Fandom - Page 2 - Les mésaventures de l'édition dans le milieu SF français Fin des années quatre-vingt d’abord : rappel… C’est l’agonie du communisme après une très longue maladie. La fin de l’Urss après le putch contre Gorbatchev, la chute du mur de Berlin, la “révolution“ en Roumanie avec ses horreurs médiatiques (je relis aujourd’hui avec plaisir les textes de Dan Simmons sur cette période). Une période terrible pour moi, l’enfant de la guerre et des sacrifices inouïs de la lutte contre le fascisme et le nazisme. Dès 1984, je commençais à être fatigué de militer au PC. Ce monde me révulsait. Mais je ne voulais pas l’admettre et je m’agrippais à cet héritage de l’antifascisme du PC que la famille de ma mère a si cher payé. C’est d’ailleurs cette année-là que je mis en place le lent mais irréversible processus de ma disgrâce au PC. Il fallait préparer les élections cantonales de 1985. La situation du PC était très difficile politiquement car les ministres communistes venaient de quitter le gouvernement. Le PS local à Givors allait évidemment favoriser la perte du siège de Conseiller général tenu par Camille Vallin depuis…. 1945 ! Avant le Comité de section qui devait décider de qui devait être candidat, Camille Vallin, en bon stalinien, déclara au journal Le Progrès que c’était lui le meilleur. Je ne partageais pas cet avis, cet article me mit en colère et je fis part sans prudence de cette colère à mon amie Yvette qui s’empressa de rapporter mes propos irrévérencieux à Vallin. Je maintins néanmoins ma position contre la candidature de Vallin (il fallait renouveler !) au comité de section et au comité fédéral. Je fus battu bien sûr. Il faut dire qu’aux élections cantonales précédentes, en 1979, j’avais été désigné par la section et la fédération pour prendre la relève de Vallin. Tout était décidé quand soudain, Jean-Paul Magnon secrétaire fédéral, me fit savoir, avec ses manières de maquignon, que je ne pouvais plus être candidat car le maire communiste de la commune voisine, Roger Tissot, s’y opposait. Je pris cela comme une trahison de la part de mon ami Roger que j’avais contribué magistralement à faire élire comme maire mais je décidais de suivre les ordres fédéraux en déclarant que je n’étais plus candidat, ce qui mit en colère bien des camarades de la section. Je n’en fus pas remercié pour autant par le PC par la suite… En 1989, aux élections municipales de Givors, tout le monde était étonné que je ne sois pas en tête de liste. Non ! C’était Vallin qui restait accroché à son poste de maire. Lors de l’hiver 1988, après les élections présidentielles qui ont vu le triomphe historique de François Mitterand, je me souviens d’avoir couvert les murs de portraits de Vallin pour la campagne municipale. Il fallait que tout soit clair : je ne tenais pas du tout à être maire PC, mais alors pas du tout… D’ailleurs, lorsque quelques années plus tard en 1993, Vallin, très tendu, m’annonça que ce ne serait pas moi le maire mais le petit Passi, il fut étonné de ma réaction passive. Dans ma tête je plaignis les Givordins d’avoir un maire aussi mauvais et dans les premières années de son mandant je m’évertuai à l’aider à prendre un peu de compétence sans réussir car l’intéressé lui-même souhaitait rester dans sa crasse. En 1995 d’ailleurs, sous le prétexte du manque d’argent je fus licencié par le PC sans indemnité ni remerciements… Je dus donc réintégrer mes fonctions à la mairie de Pierre Bénite après douze années de détachement. Pas facile ! Voilà donc l’ambiance générale. 2 Années quatre-vingt-dix : au fil du Rhône J’avais jusqu’alors exercé mes talents dans l’écriture au service de Vallin en tant que membre de son cabinet et au service du PC comme journaliste à la Voix du Lyonnais, hebdo de la fédération. Je fus même sollicité à la mairie de Givors pour remplacer un rédacteur du journal municipal qui faisait (aux frais de la mairie) l’école de quatre mois du PC… Cette (encore petite) prise de distance fut suffisante pour que je décide désormais de ne plus écrire pour les autres, mais d’écrire pour moi-même. Je composai un premier livre dont je soumis le manuscrit à l’éditeur du PC (Messidor) qui me demanda de le réécrire (ce que je fis) et qui devint Au fil du Rhône, histoires d’écologie qui remporta un certain succès. Mais ce qui m’intéressait c’était la fiction. Le fleuve inspirait beaucoup mon goût macabre avec ses flots sombres et puissants qui cachaient de noirs mystères. Je rédigeais alors Vorgines, un recueil de ténébreuses histoires fluviales et de témoignages de riverains. Je devenais un spécialiste de l’anthropologie du fleuve. Maintenant, il fallait trouver un éditeur. Je pris les pages jaunes de l’annuaire et j’envoyais mon manuscrit au premier éditeur de la rubrique : “ALEAS“. A ma grande surprise, je reçus un coup de fil de l’éditeur qui me proposa un rendez-vous. Je me rendis donc dans leurs locaux à Lyon, et je compris au fil de la conversation qu’il y avait un malentendu car, je m’en rendis compte, ce monsieur avait été interviewé