Lire un extrait de Gossip Girl Psycho Killer - C. Von Ziegesar - Page 1 - Lire un extrait de Gossip Girl Psycho Killer, de Cecily Von Ziegesar Titre original : Gossip Girl, Psycho Killer Traduit de l’américain par Marianne Thirioux Collection « Territoires » dirigée par Bénédicte Lombardo Le Code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L. 122-5, 2e et 3e a, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple ou d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (art. L. 122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefa- çon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © 2011 by Alloy Entertainment and Cecily von Ziegesar. © 2012, Fleuve Noir, département d’Univers Poche, pour la traduction en langue française. ISBN : 978-2-265-09406-2 Gossip Psycho Killer.indd 4 14/06/12 18:54 10 comme la plupart des histoires de meurtres tout a commencé pendant une soirée — J’ai passé toute la matinée à regarder les rediffusions de Dexter dans ma chambre pour ne pas avoir à prendre le petit déjeuner avec eux, confia Olivia Waldorf à Kati Farkas et Isabel Coates, ses deux meilleures amies et camarades de classe à Constance Billard. Ma mère lui a fait du foie frit. Je ne savais même pas qu’elle savait se servir d’une cuisinière ! La jeune fille replaça ses longs cheveux châtain foncé derrière ses oreilles et vida d’un trait le verre de whisky quinze ans d’âge qu’elle tenait à la main. Elle en était déjà à son deuxième et n’avait pas l’intention de s’arrêter là, prête à tout pour éviter la rage meurtrière qui menaçait de l’envahir. Son front devenait tout ridé et plutôt laid, quand elle s’énervait. — Quels épisodes as-tu regardés ? lui demanda Isabel, ôtant délicatement un cheveu sur le cardigan en cachemire noir d’Olivia. — Qu’est-ce que ça peut faire ? rétorqua celle-ci en tapant du pied. Elle portait ses nouvelles ballerines noires. Très BCBG. Mais elle pouvait changer d’humeur en une seconde, se mettre une épaisse couche de rouge à lèvres, se crêper les cheveux et troquer ses ballerines contre ses bottes pointues qui lui arrivaient au Gossip Psycho Killer.indd 10 14/06/12 18:54 11 genou, très trashy, et la jupe métallique hypercourte que sa mère détestait. Et hop, la voilà métamorphosée en détenue en cavale, version rock star sexy. Miaou ! — Le fait est que je suis restée enfermée dans ma chambre toute la matinée car ils n’avaient rien trouvé de mieux que de se faire le plan « petit déjeuner ultraromantique » dans leurs pei- gnoirs de soie rouge assortis. Sans même s’être douchés ! Olivia but une autre gorgée de whisky. Le seul moyen de sup- porter l’idée que sa mère puisse coucher avec cet homme était de se soûler. De se cuiter. Et de les imaginer tous les deux mourir de la maladie de la vache folle que le foie frit leur aurait transmise. Olivia et ses amis venaient de ce type de famille pour lequel boire de l’alcool était aussi ordinaire que saigner du nez. Leurs parents croyaient dur comme fer à ce concept quasi européen : plus leurs gamins avaient accès à l’alcool, moins ils risquaient d’en abuser. Ils pouvaient donc boire tout ce qu’ils voulaient, quand ils le voulaient, tant qu’ils continuaient à avoir de bonnes notes, restaient présentables et ne mettaient pas leur famille dans l’embarras en dégobillant en public, en se faisant pipi dessus, ou en délirant dans les rues. Et cela était valable pour tout le reste, comme le sexe, la drogue ou les crimes : tant que l’on sauvait les apparences, tout allait bien. En revanche, il ne fallait surtout pas enlever sa petite culotte avant l’heure… Mais nous y viendrons plus tard. Celui qui dérangeait tant Olivia, c’était Cyrus Rose, le nouvel homme de sa mère. En ce moment même, ce dernier accueillait les invités du dîner à l’autre bout du séjour. Il avait tout du ven- deur qui vous aide à choisir vos chaussures chez Saks – chauve, une petite moustache broussailleuse et un gros ventre à peine dis- simulé sous son costume croisé bleu électrique – ou de quelqu’un que l’on paie pour exécuter cette grand-tante richissime qui Gossip Psycho Killer.indd 11 14/06/12 18:54 12 refuse de mourir. Il faisait sans arrêt tinter sa monnaie dans sa poche et lorsqu’il enlevait sa veste, d’immenses auréoles répu- gnantes étaient visibles sous ses aisselles. Il riait fort et se mon- trait très doux avec la mère d’Olivia. Mais il n’était pas son père. L’an dernier, celui-ci s’était enfui en France avec un autre homme, qui aurait très bien pu être un beau gosse psychopathe, pour ce que la jeune fille