l'appareil - Page 14 - Histoire du P"c"F vécue par un ancien militant/dirigeant Alain Pelosato l’appar il A Raymonde, la seule qui a su me supporter, à son fils Jean-Marc qui est aussi un peu le mien depuis vingt-deux ans, à notre fille Florence... « J’y vois des milliers et des milliers d’hommes jeunes, vivants. Leur chair est chaude, palpitante. Le sang vient à leurs joues. Ils ont les mouvements aisés des corps qui travaillent. Leurs femmes sont avec eux, leurs promises, leurs enfants, Ils ont des mouvements inattendus, ils touchent gaiement leurs voisins, leurs yeux s’allument, se posent doucement sur des lèvres, des seins. Ils ont des désirs d’hommes, ils ont faim, soif, ils éprouvent de la langueur quand une fille élève son bras nu. Ils suivent des yeux avec confiance les gestes de l’orateur, les frémissements rouges des drapeaux. Cet immense troupeau est venu ici comme à une fête. J’ai peur de regarder en face son destin. » Louis Aragon « Les cloches de Bâle » 1934 « Il faut instaurer la primauté de la conscience sur l’obéissance. » Maître Ugo Iannucci au procès Barbie. 1987 1972 : le programme commun En 1972, j’étais encore en pleine dépression. Exclu de l’école d’ingénieur, abandonné par « l’appareil » auprès duquel je devais paraître comme encombrant, séparé de ma famille, je vivais à Lyon avec ma jeune épouse. Je ne trouvais pas de travail, j’étais alors chômeur alors qu’on était sous le régime du plein emploi ! Je décidai de renouer avec « l’appareil ». Je retournai voir la fédé où ce jeune dirigeant dynamique qui m’avait parlé de la formation « universitaire des écoles centrales du parti », me proposa de participer à une école fédérale. Après n’avoir connu « l’appareil » qu’au travers de ses envoyés spéciaux de l’U.E.C., j’allais cette fois le voir en face, et m’y faire intégrer. J’étais toujours fasciné par cette machine exceptionnelle, et séduit — amoureux fou — par cette théorie marxiste-léniniste, le socialisme scientifique. A cette école, je rencontrai René, un homme exceptionnel, un de ces vrais ouvriers de « l’appareil », un homme attaché à sa classe et qui croyait sincèrement que « l’appareil » pouvait émanciper la classe ouvrière. Il y avait aussi un jeune dirigeant, qui était devenu récemment secrétaire de la section de Givors. Nous n’avions pas signé de bail, mon épouse et moi, pour le logement que nous occupions cours Lafayette. Excès de confiance en l’espèce humaine. Un jour, le propriétaire est venu nous demander de quitter les lieux d’ici un mois. Il voulait loger ses enfants dans ce logement. J’en parlait donc à René Desgrands. Il me proposa un logement à Givors. « A Givors ? Quel bled perdu... » Bon, finalement par manque de choix j’acceptais. Je devais rencontrer l’adjoint au maire chargé du logement dans cette commune. C’était facile. Je pouvais le voir à la fête de l’Huma à Vénissieux. Je me souviens bien de cette rencontre. Cet homme s’appelait Roger Gaudin. Encore un être exceptionnel ! Un grand et bel homme, très sympathique. Même sans plus aucune dents (et il n’avait pas les moyens de s’acheter un dentier) il avait une très grand prestance. Un humaniste. Le contraire de l’homme d’appareil. Je le vois encore, au fond de cette immense salle constituée d’un assemblage de grandes toiles de tentes, bourrée à craquer de convives pleins de bonne humeur, un brouhaha, des serveurs et serveuses bénévoles s’affairant pour le service, la trésorière, notre charmante Muguette, toujours là pour servir le parti jusqu'à sa mort, assise à l’entrée pour encaisser l’argent. Une femme exceptionnelle que seul le parti communiste a pu former dans cette exception, des gens qui ont toujours été au service de « l’appareil » en croyant sincèrement être au service du peuple. Roger portait un grand tablier bleu et faisait des frites. Je lui parlais de mon problème et il me donna rendez-vous à Givors tel jour, telle heure. Je m’y rendis. Givors me fit l’effet qu’elle doit toujours faire au nouveau venu. Une ville pauvre, qui affiche ostensiblement sa pauvreté dans la médiocrité de ses immeubles de reconstruction d’après guerre. Une fois cette impression passée, cette ville est attachante, non pas par son urbanisme, mais par la qualité humaine de ses gens, ouvriers français, ouvriers venus d’Italie, d’Espagne, du Portugal et du Maghreb, chaleureux et solidaires. Une ville fluviale aux fortes traditions de joute, de courses de barque et de pêche. Pour montrer mon objectivité, je voudrais simplement citer Charles Lenthéric, ingénieur, auteur d’un monumental ouvrage sur le fleuve Rhône (une référence) en... 1905 (je n’ai sous les yeux que la date de la deuxième édition) : « A quelques kilomètres en