Lire un extrait de L'appel des ombres - B. Bauer - Page 1 - Lire un extrait de L'appel des ombres, de Belinda Bauer Le Code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L. 122-5, 2e et 3e a, d’une part, que les «þcopies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collectiveþ» et, d’autre part, que les analyses et les courtes cita- tions dans un but d’exemple ou d’illustration, «þtoute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illiciteþ» (art. L. 122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. Copyright © 2011 by Belinda Bauer. © 2012, Fleuve Noir, département d’Univers Poche, pour la traduction française. ISBN : 978-2-265-09339-3 Titre original : Darkside 173451ANJ_APPEL_xml_F9.fm Page 6 Jeudi, 12. janvier 2012 10:26 10 9 Quarante-six jours Les bruits de l’hôpital parvinrent à Lucy assourdis et lointains. Elle prit conscience d’une grande main serrant la sienne – forte, sèche et chaude. Jonas, songea-t-elle avec une pointe de culpabi- lité. Elle bougea la tête avec raideur et ouvrit les yeux, s’attendant à lire dans les siens de l’inquiétude, du soulagement – voire même de la colère. À la place, égarée, l’espace d’un instant, elle se retrouva comme aspirée dans une déchirure du temps : son époux n’était plus qu’un petit garçon, affichant un air si terrifié qu’elle tressaillit et s’agrippa à sa main comme si c’était lui qui tombait. — Jonas ! Sa gorge la brûlait, mais ce mot prononcé d’une voix rauque eut pour effet, à l’instar d’une gifle, de lui restituer son âge : subitement, le regard de Jonas se remplit de toutes les émotions qu’elle s’était apprê- tée à y trouver quand elle avait levé les yeux vers lui – y compris la colère. Lucy n’en avait cure. Elle était au bord des larmes. Jonas – de nouveau adulte – la tenait dans ses bras et elle se laissa aller à son étreinte pendant qu’il se 173451ANJ_APPEL_xml_F9.fm Page 9 Jeudi, 12. janvier 2012 10:26 10 penchait sur elle et murmurait des mots tendres dans ses cheveux. — Je ne voulais pas, sanglota-t-elle, mais elle ne parvenait même pas à comprendre ses propres mots étouffés. Et de toute façon, elle n’était pas certaine que ce soit vrai. 173451ANJ_APPEL_xml_F9.fm Page 10 Jeudi, 12. janvier 2012 10:26 10 11 Vingt-trois jours Margaret Priddy fut réveillée par le puissant rai de lumière qu’elle redoutait et espérait depuis tant d’années. Enfin, songea-t-elle, je meurs. Des larmes de joie et de regret se mêlèrent sur ses joues ridées. Elle n’avait plus bougé d’ici – ou d’un lieu très semblable – depuis sa chute. Elle était flasque, inerte et dépendante d’autrui pour ses besoins les plus élémentaires. Alimentation, eau, chaleur. Toilette – à laquelle les infirmières se livraient comme si c’était sa dignité qui était engourdie, et non son corps. Compa- gnie… Les infirmières faisaient de leur mieux. — Bonjour, Margaret ! Qu’il fait beau, ce matin ! — Bonjour, Margaret ! Bien dormi ? — Bonjour, Margaret ! Il pleut, pour changer ! Après quoi elles se retrouvaient à court d’inspira- tion ou se répandaient sur leur beuverie de la veille, ou les exploits, apparemment sans fin, de leurs enfants à l’école. Une ronde incessante d’affairement enjoué, aux forts tours de poitrine et aux triceps bal- lants de joueuses de loto. Au début, l’interruption du silence faisait du bien mais, confrontée à ces inepties, Margaret désirait vite retrouver la solitude. 173451ANJ_APPEL_xml_F9.fm Page 11 Jeudi, 12. janvier 2012 10:26 10 12 Elle était reconnaissante. Évidemment. Reconnais- sante et polie – comme se devait de l’être une lady anglaise en pareilles circonstances. Certes, il ne lui était pas possible de le leur faire savoir, mais elle s’efforçait de communiquer cette gratitude par son regard et pensait que certaines des infirmières compre- naient. Peter oui, mais bon, Peter avait toujours été un garçon sensible. À présent, alors que la lumière lui brûlait les yeux, Margaret Priddy songeait à son fils et des larmes d’affliction remplaçèrent les larmes de joie. Peter avait quarante-quatre ans mais quand elle pensait à lui, la première image qui lui revenait toujours spontanément à l’esprit était celle d’un garçon de cinq ans en short bleu et tee-shirt Bat- man, en train de courir sur la plage de galets à Minehead durant leurs premières vacances au bord de la mer. Elle allait abandonner son petit garçon et le livrer à lui-même. Elle savait que c’était idiot, mais c’était ainsi qu’elle ressentait les choses. Elle mourait, et il se retrouverait tout seul. Mais bon, au moins s’en allait-elle. Enfin. Et c’était exactement comme elle l’avait imaginé – blanc, mer- veilleux, indolore. Lorsqu’elle sentit un poids peser sur le lit qu’elle ne quittait plus, elle prit enfin conscience que cela n’était pas le début de son voyage vers l’au-delà. Quelqu’un était dans sa chambre avec une lampe de poche. Quelqu’un faisant intrusion, envahissant sa mai- son, sa chambre, son lit, et même l’air devant son visage… Chaque fibre du corps de Margaret Priddy se mit à hurler en réaction au danger. Malheureusement, chaque fibre de son être, à partir du cou, avait été déconnectée à jamais de 173451ANJ_APPEL_xml_F9.fm Page 12 Jeudi, 12. janvier 2012 10:26 10 13 son cerveau trois ans auparavant, quand son vieux Buster – le plus fiable des chevaux – était tombé à genoux sur une plaque de verglas, la projetant tête la première dans un poteau télégraphique en bois. Aussi, au lieu de crier, de donner des coups de poing et de se battre pour ce qu’il lui restait de vie, put-elle que cligner des yeux de terreur tandis que le tueur lui posait un oreiller sur le visage. Il ne voulait pas lui faire de mal. Seulement qu’elle soit morte. Pendant qu’il étouffait Margaret Priddy à l’aide de son propre oreiller, le tueur sentit en lui un relâchement de tension, comme exploserait une vieille montre, dispersant des milliers de pièces et envoyant ses ressorts subitement détendus valser en tous sens. Le soulagement fut si soudain qu’il fut secoué d’un sanglot. Il sentait vaguement la forme de la tête de la vieille dame à travers l’oreiller. L’immobilité anormale de son corps était comme une invite à continuer, ce qu’il fit. Il appuya de tout son poids, bien plus longtemps qu’il ne savait la chose nécessaire. Quand il l’ôta enfin, pour braquer sa lampe sur sa figure, le seul changement visible chez Margaret Priddy était que l’étincelle dans ses yeux s’était éteinte. — Là… songea le tueur. Facile. D’abord Lucy – et maintenant, ça. L’agent Jonas Holly s’adossa au mur et ôta son casque de façon à pouvoir laisser respirer sa tête sou- dainement moite. * 173451ANJ_APPEL_xml_F9.fm Page 13 Jeudi, 12. janvier 2012 10:26 10
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