Lire un extrait de Chroniques de la fin du monde de Susan Bath Pfeffer - Page 1 - Directeur de collection: Xavier d’Almeida Titre original: Life as we knew it Publié pour la première fois en 2006 par Harcourt, un éditeur de Houghton Mifflin Harcourt Publishing Company Boston. Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse: mars 2011. Text copyright © Susan Beth Pfeffer, 2006. © 2011, éditions Pocket Jeunesse, département d’Univers Poche, pour la traduction française et la présente édition. ISBN 978-2-266-19948-3 26619948_p001-420.indd 426619948_p001-420.indd 4 31/01/11 08:4631/01/11 08:46 Pour Marei Hanners et Carol Pierpoint 26619948_p001-420.indd 526619948_p001-420.indd 5 31/01/11 08:4631/01/11 08:46 PRINTEMPS 26619948_p001-420.indd 726619948_p001-420.indd 7 31/01/11 08:4631/01/11 08:46 26 DEUX 18 mai Parfois, quand maman s’apprête à écrire un livre, elle se plaint de ne pas savoir par où commencer, parce que la fin lui apparaît avec une telle clarté que le début semble ne plus avoir aucune importance. C’est tout à fait ce que je ressens, sauf que j’ignore comment ça va finir, et même comment va se terminer la journée. Nous avons essayé de joindre papa pendant des heures. Tout ce que nous avons obtenu, c’est un genre de bips courts et rapprochés qui voulaient dire «ligne indisponible». Je ne sais pas jusqu’à quelle heure maman va s’obstiner à l’appeler ni si j’aurai l’occasion de lui parler avant de m’endormir. Si je m’endors. On dirait qu’un million d’années nous séparent de ce matin. Je me rappelle avoir vu la Lune avant le lever du soleil. C’était une demi-Lune, mais elle était bien visible. Je l’ai regardée en pensant que ce soir la météorite allait la percuter, et que ce serait vraiment grandiose. Dans le bus qui nous menait à l’école, on n’en a pas du tout parlé. Sammi se plaignait du dress code pour le bal de la promo: pas de tenues sans bretelles, et rien de trop court – alors qu’elle aurait voulu une robe qu’elle puisse aussi porter pour aller en boîte. 26619948_p001-420.indd 2626619948_p001-420.indd 26 31/01/11 08:4631/01/11 08:46 27 Au commencement Megan est montée dans le bus avec des copains de son église et ils se sont assis dans un coin. Peut-être qu’ils par- laient de la météorite, mais à mon avis, ils devaient prier. Parfois ils font ça dans le bus, quand ils ne lisent pas des versets de la Bible. C’était un jour de semaine comme tous les autres. Je me souviens que je me suis ennuyée en français. Après les cours, je suis restée pour l’entraînement de nata- tion, et puis maman est venue me chercher. Elle a dit qu’elle avait invité Mrs Nesbitt à regarder la météorite avec nous ce soir, mais que celle-ci avait préféré rester tranquillement chez elle. Donc il y aurait seulement Jonny, maman et moi pour le grand événement. C’est comme ça qu’elle l’a appelé: «le grand événement». Elle m’a conseillé de me dépêcher de finir mes devoirs pour être libre après le repas. C’est ce que j’ai fait. J’ai bouclé deux disserts et mes exercices de maths, puis nous avons dîné et regardé la télé jusqu’à environ 20h30. Sur CNN, il n’était question que de la météorite. On y voyait défiler toute une flopée d’astronomes déchaînés. — Peut-être qu’après avoir joué chez les Yankees de New York, je serai astronome, a annoncé Jonny. J’avais exactement la même envie (enfin, pas celle de jouer pour l’équipe des Yankees). Les astronomes avaient l’air tel- lement passionnés par leur métier. On sentait combien ils étaient enthousiasmés par cette météorite qui allait heurter la Lune de plein fouet. Ils montraient des courbes, des gra- phiques, des simulations sur ordinateur, mais en gros on aurait cru voir de grands gamins le jour de Noël. Maman avait sorti le télescope de Matt et elle avait déniché une excellente paire de jumelles. Elle avait même préparé pour l’occasion des cookies aux pépites de chocolat. 