en savait… Bien que le vin de récoltant qu’ils produisaient ensemble dans leur château soit excellent. Naturellement, rien de cela n’était de la faute de Cyrus Rose, mais Olivia s’en fichait éperdument. Pour elle, ce type était gon- flant, point. Gros. Un loser qui méritait de mourir – par strangu- lation, peut-être, après s’être coincé le cou dans la ceinture de son affreux peignoir de soie rouge. Mais pas ce soir. Ce soir, Olivia devrait le supporter, car le dîner que donnait sa mère était en son honneur et tous les amis de la famille Waldorf étaient venus faire sa connaissance : les Bass, de sang noble, et leurs fils, Chuck et Donald ; M. Farkas et sa fille, Kati ; Arthur Coates, producteur de films d’horreur des années 80, accompagné de sa femme Titi et de leurs filles Isabel, Regina et Camilla ; Patti et Roger Tompkinson, descendants de feu la famille royale britannique et leur fils Jeremy, qui ne s’était pas encore montré, mais qui devait sûrement se défoncer dans les toilettes réservées au personnel, le capitaine Archibald et Mme, et leur fils Nate. Les seuls absents étaient encore M. et Mme van der Woodsen dont la fille, Serena, et le fils, Erik, étaient tous deux au pensionnat. Les dîners de la mère d’Olivia étaient très courus et celui-ci était le premier qu’elle donnait depuis son divorce. Cet été, l’apparte- ment de grand standing des Waldorf avait été redécoré du sol au plafond – et à grands frais – en bordeaux et chocolat. Il regorgeait de meubles d’époque et d’œuvres d’art que la décoratrice avait Gossip Psycho Killer.indd 12 14/06/12 18:54 13 judicieusement récupérés dans les propriétés de collectionneurs qui venaient de mourir, avant qu’ils ne soient vendus aux enchères. Au milieu de la table de la salle à manger trônait un énorme vase en argent rempli d’orchidées blanches, de scarabées pétrifiés et feuilles de saule blanc séchées. Les petites cartes avec les noms des invités, posées sur des assiettes laquées de rouge, étaient recou- vertes de feuille d’or. À l’office, Myrtle la cuisinière chantait du Ozzy Osbourne et Esther, la bonne irlandaise négligée, n’avait pas encore renversé ses célèbres canapés au boudin noir et aux crackers Ritz sur les invités, Dieu merci ! Olivia, en revanche, commençait à se relâcher. Et si Cyrus n’ar- rêtait pas de harceler Nate, elle serait bien obligée d’aller renverser son whisky sur les vulgaires mocassins italiens du petit ami de sa mère et de le matraquer à mort avec son verre vide. Elle n’avait encore tué personne, mais c’était drôle de l’imaginer. Trop drôle. — Olivia et toi sortez ensemble depuis longtemps, n’est-ce pas ? demanda Cyrus en donnant un petit coup de poing sur le bras de Nate. Il tentait de l’aider à se dégeler quelque peu. Tous ces gosses de l’Upper East Side étaient beaucoup trop coincés. D’où le taux de mortalité élevé. — Tu couches déjà avec elle ? poursuivit Cyrus. Nate devint encore plus cramoisi que le sang sur le tablier d’un boucher. — Eh bien, nous nous connaissons pratiquement depuis notre naissance, bégaya-t‑il, mais nous ne sortons ensemble que depuis, disons, un an. Nous ne voulons pas tout gâcher en, comment dire, précipitant les choses. Il se contentait de ressortir le baratin que lui servait systémati- quement Olivia quand il lui demandait si elle était prête ou non. Gossip Psycho Killer.indd 13 14/06/12 18:54 14 Mais il parlait au copain de la mère de sa petite amie ! Qu’était-il censé dire ? « Mec, si ça ne tenait qu’à moi, on serait en train de s’envoyer en l’air en ce moment même ! » ? — Tout à fait, répondit Cyrus Rose. Il serra l’épaule de Nate de sa main rouge et grassouillette. Il portait l’un de ces bracelets-montres Cartier en or que vous n’enleviez jamais, à moins de vous couper le bras – très à la mode dans les années quatre-vingt. — Laisse-moi te donner un conseil, lança-t‑il au jeune homme, comme si celui-ci avait le choix. N’écoute pas ce que disent les filles. Elles aiment les surprises. Elles veulent que tu rendes les choses intéressantes. Tu vois ce que je veux dire ? Le jeune homme hocha la tête, sourcils froncés. Il essaya de se souvenir de la dernière fois où il avait surpris Olivia. La seule chose qui lui vint à l’esprit fut le jour où il lui avait apporté un cornet de glace quand il était allé la chercher à son cours de tennis. C’était il y a plus d’un mois, et pour une surprise, elle était franchement nulle. À ce rythme, Olivia et lui ne risquaient pas de coucher ensemble… Nate était de ces garçons que vous remarquiez forcément et