par l’Humanité Rhône Alpes et, me connaissant, il crut que je venais à lui sur la base de son interview… L’entrevue se passa bien, mais quelque temps plus tard je l’appelais et il m’informa qu’il refusa mon manuscrit. Je l’envoyais alors au journal Le Progrès qui éditait un livre régional par ci par là. Je fus assez surpris de lire dans les colonnes de ce journal un grand article sur mon manuscrit avec citations et critique très très positive… Cela m’encouragea et je pris la décision de m’autoéditer. Après cette décision j’eus une autre idée : j’étais journaliste bénévole à la revue “Naturellement“ et responsable national du Mouvement national de lutte pour l’environnement (MNLE) dont c’était la revue officielle. Je leur proposais de publier ce livre sous l’égide de Naturellement ce qu’ils acceptèrent avec enthousiasme. Il faut dire qu’à l’époque (en 1994) le rédacteur en chef en était mon ami Jacques Mogenet, très compétent journaliste, membre de l’association des journalistes pour le nature et l’écologie (JNE) qui parraina avec Sylvie Mayer mon entrée dans cette association dont je suis toujours membre… Je publiai le livre et le présentait à Givors (j’étais alors Maire-adjoint). Je fus surpris du succès public de cette présentation. Une foule compacte vint pour acheter le livre et se le faire dédicacer. Ayant financé moi-même sa publication je rentrai dans mon argent sans déficit. Je proposai à la librairie Flammarion à Lyon de le vendre ce qu’ils firent, ainsi qu’au rayon livre de Carrefour à Givors. Quelque temps plus tard, cette librairie fut détruite par un incendie et les éditions Messidor déposaient le bilan. Ce signe du destin aurait dû m’interpeller, mais j’étais parti dans la voie de l’édition et de l’écriture et rien n’aurait pu m’en empêcher… Pourtant je faisais souvent part d’une certaine paranoïa humoristique en déclarant : « Le premier éditeur qui m’a édité a fait faillite et la seule librairie qui vendait mon deuxième livre a brûlé ! » Je ne me décourageais pas pour autant. Lorsque je cherchais un éditeur pour Vorgines, j’avais envoyé mon manuscrit aux éditions OuestFrance. Très longtemps après, l’éditeur me contacta en me disant qu’il ne publierait pas mon livre mais qu’il m’en commandait un autre sur le fleuve Rhône : un livre plus touristique et historique agrémenté de témoignages vivants. Je le rédigeai donc et ce fut Le Rhône fleuve lumière. L’éditeur en fit deux éditions : une édition reliée (toujours en vente) et une édition cartonnée avec un titre différent : En descendant le Rhône. Cette dernière bien que beaucoup moins chère ne se vendit pas et quelques années plus tard je le vis en vente en livres d’occasion alors que l’éditeur m’avait informé qu’il le mettait au pilon. Lors de la rédaction de ces livres, j’avais acheté le “Que sais-je ?“ sur le Rhône chez un bouquiniste. Voyant cette édition très ancienne et épuisée je proposais aux Presses Universitaires de France (PUF) de leur en écrire un autre. Quel ne fut pas mon étonnement (et ma satisfaction) de recevoir un courrier d’acceptation. Je me fis un très grand plaisir à rédiger ce “Que sais-je ?“. Mais là encore je tombais mal ! Les PUF traversaient de très graves difficultés (ah oui ! le monde de 3 l’édition n’est pas facile…) et ils furent très occupés à restructurer leur société et le livre fut très mal distribué (la bibliothécaire de Givors me fit part de ses difficulté à se le procurer…) 4 Années quatre-vingt-dix (suite) : Naturellement et Phénix Pendant que je publiais chez Ouest-France et chez PUF, je continuais à mettre en place mes idées pour la création d’une maison d’édition après la parution de Vorgines sous l’égide de la revue “Naturellement“. Je me mis d’accord avec mes amis du MNLE et nous créâmes l’association Editions Naturellement. Je réunis quelques auteurs de cette association et composai un ouvrage collectif Ecologie et progrès dont je suis encore fier aujourd’hui… J’envoyais ce projet de livre à plusieurs diffuseurs et distributeurs afin d’être distribué en librairie. Le PDG du diffuseur CED me contacta et je le rencontrai avec mon ami Mogenet. Ce fut lors de l’hiver 1997, nous prîmes le bus et marchâmes longtemps sur les rives industrielles de la Seine avant de découvrir cette petite maison vermoulue au fond d’un petit jardin qui était le siège de CED. Nous fîmes affaire et ils m’envoyèrent chez le distributeur Distique car il faut un diffuseur (une espèce de service commercial) et un distributeur (le service qui livre les livres chez les libraires). Je me souviens de mon rendez-vous chez Distique à Luisant dans la banlieue de Chartres avec de charmantes jeunes femmes. L’affaire fut conclue et oh joie ! nous avions une maison d’éditions et une distribution en librairie… Tous les ans en décembre nous faisions une réunion avec les représentants de CED qui me faisaient part des difficultés qu’ils rencontraient avec les libraires. Le problème, en fin de compte, était que je devais adapter ma production au goût des libraires si je