aval de Lyon, un nuage épais couvre la rive droite et annonce la présence d’une agglomération industrielle. On stoppe le long d’un quai noirci par la poussière du charbon. C’est Givors. » 1972 : le programme commun Givors fut de tout temps une ville industrielle et portuaire, avec une des premières verreries de France, venue là pour la proximité du « charbon de terre » de Saint-Etienne et de celle du port fluvial. Pour cette même raison, se développera plus tard une importante industrie sidérurgique et métallurgique aujourd’hui disparue. Voilà pourquoi les idées communistes sont très populaires à Givors. Je ne rencontrai pas mon ami Roger Gaudin ce jour-là, mais la société d’économie mixte propriétaire de logements me donna les clés. Nous nous installâmes. Ces minuscules logements sont nombreux à Givors. Nous trouvâmes le nôtre infesté de cafards. Il fallut du temps pour s’en débarrasser. Une autre épreuve (pour moi...) m’attendait : le service militaire. En attendant j’avais eu un poste de professeur remplaçant dans l’académie de l’Isère. J’avais commencé à exercer à Annonay alors que j’habitais Lyon. La route était longue et l’hiver brumeux. Lorsque ma petite 4L montait la montagne vers la petite ville de l’Ardèche, je voyais la grandiose vallée du Rhône cachée sous un long manteau de coton blanc. Un spectacle extraordinaire ! Moi qui suis photographe, je me suis toujours maudit de ne jamais avoir pensé prendre mon appareil ! Aujourd’hui, ces brouillards persistants n’existent plus car la pollution atmosphérique a beaucoup diminué, les polluants tels que le dioxyde de soufre (émis par les chaufferies et la centrale électrique de Loire-sur-Rhône à côté de Givors) jouaient le rôle de catalyseur pour la formation des brouillards dans cette vallée humide. Ce service militaire, je le passai à Bron, dans l’armée de l’air. Je n’y suis pas resté bien longtemps. Avant la visite médicale, le sergent nous avait dit que nous pouvions demander des lunettes gratuites pour l’armée. Je passais donc entre les mains expertes de l’ophtalmologiste des armées à Dégenette. Celui-ci m’ausculta longuement et me demanda : « Vous tenez à faire votre service ? Vous avez du travail si vous sortez maintenant ? » Je n’en croyais pas mes oreilles ! Moi, l’antimilitariste, j’avais tout tenté pour me faire réformer. J’avais refusé de faire les « EOR » (Ecoles d’officiers de réserve) alors que l’officier chargé du recrutement lors de mes « trois jours » avait exercé sur moi une forte pression. Il faut dire aussi que j’étais relativement en dehors de la « ligne » de « l’appareil » concernant l’armée, car ce dernier conseillait de la faire pour y pratiquer l’agitation. Donc, la grande muette attendit que je sois en train de faire mes classes pour me réformer ! Je répondis au toubib : « Aucun problème. Nous sommes en août et je suis professeur remplaçant. Je serais affecté à mon poste fin septembre... » Et je fus réformé. Quelle joie ! Lorsque je revins à mon cantonnement je vis la jalousie dans les yeux de mes camarades, particulièrement l’un d’eux, étudiant en droit, particulièrement raciste. J’ai horreur de cette idéologie ! Lorsqu’on est réformé à l’armée on n’est pas libéré pour autant. Il faut finir ses classes. Ma chance était d’être dans l’armée de l’air où les classe ne durent que trois semaines. Il ne me restait plus qu’une semaine « à tirer ». Mais je devais le faire à l’infirmerie. Un très bon souvenir, surtout les repas et les discussions avec l’officier médecin qui faisait également son service militaire. Le caporal eut un petit sourire quand je lui annonçai la bonne nouvelle et me dit : « Lorsqu’on a sa carte au parti, on a deux possibilités : ou on se fait réformer ou on se fait incorporer dans un bataillon disciplinaire. » Je restais sans voix, stupéfait de l’information qu’il venait de me donner : il savait que j’étais au P.C.F. ! Quand on est fiché, on est fiché... Il avait raison. Un camarade (qu’il m’excuse, je ne me rappelle plus de son nom...) avait eu la même expérience. Lors de manœuvres en Allemagne, on l’obligea à jouer le rôle de l’ennemi. Or, l’ennemi à l’époque, c’était l’U.R.S.S.. On lui mit donc un uniforme soviétique et on le lâcha dans la nature. Les commandos se mirent à ses trousses. Et finirent par le rattraper. On l’interrogea (c’était toujours de l’entraînement bien sûr) et mon camarade, en fin d’interrogatoire, se mit debout et chanta l’Internationale ! Bien profité de la situation ! Lorsque j’eus rassemblé mes affaires et que je me rendais à l’infirmerie, je rencontrai le sous officier chargé de la formation des maîtres chiens. Un homme d’une cinquantaine 16 1972 : le programme commun d’années, viril