Lire un extrait de Starcrossed - Josephine Angelini - Page 1 - Lire un extrait de Starcrossed, de Josephine Angelini Grand format - Pocket - Starcrossed-T1 - 140 x 225 - 14/12/2011 - 13 : 49 - page 4 Directeur de collection : Xavier d’Almeida Titre original : Starcrossed Publié pour la première fois en 2011 par HarperTeen, HarperCollins, New York Loi no 49 956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse : février 2012. Copyright © 2011 by Josephine Angelini. © 2012 éditions Pocket Jeunesse, département d’Univers Poche, pour la traduction française et la présente édition. ISBN : 978-2-266-21126-0 Grand format - Pocket - Starcrossed-T1 - 140 x 225 - 14/12/2011 - 13 : 49 - page 7 un — M ais si tu m’en achètes une maintenant, tu pourras la récupérer dans deux ans, quand je partirai à la fac, lui fit remarquer Hélène. Ça te fera une voiture quasi neuve ! Malgré tout l’enthousiasme de sa fille, Jerry ne se laissa pas fléchir. — Lennie, commença-t-il, ce n’est pas parce que l’État du Massachusetts a décrété que conduire à seize ans était une bonne chose… — Seize ans et demi ! précisa Hélène. — … que je suis d’accord avec ça, conclut-il, un sourire satisfait aux lèvres. La partie semblait mal engagée, mais elle ne voulut pas renoncer si vite. — Tu sais, la jeep n’a plus qu’une année ou deux à tirer. Est-ce que tu as pensé aux économies d’essence si on avait une hybride ou même une tout-électrique ? C’est l’énergie de l’avenir, papa. — Mm-m, fut l’unique réponse de Jerry. Cette fois, elle sut qu’elle avait vraiment perdu la partie. 7 Grand format - Pocket - Starcrossed-T1 - 140 x 225 - 14/12/2011 - 13 : 49 - page 8 Appuyée au bastingage sur le ferry qui la ramenait à Nantucket, Hélène Hamilton regardait l’immensité bleue devant elle. Elle réprima un frisson à l’idée de se retrouver, une fois de plus, obligée de pédaler dans le froid, de devoir mendier auprès d’un ami qu’il la dépose en voiture ou, pire, de prendre le bus. Elle essaya de ne plus y penser. Elle sentait les regards des touristes posés sur elle et elle tourna la tête pour leur échapper. Lorsqu’elle se regardait dans un miroir, elle ne voyait rien de bien extraordinaire hormis deux yeux, un nez et une bouche, mais les étrangers avaient tendance à la dévisager avec insistance, ce qui la mettait profondé- ment mal à l’aise. De son point de vue, grandir sur une petite île était un véritable calvaire et elle ne rêvait que d’une chose : partir pour l’université, le plus loin possible de l’île, du Massachusetts et de la côte Est. Non qu’Hélène fût malheureuse chez elle. Son père et elle s’entendaient à merveille. Sa mère les avait aban- donnés, tous les deux, quand Hélène était bébé, mais Jerry avait toujours su donner à sa fille la dose d’atten- tion nécessaire à son équilibre. Hélène se sentait d’ail- leurs vite envahie. Il respectait son besoin de solitude, mais il n’était jamais loin. Au fond d’elle, sous la fine couche de ressentiment suscité par leur dernière dispute, elle savait qu’il n’y avait pas meilleur père sur Terre. — Hé, Lennie ! Comment va ton urticaire ? cria Claire, sa meilleure amie depuis toujours, dans la seule intention de la mettre dans l’embarras. Claire fendit la foule des touristes avec de grands gestes. Les gens s’écartaient au passage de ce petit lutin perché sur des sandales à semelles compensées. Elle vire- 8 Grand format - Pocket - Starcrossed-T1 - 140 x 225 - 14/12/2011 - 13 : 49 - page 9 volta au milieu du tumulte qu’elle avait provoqué et se glissa à la place tout juste libérée, à côté d’Hélène. — Risette ! Je vois que toi aussi, tu as fait tes courses de rentrée ! s’exclama Jerry en apercevant ses paquets. Claire Aoki, alias Risette, était une tueuse. Quicon- que se laissait duper par sa frêle stature et ses traits fins d’Asiatique courait le risque de se faire ratatiner sans merci. Son surnom, « Risette », la poursuivait depuis qu’elle était bébé et tous ceux qui la connaissaient l’appelaient ainsi. À leur décharge, il était difficile d’y renoncer. Claire avait le rire le plus communicatif qui puisse exister. Jamais forcé ni suraigu, tout simplement irrésistible. — Mais naturellement, ô merveilleux père de ma Meilleure Amie, dit Claire, répondant à son étreinte avec une affection