voulais vendre… Hélas, le sort ne se priva pas de m’envoyer encore quelques signes. Ecologie et progrès à peine édité, Distique déposa son bilan à la suite de Maxi Livres dont cette société de distribution était la filiale… Distique fut repris mais j’en étais quitte pour perdre la recette du premier livre édité et de payer par contre les retours. Quelques années auparavant, alors que je fouillais dans les rayons de livres invendables de la FNAC à Lyon, je découvris quelques exemplaires d’une revue mal reliée et mal imprimée : la revue Phénix. Ma foi son contenu m’avait plu. Il n’y avait rien d’autre de comparable à l’époque et ils demandaient des collaborateurs. Je me proposais et je fus pris. Je fis donc la connaissance de Marc Bailly. Entre le moment où il avait auto publié ces Phénix de la FNAC et celui où je pris contact avec lui, il avait réussi à se faire éditer Phénix par les éditions Lefrancq. J’étais très heureux de cette collaboration, un vrai plaisir intellectuel, un vrai plaisir d’écriture. Je collaborais donc au numéro sur les vampires, celui sur Masterton et celui sur la Fantasy. Le sort voulut que je n’écrive plus pour Phénix car je devins éditeur, hélas… Bailly se présentait comme directeur de collection chez Lefrancq. Cela posait son homme. Effectivement, il était indiqué dans certains livres de cet éditeur : “sélectionné par Marc Bailly“. Voilà un travail pas très compliqué à réaliser : il suffit d’avoir l’adresse des agents des auteurs étrangers et de publier ce qu’ils proposent c’est en gros ce qu’il faisait. Après mon livre sur le Rhône chez Puf, j’écrivis quelques nouvelles et mon roman « Ruines » que je proposais à bien des éditeurs dont certains me répondaient en faisant une critique de l’écriture de mon livre et d’autres m’envoyaient le même formulaire de refus que devaient recevoir les centaines et les milliers d’auteurs dans mon cas. J’envoyai aussi quelques nouvelles chez le fanzine Cyberdream (édité par la défunte (et regrettée) maison DLM), fanzine fondé par Francis Valéry qui avait alors passé la main à Sylvie Denis. Cette dernière m’a fait réécrire une nouvelle pour, en fin de compte, ne pas la publier. Paix à l’âme de la défunte Cyberdream. Bien plus tard, je rencontrai Sylvie en compagnie de Roland Wagner dans une petite librairie sympa de Lyon. Elle ne daigna pas m’adresser la parole. J’avais l’intention de publier son interview ainsi que celui de Roland dans Sfmag et leur proposai d’envoyer les questions par écrit. Sylvie ne me dit jamais non (elle ne me dit d’ailleurs rien du tout !). J’envoyai donc les questions au couple et Roland me répondit (voir cette interview dans Sfmag) mais Sylvie resta toujours aussi silencieuse. Quel mépris ! Je me souviens d’avoir eu une discussion avec Roland. Je l’informai du dépôt de bilan des éditions Naturellement. Nous avons eu un petit débat sympa. Il me déclara qu’il partait du principe qu’il ne travaillait plus avec les gens qui ne l’avaient pas payé… Or, récemment, il donna (vendit ?) une de ses nouvelles à Marc Bailly pour publication. Cette nouvelle a déjà été publiée dans le recueil “Noirs complots“ aux Editions Les belles Lettres. Cela montre deux choses : Wagner ne considère 5 pas que Bailly a une responsabilité dans la faillite des éditions Naturellement et ensuite que Bailly ne fait que recycler des textes déjà publiés par d’autres… D’ailleurs, ces parutions nommées “Mini Phénix“ ont donné lieu de ma part à une mise au point que voici (datée du 3 juin 2004) : Je dois vous donner des informations au sujet des publications suivantes annoncées sur Internet : Éditions du CHABERNAK : Mini-Phénix (articles, interview, bio-bibliographie, nouvelle) (…) Cette "maison" d'édition est tenue par Marc Bailly qui fut directeur de collection chez Lefrancq (faillite en 1999) chez Association éditions Naturellement (faillite en 2001) et chez SARL éditions naturellement (faillite en 2003). Il fut aussi rédacteur en chef de Sfmag , et Corthouts rédacteur en chef adjoint, Sfmag qui est aujourd'hui assez mal en point en résultat de la gabegie de ces messieurs pendant quatre ans au cours desquels ils ont pourtant été payés pour (mal) faire leur boulot.. D'autre part la plupart des textes de ces "miniPhénix" sont des ressucées de textes déjà parus dans des numéros de Phénix édités par les éditions Naturellement. Ainsi par exemple, le chapitre 9 inédit de Valerio Evangelisti traduit par mon père Guy Pelosato a été publié par Marc Bailly sans autorisation du traducteur. D'autres textes viennent de Sfmag et en aucun cas en tant que propriétaire du titre Sfmag je n'ai donné l'autorisation de publier ces textes.. Je n'ai d'ailleurs pas été consulté. Je rappelle également qu’un texte publié dans une revue par un salarié de cette revue et écrit par lui ne lui appartient plus mais appartient à la revue… Comment peut-on appeler cela ? Du pillage ? J’avais également écrit un petit roman de SF La Compagnie des clones que je destinais à la collection “MACNO » de chez Baleine mais ces braves gens