Lire un extrait de Derrière la haine - B. Abel - Page 1 - Lire un extrait de Derrière la haine, de Barbara Abel PSW32-INSERT GRAPHIQUES-C5.04.03-P5.04.00-14/3/2012 9H20--L:/TRAVAUX2/FLEUVE-N/DERRIERE/TEXTE.625-PAGE6 (P01 ,NOIR) Le Code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L. 122-5, 2e et 3e a, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes cita- tions dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (art. L. 122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon, sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © 2012, Fleuve Noir, département d’Univers Poche. ISBN 978-2-265-09418-5 PSW32-INSERT GRAPHIQUES-C5.04.03-P5.04.00-14/3/2012 9H20--L:/TRAVAUX2/FLEUVE-N/DERRIERE/TEXTE.625-PAGE9 (P01 ,NOIR) Laetitia avait réussi un créneau parfait. Du premier coup. Ce qui, pourtant, n’adoucit pas son humeur. — Éteins ta Nintendo, Milo, on est arrivés, dit-elle machinalement. Sur la banquette arrière, le petit garçon était rivé à son jeu. La jeune femme sortit de la voiture tout en s’empa- rant de son porte-documents, du cartable de Milo, de deux sacs de courses… Plus de main pour ouvrir la portière à l’enfant : d’un coup de coude au carreau, elle lui signifia qu’elle ne l’attendrait pas. — Grouille-toi, Milo, je suis chargée comme une mule ! — Attends, je dois sauvegarder ! L’inconfortable posture de Laetitia fit frémir la soupe, l’indolence de son fils y déversa un litre de lait bouillonnant. — Milo ! asséna-t-elle sèchement, parce que le créneau était bien la seule chose qui se soit déroulée sans encombre ce jour-là. Tu sors de cette voiture tout de suite ou tu es privé de Nintendo pendant une semaine. 9 PSW32-INSERT GRAPHIQUES-C5.04.03-P5.04.00-14/3/2012 9H20--L:/TRAVAUX2/FLEUVE-N/DERRIERE/TEXTE.625-PAGE10 (P01 ,NOIR) — C’est bon ! soupira-t-il sans pour autant quitter sa console des yeux. Il fit glisser ses fesses jusqu’à l’extrémité de la banquette, mit un pied sur le trottoir et s’extirpa avec mollesse du véhicule. — Et ferme la portière, si ce n’est pas trop te demander ! — Laetitia ! l’interpella derrière elle une voix qui la figea sur place. On peut parler quelques instants ? Elle se retourna. Tiphaine se tenait là, à quelques mètres à peine, en tenue de jogging. Elle était en nage, le visage luisant après l’effort qu’elle venait de fournir, quelques mèches de cheveux collées sur son front. Le souffle court, elle attendit une réponse qui ne vint pas puis, détournant les yeux, elle s’approcha de Milo dont elle ébouriffa la tête. — Ça va, mon grand ? lui demanda-t-elle gentiment. — Bonjour, Tatiphaine ! lui répondit l’enfant avec un lumineux sourire. Excédée, Laetitia les rejoignit en deux enjambées, saisit son fils par le bras d’un geste ferme et le fit passer derrière elle. — Je t’interdis de lui adresser la parole, siffla-t-elle entre ses dents. Tiphaine encaissa l’attaque sans broncher. — Laetitia, s’il te plaît… On peut parler ? — Milo, rentre à la maison ! lui intima sa mère. — Maman… — Rentre, je te dis ! le somma-t-elle d’un ton qui ne souffrait pas la discussion. Milo hésita puis, la mine boudeuse, se dirigea vers sa maison. Dès qu’il se fut éloigné, Laetitia revint sur Tiphaine : — Je te préviens, espèce de malade mentale, si je te vois encore une fois tourner autour de lui, je t’arrache les yeux ! 10 PSW32-INSERT GRAPHIQUES-C5.04.03-P5.04.00-14/3/2012 9H20--L:/TRAVAUX2/FLEUVE-N/DERRIERE/TEXTE.625-PAGE11 (P01 ,NOIR) — Écoute, Laetitia, si tu n’arrives pas à comprendre que je n’ai jamais voulu… — Tais-toi ! murmura-t-elle en fermant les yeux en signe d’intense exaspération. Épargne-moi tes excuses à deux balles, je n’y crois pas une seconde ! — Ah non ? Et qu’est-ce que tu crois, alors ? Laetitia la toisa d’un regard glacial. — J’ai très bien compris ce que tu cherches à faire, Tiphaine. Mais je te préviens : la prochaine fois qu’il arrive quoi que ce soit à Milo, j’appelle les flics ! Tiphaine