non feinte. Dites, puis-je m’entretenir avec votre progéniture ? Je suis sincèrement navrée de devoir me montrer aussi impolie, mais c’est de la plus haute confidentialité. Je vous le dirais bien à vous mais… — … mais tu serais obligée de me tuer après, com- pléta Jerry, amusé. Beau joueur, il profita de l’inattention de sa fille, inspectrice en chef de la police diététique, pour aller s’acheter un soda. — Qu’est-ce t’as trouvé ? demanda Claire, en attra- pant le butin d’Hélène et en plongeant la tête dans son sac. Des jeans, un gilet, un tee-shirt, un sou… ouah ! T’achètes tes soutifs avec ton père, toi ? — J’avais pas vraiment le choix, rétorqua Hélène, lui arrachant le sac des mains. J’en avais besoin d’un ! De toute façon, il part se cacher à la librairie pendant 9 Grand format - Pocket - Starcrossed-T1 - 140 x 225 - 14/12/2011 - 13 : 49 - page 10 que je les essaie. Mais c’est déjà une torture de savoir qu’il est dans les parages ! conclut-elle, gênée. — Faut pas exagérer, c’est pas comme si tu t’achetais des trucs sexy. Bon sang, Lennie, tu cherches à avoir le look de ma grand-mère là ou quoi ? s’exclama Claire en brandissant une culotte en coton blanc. Hélène s’empara de la culotte et l’enfourna tout au fond du sac, tandis que Claire laissait éclater son fameux rire. — Je sais, je suis un cas désespéré, rétorqua Hélène, oubliant instantanément la moquerie de Claire. T’as pas peur d’attraper le virus de la loose en traînant avec moi ? — Nan. Je suis tellement géniale que je suis immu- nisée. En plus, j’adore la façon dont tu rougis quand on parle de petites culottes. Hélène rougit de plus belle. Elle qui souffrait d’une timidité maladive avait le malheur de mesurer un mètre quatre-vingts, ce qui ne l’aidait pas à passer inaperçue. Et le pire, c’est qu’elle continuait à grandir. Elle avait beau prier Jésus, Bouddha, Mahomet et Vishnu réunis, elle sentait, la nuit, dans ses membres et dans ses muscles, la douleur annonciatrice d’une nouvelle pous- sée de croissance. Elle se consolait en se disant que, si elle atteignait le mètre quatre-vingt-cinq, elle serait assez grande pour escalader la rampe de sécurité et se jeter du haut du phare de Siasconset. — Tiens-toi droite ! ordonna Claire, par réflexe, dès qu’elle vit Hélène avachie. Hélène obtempéra. Claire était intraitable sur la façon de se tenir. Elles n’en avaient jamais parlé ensemble, mais Hélène y voyait l’héritage de sa mère japonaise, 10 Grand format - Pocket - Starcrossed-T1 - 140 x 225 - 14/12/2011 - 13 : 49 - page 11 très à cheval sur les bonnes manières, et de sa grand- mère en kimono, plus rigide encore. — Bon, passons à l’essentiel, ajouta-t-elle. Tu vois cette énorme propriété qui doit coûter trente-six mil- lions de dollars ? — À ’Sconset ? Ouais… Et alors ? Hélène revit la plage privée devant la propriété et remercia le ciel que son père n’ait pas assez d’argent pour acheter une maison sur le front de mer. Petite, elle avait failli se noyer. Elle en avait gardé l’intime et secrète conviction que l’océan Atlantique avait voulu la tuer. Malgré les années, elle était restée une piètre nageuse, tout juste capable de se maintenir à la surface de l’eau pendant quelques minutes avant de couler comme une pierre. — Elle a finalement été vendue à une grande famille, expliqua Claire. Ou deux familles. Je ne suis pas sûre des détails, mais je crois qu’il y a deux pères et qu’ils sont frères. Ils ont tous les deux des gosses… qui doi- vent être cousins logiquement… Non ? Claire fronça les sourcils, puis balaya la question d’un geste insouciant. — On s’en fiche. Le truc, c’est qu’il y a, genre, deux mecs de seize ou dix-sept ans. — Mmm, fit Hélène. Laisse-moi deviner : tu as tiré le tarot, tu as vu qu’ils allaient tomber raides dingues de toi et se battre pour tes beaux yeux… Claire lui donna un coup dans le tibia. — Mais non, idiote. Il y en a un pour chacune. Hélène se frotta la jambe comme si elle avait mal. Claire aurait pu la frapper de toutes ses forces sans lui 11 Grand format - Pocket - Starcrossed-T1 - 140 x 225 - 14/12/2011 - 13 : 49 - page 12 laisser le moindre hématome, mais elle préférait jouer la comédie pour ne pas la vexer. — Un pour chacune ? la taquina-t-elle. Un peu trop soft, ton scénario… Non, j’ai