dans sa tenue léopard, impressionnant avec ses chiens berger tenus en laisse, troupeau effrayant qui tirait ses bras en avant. « Eh ? Où vas-tu p’tit ? (j’avais vingt-cinq ans, mais enfin, passons !) — Je vais à l’infirmerie... — Et pourquoi ? » Les chiens tiraient toujours et il passait devant moi sans chercher à ralentir l’allure. « Je suis réformé ! » Mon bonheur était si visible qu’il se mit en colère et me traita de tous les noms, surtout de « pédé », bien sûr... Me voilà donc réformé pour « risque de décollement de la rétine » (mais tous les ophtalmologues consultés depuis, m’ont dit que, bien sûr, je n’avais pas une excellente rétine, mais de risque de décollement point ! Le caporal avait-il raison ?) et « élu » secrétaire à la propagande de la section de Givors. J’avais été repéré par le jeune secrétaire de section lors de l’école fédérale dont il était le directeur adjoint. Christian était un jeune ouvrier de Fives Lille, de ces dernières génération d’ouvriers, le cas typique de « l’appareil » dans lequel il fera carrière. Comme je l’ai dit plus haut, ouvrier à l’origine, mais pris en main au berceau de la politique par « l’appareil », formé dans ses écoles, (fédérales pendant quinze jours, centrales d’un mois, centrale de quatre mois, et même un an à Moscou pour les futurs dirigeants nationaux), façonné dans une fidélité sans faille. Dès mon retour de l’armée, la première réunion à laquelle j’assistai, était une assemblée générale des communistes de Givors. Un compte-rendu du comité central. C’était le nouveau secrétaire de section qui présentait le rapport (c’est comme ça qu’on dit ; expression typique d’une certaine bureaucratie...). A la tribune : Camille Vallin, avec Christian, le jeune secrétaire de section, Antoine S. et Raymond R. Ce dernier, était aussi un militant exceptionnel. Un ouvrier fondeur qui avait lutté aux hauts fourneaux de Chasse-sur-Rhône, et qui était embauché pour exercer les activités de secrétaire du maire. Camille Vallin, le maire, était membre du comité central, un homme de « l’appareil », mais formé aussi en dehors de ce dernier, confronté aux problèmes de l’élu local, aux affaires des gens à régler, donc relativement peu coupé des réalités. Cela n’empêchait pas (et n’empêche toujours pas...) les défauts inhérents à cette fonction d’homme de « l’appareil », mais a créé quelques tensions entre lui et d’autres dirigeants. Raymond, un petit homme très maigre, à la santé fragile, minée par son dur travail de fondeur (il est d’ailleurs mort de la silicose), très fidèle au parti, dans le sens de fidélité à un idéal d’humanisme, de solidarité, idéal commun à nombre d’adhérents du parti communiste, mais curieusement absent, ou, disons, mal visible, chez la plupart des gens de « l’appareil ». Nous avons vu comment Louis Aragon avait noté que les « intellectuels » souffrent constamment d’une suspicion de la part des militants. « Quel intérêt ont-ils de venir au parti, ces intellectuels ? » Se disent-ils. « S’ils viennent c’est qu’ils sont intéressés par une carrière. Or, cette carrière politique est exclusivement réservée aux ouvriers. » C’est d’autant plus important, que bien souvent, l’intellectuel arrive avec un bagage, une culture, qu’il a déjà les moyens de briller et qu’il est beaucoup plus difficile à former dans le moule de « l’appareil ». Mais revenons donc à mon ami Raymond, fumeur de Gauloises sans filtre invétéré, ce qui n’était pas bon pour sa santé, car il avait des difficultés respiratoires. Ce dernier faisait une comparaison entre la situation de programme commun dans laquelle nous étions avec celle du front populaire. Il déclara donc, en passant : « Nous allons certainement créer des comités du programme commun, avec les autres partis signataires. 17 1972 : le programme commun — Ah non ! Répondit Camille Vallin. Le comité central a décidé19 qu’on ne ferait pas comme au temps du front populaire. » Voilà, le comité central l’avait décidé et donc, nous étions contents. Quant à savoir pourquoi, nous ne le comprîmes que quelques années plus tard, quand nous apprîmes que Georges Marchais avait prononcé un rapport « secret » à ce comité central, rapport dans lequel il évoquait le risque d’être dépassé par le P.S. sur le plan électoral et qui envisageait déjà, en quelque sorte, la sortie du programme commun qu’il venait de signer. Dans ces conditions, on comprend aujourd’hui, qu’il était impossible de constituer des « comités du programme commun ». Quand je pense à l’énergie considérable que nous avons déployée pour vendre ce petit livre noir, j’en suis épouvanté, alors que, déjà, « l’appareil » avait décidé que ce n’était qu’une alliance de façade. Et, connaissant