : www.cinema-montagne-grenoble.fr Jeux concours 5 Cet automne, ça bouge en région parisienne. Sortez les frontales et . Pour la deuxième année consécutive, ces deux salles d’Ile de France s’associent pour vous proposer deux soirées ori- ginales, les vendredi 29 et samedi 30 novembre 2010. Plongés dans le noir, les grim- peurs découvriront des sensations de grimpe inédites à la lumière de leurs frontales. Plus d’infos sur www. roc-et-resine.fr ou sur www.urban- evasion.fr Le samedi 2 octobre, le club d’escalade des Vans Rn’P a organisé son contest de la rentrée... Plus de 6 heures d’escalade, pour tous et toutes, mutants ou débutants. Un bon petit cru... De l’avis des sondés, contest n’a pas failli à sa réputation. 30 passages variés : pas mal de perles et autres casse tête pour les qualifs, 6 blocs pour les finalistes. De quoi combler les courageux venus en terre ardéchoise ! C’est Aurèlie Rossignol et Simon Binczyck qui repartent avec le panier garni de pro- duits locaux. Après le tirage au sort des nombreux lots offerts par les par- tenaires, cette belle journée se termina par une castagnade (châtaignes grillées au feu de bois), une base incontourna- ble en Ardèche. Redpoint Movie propose le premier film entièrement consacré à l’escalade ur- baine : Nouvelle vague. Au programme du Street clim- bing sous toutes ces formes : bloc, escalade traditionnelle et même deep water soloing en plein cœur de la ville de Genève. Elie Chevieux, Loïc Gaidioz, Giovanni Quirici et plusieurs invités surprise nous font découvrir les plus beaux spots de la cité lémanique. 40 minutes de film HD réalisées par les frères Boissenot. Sortie : 1er décem- bre 2010. Disponible en téléchargement HD et DVD sur www.redpointmovie.fr L’image du nucléaire n’est pas toujours très bonne. Les vignerons de la région du Tricastin en ont fait l’expérience lorsqu’en juillet 2008 une série de dysfonctionnements de gravité diverse, largement couverts par la presse, ont eu comme conséquence annexe de voir les ventes de l’AOC locale chuter de 40 %. Le champagne pourrait voir son image se dégrader sensiblement par la faute d’un centre de stockage de déchets radioactifs situé en limite de sa zone de production. Afin de prévenir tout risque, le Comité Interprofessionnel des Vins de Champagne (CIVC) milite auprès des diverses instances. Plus de détails sur www. univers-nature.com On connaît la ré- putation de Saint Antonin Noble Val, terre d’accueil pour les grimpeurs avec ses innombrables falaises de la vallée de l’Aveyron. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si Robyn Erbersfield et Didier Raboutou se sont installés dans ce milieu si propice, avec leur salle de bloc Planète Grimpe. Dorénavant, les passionnés de la grimpe de Saint Antonin peuvent se réjouir. Grimpomania vient de , un devers de 5,5 mètres d’avancée et 2800 prises que les responsables du club local Quercy Grimpe ont pu choisir sur jegrimpe.com. Laurent Triay annonce un nouveau Dvd, Fanatic search 2. La quête continue au fé- minin avec ce volume 2 qui raconte en 7 chapitres, les parmi les meilleures du monde. En choisissant de suivre et de filmer des filles de toutes générations, de Brooke Raboutou (9 ans) à Lynn Hill (50 ans), ce docu- mentaire permet d’apprécier comment évolue avec les années, l’état d’esprit qui anime ces passionnées. Avec de beaux exploits sportifs, le film présente ces grimpeu- ses au meilleur de leur talent. Un hymne à l’escalade fé- minine ! Dvd disponible sur www.triaylaurent.com 6 ABC daire Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage ? Eh bien non ! Pour cette exploration de la lettre H, notre abécédaire de l’escalade délaisse Joachim Du Bellay et la poésie du XVIe siècle. Les grimpeurs sont plus en prise avec notre temps… Quoique ! Héritier En 1964 dans le livre Les Héritiers, Bourdieu et Passeron analysent les mécanismes de reproduction des inégalités dans le système universitaire notamment dans les facultés de lettres. Quel est donc cet