LA MAESTRIA ET MOI - Page 1 - de MIGUEL OSCAR MENASSA traduit de l'espagnol par CLAIRE DELOUPY LA MAESTRIA ET MOI MIGUEL OSCAR MENASSA Madrid, 2011 Diseño de portada: Clémence Loonis Traducción Claire Deloupy con la colaboración de Clémence Loonis À mes enfants, disciples et proches 1 Ne me faites pas courir vos courses ne me faites pas non plus voler dans vos vols ne me faites pas faire vos travaux ni aimer, non plus, vos amours. Moi, mes enfants, je vous ai transportés avec passion en volant, toujours à vos côtés, des confins tranquilles de la famille jusqu’aux portes en liberté du monde. Maintenant commence votre voyage et si je vous laisse partir sans vous accompagner, c’est parce que moi j’ai mon propre voyage. Je dois donner au chemin que j’ai construit avec ma propre vie, en écrivant, mon nom, mes marques, mes signes personnels qui sont la poésie. 2 En chemin vous rencontrerez l’or et la pauvreté, les profonds précipices et les grandes plaines. Il y aura sur vos chemins, n’en doutez pas, des embuscades, des trahisons, de viles injustices, c’est pour ça qu’il convient de voyager accompagné. Et quand vous aurez obtenu un peu de pain, un peu d’argent, essayez de le distribuer le mieux possible entre tous. Quelqu’un qui a déjà mangé et qui a de l’argent pour le pain de demain se sentira en partie heureux et son travail ne sera pas dirigé par la faim et la haine mais par l’amour et la liberté. DANS UNE SOCIÉTÉ JUSTE, LE TRAVAIL EST UN DON 1 Et voilà le vers où j’essaierai de vous laisser l’enseignement le plus nécessaire : Dans une société juste, le travail est un don : une joie, un bien, proprement humain, avec lequel on peut modifier ce qui est naturel, la vie, les essaims de rêves, le soleil. Avec le travail, l’homme a pu voler sans ailes, naviguer sur les mers sans connaître la mer. De l’arbre, stupéfait de surprise face à l’homme le travail a pu arracher une chaise et de la pierre, les signes qui forgent l’avenir de l’homme, sa maison, ses monuments, sa propre pierre tombale. 2 Je veux que vous portiez toujours avec vous le ciseau à bois, la varlope, le marteau, la faucille, ces phrases qui serviront, jusqu’à la fin, pour limer les aspérités de la mort. Et si quelqu’un vous demande, pourquoi tant, pourquoi mettre tant de passion dans le travail, vous répondrez, avec célérité : pour rien, nous travaillons pour vivre la vie, nous travaillons pour que dans le monde humain il y ait des signes que nous, nous avons été là, créant et travaillant, peut-être, dans ce monde, que nous avons fait un travail pour vivre, pour aimer, pour congeler le propre regard de la mort, nous avons fait un travail et nous avons écrit un vers. LE SEXE NE TOMBE PAS 1 L’enseignement le plus grand que j’ai à vous donner c’est que le sexe ne tombe pas. Il se développe, se transmute, devient insensible, pleure, bâille d’ennui, se libère trop. Il attrape des maladies, guérit, se repentit, il est homme et il est femme et il ne sait rien de l’amour. Il veut être femme quand il doit être homme et il veut être un homme quand il doit être enfant et mère il veut être quand il est femme et s’il doit être femme il veut être enfant, serpent ou sorcière il veut être et putain et il veut être n’importe quoi à condition de ne rien savoir de ça. 2 Mais le sexe ne tombe pas : il se livre, il se soumet, il réduit en esclavage tous les sens pour demeurer là, caché ou éclatant en morceaux, dépecé et seul, dressé et ferme, toujours impuni, totalement ouvert aux caresses, au baiser, à la tendresse, ou bien presque fermé, obscur, mou, faible, sur le point d’échouer partout et il s’enferme en lui-même et avec une main il se masturbe et avec l’autre main il attend et il se masturbe et il semble même que l’homme meurt ainsi, tout petit, appauvri sans rien à dire, sans âme. 3 Et, cependant, je vous dis : le sexe ne tombe pas et, si ça sert à quelque chose, moi-même je serai l’exemple. Parfois, je le crois aussi : Je suis un grand homme, me dis-je, je suis un grand homme et, le lendemain, je me lève perclus et douloureux comme si un train chargé de marchandises dangereuses m’était passé dessus. 4 Très peu de choses parlent de moi avec une certaine clarté. Mes amours sont très passionnés, je ne peux trouver en eux, même s’il y en avait, aucune intelligence et ma propre intelligence est entravée, par manque de passion. 5 Avec l’argent, ce qui m’arrive, c’est que je ne sais jamais qui il est : si moi, parce que je le gagne, ou elle, parce qu’elle le dépense.
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