Lire le 1er chapitre de Piege nuptial de Douglas KENNEDY - Page 1 - Piègenuptial 14020 Ce qui a manqué à Nick, journaliste améri- cain en virée dans le bush australien? Quelques règles élémentaires de survie: 1) Ne jamais conduire en pleine nuit sur une route déserte: un kangourou se ferait une joie de défoncer votre pare-chocs. 2) Ne jamais céder aux charmes d’une auto- stoppeuse du cru. 3) Et ne jamais se laisser droguer, enlever et épouser par ladite autochtone. Dans son village, en effet, le divorce n’est pas autorisé. Mais le nombre de veuves y est impressionnant… «Mené à un train d’enfer en direct du Styx, le récit ferait dresser les cheveux sur la tête d’un chauve, tant est piquant le suspense!» Valérie Lejeune –Le Figaro Magazine Tous les grands succès de DOUGLAS KENNEDY sont chez Pocket Texte intégral ISBN 978-2-266-19282-8 © David Trood / Getty Images. www.pocket.fr CATÉGORIE 6-:HSMCQG=V^W]W]: Piège nuptial Douglas Kennedy DouglasDouglas Kennedy Piege nuptial.indd 1Piege nuptial.indd 1 9/10/09 17:56:099/10/09 17:56:09 Le Code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.þ122-5, 2o et 3o a, d’une part, que les «þcopies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collec- tiveþ» et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, «þtoute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illiciteþ» (art. L.þ122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon, sanctionnée par les articles L.þ335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © 1994, Douglas Kennedy. Tous droits réservés. Et pour la traduction française © 2008, Belfond, un département de ISBNþ: 978-2-266-19282-8 Le papier de cet ouvrage est composé de fibres naturelles, renouvelables, recyclables et fabriquées à partir de bois provenant de forêts plantées et cultivées durablement pour la fabrication du papier. Titre originalþ: THE DEAD HEART publié par Little, Brown and Company, Londres. Roman paru précédemment aux Éditions Gallimard sous le titre Cul-de-sac. Nouvelle traduction de Bernard Cohen. Tous les personnages de ce roman sont fictifs et toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou mortes, serait pure coïncidence. 142753HCR_NUPTIAL_ok.fm Page 6 Mardi, 15. septembre 2009 3:32 15 13 1 Partout, des tatouages. je n’en avais jamais vu autant de ma vie. À Darwin, tout le monde en avait. Et dans ce bar aussi, y compris la stripteaseuse en train de se tortiller sur la scène improvisée, exhibant le papillon vulcain qu’elle avait à la fesse gauche. Je lui donnais la trentaine. Un petit bout de femme maigrelette, quarante-cinq kilos sans les frusques, poi- trine en planche à pain, jambes squelettiques. Et l’air sérieusement fâchée avec la vie, en plus, peut-être parce qu’elle était payée pour laisser une bande de bushmen craignos lui reluquer la fente. J’étais arrivé dans le bouibe juste à temps pour le début de son spectacle. C’était une sorte de grande caverne rébarbative, avec un alignement de portes de glacière en métal derrière le bar, le genre de portes à grands leviers que l’on voit à la morgue. Chacune ouvrait sur une cavité de deux mètres de profondeur où s’entassait une mon- tagne de canettes de bière. Les barmen accueillaient les clients par une seule et unique question – «þPisseþen boîteþ?