ne m’ont jamais répondu… Je décidai alors de publier nouvelles et romans aux éditions Naturellement. J’envoyai bien sûr mes œuvres à Phénix en Belgique… C’est pourquoi, je fus considéré par Marc Bailly comme éditeur et quand Lefrancq fit faillite, Bailly ne se vit pas reprendre son travail de gratte papier à la sécurité sociale belge… Il fit appel à moi en se présentant comme directeur de collection de chez Lefrancq, en disant le plus de mal possible de cet éditeur le traitant d’escroc, me disant qu’ils lui devaient de l’argent, etc. Que n’ai je entendu alors sur ce pauvre “Martin“ de chez Lefrancq… Si j’avais su alors, lorsque moi je ferais faillite, qu’il tiendrait le même discours sur moi… Mais à l’époque, Bailly m’apparaissait comme un pro avec sa collaboration chez Lefrancq et ses 50 numéros de Phénix derrière lui. Il fut donc embauché à l’association éditions Naturellement. J’avais proposé également mes nouvelles à Bifrost, j’avais reçu un vrai travail de critique et de lecture d’un lecteur qui habitait à Cannes, qui n’avait absolument rien compris à ce que j’avais fait (comme j’utilisais des termes d’alchimie et d’occultisme il croyait que je faisais du plagiat de Lovecraft !) mais avait néanmoins sélectionné mes nouvelles qui ne parurent jamais dans Bifrost… Le “boss“ comme avait dit ce lecteur avait décidé de ne pas les publier. Alors que je venais de publier Ruines, je proposais d’en rédiger la suite dans le cadre de la “bible“ de la nouvelle collection “Agence Arkham“. Je proposais mon projet à Francis Valéry qui avait créé cette collection. Il refusa le projet. Je ne fus pas le seul à vrai dire car plus tard j’avais publié d’autres petits romans refusés par Valéry, comme par exemple, Le Nombril du monde de Roland Wagner que Marc me proposa à la publication. Comme nous n’avions pas les moyens de nous payer un correcteur (et que Marc Bailly était nul en orthographe) je corrigeais les manuscrits. Je dois dire que celui de Roland était particulièrement négligé et qu’il avait même à la fin fait une erreur dans ses personnages qui montrait clairement que ce petit roman était initialement destiné à l’agence Arkham. 6 Année 1999 : le tournant Je me souviens de cette fin de millénaire à Givors ma petite ville fluviale. Une nuit de novembre 1998, c’était un vendredi, les jeunes maghrébins de la place Henri Barbusse où j’habite, la place de la mairie, (ils se présentaient eux-mêmes comme “les rats de la place“) se déchaînèrent en dessous de mon immeuble. Cris, plutôt “aboiements“ habituels ne faisaient que faire monter mon stresse alors que je me débattais avec une panne de mon ordinateur… A un moment donné je descendis et le spectacle qui m’attendait dépassait tout ce que je pouvais imaginer dans le cadre de la déchéance humaine : de jeunes arabes de quinze à dix-huit ans complètement ivres qui avait vomi dans tous les coins et particulièrement dans le local poubelle où ils avaient élu domicile… Une énorme merde bien roulée et bien moulée trônait dans notre escalier au milieu d’une mare de dégueulis. Je vous prie de croire que les échanges furent relativement violents mais l’adversaire était déjà mal en point… Ce qui m’ennuyait le plus n’était pas la gêne occasionnée (bien que cela eût beaucoup d’importance) mais la déchéance de ces jeunes complètement ivres, chouttés au shit… – On fait la fête M’sieur ! On fête la sortie de prison d’un copain… Eh bien cet événement fut la goutte qui fit déborder le vase ; je n’en pouvais plus des problèmes à la mairie où j’étais maire-adjoint, du tapage nocturne et des agressions quotidiens alors que la police n’osait plus venir dans ce centre ville où j’habite en face de la mairie et surtout le laissé aller du maire et des élus et du PC… On ne pouvait plus se faire livrer une pizza, le facteur se faisait agresser régulièrement, un vrai enfer. Le lundi suivant je fus incapable de me lever, plongé dans une profonde dépression. Je ne m’en suis pas encore relevé aujourd’hui (17 août 2004)… En ce qui concerne la délinquance, je n’étais pas encore sorti d’affaire le pire était encore devant moi… C’est dans cette ambiance, dans cet état de faiblesse extrême que je reçus la demande de Bailly… Cela explique certainement ma grande crédulité. Ceci dit, je ne fus pas le seul dans ce cas : les éditions Lefrancq furent les premières dupes… Il m’a fallu une certaine expérience du fandom pour m’apercevoir que les livres « sélectionnés » par Marc Bailly pour ma collection Fictions avaient été refusés par d’autres éditeurs. Nous faisions la voiture balai des auteurs français et belges de SF… Le problème c’est que Bailly voulait vivre de cette activité et que moi je me sentais coupable de ne pas y arriver car, franchement ses livres ne se vendaient pas… Mais ma dépression faisait son œuvre et j’avais du mal à y voir clair… Comme je le disais, je n’avais pas fini avec mes problèmes de la zone sensible dans laquelle j’habitais et où j’habite d’ailleurs toujours. Par une froide soirée d’un samedi de janvier 1999, je