aujourd’hui l’existence de ce rapport, on se demande comment cette direction a pu faire l’erreur monumentale de ne pas présenter de candidat communiste aux élections présidentielles de 1974 ! A la rentrée, je suis nommé au lycée technique de Vienne. Le jour de la rentrée, je suis interpellé par le concierge : « Qu’est-ce que vous foutez là ? Allez ! Faut se mettre en rang avec les autres ! » Il me prenait pour un élève ! J’avais vingt-cinq ans et le crâne rasé de l’armée, d’accord, mais enfin. L’air d’un gamin quoi... « Je suis pas élève, mais professeur ! » Le gars rougit jusqu’aux oreilles, d’un rouge brique. « Oh ! Excusez-moi ! » Je dus affronter une classe de C.A.P. qui essaya immédiatement de prendre le dessus mais n’y parvint pas... La vie de professeur remplaçant est difficile. Je fus nommé ensuite à Voiron. Je reçus mon télégramme du rectorat la veille des vacances de Pâques. Il fallait absolument que je sois sur mon lieu de travail le jour même, sinon je n’étais pas payé pendant les vacances de Pâques. Je partis donc avec ma voiture en démarrant sur les chapeaux de roues. Il y avait deux heures de route et je devais arriver avant la fermeture de l’établissement qui aurait lieu à dix-sept heures comme me l’avait indiqué le principal au téléphone. J’étais dans les temps. Hélas, je dus affronter une terrible tempête de neige en traversant les « Terres froides », mais j’arrivai juste à temps au collège à cinq heures moins trois, tout essoufflé dans le bureau du principal. Je me souviens bien du trajet en voiture, tous les matins en ce printemps de l’année 1973. A un certain endroit, la route était traversée par de nombreux écureuils, flèches rapides de fourrure rousse ou noire au ras du sol, la belle queue touffue allongée derrière le corps svelte. Aussi quand Christian me dit à une réunion du secrétariat de la section que le maire de Givors avait un boulot à me proposer, j’étudiai la question avec intérêt. Ce fut donc en septembre 1973 que je rentrai à la mairie de Givors avec le grade de technicien. Mes fonctions ? membre du cabinet du maire avec mon ami Raymond et la charmante secrétaire du maire, la regrettée Rosette, qui deviendra ma belle-sœur en 1979 (ma rencontre avec sa sœur Raymonde n’a rien à voir avec la présence de Rosette à la mairie ; j’ignorais d’ailleurs qu’elles fussent sœurs.) La première fois que je la vis taper à la machine, je faillis tomber à la renverse : ses doigts parcouraient si vite le clavier qu’ils en devenaient invisibles et le bruit obtenu était un véritable crépitement. Incroyable ! Ma formation supérieure en chimie était très utile pour aider Camille à diriger une association de communes riveraines du Rhône qui s’occupait de lutter contre les nuisances et pollutions. J’effectuais ce 19 Une fois que cette expression consacrée a été prononcée, il était difficile de dire le contraire, car le comité central savait tout et avait toujours raison. Voir plus loin, comment cette « fétichisation » des organes de direction perdure jusqu'à nos jours. 18 1972 : le programme commun travail jusqu’en 1983, date à laquelle je fus élu maire-adjoint de Givors, la mairie de PierreBénite m’ayant accueilli entre temps pour ma fonction de technicien. En travaillant à diriger cette association, je fis la connaissance du merveilleux Paul Carpita et de son épouse Maguy. Je dois vous parler de la carrière cinématographique de cet être exceptionnel, militant du P.C.F. dès son jeune âge car enfant d’une famille modeste de Marseille, et qui n’a jamais renié ses idées malgré les déceptions terribles. Paul était instituteur après la guerre. Il était passionné de cinéma. Aidé par le P.C.F. qui lui paya la pellicule, il réalisa un film, « Le rendez-vous des quais », film qui raconte une histoire d’amour pendant une grève des dockers contre la guerre d’Indochine, et une histoire de trahison du mouvement social en faveur d’une réussite personnelle. Il le fit sans aucun moyen. Seule sa caméra et deux acteurs professionnels, les autres étant des gens de Marseille, de simples dockers, de simples gens... D’ailleurs, quand on regarde le film, on ne peut nier que ce sont ces derniers qui jouent le mieux car ils savent de quoi ils parlent. Ce film a été tourné entièrement en décors naturels ; mieux même, il a été tourné pendant une vraie grève avec de vrais CRS (tourné en clandestin, bien sûr). Ce ne fut pas sans mal . Un jour, alors que Carpita filmait, un CRS le voit ! « Je le voyais arriver vers moi en grandes enjambées dans le viseur de ma caméra. » Racontait Paul. « Aïe ! Aïe ! ça va mal tourner ! Je planque ma caméra derrière les spectateurs qui se trouvaient devant moi et le CRS me dit