þ» –, car le bouge ne servait que de la bière. Face au comptoir, une planche en contreplaqué avait été posée sur deux caisses à thé, et c’est sur ce per- choir que la stripteaseuse, apparue au son d’un 142753HCR_NUPTIAL_ok.fm Page 13 Mardi, 15. septembre 2009 3:32 15 14 enregistrement grésillant des Beach Boys («þFun, Fun, Funþ»), s’est juchée. Elle était attifée en femme au foyer lambda venue passer une journée à la plageþ: un bikini, un chapeau de paille à large bord, des lunettes de soleil et un gros ballon dans les bras. Ce dernier accessoire était destiné à établir une relation espiègle, voire mutine, avec l’assistance, mais, quand elle l’a lancé vers les bedaines distendues qui s’étaient mas- sées devant la scène, les spectateurs se sont contentés de lui renvoyer brutalement le ballon en lui criant de se mettre enfin au boulot. Les traits crispés dans une expression invitant fortement ses admirateurs à aller se faire mettre, elle a enlevé le chapeau, puis les lunettes, puis le haut du bikini, puis le bas. Là, elle s’est allongée sur le dos et s’est mise à cisailler l’air de ses jambes. Des cris d’approbation se sont élevés. Le type assis près de moi m’a décoché un coup de coudeþ: —þT’sais à quoi elle me fait penserþ? À la faille de San Andreasþ! —þAh bonþ? Mes yeux sont tombés sur l’araignée velue qui était tatouée sur son biceps. J’ai fait mine de passer sur le tabouret libre à côté de moi mais le plaisantin me ten- dait déjà la mainþ: —þJerry Watts, a-t-il annoncé. Un blond débile, avec une coupe en brosse, des dents qui couraient après le bifteck, une moustache chétive et l’abominable tatouage susmentionné. Je me suis forcé à lui serrer la pince. —þNick Hawthorne. —þT’es de par chez moi, l’amiþ? —þOuais. Yankee. —þD’où ça, exactementþ? 142753HCR_NUPTIAL_ok.fm Page 14 Mardi, 15. septembre 2009 3:32 15 15 —þLe Maine. —þAhþ! T’es de ceux qui se la ra-Maine-nt, heinþ? —þÀ peu près ça. —þMoi, c’est la ville de la bagnole. Detroitþ! Mais j’étais basé en Alabama, avant qu’l’armée m’expédie ici. T’es aussi de la biffe, Nickþ? —þNon, non, civil. —þMais qu’est-ce que tu branles ici, alorsþ? Les seuls Américains que j’ai croisés, à Darwin, ils étaient de la biffe. —þJe ne fais que passer par ici. —þPour oùþ? —þLe Sud. —þLe Sudþ? Hé, quand t’es à Darwin, y a que là où tu peux aller, au sudþ! Vu que plus nord que ça, y a pasþ! Où ça, au sudþ? —þJe ne suis pas encore certain. Perth, peut-être. —þ«þPeut-êtreþ»þ? Tu sais à combien c’est d’ici, Perthþ? —þDans les quatre mille. —þTu l’as ditþ! Et tu sais ce que tu vas trouver, sur ces quatre mille bornes entre ici et Perthþ? Que dalleþ! Je parle du rien total, peau de zébu à part des chiottes toutes les quatre heures. Tu l’as déjà faite, cette routeþ? (J’ai secoué la tête.) Bon, faut espérer que tu aimes le bizarre, parce que tu vas en avoir ton compte. Et quand je dis bizarre, dans ce coin du pays, je veux dire du bizarre qui craint vraimentþ! Je sais de quoi j’parle, fais-moi confianceþ! —þOn dirait que vous savez plein de choses sur plein de trucs, oui. —þFaut croire, l’ami, faut croire… Enfin, j’y suis allé qu’une fois, par là-bas. Quand on était en manœu- vres l’an dernier. Et j’te charrie pas, d’acþ? De ma vie, 142753HCR_NUPTIAL_ok.fm Page 15 Mardi, 15. septembre 2009 3:32 15 16 j’ai jamais vu autant de… vide. Hé, barman, deux bien fraîches par iciþ! —þEuh, je ne crois pas que je vais pouvoir, je… —þT’as rencard ailleursþ? —þPas vraiment, non, mais je ne suis arrivé qu’hier soir et, avec le jet-lag et tout, je préfère y aller dou- cement avec la bière. —þHé, une mousse ou deux de plus, ça va pas te tuerþ! Sur la scène, l’effeuilleuse s’est mise à quatre