dont vous pouviez lire les pensées : « Cette fille me trouve tel- lement sexy ! » Pourtant, ce n’était pas de la vanité. Il était né comme ça, voilà tout. Pauvre de lui ! Ce soir-là, il portait le pull col en V en cachemire vert mousse qu’Olivia lui avait offert à Pâques l’année précdente, lorsque son père les avait emmenés skier une semaine à Sun Valley. En cachette, la jeune fille avait cousu un minuscule pendentif en or en forme de cœur à l’intérieur d’une manche pour que Nate garde toujours son cœur contre lui. Elle aimait se dire qu’elle était une incorrigible romantique, dans le style des actrices de cinéma de l’ancienne génération, telles que Lana Turner dans le Facteur Gossip Psycho Killer.indd 14 14/06/12 18:54 15 Sonne Toujours deux fois, Sissy Spacek dans Carrie ou Glenn Close dans Liaison Fatale. Elle n’était jamais à court de procédés narratifs pour le film dans lequel elle avait la vedette. Et forcé- ment, quelqu’un finissait toujours par mourir. C’est la vie1*. — Je t’aime, avait-elle dit à Nate, le souffle coupé, en lui offrant le pull. — Moi aussi, lui avait-il répondu, sans être tout à fait sûr que ce fût la vérité. Quand il avait enfilé le pull, il était tellement beau qu’Olivia avait eu envie de hurler comme un loup-garou, de lui arracher tous ses vêtements et de lui sauter dessus. Mais hurler dans l’ardeur du moment n’était pas très glamour – davantage Janet Leigh dans Psychose que Marilyn dans Certains l’aiment chaud. Elle s’était donc tue, s’efforçant de rester fragile, tel un petit oisil- lon dans les bras de Nate. Ils s’étaient longuement embrassés, les joues froides d’avoir passé la journée sur les pistes de ski. Nate avait enroulé ses doigts dans la chevelure d’Olivia et l’avait fait s’allonger sur le lit de la chambre d’hôtel. Elle avait mis ses bras au-dessus de sa tête et laissé son petit copain commencer à la dés- habiller jusqu’à ce qu’elle comprenne où tout cela allait les mener. Mais ce n’était pas un film, après tout, c’était la réalité. Donc, comme une gentille fille, civilisée et bien élevée, elle s’était assise sur le lit et l’avait sommé d’arrêter. Et elle le lui avait toujours demandé jusqu’à aujourd’hui. Voilà deux soirs, Nate était passé la voir après une fête, une flasque de brandy à moitié vide à la main, et l’avait allongée sur son lit, en murmurant : « J’ai envie de toi, Olivia. » Une fois de plus, celle-ci avait eu envie de hurler au meurtre, de lui sauter dessus et de le 1. Les mots suivis d’une étoile sont en français dans le texte. Gossip Psycho Killer.indd 15 14/06/12 18:54 16 couvrir de baisers. Mais elle avait résisté. Nate s’était endormi, ron- flant comme un bienheureux et Olivia, étendue à côté de lui, imagi- nait qu’ils jouaient tous les deux dans un film dans lequel ils étaient mariés, qu’il avait un problème d’alcool et souffrait probablement de troubles de la personnalité, mais qu’elle le soutiendrait et l’aime- rait toute sa vie, même si de temps en temps il mouillait son lit. Olivia n’était pas une allumeuse ; elle n’était pas prête, voilà tout. Nate et elle s’étaient à peine vus de l’été car elle était partie suivre un stage de tennis dans un horrible camp de Caroline du Nord où elle avait essayé d’empoisonner les boissons Kool Aid de tout le monde. Nate, quant à lui, était parti faire du bateau avec son père sur la côte du Maine. Elle voulait être sûre que, après avoir été séparés tout l’été, ils s’aimaient plus que jamais. Elle avait voulu attendre son dix-septième anniversaire, le mois d’après, pour coucher avec lui. Mais elle en avait marre de patienter. Nate était plus beau que jamais. Son pull vert mousse mettait en valeur ses yeux vert foncé pétillants, et ses cheveux châtains ondulés étaient parsemés de mèches blond doré après un été passé sur l’océan. Et voilà comment Olivia avait compris qu’elle était prête. Elle but une autre gorgée de son whisky et passa les doigts autour de son verre, comme si elle armait un calibre 38 étincelant. Si seulement elle pouvait dégommer Cyrus de la photo, pan ! Et tous les autres convives, tant qu’elle y était ! Pan, pan, pan ! Pan, pan, pan ! Pan, pan, pan ! Ainsi, Nate et elle pourraient le faire, nus, dans le séjour de ce foutu appart de luxe rien qu’à eux, excepté les cadavres. Elle termina sa boisson et reposa le verre sur une table de marbre avec une telle force que le verre et le marbre se fêlèrent tous les deux. Oui, elle était prête ! Gossip Psycho Killer.indd 16 14/06/12 18:54
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