Lire un extrait de Bons baisers de Cora Sledge de Leslie Larson - Page 1 - Ce livre est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les événements sont le fruit de l’imagination de l’auteur ou utilisés fictivement. Toute ressemblance avec des per- sonnes réelles, vivantes ou mortes, des événements ou des lieux serait pure coïncidence. Traduction publiée en accord avec Shaye Areheart Books de Crown Publishing Group, un département de Random House, Inc. Titre originalþ: Breaking Out of Bedlam ©þLeslie Larson, 2010. ©þÉditions 10/18, Département d’Univers Poche, 2011, pour la traduction française. ISBNþ978-2-264-05208-7 159568FZK_BEDLAM.fm Page 6 Jeudi, 9. décembre 2010 6:13 18 Pour les Marsh 159568FZK_BEDLAM.fm Page 7 Mercredi, 24. novembre 2010 11:33 11 Premier cahier 159568FZK_BEDLAM.fm Page 9 Mercredi, 24. novembre 2010 11:33 11 Ce cahier appartient à Cora Sledge À ne lire qu’après ma mort 159568FZK_BEDLAM.fm Page 10 Mercredi, 24. novembre 2010 11:33 11 11 Pages blanches C’est ma petite-fille Emma qui m’a donné ce cahier. La couverture est en toile à sac. Dessus, il y a une fleur séchée violette et, à l’intérieur, toutes les pages sont blanches. Je suis censée trouver ça beau. Le stylo violet qui va avec colle autant aux doigts que du chewing-gum mâchouillé. «þComme ça, tu n’auras pas mal à la main, mamieþ», m’a dit Emma. Je me suis mise à rire. La pauvre petite, si elle savait où ma main a pu se fourrer en quatre-vingt-deux ans, et pour quoi faireþ! Mais bon, je suis restée polie et, de mon ton le plus aimable, je lui ai demandé à quoi ce truc pouvait bien me servir. «þÀ noter tes pensées. Des souvenirs, des réflexions que tu aurais envie d’écrire. Un poème, peut- être, ou une impression qui a de l’importance pour toi.þ» Cette gamine m’a toujours exaspérée. Ils se sentent tous coupables parce qu’ils m’ont mise ici, alors ils font ce qu’ils peuvent pour que je ne perde pas la boule. Pour Noël, j’ai aussi eu un puzzle (comme perte de temps, il n’y a pas mieux) et un nécessaire à broderie (j’ai toujours eu horreur de ça). Dean, mon fils, m’a même offert des albums à colorier avec trois races de chiensþ: un caniche, un colley et un berger allemand. Ils me croient demeurée, retombée en enfance, ou quoiþ? Alors là, ils ne me connaissent vraiment pas. J’ai laissé traîner ces cadeaux dans la salle de détente, et ils ont été chipés en un rien de temps. Le cahier, je l’ai glissé 159568FZK_BEDLAM.fm Page 11 Mercredi, 24. novembre 2010 11:33 11 12 dans le tiroir du haut de ma coiffeuse en me disant que je pourrai toujours en arracher des pages si j’ai besoin d’un bout de papier. Ce machin est aussi gros qu’une fichue bible. Je ne vois vraiment pas comment une personne saine d’esprit arriverait à le remplir. Et puis, ce matin, je me suis levée tôt, le jour commençait à peine à filtrer à travers les stores. D’habitude, avec mes pilules, je suis assommée jusqu’au petit déjeuner, à l’heure où, en déambulateur ou en fauteuil roulant, le troupeau se dirige lentement vers la salle à manger. Mais ce matin, tout était calme. Personne n’appelait de son lit, personne ne donnait de grands coups en passant la serpillière. Les téléphones ne sonnaient pas encore au poste des infirmières, les jardiniers ne dépla- çaient pas les feuilles avec leur maudite souffleuse, et les camions de livraison ne stationnaient pas devant ma fenê- tre, moteur en marche. Ce matin, donc, je me suis redressée brusquement dans mon lit comme si quelqu’un venait de prononcer mon nom. Souvent, je ne réussis pas à me sortir du plumard. J’y reste toute la journée, je somnole, je me réveille, je me ren- dors. Pour me calmer les nerfs, je force un peu sur mes chè- res petites pilules. Parfois des pans entiers de la journée s’effacent. Ça ne me dérange pas. Mais aujourd’hui, je me suis réveillée avec les idées on ne peut plus claires. Après un passage aux toilettes, je me suis assise à ma coiffeuse et je me suis mise à écrire. Je me suis fixé un but. Je vais écrire tout ce que j’ai tou- jours eu envie de raconter. Sans rien cacher. Je me fiche bien de ce qu’on pourra en penser. La plupart des gens – et c’est aussi mon cas – ne disent pas la vérité quand ils évo- quent leur existence. J’ai fait certaines choses dont je ne suis pas fière. J’ai menti pour survivre parce que la vie est dure et qu’il faut parfois en passer par là. Mais maintenant, je n’ai plus rien à perdre. Cette fois, je vais dire la vérité. J’espère que ceux qui m’ont mise dans cette maison me liront après ma mort. D’ailleurs, j’ai comme l’impression 159568FZK_BEDLAM.fm Page 12 Mercredi, 24. novembre 2010 11:33 11 qu’ils n’auront pas longtemps à attendre. Et alors, peut-être qu’ils comprendront. Les camions à l’arrêt commencent à cracher leurs gaz d’échappement juste devant ma fenêtre. Et les pensionnai- res envahissent le couloir en glapissant comme des bêtes qui se disputent une place au bord d’un trou d’eau. Moi aussi, je crève de faim. Ces œufs caoutchouteux qu’on vous sert en deviendraient presque appétissants. Une autre raison me pousse à tenir ce journal. Ça laissera une trace écrite. Parce qu’il se passe quelque chose de lou- che dans cette baraque, et je veux le noter au cas où il m’arriverait des ennuis. Exactement. Il y a des conciliabu- les, des regards fuyants, et des objets qui disparaissent. Tout ça, je vais le mettre noir sur blanc. Avec ce stylo violet. J’ai toujours eu une très belle écriture. 159568FZK_BEDLAM.fm Page 13 Mercredi, 24. novembre 2010 11:33 11
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