pattes, dos tourné à la foule, avant de faire le poirier. Des applaudissements convaincus ont éclaté. —þÇa, c’est ce que j’appelle un panoramaþ! a commenté Watts. Encore que si j’étais son jules, moi, j’te la remplumerais un peu. Question rembourrage, c’est pas le grand confort, si tu vois ce que j’veux dire… J’ai regardé le fond de ma canette de Swan Export sans rien dire. —þT’es marié, Nickþ? —þNon. —þJamais remonté jusqu’à l’autelþ? —þJamais. —þMoi, deux foisþ! La première, j’avais dix-sept piges. Vingt et une, la seconde. Maintenant, je suis basé à Okinawa, au Japon, et je me suis mis à la colle avec une jolie p’tite Philippine. Mamie, qu’elle s’appelle. Et j’pense la marier, c’est sûr, sauf que, à chaque fois qu’on vient en manœuvres à Darwin, j’me dis que je devrais me dégoter une de ces Australoches, vu que c’sont les plus belles garces de toute la planète. Tu t’en es déjà farci uneþ? —þJ’avoue que non. —þT’as jamais tronché une Australoche, tu t’es jamais marié… T’as passé ta vie dans du coton, mecþ! —þJ’imagine que oui. 142753HCR_NUPTIAL_ok.fm Page 16 Mardi, 15. septembre 2009 3:32 15 —þT’as un boulotþ? —þJe suis entre deux. —þDans quoiþ? —þJournalisme. —þCharrie pasþ! —þJe ne charrie pas. —þAh… Et maintenant, tu fais quoiþ? —þJe me balade, c’est tout. —þAh… Et c’est pour ça que t’es iciþ? —þExactement. —þEh bien, c’est un putain de coin que tu t’es choisiþ! —þVraimentþ? —þJ’te l’dis, Darwin, y a pas mieux. Plages super, bars super, casinos super, plein de nanas super pour te purger les baloches… La stripteaseuse se tenait maintenant sur le bord de la planche, où elle venait d’arracher un billet de dix dollars de la patte tremblante d’un vieux type aux yeux larmoyants et à la bouche garnie de trois chicots. En échange de cette somme, le papy a été autorisé à rapprocher son visage des régions indicibles de l’ana- tomie féminine. Hélasþ! au moment où il se mettait au travail, il a été pris d’une sérieuse crise d’éternue- ments, dont la fille a été tout éclaboussée. —þTête de nœud à la conþ! a-t-elle hurlé avant de s’échapper vers sa loge. —þOù qu’tu vasþ? lui a crié le papy. J’en ai pas eu pour mon argent, moiþ! L’assistance était pliée en deux, à commencer par Jerry Watts. Abandonnant le vieillard éploré, ses yeux sont revenus sur son nouveau poteþ: —þAh, j’aime trop cette ville, mecþ! Mais j’étais déjà en route vers la sortie. 142753HCR_NUPTIAL_ok.fm Page 17 Mardi, 15. septembre 2009 3:32 15 Piègenuptial 14020 Ce qui a manqué à Nick, journaliste améri- cain en virée dans le bush australien? Quelques règles élémentaires de survie: 1) Ne jamais conduire en pleine nuit sur une route déserte: un kangourou se ferait une joie de défoncer votre pare-chocs. 2) Ne jamais céder aux charmes d’une auto- stoppeuse du cru. 3) Et ne jamais se laisser droguer, enlever et épouser par ladite autochtone. Dans son village, en effet, le divorce n’est pas autorisé. Mais le nombre de veuves y est impressionnant… «Mené à un train d’enfer en direct du Styx, le récit ferait dresser les cheveux sur la tête d’un chauve, tant est piquant le suspense!» Valérie Lejeune –Le Figaro Magazine Tous les grands succès de DOUGLAS KENNEDY sont chez Pocket Texte intégral ISBN 978-2-266-19282-8 © David Trood / Getty Images. www.pocket.fr CATÉGORIE 6-:HSMCQG=V^W]W]: Piège nuptial Douglas Kennedy DouglasDouglas Kennedy Piege nuptial.indd 1Piege nuptial.indd 1 9/10/09 17:56:099/10/09 17:56:09
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