revenais des courses avec mon épouse et je fus étonné de voir une concentration de jeunes arabes dans le local à poubelle de mon immeuble (à partir du hall d’accès à l’ascenseur on voit le local à poubelles au travers des vitres. Ils étaient tous debout, serrés les uns contre les autres, le regard sombre et plein d’esprit de vengeance. Habitué des squats dans cet endroit je ne m’attardais pas sur cette curieuse image. Pourtant j’aurais dû ! En effet quelques jours auparavant, une bande armée de Givors avait attaqué le bureau de Poste de Tain L’Hermitage. Les gendarmes étaient intervenus et une fusillade avait éclaté. Un jeune de mon quartier fut grièvement blessé. Ce samedi là nous venions d’apprendre que le jeune était mort des suites de ses blessures. Je sortais d’arrêt maladie. J’avais encore en tête la fête des quatre-vingts ans de Camille Vallin qui s’était déroulée quelques semaines auparavant et au cours de laquelle je me trouvais à la même table que lui et d’éminents membres du bureau politique du PC… Je pensais alors que le PC justement n’était pas étranger à cette situation de violences urbaines à force d’avoir toujours laissé les délinquant garder le dernier mot sous prétexte d’exploitation capitaliste. Quelques minutes plus tard, de retour de chez moi avec mes sacs Carrefour pleins j’entendis des cris, les aboiement habituels mais bien plus forts en bas de chez moi. Je descendis pour voir mais j’arrivai après la bataille : je sentais une forte odeur d’essence. Tous mes voisins de l’immeuble étaient rassemblés visiblement très énervés. Il y avait également mon ami Roger Long (que j’eus la tristesse de perdre après une longue maladie qui l’a emporté quelques mois plus tard…) – Que se passe-t-il ? Lui demandai-je. 7 Ils ont essayé d’incendier l’immeuble. On les en a empêchés et cela a fini en bagarre ; regarde : ils ont cassé les vitres… Nous avons passé la nuit en bas sur le trottoir à monter la garde. La police a fini par venir en tenue de combats et avec un véhicule de la BAC. Un certain nombre de jeunes et de moins jeunes continuaient à rôder par là sans vergogne. Je m’adressai à un groupe, (j’observai parmi eux un chef de bande membre d’une très grande famille algérienne de Givors) et poliment leur fis part de nos problèmes. Je n’eus droit qu’à des moqueries et en conclusion : – On sait ! Les flics sont tous venus nous respirer les doigts pour voir s’ils sentaient l’essence… Pas d’élu de la mairie. Le maire prévenu par la police nous a envoyé… Mohammed Benhoui, le président de l’association des algériens qui avait montré une petite agressivité due certainement à son impuissance, sans apporter quoi que ce soit. Raymonde, mon épouse, téléphona à Passi le maire pour insister auprès de lui afin qu’il vienne montrer son soutien aux gens de l’immeuble. Il vint dans la voiture de son papa qui conduisait… Et sa venue n’apportait pas grand-chose… Le lendemain dimanche, il neigeait. La fatigue de la nuit blanche se faisait sentir. Néanmoins, je me dis qu’il fallait que je prenne en photo les vitres cassées dans le hall d’entrée. Je me saisis de mon appareil Polaroïd, je fis quelques photos et, pour admirer la neige tomber, m’avançai sur la place sur laquelle les forains remballaient leurs stands. J’avais noté du coin de l’œil un nouveau rassemblement de jeunes arabes dans la coursive du rez-de-chaussée de l’immeuble d’à côté (coursive appelée pompeusement « galerie commerciale » par le premier adjoint mais dans laquelle aucun commerce n’a jamais tenu face aux agressions de ces jeunes qui en avaient fait leur quartier général). Soudain un jeune sortit de ce couloir en haut des escalier en briques rouges et m’interpella : – Quesse tu r’gardes ? Fousl’camp ! Je vis alors rouge ! Je m’élançais vers le groupe, je m’introduisis au milieu d’eux et les interpellai verbalement avec une violence certaine dans les mots. Je fus étonné car, au-delà de leur agressivité, je vis dans leur regard qu’ils étaient, quelque part, désemparés… Je leur parlai à la figure en envoyant moult postillons… Une maman arabe ouvrit sa fenêtre et appela les jeunes (ou moi ?) au calme. Ils finirent par quitter les lieux. Je retournai donc au bas de mon immeuble et sonnai chez moi à l’interphone demandant à Raymonde d’appeler la police de ma part en tant que maire-adjoint. Puis, confiant, je me rendis à l’angle pour attendre le véhicule de police. Celui-ci ne vint jamais… Lorsque je pris position sur le trottoir je vis arriver la sœur du jeune homme qui venait de mourir. Je m’adressai alors à elle pour lui expliquer ce qui était arrivé. Mais elle ne me répondit pas, le visage crispé par une curieuse et profonde inquiétude… Par contre, quelque temps après je vis arriver deux frères de cette grande famille d’algériens de Givors dont je parle plus haut.. Lorsqu’ils descendirent de voiture devant moi je notai le même éclair d’inquiétude dans le regard du plus petit. Je les interpellai immédiatement : – Houahou ! C’est la mobilisation générale ! – Quesse tu fous là ? Tire-toi ! Me dis le plus gros. – Calme-toi lui dit son frère. Puis en s’adressant à moi : – Reste pas là, tu vois bien qu’il est énervé… – Je vais te tuer gronde son gros frère.. Je te nique, je nique ta grand-mère. Enculé… Enfin bref, je passe sur le langage châtié de ces individus et finalement le gros me pris par le bras et m’entraîna vers mon domicile en continuant à m’insulter… Je me laissai entraîner un moment puis je lui criai dessus comme je savais si bien faire maintenant et il me lâcha dans un recul de frayeur… Néanmoins, je décidai de rentrer chez moi… A peine arrivé, j’entendis les premières explosions de pneus des voitures incendiées… J’appellai la police, mais il n’y avait qu’un seul agent au commissariat. C’était dimanche. Mais comment ? Après la nuit que nous avions passée, en sachant que les « jeunes » préparaient quelque chose suite au décès de l’un d’eux on avait laissé le commissariat sans flic ? 8 – Voilà pourquoi je ne devais pas être où j’étais, pourquoi je gênais… Quelques mois plus tard, l’un des deux frères, le gros, fut arrêté pour attaque à main armée, en flagrant délit. Cela faisait des mois qu’il était pisté par la brigade criminelle. Je dois dire qu’après les événements de janvier j’avais été porter plainte contre lui et son frère. Le procès suite à ma plainte eut lieu quelques temps après son arrestation. J’avais demandé un soutien au maire à mes collègues élus car je connaissais la famille depuis longtemps pour m’en être occupée dans le cadre de mes fonctions pour un soutien social et un relogement (voyez comment je fus remercié…). Personne ne vint sauf une conseillère municipale qui eut le courage de venir me rejoindre au palais de justice. Plusieurs frères et sœurs du prévenu se trouvaient dans la salle. Le voyou fut introduit par des hommes armés et équipés de gilets pare balle. Il boitait car il avait été blessé lors de son interpellation. Il passa tout son temps à faire des signes à son frère assis au fond de la salle avec une sœur ; à tel point que le président du tribunal lui rappela que c’était son procès, et qu’il pourrait au moins s’y intéresser. Je fus évidemment appelé à la barre. Mon avocat m’avait dit que la condamnation serait difficile car il n’y avait pas de témoins. Je fus quasiment humilié par l’avocat de ce gangster. Finalement cet individu fut condamné à deux mois de prison ferme car son frère avait indiqué que « pour me calmer » le gros m’avait tenu par le bras pour me conduire chez moi, ce qui rendait plausible mon témoignage… Après l’incendie de vingt-trois voitures en janvier, personne n’a été arrêté, madame le commissaire se plaignant dans la presse de n’avoir eu aucun témoignage. Finalement je fus le seul à avoir fait condamner un dangereux individu pour ces faits… En cette année 1999, la situation des éditions Naturellement ne s’annonçait pas trop mal. Si nous étions restés à un niveau modeste de production, nous nous en serions tirés. Mais Bailly souhaitait vivre de son activité littéraire. Il fallait donc une production suffisante pour dégager des ressources. Encore eût-il fallu que cette production soit de la qualité nécessaire… Bailly me proposa de publier des auteurs anglo-saxons reconnus. Cela demandait une traduction et des à valoir énormes. De plus, j’ignorais alors qu’il faisait la voiture balai de l’édition en éditant les livres que les autres éditeurs avaient refusés. Ainsi nous avons fait appel à François Truchaud pour la traduction de deux Masterton. Je me souviens encore des appels téléphoniques de ce brave Truchaud qui s’inquiétait car j’avais toujours du mal à le payer… Le problème c’est qu’il refusait de travailler avec un ordinateur. Il tapait ses traductions à la machine. Je recevais ses manuscrits par la poste et lorsque j’ouvrais l’enveloppe pour sortir la liasse de feuillets il s’en dégageait également une forte odeur de fumée de tabac. Je lui fis la remarque un jour au téléphone pour plaisanter en ajouter que fuler nuit gravement à la santé. Il n’a pas eu l’air d’apprécier. Il en était de même avec certains auteurs français. Ainsi en septembre 1999, Bailly me proposa de publier L’Ogresse de Michel Pagel. Je savais pertinemment que Michel s’était vu refuser ce livre par plusieurs éditeurs. Bailly lui promit un à valoir de 10 000 FF. Je pensais qu’une telle somme n’était pas dans nos capacités de paiement. Bailly insista sur la qualité de l’ouvrage (ce que je ne nie pas) et sur les ventes qui permettraient de régler cette somme. Je ne suis jamais parvenu à la régler car les ventes furent plus que modestes. Je n’avais même plus les moyens d’envoyer des exemplaires du livre aux (nombreux) membres du jury du “Grand prix de l’imaginaire“ (je me suis toujours demandé en quoi ce prix était “grand“…), exemplaires qui m’avaient été demandés par la charmante Kati, secrétaire du jury… Or, Joëlle Wintrebert (qui n’est pas aussi jeune mais qui est également charmante) trouva le moyen de dire à Michel que si son livre avait été envoyé par l’éditeur aux membres du jury il aurait