Les Arcanes de la Papauté/Pierre Bru - Page 1 - Tourmente au Vatican (Tome 1 : Les Arcanes de la Papauté) Alors qu’il entreprend des travaux dans sa nouvelle résidence secondaire aux Arques, petit village dans le Lot, Marc Delprat, archéologue de renommée, fait une découverte extraordinaire. Mais quel Tourmente au Vatican Les Arcanes de la Papauté Tome I Roman noir de Pierre Bru Ce roman est une fiction. Toute ressemblance avec des personnages ayant existé ou existant actuellement serait purement fortuite. Criminelle entreprise, collection Sang d’encre (éd. Les 2 Encres) a obtenu le Premier prix du roman noir de l’ARDUA PARU DANS CETTE MÊME COLLECTION SANG D’ENCRE Froides Ténèbres - tome I, Émilie Genet Aussi doux que la mort - tome II, Émilie Genet Soleils marins - tome III, Émilie Genet Pandémonium, Franck Moeslé La Belle que voilà, Émilie Genet Les 6 jours du Phénix, Nadine Najman 2 morts à 0, Philippe Manjotel Concerto à 3, Michèle et Éric Meillier Prise en eaux troubles, Jean-Paul Hublet Les Cadavres se font la malle, Vonicke Ditisheim Le Noyé du fort Vasoux, Jean-Michel Thirieau Mortels Poireaux, Thierry Payan Sous le manteau de la nuit, Tristan Marechal Draconis, Christian Baciotti, Pierre Léoutre L’Ingénue des Folies Siffait, Jacqueline Clergeau Escale à Rochefort, Jean-Michel Thirieau Cacarinettes tueuses, Thierry Payan Oxyllon, Jeamie Audger Habartion, Olivier Tacquet Les cagnards de l’enfer, Jean-Jacques Hubinois Sur les traces d’Orion, Françoise Soille Larmes de douleur, Bernard Rougier Marchands de mort, Jacqueline Clergeau Les enfants du Dieu Râ, Gilbert Montassier Du même auteur : Toute reproduction, même partielle, de cet ouvrage est formellement interdite sans l’accord de l’auteur. Tous droits réservés pour tous pays. Dépôt légal : avril 2010 ISBN : 978-2-35168-146-6 ISSN : 1765-0966 © Éditions Les 2 Encres Tél. 02 41 56 57 30 - http://www.les2encres.net Atout perdre À Sally, Camille, Clotilde et à tous ceux qui me soutiennent. À Sissou et Marie pour leur concours technique. 5 Criminelle entreprise Vendredi 10 juillet 2009 Marc ne comprenait toujours rien aux événements. Il retenait sa respiration, attentif à ne faire aucun bruit. Dans la pénombre d’une cavité naturelle de la roche, il se tenait accroupi devant un trou d’aération, regardant depuis une sorte de tribune et écoutant avec attention l’orateur qui, en contrebas, semblait subjuguer son auditoire. Trois personnes étaient présentes, toutes revêtues d’une longue cape de bure noire et un officiant habillé d’une longue chasuble pourpre. Tous dissimulaient leur visage sous une large capuche, comme en portent les religieux de certains ordres monastiques. Soudain, à l’arrière de son cou, il sentit une pression froide qui le fit sursauter. – Alors, monsieur Delprat, on espionne? Effrayé, Marc tourna lentement son visage en direction de l’homme qui avait chuchoté la phrase. Son cœur battait à cent à l’heure dans sa poitrine. Sa bouche était complètement desséchée. Il était sur le point de s’évanouir. Une lampe torche lui aveuglait le visage, l’obligeant à cligner des yeux qui avaient eu le temps de s’habituer à la pénombre. Il finit par distinguer l’homme qui l’avait si brutalement abordé. Brun, chaussé de lunettes noires et arborant une fine moustache et un bouc, ce dernier portait un costume noir, une chemise blanche et une cravate noire. Il s’était redressé et braquait un Sig Sauer 9 mm parabellum en direction de Marc. Derrière lui se tenait un autre homme vêtu de la même façon. Lui aussi le menaçait du même 7 Les Arcanes de la Papauté modèle d’automatique. Il semblait être son subordonné. Tous deux étaient équipés d’une oreillette du type de celles que portent les gardes du corps des grands de ce monde. Celui qui paraissait être le chef des deux hommes en noir pencha sa tête vers le revers de son veston où était sans doute dissimulé un micro : – Nous avons de la visite ! Au même moment, des hommes habillés comme ceux qui le tenaient en joue surgirent dans la salle. Il y en avait un ou deux par membre de l’auditoire. Ils précipitèrent leur protégé fermement vers la sortie en lui faisant baisser la tête d’une pression de la main. Dans le même temps, ils déployaient, entre Marc et l’homme dont ils assuraient la protection rapprochée, des pare-balles dissimulés dans ce qu’on aurait pu prendre au départ pour des attachés-cases. En un instant, la salle en contrebas de l’endroit où se trouvait Marc fut évacuée avec une efficacité toute professionnelle. La scène