parut sincèrement étonnée. Elle dévisagea Laetitia d’un air interrogateur, hésitant sur le sens à donner à ses paroles. Puis, comme si elle comprenait soudain que rien ne pourrait la faire changer d’avis, elle soupira sans cacher la douleur que l’attitude de son interlocutrice instillait en elle : — Je ne sais pas dans quel délire parano tu es en train de sombrer, Laetitia, mais ce qui est sûr, c’est que tu es complètement à côté de la plaque. S’il te plaît, essaie de me croire un tout petit peu. Et si tu ne veux pas le faire pour moi, fais-le pour Milo. Parce que là, tu es en train de le détruire à petit feu… À ces mots, Laetitia haussa un sourcil narquois tandis qu’une lueur de cruauté traversait sa pupille, comme un éclair zébrant un ciel d’orage. — C’est vrai que tu t’y connais, toi, dans la manière de détruire un enfant, articula-t-elle d’un ton presque suave. La gifle partit avant même que Laetitia n’ait eu le temps de la voir venir. Elle avait à peine prononcé le mot « enfant » que la main de Tiphaine s’abattait sur sa joue dans un claquement sonore. La jeune femme accusa le coup, le regard exorbité. Au bout de ses deux bras, les sacs de courses et le reste pesèrent plusieurs tonnes, qu’elle lâcha pour porter la main à sa joue, interdite. 11 PSW32-INSERT GRAPHIQUES-C5.04.03-P5.04.00-14/3/2012 9H20--L:/TRAVAUX2/FLEUVE-N/DERRIERE/TEXTE.625-PAGE12 (P01 ,NOIR) — Tu n’as pas le droit ! fulmina Tiphaine en rete- nant ses larmes, comme pour justifier son geste. L’espace d’un instant, les deux femmes se firent face, prêtes à se jeter l’une sur l’autre. Et c’est peut- être ce qui se serait produit si un cri n’avait mis un terme à cet affrontement chargé de haine. — Laetitia ! Du pas d’une des maisons, celle dans laquelle Milo était entré quelques instants auparavant, un homme surgit avant de les rejoindre. David saisit aussitôt Laetitia par les épaules et la fit passer derrière lui dans un geste protecteur. — Elle vient de me gifler ! glapit-elle, encore sous le choc de l’agression. — Certaines allusions font parfois plus de mal qu’une gifle, balbutia Tiphaine, elle-même affolée par la tournure qu’avait prise la confrontation. David tourna vers elle un regard dur, cherchant ses mots avant de pointer un doigt menaçant dans sa direction. — Cette fois, tu as été trop loin, Tiphaine ! On va porter plainte. Celle-ci serra les dents, dissimulant mal la tornade de sentiments qui faisait rage en elle. Il lui fallut quelques secondes encore pour reprendre le contrôle de ses émotions puis, ses sanglots ravalés, elle hocha la tête d’un air entendu : — Comme tu voudras, David. Tu vois, la grosse différence entre nous désormais, c’est que moi, je n’ai plus rien à perdre. Après avoir ramassé les sacs éparpillés sur le trot- toir, David entraîna Laetitia jusqu’à leur maison, dont il referma vivement la porte derrière eux. Restée seule, Tiphaine tremblait de tous ses membres, et elle dut 12 PSW32-INSERT GRAPHIQUES-C5.04.03-P5.04.00-14/3/2012 9H20--L:/TRAVAUX2/FLEUVE-N/DERRIERE/TEXTE.625-PAGE13 (P01 ,NOIR) attendre un moment encore avant de prendre le même chemin. Elle s’arrêta devant la porte de la maison mitoyenne, sortit ses clés de la poche de son jogging et rentra à son tour chez elle. PSW32-INSERT GRAPHIQUES-C5.04.03-P5.04.00-14/3/2012 9H20--L:/TRAVAUX2/FLEUVE-N/DERRIERE/TEXTE.625-PAGE15 (P01 ,NOIR) Sept ans plus tôt PSW32-INSERT GRAPHIQUES-C5.04.03-P5.04.00-14/3/2012 9H20--L:/TRAVAUX2/FLEUVE-N/DERRIERE/TEXTE.625-PAGE17 (P01 ,NOIR) Chapitre 1 — Santé ! Trois bras levés au bout desquels deux coupes de champagne et un verre d’eau s’entrechoquaient à l’unisson. Éclats de rire, regards entendus, hochements de têtes et sourires complices. Puis David et Sylvain sirotèrent à petites gorgées, et le champagne pétilla au fond des gosiers. Laetitia, quant à elle, reposa sa boisson sans autre forme de procès, puis caressa un ventre aux rondeurs éloquentes. — Tu n’as pas bu une seule goutte d’alcool depuis le début de ta grossesse ? s’enquit Sylvain. — Pas une goutte ! répondit Laetitia avec fierté. — Ma femme est une sainte, se moqua gentiment David. Tu n’imagines pas tout ce qu’elle s’inflige pour donner à notre fils le meilleur départ dans la vie : pas d’alcool, pas de sel, pas de graisse, très peu de sucre, légumes cuits à la vapeur, fruits à volonté, pas de viande rouge, beaucoup de poissons, yoga, natation, musique classique, dormir tôt… Il soupira. Avant d’ajouter : — Depuis six mois, notre vie est d’un ennui ! 