26619948_p001-420.indd 2726619948_p001-420.indd 27 31/01/11 08:4631/01/11 08:46 28 Chroniques de la fin du monde Munis d’assiettes et de serviettes, nous avons décidé de nous installer sur la route: de là nous aurions une meilleure vue. Maman et moi avons apporté des chaises de jardin, et Jonny est resté debout pour regarder dans le télescope. On ne savait pas exactement combien de temps allait durer la collision, et s’il allait se passer quelque chose d’intéressant après. On aurait dit que tous les gens du quartier avaient décidé de passer la soirée dehors. Certains avaient organisé un bar- becue et mangeaient sous leur véranda, mais la plupart se tenaient devant leurs maisons, comme nous. La seule à man- quer était Mrs Hopkins, mais je devinais à la lueur dans son salon qu’elle regardait la télé. C’était comme une grosse fête de quartier. Il y a tellement de maisons le long de notre route qu’on n’entendait plus rien, juste un brouhaha. Il était bientôt 21h30 quand le silence s’est installé. Tout le monde tendait le cou en direction de la Lune. L’œil collé à son télescope, Jonny a été le premier à crier pour annoncer l’arrivée de l’astéroïde. Et bientôt, on a tous découvert la plus grosse étoile filante qu’on puisse imaginer. Elle était beau- coup plus petite que la Lune, mais à part ça je n’avais jamais rien vu d’aussi grand dans le ciel. On aurait dit qu’elle était en flammes et on a tous applaudi en la voyant passer. Pendant un moment j’ai pensé à tous les gens dans le passé qui avaient aperçu la comète de Halley sans savoir de quoi il s’agissait, sinon d’un corps céleste inspirant la crainte et le respect. Durant une fraction de seconde, j’aurais pu avoir seize ans, vivre au Moyen Âge et lever les yeux vers le ciel, en m’émerveillant de ce phénomène mystérieux. J’aurais pu être une Aztèque ou une Apache – peu importe la culture – à m’interroger sur le message que le ciel m’envoyait. Et il l’a percutée. Même si on s’y attendait, on a tous eu un 26619948_p001-420.indd 2826619948_p001-420.indd 28 31/01/11 08:4631/01/11 08:46 29 Au commencement choc au moment où l’astéroïde est entré en contact avec la Lune. Avec notre Lune. À cet instant, je me suis dit que nous avions tous pris conscience que c’était notre Lune et que si elle était attaquée, c’est nous qui étions attaqués. Mais peut-être que ça n’a traversé l’esprit de personne. Je sais que la plupart des gens sur la route ont crié des bravos, puis ils se sont brusquement arrêtés. Quelques maisons plus loin, une femme a poussé un cri, un homme s’est exclamé: «Oh mon Dieu!», et des gens hurlaient: «Quoi? Quoi?» comme si l’un d’entre nous pouvait connaître la réponse. J’ai pensé que tous les astronomes que j’avais vus une heure plus tôt sur CNN auraient pu décrire avec précision ce qui s’était passé, et comment, et pourquoi, et qu’ils l’ex- poseraient à la télé ce soir et demain, et c’est ce que j’ai cru jusqu’à ce que quelque chose de complètement fou se pro- duise. Je ne peux pas l’expliquer parce que je ne sais pas vraiment ce qui est arrivé et encore moins pourquoi. La Lune était bizarre, toute de travers et aux trois quarts pleine, et elle s’est mise à grandir, à grandir encore et encore, comme lorsqu’elle se lève à l’horizon, sauf qu’elle ne se levait pas. Elle était en plein milieu du ciel, beaucoup trop grosse, beaucoup trop visible. Je distinguais même les détails de ses cratères que je n’avais pu voir un instant auparavant qu’à travers le télescope de Matt. Ce n’était pas non plus spectaculaire comme si la Lune avait perdu un gros morceau qui flottait dans l’espace, ou que l’astéroïde avait laissé un impact en heurtant la pla- nète. On n’avait même pas entendu le bruit de la collision. Non, c’était pareil que quand on joue aux billes, et que l’une d’entre elles cogne une autre et la pousse en diagonale. C’était toujours notre Lune et c’était toujours une espèce de grosse pierre morte dans le ciel, mais elle n’était plus 26619948_p001-420.indd 2926619948_p001-420.indd 29 31/01/11 08:4631/01/11 08:46 30 Chroniques de la fin du monde rassurante du tout. Elle était terrifiante, et on pouvait sentir la panique se répandre tout autour de nous. Des gens se sont rués vers leur voiture et sont partis à toute vitesse. D’autres se sont mis à prier ou à pleurer. Une famille a entonné l’hymne national. — Je vais appeler Matt, a dit maman, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Rentrez, les enfants. Allons voir ce que les infos peuvent nous apprendre là-dessus. — Maman, est-ce que c’est la fin du monde? a demandé Jonny, qui avait ramassé l’assiette de cookies et s’apprêtait à en engloutir un. — Non, a affirmé maman en repliant sa chaise et en allant la poser contre la maison. Et, oui, il y a quand même école demain. Ça nous a fait rire (surtout que j’étais en train de me poser la même question). Jonny est allé ranger les cookies et j’ai rallumé la télé. Sauf qu’il n’y avait pas d’image. — J’ai peut-être eu tort, a soupiré maman. Peut-être que c’est vraiment la fin du monde. 26619948_p001-420.indd 3026619948_p001-420.indd 30 31/01/11 08:4631/01/11 08:46
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