était assez incompréhensible et Marc se demandait maintenant pourquoi un tel affolement. – Debout, monsieur Delprat! Il va falloir vous expliquer ! – Comment connaissez-vous mon nom ? – On est là pour ça. Ici on connaît tout de tout. Rien ne peut nous échapper! – Qu’est-ce que cela veut dire ? – C’est pas toi qui poses les questions, c’est nous ! Mets tes mains dans le dos que je te passe les menottes ! – Mais vous n’avez pas le droit ! Les deux hommes partirent dans un éclat de rire et celui qui paraissait être le plus gradé des deux ajouta en désignant du menton la salle maintenant déserte : – Ici, il n’y a pas de droit. Le droit, c’est eux et nous ! Marc, devant tant d’arrogance et de certitude, se résigna très vite et se laissa menotter. À quoi bon résister face à deux hommes déterminés et lourdement armés. 8 Les Arcanes de la Papauté – Allez, avance ! Marc se retrouva poussé vers un vieil escalier taillé dans la roche et qu’il n’avait même pas deviné, tant la tribune aux dimensions d’une cellule de moine était sombre. L’homme qui le suivait éclairait ses pas de sa torche électrique puissante afin qu’il ne tombe pas, d’autant plus que les marches semblaient quelque peu glissantes. Ils débouchèrent dans la pièce où, quelques minutes auparavant, se tenait la réunion. Avec son expérience d’archéologue, Marc reconnut au premier coup d’œil qu’il s’agissait d’un temple antique taillé dans la roche et dédié au culte de Mithra : un mithraeum* des débuts de l’ère chrétienne. La salle n’était éclairée que par des chandelles, mais on pouvait bien distinguer les typiques banquettes de pierre disposées tout autour de la pièce ainsi qu’un autel taurobolique** de marbre parallélépipédique comme dans la plupart des temples découverts à ce jour. Sur celui-ci, trônait bien en évidence une statue d’une Vierge allaitante. Une bourrade dans le dos lui rappela son statut de prisonnier. Le ton venait de changer. – Dépêche, on n’est pas là pour la visite! – Où m’emmenez-vous ? – On t’a déjà dit que c’est nous qui posons les questions. Alors, la ferme ! Et pour faire avancer plus vite son prisonnier, l’homme, le canon de son pistolet dans les reins de Marc, le poussa dans le dédale de galeries plus ou moins naturelles éclairées d’ampoules électriques et qui semblait s’étendre à l’infini. * Mithraeum : Temple dédié au culte du dieu Mithra. ** Autel taurobolique : Autel, souvent de marbre sculpté, dont l'iconographie représente le sacrifice expiatoire d'un taureau en l'honneur du dieu Mithra. 9 Les Arcanes de la Papauté Après avoir tourné dans diverses directions, le petit groupe descendit les marches d’un escalier étroit qui se terminait par une grille ouverte. Marc comprit très vite qu’il s’agissait d’un cachot. Il pénétra dans la pièce taillée dans le roc. Au fond, sur une banquette de pierre, était disposé un matelas. – Tu t’installes, on viendra s’occuper de toi demain. – J’exige des explications ! Je veux voir un responsable ! – Tu sais que tu commences à nous les briser avec ta grande gueule ? Alors, ferme-la si tu veux pas qu’on te laisse pourrir dans ce trou, connard ! Les sbires enlevèrent les menottes à leur prisonnier et refermèrent la grille derrière eux. Le grincement des gonds rouillés et le cliquetis des clés glacèrent Marc d’effroi. Il ne comprenait vraiment rien à l’affaire et tentait maintenant de se persuader que c’était un affreux cauchemar. Bêtement, il se pinça. La douleur ressentie lui fit admettre la difficile réalité. Envahi par l’angoisse, il n’eut d’autre ressource que de s’allonger sur le matelas de mousse qui paraissait n’avoir jamais servi. Parcourant du regard la voûte en pierre du réduit, il tenta de comprendre ce qui lui arrivait en remontant depuis le moment où il avait pris ses vacances. Lundi 29 juin 2009 À la fin du mois de juin, Marc avait décidé d’aller se reposer dans sa maison de campagne achetée l’année précédente. 