d’un air autoritaire : — Vous filmez ? — Euh.... — Vous filmez ? Si ! vous filmez ! Dites donc, vous pouvez pas nous filmer, mon camarade et moi là-bas ? » « Ah, pétard ! Il nous avait pris pour les informations filmées ! » Autre anecdote. Paul voulait filmer un syndicaliste sur un bateau. Il devait avoir rassemblé les gars et les haranguer pour les appeler à faire grève. Evidemment, étant donné le sujet du film, il était impossible d’avoir l’autorisation d’un capitaine pour tourner cette scène. Ils se firent donc passer pour une équipe qui faisait un film publicitaire pour la brandade de morue. L’autorisation fut obtenue et la scène tournée avec des dialogues concernant la brandade de morue. La postsynchronisation faisant dire ensuite aux présents tout autre chose. C’est ça la magie du cinéma ! Le film fut tourné, monté et postsynchronisé aux studios marseillais. Lors de sa première projection en 1953, les copies furent saisies et détruites, le film interdit et la carrière de Paul quasiment étouffée dans l’œuf. Seul, Fernand Grenier fit une intervention à la chambre des députés pour le défendre. « L’appareil » du parti était occupé à favoriser d’autres cinéastes, bien plus rentables politiquement. Ce qui fait que Paul Carpita croyait que son film était mauvais. Ce qui ne convenait pas à « l’appareil » ne pouvait pas être bon. Le cinéaste communiste résista. Il réalisa des courts métrages dont certains sont des chefsd’œuvre. Et aussi des documentaires. C’est comme cela que je l’ai connu. Nous lui avions commandé un film sur les pollutions qu’il a réalisé et qui s’appelle « Vallée du Rhône la colère ». Bien plus tard, vers l’année 1988, le ministre de la culture, Jack Lang, était en visite dans le midi de la France. De vieux dockers lui disent qu’ils avaient tourné un film autrefois et qu’il avait été interdit. Un film interdit ? Comment est-ce possible ? Il fit faire des recherches et le négatif fut retrouvé ! Il avait été déposé aux archives du film par le P.C.F. quand ce dernier avait restructuré son patrimoine cinématographique. Et personne ne s’en souvenait ! Aujourd’hui, ce film est devenu un film culte. Présenté dans le monde entier. Le maillon manquant de l’histoire du cinéma. Bravo Paul ! Ce succès lui a ouvert (enfin) les avances sur recettes, il a beaucoup travaillé pour rassembler un petit financement et a pu enfin réaliser le 19 1972 : le programme commun film qu’il avait en lui depuis l’interdiction du « Rendez-vous des quais ». Ce film s’appelle : « Sables mouvants ». Il prépare actuellement son troisième long métrage... Voilà un des nombreux êtres exceptionnels que j’ai rencontrés au parti communiste. Il en est un autre, c’est Camille Vallin. J’en ai parlé plus haut. Je pense sincèrement que cet homme exceptionnel a été un peu gâché par « l’appareil » dont il a fait partie pendant longtemps. Les électeurs de sa commune et au-delà ne s’y sont pas trompés : le score qu’il réalisait aux élections locales dépassait très largement le score du parti communiste. Des hommes comme lui, n’ont jamais eu la possibilité de diriger « l’appareil ». Trop brillants, trop compétents, trop populaires... Son successeur, Martial Passi, pense peut-être, comme beaucoup de communistes sincères, qu’être avec « l’appareil » est une reconnaissance de fidélité à un idéal. Je ne le crois pas. Aujourd’hui, cet « appareil » entraîne le corps du P.C.F. à une noyade mortelle. Aujourd’hui se prépare le trentième congrès du parti. Je lis que le comité national connaît des débats intenses : doit-on faire élire le secrétaire national par le congrès ? Ce genre de débat est consternant ! Ce n’est pas l’élection du secrétaire national qui pose problème, c’est le congrès lui-même ! En effet, qu’est-ce qu’un congrès du P.C.F. ? c’est une réunion des permanents du parti qui se fait tous les trois ans. Une grande messe de « l’appareil » ! J’ai participé à trois de ces congrès. Je vous en parle un peu. Le vingt-sixième congrès vit la suppression de la « dictature du prolétariat ». Ce fut une bonne chose en soi. Mais autant, juste avant, nous devions encenser l’union soviétique, autant, cette fois, je fus quand même surpris d’entendre Pierre Zarka faire une déclaration antisoviétique à la tribune ! A tel point que le représentant du parti communiste de l’union soviétique (un militaire couvert de médailles) quitta la salle. Pierre Zarka commença ainsi son ascension vers les sommets de « l’appareil ». Une carrière typique et incontournable pour réussir : être permanent dès l’âge de 17 ans à la jeunesse communiste, le rester ensuite au parti. Pour cela il faut donner des gages à « l’appareil ». Ce discours au vingt-sixième congrès fut