eu le grand prix. J’imagine la colère de l’auteur qui ne se priva pas de m’écrire : « Vous êtes en dessous de tout ! » Finalement, Michel me proposa un arrangement : les éditions Naturellement lui cédaient les droits de son livre faute d’avoir pu payer les à valoir. Ce que je fis volontiers. Je dois dire aussi que le fait d’avoir édité ce livre lui a donné une seconde vie. Pierre Pelot, qui écrivait alors des chroniques dans l’Huma (qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour gagner sa chienne de vie d’auteur !) en publia une dithyrambique sur L’Ogresse. Michel trouva alors d’autres éditeurs. J’en suis très heureux pour lui. Nous avions aussi édité un livre de Pierre Pelot (Nos armes sont de miel). Pas de chance, au moment où il fallait payer nous étions au bord du gouffre, avec une dette énorme auprès de l’imprimeur. Sachez tout de même qu’au début je payais les auteurs ! Je ne fus plus en mesure de le faire quand les déficits s’accumulèrent. Je demandais à Bailly d’expliquer cela à son auteur. 9 Malheureusement Bailly n’a jamais fait aucun effort pour défendre son entreprise, au contraire, il développait la démarche infantile de dire partout que j’étais responsable de tous les maux de l’édition (comme il l’avait fait avant au sujet de Lefrancq). Je me souviens d’un e-mail agressif de Pelot que Marc m’avait transmis dans lequel l’auteur se plaignait amèrement d’avoir déjà fait un infarctus du myocarde à cause du stress littéraire et que là on se conduisait à la manière du fanzinat, etc. Je comprends, mais ces auteurs si véhéments pour réclamer leur dû croyaient certainement avoir fait des ventes somptueuses… Or, avec les auteurs français je n’ai jamais dépassé des ventes de quelques centaines d’exemplaires… La plus faible vente fut celle du livre Le meilleur tireur de l’est. A tel point que l’auteur m’envoya deux lettres recommandées pour contester le chiffre de vente. Ensuite, Pelot me traita avec le plus parfait mépris. En fait, il faut comprendre que ces écrivains de SF (encore que Pelot a su varier ses productions littéraires) veulent vivre de leur plume. Et que leur plume ne leur rapporte pas grand-chose. Il est facile alors de s’en prendre aux éditeurs… D’autre part, j’ai remarqué à quel point l’auteur est sympa avec l’éditeur avant la signature du contrat et à quel point ensuite il devient impitoyable, agressif… Agressivité inversement proportionnelle aux résultats des ventes de son livre. Mais heureusement ce n’est pas le cas de tous les auteurs. Au printemps de 1999, je fus invité par Marc à une espèce de convention belge de SF à Bruxelles, dont il était le coorganisateur avec une bibliothèque dont la directrice est extrêmement charmante. C’est là que je fis la connaissance de Graham Masterton qui apparut comme un jeune cadre très jovial en compagnie de sa fidèle épouse, une belle femme mûre blonde. Ce qui m’a surpris c’est la quasi absence de public. Très faible participation. Je pris conscience alors que dans ce genre de manifestation il y a beaucoup de gens qui ont des choses à vendre et très très peu qui achètent. Toutes les expériences que j’ai faites ensuite n’ont fait que confirmer cette analyse. C’est pourquoi je ne me rends plus à aucune convention. C’est à Bruxelles aussi que je fis connaissance avec Daniel Conrad (le pseudo de Yannick Pierre) qui était alors rédacteur en chef de la défunte revue Ténèbres à laquelle je fus le premier abonné et sans doute je restais le seul… Lui aussi n’était pas venu pour acheter mais pour vendre… Il me proposa d’éditer un recueil des interviews réalisées par Ténèbres. Ce projet m’intéressait mais je vis qu’il froissait Marc Bailly et je décidais dans ces conditions de ne pas donner suite (ce en quoi j’ai eu tort !). Mais Daniel Conrad me proposa un autre projet : un recueil de nouvelles déjà publiées dans Ténèbres et sélectionnées par lui et son compère Benoît Domis également rédacteur en chef. Ce fut Ténèbres 2000. Je courais encore un risque en publiant cet ouvrage et, pourtant, je ne fus pas remercié par Daniel Conrad par la suite… Ceci dit, voici ce qu’il écrivit dans la préface de cet ouvrage : « Grâce à la passion et au courage d'un valeureux éditeur, Alain Pelosato,... ». A la fin, ils remercient et dédient cette anthologie à « Maître Alain Pelosato, notre mécène ». Tout ce beau monde s’occupe désormais de Dreampress.com une sarl (société à responsabilité limitée) dont Benoît Domis est le gérant il est en compagnie de Daniel Conrad « directeur littéraire », Laurent Français « directeur artistique » et François Cazals « directeur marketing et projets spéciaux ». Nos amis doivent avoir une sacrée rigueur de gestion : ils ont publié deux livres ! Il est vrai que ne rien faire est le meilleur moyen de ne pas courir de risque… Ils ont d’ailleurs réalisé l’exploit de publier quatorze numéros de Ténèbres en quatre ans et ils se sont arrêtés… Ceci dit, sur leur site, ils annoncent l’objectif d’éditer des œuvres littéraires mais ils se sont déclarés au tribunal de