héritage qui per- met à certains de briller ? L’escalade n’est pas une matière littéraire, c’est de l’action pure. Pour autant la notion d’héritage est- elle absente de notre activité favorite ? De quoi et de qui hérite-t-on ? On hérite d’une pratique qui peu à peu s’est transformée et a trouvé son autono- mie. On hérite de terrains de pratique, fa- laises et blocs, qui ont une grande influen- ce sur le nombre des pratiquants, sur leur niveau moyen et sur leur façon d’exercer leur art. L’héritage des générations ancien- nes constitue un socle solide, sur lequel les grimpeurs du présent peuvent allégrement se hisser tant que ces terrains sont acces- sibles et gratuits. Mais pour combien de temps encore ? Si l’on pense simplement aux voies existan- tes et aux falaises développées, on dispose d’une richesse incroyable. Les grimpeurs sont donc des héritiers de grimpeurs ! Voila une agréable constatation, il s’agit bien d’une affaire de famille. Heureux comme un Héritier Hédoniste sans Haine et sans Honneur Hédoniste Le grimpeur est-il à la recherche du plaisir ? Est-il hédoniste ? Est-il heureux ? La notion de plaisir est centrale dans les définitions cou- rantes de l’hédonisme. Questions délicates que celles du plaisir et du bonheur en es- calade. Si on se posait ces questions pour l’alpinisme, on serait tout de suite amené à relativiser. L’alpinisme c’est dangereux par nature, c’est exigeant, c’est parfois doulou- reux, cela demande de la ténacité, du cou- rage et bien d’autres qualités et défauts. L’escalade, on l’a vu au fil des mots, consiste à s’élever sur des objets divers. Le bambin veut grimper, le vieillard ne peut plus grim- per… On peut passer toute sa vie de grim- peur sans faire d’efforts trop importants à la manière d’un marcheur qui ne force jamais l’allure ou d’un cycliste qui ne roule que sur du plat. Mais même quand la recherche des plaisirs guide l’action du grimpeur il n’est pas assuré d’être toujours heureux. Il peut être fatigué, déçu par la voie, un mouvement trop difficile, la météo, le com- pagnon de cordée, etc. Le simple fait de 7 pratiquer dehors, dans une nature vierge n’est pas tou- jours la raison première de sa satisfaction profonde. En général, le grimpeur éprouve du plaisir à faire agir son corps avec une certaine efficacité harmonieuse. Rien n’est plus agréable que la réussite d’une voie dans un moment de grâce, fluide et sans à coups. Alors le grimpeur est heureux. La Haine À coup sûr, cette voie de Patrick Berhault est presque tombée dans l’oubli. Berhault a peu équipé en falaise. C’est un artiste interprète qui a exécuté des œuvres. Pourtant on lui doit deux voies fameuses. La Haine à la Loubière, un 7c+ court, péchonnant et retors ; et Le Toit d’Auguste, qui pourrait bien être le premier 8b+ de l’histoire de France. La Haine est tombée dans les oubliettes bien que ce soit une des premières voies de ce niveau réalisée en solo, d’abord par Alain Ghersen. Le Toit d’Auguste est un test de force qui fait régulière- ment parler de lui dans les gazettes et sur la toile. Un certain mouvement de mono doigt l’a fait connaître et reconnaître. On attend encore un premier parcours féminin et un premier à vue. Les honneurs Honneur et reconnaissance vont de pair, le sujet est important pour certains mais faisons court. La Répu- blique, reconnaissante, a décidé de remettre la mé- daille du mérite, la légion d’honneur, le mérite agricole, la médaille en chocolat etc… Il n’est pas d’exemple connu de grimpeur qui a accepté d’être décoré de la légion d’honneur, cela ne saurait tarder ! La question des honneurs et de la reconnaissance ne peut être balayé d’un geste. Il est probable que cha- que société met en avant à sa manière ceux qui sont méritants selon des critères qu’elle définit. La phrase de Kafka prend alors tout son sens : « Ne te soumets pas au tribunal de ceux dont tu ne reconnais pas le verdict ». Souvent les grimpeurs aiment être reconnus et parfois célébrés post mortem, par la « famille » et personne d’autre heureusement. Haschich ? Humour ? La place nous manque. Un conseil de lecture alors : Les verts champs de moutar- de de l’Afghanistan de Harry Matthews. Il est question des deux dans ce roman d’un auteur oulipien. 