certainement un de ces gages, car aujourd’hui Pierre est directeur du journal l’Humanité ! J’ai vu l’excellent Camille Vallin donner des gages de ce type aussi. Mais pas avec les mêmes effets. Ce discours de Pierre Zarka est d’autant plus consternant quand on se souvient que Georges Marchais, en 1980 — trois ans plus tard seulement — fit une tonitruante conférence de presse à... Moscou ! pour défendre l’intervention soviétique en Afghanistan... Eh oui, voilà encore une manifestation du fait très simple que « l’appareil » n’en a cure d’avoir une politique cohérente. Depuis 1968 (avant, je ne peux pas en juger, les positions du parti concernant la Tchécoslovaquie sont éclairantes à ce sujet), sa politique n’a qu’un seul but : sa survie ! Et que dire d’un congrès debout20, applaudissant de manière quasi hystérique le parti ouvrier unifié polonais (P.O.U.P.21) qui venait de prendre des décisions terribles de répression dans son pays ? Un congrès du P.C.F., ce n’est pas du tout une représentation nationale des adhérents ! Juste une réunion complète de « l’appareil ». J’avais été invité à ce vingt-sixième congrès en tant qu’élève de l’école centrale de quatre mois. Nous venions de terminer notre « scolarité ». Une épreuve terrible. J’ignore quel est le contenu du rapport qui fut rédigé sur l’élève Pelosato, mais il ne dut pas être bien bon. Ce qui ne veut pas dire que « l’appareil » avait décidé de se passer de moi. Je pouvais toujours servir. C’est pourquoi, lors d’une des très rares permissions22 au cours de laquelle je rentrai chez 20 En 1977, je crois, lors d’un « congrès extraordinaire », soit un an seulement après le congrès qui vit l’intervention de Pierre Zarka... 21 Ce parti n’existe plus, il a, disons, été remplacé par le parti « Social-démocratie de la république de Pologne ». 22 Elles étaient rares car il fallait avoir les moyens financiers du déplacement, mais nous étions libres tous les week end. 20 1972 : le programme commun moi, Jean-Paul Magnon, avec ses manières de maquignon, me « proposa » de prendre la direction de la section de Grigny, une petit ville contiguë à Givors. Grigny avait été autrefois une municipalité communiste. Mais elle avait été prise par le docteur Malfroy qui l’avait gardée ainsi deux mandats. Or, à toutes les autres élections, la gauche était majoritaire à Grigny. Le dispositif était bon : un nouveau secrétaire de section jeune et dynamique et un nouveau candidat tête de liste, compétent et fidèle. Ce dernier était le regretté Roger Tissot. Nous enlevâmes la mairie à la droite en mars 1977. Depuis, à chaque élection, la municipalité est restée communiste (en alliance avec d’autres partis de gauche), même après le décès prématuré de Roger Tissot, remplacé par René Balme. Roger Tissot23 était le contraire de l’homme « d’appareil ». Un homme intègre, mais néanmoins, comme beaucoup de militants de sa génération, très attaché à « l’appareil » en croyant sincèrement que cet attachement était donné au parti. Mais revenons à l’école du parti. Je me souviens bien de l’accueil de l’école. Je ne me souviens plus des noms des responsables. Il y avait un grand rouquin, le directeur de l’école, toujours ivre le soir, souffrant visiblement affreusement de la maladie alcoolique. Donc, en cette séance d’accueil, nous avions l’honneur d’avoir Etienne Fajon, alors responsable de l’éducation au sein du parti. Je fus très étonné de l’entendre dire que nous étions venus pour étudier, et non pas pour faire la bringue ! « Curieux, m’étais-je dis. Moi, je ne suis pas venu pour faire la bringue ! » Eh bien, je l’ai faite. Cela était-il un des moyens de sélection de cette école ? Bouteilles à portée de main et à volonté « l’appareil » allait bien voir qui serait tenté ? Je fus de ceux-là ! D’autres, beaucoup plus sérieux, n’ont pas vraiment ensuite montré un réel attachement au parti, puisqu’ils l’ont quitté, gardant tout de même les avantages d’être « apparenté » dans le groupe parlementaire communiste. Ah ! si les méthodes de « l’appareil » étaient infaillibles, on le saurait ! Le principe est simple : beaucoup de règles à suivre, mais surtout ne jamais expliciter ces règles. Ce qui est important c’est le réflexe de « l’appareil ». Celui qui le possède rejoindra « l’appareil ». La seule preuve de cette possession c’est qu’il respecte ces règles sans qu’on lui les ait jamais dites expressément. S’il les connaissait, on pourrait le soupçonner de les respecter par carriérisme... Ce type de système est copié sur nos « camarades » soviétiques et des autres pays de l’est. Ainsi en allait-il de la R.D.A. Je suis allé plusieurs fois en R.D.A. Nous passions le rideau de fer dans une petite douane