10 Les Arcanes de la Papauté Située dans le village des Arques dans le Lot, elle n’était qu’à quelques mètres de la très belle église romane Saint-Laurent. Originaire de la région, il avait toujours été fasciné par ce petit village de moins de deux cents habitants, qui ne possédait pas moins de deux églises remarquables. L’une d’entre elles, l’église Saint-André, possédait même de magnifiques fresques du XVe. Il y avait certainement une raison historique à ce phénomène, ce qui l’avait toujours intrigué. Quand l’agent immobilier de Cahors lui avait proposé une maison de caractère aux Arques, il n’avait pas hésité très longtemps et avait laissé parler son cœur. Archéologue à l’INRAP* et divorcé depuis peu, à quarante-cinq ans, il vivait en célibataire, ses enfants menant leur propre vie. Pour rester moins seul, il avait invité son copain Gilles, trader dans une grande banque parisienne, à venir le rejoindre dans cette vaste demeure aux murs de pierres. Retenu par ses obligations professionnelles, son ami ne pouvait le rejoindre que le samedi 11 juillet. Marc était très fier de cette maison qui était à restaurer. Grâce à un héritage conséquent, il avait beaucoup investi dans cette vénérable demeure et avait réalisé le tour de force de réussir à piloter à distance les travaux réalisés par des artisans locaux. De temps en temps, un aller-retour avait été nécessaire entre la capitale et le Lot pour constater l’avancée des travaux, mais, à son dernier passage du pont de l’Ascension, il ne restait plus qu’à brancher les évacuations d’eaux usées. * Après avoir déchargé son véhicule et rangé ses affaires dans sa chambre, Marc, avant d’ouvrir le robinet de sa *INRAP : Institut National de Recherches Archéologiques Préventives 11 Les Arcanes de la Papauté douche, alla contrôler que le branchement avait bien été effectué en son absence. Il descendit au rez-de-chaussée, ouvrit une petite porte en chêne en face de l’escalier, alluma l’électricité fraîchement installée et descendit par une échelle meunière à la cave. Elle était en terre battue et occupait l’entier sous-sol de la maison. Le tuyau d’évacuation en PVC était bien raccordé, mais l’artisan n’avait pas encore enlevé les gravats. En s’approchant des déblais, il constata avec stupeur qu’ils étaient constitués de plaques en terre cuite, de débris de béton à la chaux et surtout de tesselles* de mosaïques. Son œil d’expert le convainquit qu’il ne pouvait s’agir que de vestiges datant de l’époque romaine. Pour en avoir le cœur net, il remonta quelques échantillons à la cuisine afin de mieux les détailler en pleine lumière. À l’examen du premier abacule** en verre, aucun doute n’était possible. Compte tenu de la taille et de l’aspect du petit cube en verre d’un centimètre d’arête, il s’agissait d’éléments de mosaïque antique, sans doute du premier siècle après Jésus-Christ. Les plus belles de l’époque gallo-romaine. Très troublé par une telle découverte, il décida d’approfondir ses recherches et se rendit dans la petite grange attenante à la maison. Cherchant dans le foutoir des outils abandonnés par l’ancien propriétaire, il en extirpa une houe presque aussi vieille que la maison, puis redescendit dans la cave et s’approcha du tuyau. Avec d’infinies précautions, Marc commença à dégager les gravats et la terre battue. * Tesselle : Petit cube de verre, de pierre ou de terre cuite constituant le dessin d'une mosaïque. ** Abacule : Synonyme de tesselle. 12 Les Arcanes de la Papauté Après avoir enlevé cinq centimètres de terre, confirmation fut faite de ce qu’il pensait trouver : une mosaïque romaine. Il en dégagea un bon mètre carré et constata qu’elle était en parfait état. Un premier coup d’œil lui apprit qu’effectivement, elle devait dater du premier siècle après Jésus-Christ. Quelle coïncidence ! Lui, l’archéologue chevronné, venait d’acheter une maison située sur un bâtiment galloromain. Son excitation était à son comble. Il remonta quatre à quatre l’échelle meunière, attrapa son portable et appela le maçon qui avait participé à la restauration de la maison. – Allo, monsieur Vaysse ? C’est Marc Delprat à l’appareil. J’ai un travail de terrassement urgent à réaliser, il faudrait que vous veniez le plus vite possible ! – Quand ? Cette semaine ? – Ou plus tôt si vous le pouvez... – Mais ça ne va pas être possible, on est lundi et je suis sur un autre chantier. Je suis déjà en retard. C’est pour quoi faire ? – Décaisser la cave de cinq centimètres. – Et c’est urgent ? Ça peut pas attendre ? Il me semble pourtant qu’elle est belle comme tout, votre maison ! – Je vous dis, monsieur Vaysse, que c’est urgent ! Il faut me croire. Vous ne connaissez personne d’autre pour le faire ? – Si, mon ouvrier, si vous le payez bien. Au noir, bien sûr. Il pourra vous faire ça à la débauche ou le week-end. – Où est-ce que je peux le joindre ? – Ici, il est avec moi sur le chantier. Je vous le passe. Tiens, Bruno, monsieur Delprat veut te parler. – Allo, monsieur Delprat ? C’est Bruno à l’appareil. – Ah, Bruno, tu vas bien ? – Très bien ! 13
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