8 R&D : Relance et Dynamise ? 3D, Blue-Ray, HDI, Nucléaire, VOD, Tri- thérapie… Autant d’innovations bien identifiables qui améliorent notre vie d’homme et de femme moderne. Mais qui s’occupe d’améliorer notre quotidien de grimpeur ? Avez-vous connaissance des efforts que four- nissent les fabricants en matière de Recherche et Développement ? Entre science et génie Derrière le terme pompeux R&D ne se cache pas systématiquement un ingénieur fou, rivé sur ses chiffres et ses protocoles de test. Bien des entreprises ont démarré petit et ont su pro- fiter du génie de leur créateur. « Ce qui a com- mencé avec une enclume et un marteau au fond d’un garage s’est transformé en une so- ciété d’envergure mondiale », se définit Black Diamond Equipements, fruit du génie d’Yvon Chouinard, grimpeur qui forgeait ses propres pitons pour pratiquer sa passion. Est-ce parce que l’escalade possède un ca- ractère très libertaire ? Mais les entreprises sont loin de toutes avoir une politique d’innovation très établie. Beaucoup d’entre elles avouent que la R&D est « réalisée de manière instinc- tive » (Fred Nigoul, Prises Digital). La logique d’innovation semble d’ailleurs guidée majoritairement par « la recherche de solutions simples et efficaces pour satisfaire les atten- tes des grimpeurs » (Simon Ravaz, eXpression holds). Des innovations qui se voient et d’autres moins Ce qui distingue l’escalade des produits hight-tech, c’est que bien souvent les innovations majeures apportées par les fabricants sont incolores et inodores pour les sim- ples consommateurs que nous sommes. Ainsi en 2001, quand Altissimo a développé une cuve inédite permettant de limiter la décanta- tion du mélange et d’augmenter ainsi la qua- lité des prises obtenues, personne ne s’en est aperçu, pourtant le résultat est bien là. De la même manière, les prises PU (en résine polyuréthane) d’Entre-Prises et le Kiss Process développé par eXpression Holds et Volx, pré- sentent des avancées significatives en terme de résistance, de légèreté, de longévité que peu de grimpeurs vont remarquer dans leur pratique quotidienne. Pourtant le Kiss Process aura rassemblé 2 entre- prises, 3 ans de travail et plus de 10 000 d’inves- tissements pour une inno- vation qui offre des prises 2 fois plus résistantes et 20% plus légères. Les fabricants nous pro- posent chaque année des innovations très tan- gibles, comme les volumes luminescents issus de la col- laboration étroite entre un in- dustriel, Vercors Thermofor- mage et Planet Roc, fabricant drômois de prises d’escalade. Les fabricants de chaussons et de gomme ne sont pas en reste avec des technologies de plus en plus pointues pour nous faire coller à la paroi comme chez Vibram® avec le XS Grip ou chez Five-Ten avec la Stealth C4 ou la Mystique. Des fabricants au chevet de notre sécurité Mais l’innovation passe aussi par l’information. Et à ce niveau là, force est de constater que les marques font de gros efforts et débordent d’imagination pour fournir des notices de plus en plus explicites, des conseils sur la pratique, le contrôle et l’entretien de votre équipement. Rendez-vous sur leurs sites ou dans leurs cata- logues, vous trouverez tout ce dont vous aurez besoin pour grimper en toute sérénité. Enfin, il ne faut pas oublier l’énergie et les moyens mis en œuvre par les fabricants dans le cadre du développement durable. La socié- té Entre-Prises, par exemple, s’est lancée dans une Analyse du cycle de vie des SAE en parte- nariat avec l’Ademe. Elle a obtenu une mesure de l’impact environnemental de chacun de ses systèmes constructifs et propose désormais les systèmes les moins polluants possibles, en allant vers les constructions en bois. Finalement, en moyenne, les fabricants de matériel