17 PSW32-INSERT GRAPHIQUES-C5.04.03-P5.04.00-14/3/2012 9H20--L:/TRAVAUX2/FLEUVE-N/DERRIERE/TEXTE.625-PAGE18 (P01 ,NOIR) — Je ne suis pas une sainte, je suis enceinte, c’est différent, rétorqua Laetitia en châtiant son mari d’une claque sur la cuisse pour ses propos narquois. — Sans compter qu’elle me bassine avec ses prin- cipes d’éducation… Pauvre gosse ! Je peux te dire qu’il ne va pas rigoler tous les jours ! — Vous parlez déjà de la manière dont vous allez l’élever ? s’étonna Sylvain. — Et comment ! affirma Laetitia avec le plus grand sérieux. Ce n’est pas quand on sera face aux problèmes qu’il faudra commencer à réfléchir à la manière de les régler. — Et… vous parlez de quoi ? — De tout un tas de choses : faire équipe, ne jamais se contredire devant l’enfant, pas de bonbons avant 3 ans, pas de Coca avant 6 ans, pas de Nintendo avant 10 ans… Sylvain émit un sifflement impressionné. — Je pense qu’on va vite lui faire comprendre que, si la vie est trop dure chez vous, il pourra toujours venir chez nous ! David consulta sa montre. — On aurait peut-être dû attendre ta douce moitié avant de trinquer, dit-il à Sylvain. Elle va nous en vouloir. — Absolument pas. D’abord parce qu’elle déteste le champagne, ensuite parce qu’elle n’avait pas envie de stresser et de nous faire attendre. Elle… elle est un peu fatiguée, ces jours-ci. — Au fait… Pourquoi du champagne ? demanda Laetitia. Une petite bouteille de vin aurait bien fait l’affaire. La question prit Sylvain de court. Visiblement à la recherche d’une raison plausible, il bredouilla deux « ben… », un « parce que… » et un « tu comprends… ». 18 PSW32-INSERT GRAPHIQUES-C5.04.03-P5.04.00-14/3/2012 9H20--L:/TRAVAUX2/FLEUVE-N/DERRIERE/TEXTE.625-PAGE19 (P01 ,NOIR) — Non, je ne comprends pas, répliqua aussitôt Laetitia qui s’amusait beaucoup de l’embarras de son ami. Embarras qui lui mit la puce à l’oreille : une bouteille de champagne n’a pas besoin de raison pour être offerte, encore moins pour être bue… Ou plutôt si ! On apporte une bouteille de champagne quand on a une bonne nouvelle à annoncer ! Laetitia observa Sylvain d’un œil suspicieux, sentit l’anguille sous la roche, s’apprêta à ferrer le poisson. Puis, soudain, elle comprit. — Elle est enceinte ! hurla-t-elle en se redressant dans son fauteuil. — Hein ? bégaya Sylvain, de plus en plus mal à l’aise. — Vous allez avoir un enfant ? s’écria à son tour David, le sourire radieux. — Non ! s’exclama Sylvain. C’est-à-dire que… En fait… La sonnette de la porte d’entrée le sauva d’un marasme à présent inéluctable. Laetitia sauta sur ses pieds et, le ventre en avant, se pressa vers le hall. — Félicitations ! cria-t-elle avant de disparaître. — Ne lui dis rien ! supplia Sylvain. Elle m’avait fait promettre de l’attendre pour vous annoncer la nouvelle. Puis, tournant vers David un regard consterné : — Elle va me tuer ! David éclata de rire et se leva à son tour pour embrasser son ami. — Bienvenus au club ! Ça fait combien de temps ? — Trois mois. Quand Laetitia ouvrit la porte d’entrée, elle était tellement heureuse qu’elle irradiait de mille feux. — Ma chérie ! explosa-t-elle dans un éclat de rire. Nos enfants vont grandir ensemble, c’est merveilleux ! Puis, sans lui laisser le temps de réagir, elle se jeta dans les bras de Tiphaine.
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