commerce comme société d’activités de banques de données (code activité : 742Z). On ne comprend pas très bien… Pas très transparent tout cela. 10 A Bruxelles, je fis connaissance également de deux personnages incontournables de la SF Belge : Jacques Van Herp et Henri Vernes, ce dernier passa sa journée à démolir l’œuvre de Stephen King. Van Herp fit un excellent exposé sur les origines de la SF. Je me souviens encore d’une anecdote au sujet de Van Herp. Avant le dépôt de bilan de Lefrancq, ce dernier publia un recueil de nouvelles et une biographie d’un auteur américain, Fritz Leiber, ouvrage préparé et traduit par Van Herp. Je fis la remarque suivante à Bailly : le livre était plein de fautes. Il me répondit que c’était de la faute à Lefrancq ! Soit ! peut-être que l’éditeur n’avait plus les moyens de se payer un correcteur… mais un auteur ne doit-il pas aussi présenter un travail impeccable ? Or, mon expérience a montré que les auteurs de SF sont loin, très loin, dans leur majorité de faire un bon travail dans ce domaine. Je me souviens bien d’un débat avec des écrivains et des scénaristes, dont Doug Headline qui réalisa quelques années plus tard Broceliande. Tous affirmaient que si on voulait faire une carrière dans l’écriture il ne fallait faire que cela. Il y avait aussi Serge Lehman qui venait de recevoir le prix Bob Morane (un des prix les plus inutiles du lot… et je ne parlerai pas du prix Masterton, encore pire) avec sa directrice de collection Marion Mazauric qui quitta ensuite les éditions J’Ai Lu pour fonder les éditions Au Diable vauvert. Je fus surpris (peut-être pas tant que cela, avec le nom qu’elle porte) en 2002, lors des élections présidentielles qu’elle signât l’appel à voter Robert Hue. Serge Lehman fumait comme un pompier… J’espère qu’il a arrêté depuis car je ne manquai pas de le lui faire remarquer. Bien plus tard Serge Lehman me proposa d’éditer en recueil les articles qu’il avait publiés dans le journal L’Humanité (des articles de prospective scientifique) ainsi qu’un recueil de ses nouvelles. Nous échangeâmes des courriers, je lui envoyai deux contrats, il les modifia et les signa, puis je les signai moi-même… et ensuite je n’ai plus eu aucune nouvelle de lui… (c’est le cas de le dire !) D’autres rencontres me laissent un agréable souvenir comme celle avec Jacques Goimard, délicieux personnage incontournable dans le monde de la grande édition et celle avec le fabuleux artiste qu’est W. Siudmak dont les peintures m’ont toujours enchanté sur les couvertures des livres. Je me fis un grand plaisir de lui faire part de mon admiration et je m’aperçus que cela le toucha. Dans un autre registre j’aurais aimé rencontrer Nicollet, mais ce plaisir ne me fut jamais accordé. (Nicollet illustra les couvertures des livres des éditions Oswald…) Il y avait un autre illustrateur à cette manifestation : Gilles Francescano. Je lui fis également part de mon admiration pour ses illustrations de couverture de la série des Robert E. Howard au Fleuve Noir. Il eut l’air d’en être surpris… Il travailla à plusieurs reprises pour les éditions Naturellement et collabora bénévolement à Sfmag. Aujourd’hui, il publie dans le magazine L’Ecran fantastique sa rubrique “Mine de rien“ qu’il avait inaugurée dans Sfmag. J’ai toujours eu du mal à payer les illustrateurs, comme j’ai toujours eu du mal à payer tout le monde d’ailleurs, n’ayant jamais d’argent, ma paie passant en entier pour combler les brèches qui s’élargissaient jour après jour. Le seul qui eut une attitude réellement dure, quasiment fasciste avec moi fut Jozelon que j’avais sollicité pour illustrer la couverture d’un livre de ma collection d’un auteur débutant : Le Souffle du rêve de Bernard Henninger. Il demandait bien cher… Ce brave Bernard Henninger, comme certains auteurs, se voyait déjà entamer une grande carrière professionnelle rien que parce qu’il avait été édité. Il n’avait pas compris qu’être édité ne suffit pas, loin de là. Il m’envoya moult lettres recommandée pour me mettre en demeure de publier son deuxième livre car j’avais eu l’imprudence de signer un contrat avec lui mais les difficultés s’accumulant je ne pouvais plus me le permettre. D’ailleurs quelque temps après je déclarai la société en cessation de paiement. Je reçus les mêmes réactions agressives de la part d’un autre auteur. J’avais publié de lui une œuvre théologique Dieu et les extraterrestres. Et comme il insistait pour me demander de publier son deuxième, par honnêteté je lui fis part de nos difficultés et que j’étais sur le point de déposer le bilan. Alors l’agneau se transforma en loup et il m’envoya également plusieurs lettres recommandées dont une à mon travail à la mairie de Pierre Bénite en me menaçant du tribunal en essayant de me faire croire que je pouvais être condamné pour faillite personnelle etc. Bref il voulait toucher ses droits d’auteur avant le dépôt de bilan. Je suis consterné en me rappelant que cette personne devait devenir pasteur…. 11
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