d’escalade investissent entre 1 et 10% de leur chiffre d’affaire dans la R&D. C’est re- lativement peu par rapport à d’autres sec- teurs d’activité, mais il faut surtout s’attacher à la taille des entreprises qui demeurent le plus souvent des PME à taille et à moyens hu- mains. Alors la prochaine fois que vous vous rendrez dans votre magasin de grimpe pré- féré, ne vous arrêtez pas sur l’étiquette du prix, mais regardez peut-être derrière les coutures, c’est là que vous trouverez la vraie valeur de votre produit. le marchépar-dessus ©Entre-Prises ©Altissimo 9 Texte L. Guyon livrefocus Escalade : Pathologies de la main et des doigts Un ouvrage très utile vient de paraître, Es- calade : Pathologies de la main et des doigts, aux éditions Springer, par Sébas- tien Gnecchi et François Moutet. Il s’adres- se aussi bien aux entraîneurs qu’aux grimpeurs, qu’ils soient néophytes ou acharnés. Écrit à 4 mains, l’ouvrage fait le lien entre la médecine et le terrain. En croisant leurs compétences respecti- ves d’entraîneur et de chirurgien de la main, les deux auteurs proposent une approche très claire des dif- férentes lésions possibles et donnent des conseils en terme de prévention et de gestion de la pratique, ainsi que des indications pour la reprise. Après un rappel anatomique des structures de la main (osseuses, articulaires, tendineuses et musculaires), l’ouvrage balaie les différentes lésions susceptibles de survenir au cours de la pratique de la grimpe (tendi- nopathie, lésions des poulies, entorses, etc). Il ne s’agit évidemment pas d’amener le grimpeur à réaliser un autodiagnostic mais plutôt de lui donner des pistes sur la conduite à tenir en cas de blessure (glaçage, repos, etc). L’ouvrage, très digeste et bien illustré, est excellent en terme de vulgarisation. Les parties « Entraînement et reprise d’entraînement » et « Constat et prévention » donnent des repères précis sur l’échauffement, l’hy- dratation, l’alimentation, le renforcement musculaire, le retour progressif à l’activité après un arrêt (qu’il soit lié ou non à une lésion). Le but étant d’éviter autant que possible les blessures ! Des principes clairs sont énoncés, ils sont de bon sens, mais les grimpeurs ont parfois tendance à les oublier tant ils sont passionnés : alternance des supports, pro- gressivité, régularité dans la pratique, personnalisation de l’entraînement, écoute de ses ressentis… Pour que l’escalade reste un plaisir ! 3 QUESTIONS À FRANÇOIS MOUTET, CHIRURGIEN DE LA MAIN Voyez-vous beaucoup de grimpeurs en consultation ? Il passe plus de 18 500 consultants par an dans notre unité de Chirurgie de la main, au CHU de Grenoble. Très peu proportionnellement sont des grimpeurs, une centaine environ. Quelles sont les pathologies les plus fréquentes chez les grimpeurs ? Les ruptures de poulie de loin. Et de très loin la poulie A2 le plus souvent. Viennent ensuite des entorses et des ténosynovites. La pratique sur mur vous semble-t-elle plus traumati- sante que la pratique en extérieur ? Ce qui est traumatisant, c’est le spécifique. Donc plus la structure pousse à la répétition de gestes identiques plus la pathologie de surcharge, liée à la répétition, a de chance de survenir. LES AUTEURS S. Gnecchi est prof d’EPS, BE d’escalade, entraî- neur et titulaire d’un master en ingénierie, ergo- nomie du sport et des loisirs. François Moutet est Professeur de chirurgie plastique et réparatrice et chirurgien du SOS Main Grenoble. Il grimpe depuis 1970 et s’intéresse particulièrement aux lésions digitales des grimpeurs depuis plus de 15 ans (il a même opéré le Nain Pact). 