perdue au fond d’une vallée étroite, sur une route défoncée longeant une voie de chemin de fer rouillée. Une image grandeur nature de l’avenir de ce « socialisme réel ». Jamais les visas n’étaient apposés sur nos passeports. « Ils vous attendent à la frontière ! » nous expliquait Roger Gaudin24, le responsable de l’amitié France-R.D.A. A la frontière, à chaque fois il y avait un problème. J’ai fini par savoir lequel, lors de mon dernier voyage que j’effectuai en république démocratique allemande avec des amis universitaires. Cette fois, nous n’avions pas de visas collectifs, mais des visas personnels. Un de mes amis m’appelle à la rescousse car un Vopo (ce terme est une contraction de « Volkpolizei », ce qui veut dire « police du peuple ») dans sa tenue grise, au regard clair et perçant lui parle en allemand. J’arrive pour faire l’interprète. Le Vopo explique que mon ami n’a pas de visa. Mais cela peut s’arranger, et il me fait ce signe en frottant l’index sous son pouce et en disant « Geld » (argent). Mon ami s’indigne et refuse de payer. J’en fais part au Vopo qui a l’air désolé et repart vers le local de la douane. Nous attendons des heures et finalement on nous laisse passer. Je comprends maintenant pourquoi à chaque passage de frontière, nous attendions des heures ! Lors de ce voyage, consacré à l’enseignement en 23 Pour connaître les motivations et l’engagement de cet homme remarquable que fut Roger, je conseille la lecture de son livre : « La Roulante (Chronique d’une grève assassinée) » Editions BGA Permezel 1995 24 Ce Roger Gaudin ! Il voyait tout en optimiste. Son expression favorite était : « Kein problem ! » (Pas de problème en allemand). 21 1972 : le programme commun R.D.A., nous avions rencontré des enseignants. Nous leur demandâmes sur quel critère les lauréats étaient sélectionnés pour être enseignant ; ils nous répondirent : « Le critère social est le principal critère. » Donc, la compétence passait en second. L’adhésion au régime politique passait en premier. Il en était de même pour les centres de redressement où se retrouvaient les jeunes dont la famille n’adorait pas le régime. Je dois dire que, comme la plupart des communistes de l’époque, et même si ce système ne me plaisait pas, je ne protestais pas. Pire même, je me faisais moi-même prendre par ma fidélité. Ainsi, lors de mon premier voyage avec de jeunes lycéens, je surpris l’un d’entre eux à faire du marché noir avec la monnaie. C’était rigoureusement interdit, car la R.D.A. tenait à tout prix à son taux de change officiel (qui n’avait rien à voir avec le taux réel, comme le montrait le marché noir). Je réagis vigoureusement et fut particulièrement étonné de voir la mollesse de la réaction du directeur du stage (membre de la STASI, la police secrète politique comme me l’avaient dit les élèves allemands, mais je ne les avais pas crus), et finalement aucune sanction ne fut prise, ni aucune admonestation. Un autre cadre allemand du stage m’expliqua alors que le régime tolérait ce marché noir, le favorisait même car il permettait des entrées de devises qui rentraient dans le circuit bancaire par les « Intershop », magasins dans lesquels on n’achetait que des produits occidentaux avec de la monnaie occidentale. Voilà donc une règle « secrète » contraire à la règle écrite, je dirais même contraire à la loi ! C’est comme cela que fonctionne « l’appareil » du parti en France aussi. Je vais l’illustrer tout à l’heure par les péripéties de « l’appareil » entre les deux tours des élections présidentielles de 1981. Lors du dernier voyage en compagnie d’amis universitaires, je pris conscience que j’avais complètement coupé les liens avec ce milieu cultivé pour me scléroser dans « l’appareil ». Je me déchaînai donc et posai plusieurs questions dérangeantes, du moins dérangeaient-elles mes compagnons français, pourtant non communistes ou ayant quitté le parti, l’un d’entre eux m’avait d’ailleurs déclaré qu’il ne pouvait pas se sentir à l’aise quand il était représenté par un homme comme Georges Marchais. Ainsi, agacé par le fait qu’à chaque visite d’entreprise nous avions affaire au triumvirat : chef du parti25, chef du syndicat et directeur de l’usine (presque toujours des hommes), tous ayant au revers l’insigne du parti, je posai la question suivante au directeur : « Vous portez l’insigne du parti au revers de votre veston. Qui commande ici, vous, ou le secrétaire du parti ? — Personne ne commande ici. Me répondit-il. Nous faisons tourner l’usine par la conviction et non par le commandement... » (Sans commentaire). Une autre fois, à la « charmante » responsable locale du SED (ce qui veut dire parti socialiste unifié en allemand, parti qui