10 La salle Freestone devient Bloc Trotters ! Freestone, la fameuse salle d’An- necy, a été rachetée en septem- bre dernier. Deux jeunes créateurs d’entreprises, Fabien Coisne et Cé- dric Guetty, se sont portés acqué- reurs de ce lieu mythique. Rencon- tre avec les nouveaux et les anciens propriétaires ! Les Bloc Trotters Quelles ont été vos motivations premiè- res pour racheter la salle Freestone ? L’idée a germé pendant l’année de forma- tion en Licence pro AGO escalade que nous avons suivie tous les deux. À l’époque, nous avions chacun l’idée de monter une structure d’escalade. Nous nous sommes donc associés et quand nous avons découvert que la salle Freestone était à vendre, nous avons sauté sur l’occasion. Le lieu d’implantation, la qualité de la structure et la renommée de la salle nous ont motivés à engager les démarches. De plus, les anciens gérants nous accompagnent dans la reprise et nous permettent d’avancer en toute confiance. Pourquoi ce nom, Bloc Trotters ? Nous voulions un nom qui fasse référence à la pratique du bloc. Nous sommes également attachés à la dimension internationale de ce nom. Le voyage tout comme l’escalade doi- vent être des moyens d’évasion et nous comp- tons réussir à lier ces deux activités par l’inter- médiaire de stages à l’étranger. Reprendre Freestone, c’est un vrai chal- lenge : quelles sont vos ambitions pro- fessionnelles à travers un tel projet ? La barre est haute mais nous sommes prêts à montrer que notre dynamisme et nos am- bitions sont à la hauteur ! Dans un premier temps, notre principale préoccupation sera de gérer au mieux la transition, afin que nos clients se sentent toujours aussi bien dans cette salle mythique. Par la suite, nous comptons acquérir notre identité personnelle en déve- loppant de nouveaux services, en rénovant les locaux et en augmentant le nombre d’événe- ments organisés dans la salle. Et nous avons décidé d’ouvrir au public deux jours supplémentaires (le dimanche et le lundi). Annecy est une ville très dynamique en matière d’escalade, avec un mur homologué pour les compétitions, le la salle Vitam Parc à quelques kilomè- tres, comment pensez-vous tirer votre épingle du jeu? Nous espérons que les clients viendront cher- cher autre chose chez nous : l’ambiance, la di- mension humaine et des prix nettement moins élevés que la concurrence. Les nombreux clubs de la région sont un atout. Ils montrent à quel point l’escalade est bien implantée ici et nous comptons attirer ces grimpeurs par des tarifs avantageux pour les licenciés et par l’or- ganisation régulière d’événements : contests, soirées à thème, concerts, projections... Eric Charnourdie, Freestone toujours La salle est vendue : quel a été votre ressenti au moment de la signature ? Un soulagement car on avait franchement du mal à imaginer refaire une saison similaire à la dernière. La superposition des activités com- mençait réellement à nous peser. Avez-vous eu des critères spécifiques quant aux repreneurs ? Oui. 1er critère : il fallait des personnes capa- bles de communiquer leur passion pour l’esca- lade. 2e critère : ils devaient être « fadas », un peu comme nous, et nous avions besoin de sentir leur potentiel pour améliorer ce que nous avions créé. 3eme critère : c’est sûr, nous ne pouvions pas lâcher notre bébé à n’importe qui. Nous lui avons fait passer les 12 premières années, mainte- nant on leur laisse l’adolescence… Que peut-on souhaiter à vos successeurs ? De s’épanouir dans ce qu’ils ont choisi de faire. La salle Freestone n’est plus mais la marque Freestone existe toujours. Quels sont vos projets de développement ? Le but de cette vente est de nous permettre d’avoir le temps de mettre à profit toutes les idées que nous avons pour faire évoluer la prise d’escalade. Cela fait plusieurs années que nous vivons la frustration de ne pas pou- voir faire ce que nous avons vraiment en tête. Maintenant nous allons vraiment pouvoir abou- tir mais je ne peux pas en dire plus… Des nouveautés prises à venir ? Bien entendu ! Créer est un besoin. Nous avons l’impression de revivre nos débuts. C’est très grisant. le murFaites 11 télescopage « Nous ne croyons qu’à l’applaudissement du silence » Alfred Jarry, Douze questions sur le théâtre Jack Müller à pied d’œuvre à Chironico,Tessin Photo Ivan Lee Purcell (www.purcell-images.com)
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