a regroupé autoritairement le parti communiste et le parti socialiste après la guerre) : « Vous avez le pouvoir en R.D.A. grâce à l’armée rouge ! (J’avais parlé en allemand) — Non ! ne dis pas ça ! S’écria en français mon ami. — Yawohl ! Me répondit tout naturellement cette grosse bonne femme pas très sympathique. Et de m’expliquer en détails à quel point j’avais raison... » Le S.E.D. (en français : parti socialiste unifié), le parti communiste en quelque sorte... En R.D.A. il y avait d’autres partis et d’autres groupes représentés à l’assemblée nationale. Mais ses candidats devaient avoir l’aval du S.E.D., « parti dirigeant de la D.D.R. » (Deutsche Demokratische Republik : république démocratique allemande, R.D.A. en français)) 22 25 1978 : la rupture J’ai expliqué ci-dessus comment, après les élections législatives partielles de 1977 dont les résultats montrèrent un réel déclin du P.C.F., la direction du parti prit son virage à cent quatrevingts degrés et voua le parti socialiste aux enfers de la social démocratie. Et ceci alors que « l’appareil » avait été très loin dans l’illusion sur la « nature » du P.S., certains articles des « cahiers du communisme26 » allaient jusqu'à avancer l’idée que le P.S. devenait un « parti de classe » depuis que le P.C.F. l’avait « contraint » à signer le programme commun de gouvernement. Nombre de militants furent désemparés ; ils avalèrent les cordes qu’il y avait à avaler. Nous ignorions le « rapport secret » de Georges Marchais lors du comité central qui avait adopté le programme commun de gouvernement. Les événements donnèrent raison aux « anti-unitaires ». Une nouvelle ère s’ouvrait, celle de la duplicité, règle une fois de plus non écrite qui disait qu’il fallait être unitaires en paroles et « anti-unitaires » en actes. Les élections législatives se déroulèrent dans une atmosphère d’enthousiasme de la part des militants. Nous en étions encore au stade où on ne s’apercevait pas que bon nombre étaient restés « sur le bord de la route ». Cet hiver fut très rigoureux. Nous étions contraints de rajouter beaucoup de sel dans la colle des affiches pour éviter qu’elle gèle contre les murs. J’ai toujours aimé les rendez-vous fraternels entre militants au petit matin pour aller coller des affiches : cette aération de l’esprit, ce sentiment d’être utile, cette espèce de guérilla pour rire avec les équipes d’afficheurs de nos adversaires politiques. Nous étions encore nombreux à participer aux « collages ». Des années plus tard, ce ne fut plus le cas. Parfois même, je partais seul couvrir les murs de Givors d’affiches, notamment — entre Noël et Jour de l’an de l’année 1988 — par un matin glacé dans un brouillard givrant, je collais le portrait de Camille Vallin partout pour la préparation des municipales de 1989. En 1978, nous avions encore les forces pour aller coller des affiches dans la « Vendée lyonnaise » et distribuer des tracts aux ouvriers très loin, à Saint-Symphorien-sur-Coise, làhaut dans la montagne, à la sortie des usines de salaison. Nous n’avions peur ni du froid, ni du gel, ni de l’adversité. Nous étions convaincus que le parti resterait en tête et que nous serions ainsi les principaux artisans de la victoire de la gauche. « L’appareil » le croyait tellement, car il nous le faisait croire aussi, qu’il accorda à Jean Capiévic, alors secrétaire de la fédération du Rhône de créer son journal « Le Point du jour ». Il en devint le directeur et son directeur adjoint fut Roland Jacquet, aujourd’hui trésorier national du P.C.F. (La fédération du Rhône a beaucoup donné des siens à « l’appareil »). Il est intéressant de noter comment fut effectué le recrutement pour faire fonctionner le journal. Le recrutement était basé non pas sur les compétences requises, mais sur les critères « sociaux » identiques à celui de la R.D.A. Furent ainsi bombardés journalistes et directeurs des rubriques locales des gens « sortis du rang » sans aucune formation hormis celle du P.C.F. On obtint un journal quasiment illisible et qui ne réussit pas à passer l’hiver suivant. On mit cet échec sur le compte de l’échec électoral, « l’appareil » ne se rendant même pas (encore) compte que cela revenait au même en ce qui concerne ses responsabilités. Ensuite, ce furent les « pages Rhône-Alpes » du journal l’Humanité qui prirent la relève mais qui n’existent plus non plus aujourd’hui. C’est à Noël 1979 que l’armée rouge envahit l’Afghanistan. Décidément, pour nous les communistes, il y a plus d’un Noël au cours duquel nous avons souffert. Y compris celui où la 26 Revue « théorique » et politique du P.C.F. (C’est moi qui ai mis les guillemets.)
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