du mal à y croire. À mon avis, on va tomber toutes les deux amoureuses du même ou… — N’importe quoi, protesta Claire en examinant ses ongles. Je t’assure, les cartes sont catégoriques… — Claire ! Tu me fais le coup tous les ans ! Avant chaque rentrée, tu ressors les cartes que tu as achetées à Salem et tu prédis qu’un truc incroyable va nous arriver. Mais le seul truc incroyable, c’est qu’on ne soit pas mortes d’ennui avant les vacances de Noël ! — Pourquoi tu ne veux pas regarder la vérité en face ? protesta Claire. Toi et moi, on est trop géniales pour être ordinaires. Hélène haussa les épaules. — Moi, ça ne me gêne pas d’être ordinaire. Au contraire. Je serais terrifiée si une de tes prédictions finissait par se réaliser ! Claire pencha la tête sur le côté pour observer son amie. Hélène décrocha une mèche de cheveux derrière son oreille, qu’elle laissa retomber comme un rideau. Elle détestait qu’on la regarde. — Je sais, va. Mais je doute que tu puisses être ordinaire un jour, déclara-t-elle, pensive. Hélène se dépêcha de changer de sujet. Elles évoquè- rent leur emploi du temps, la course à pied, et se deman- dèrent si elles devaient ou non se couper la frange. Hélène aurait aimé changer de coiffure, mais Claire refusait catégoriquement qu’elle touche à ses longs che- veux blonds. Soudain, elles réalisèrent qu’elles s’étaient 12 Grand format - Pocket - Starcrossed-T1 - 140 x 225 - 14/12/2011 - 13 : 49 - page 13 avancées trop près de ce qu’elles appelaient « la zone du pervers ». Elles détestaient toutes les deux cet endroit du bateau, Hélène encore plus que Claire. Elle lui rappelait ce type inquiétant qui l’avait harcelée, un été, et qui avait brus- quement disparu. Au lieu d’être soulagée de ne plus le voir, Hélène s’était sentie coupable, comme si elle avait fait quelque chose de mal. Elle n’en avait jamais parlé à Claire, mais elle se rappelait un éclair et une horrible odeur de brûlé. L’instant d’après, le type n’était plus là. Ce souvenir suscitait toujours en elle un profond malaise ; elle se laissa entraîner par Claire à l’autre bout du bateau en faisant semblant de rire. Jerry les rejoignit lorsque le ferry accosta. Ils débar- quèrent, puis Claire la salua d’un signe de la main et promit d’essayer de passer la voir au travail le lende- main. Mais comme c’était le dernier jour des vacances, il était peu probable qu’elle en ait le temps. Hélène travaillait quelques jours par semaine pour son père, copropriétaire d’un petit bazar. Outre le jour- nal du jour et une tasse de café, le News Store proposait des caramels mous, des bonbons, des fleurs fraîchement coupées, des gadgets à offrir, des tours de magie, des souvenirs, mais aussi des produits frais, comme du lait et des œufs, pour les habitants de l’île. Six ans plus tôt, le News Store avait élargi son offre en inaugurant une annexe, Les Cakes de Cathy dans l’arrière- cour et, depuis, le chiffre d’affaires avait explosé. Il faut dire que Cathy Rogers, la trentaine, était un pur génie en pâtisserie. Tout ce qui lui tombait sous la main se retrouvait métamorphosé en tourtes, gâteaux, chaussons, 13 Grand format - Pocket - Starcrossed-T1 - 140 x 225 - 14/12/2011 - 13 : 49 - page 14 feuilletés ou sablés, plus délicieux les uns que les autres. À peine associée à Jerry, elle avait transformé la cour en petit paradis pour les artistes et écrivains de l’île et réussit le tour de force de ne pas céder au snobisme. Elle veillait à ce que tout amateur de viennoiseries et de vrai café prenne plaisir à lire le journal à son comptoir, qu’il soit commercial ou poète, ouvrier ou spéculateur bour- sier. Elle avait un don pour mettre les gens à l’aise et Hélène l’adorait. Lorsqu’elle arriva sur les lieux, le lendemain soir, Hélène trouva Cathy en train de se débattre avec la dernière livraison de farine et de sucre. — Lennie ! s’exclama Cathy. Quelle chance que tu sois en avance ! Tu crois que tu pourrais m’aider… ? Fais attention, c’est très lourd. Hélène attendit que son amie ait le dos tourné pour hisser les sacs un à un sur son épaule, puis elle gagna l’arrière-boutique et remplit de farine le récipient que Cathy utilisait en cuisine. Lorsqu’elle eut fini de tout ranger dans la réserve, Cathy lui servit un verre de limonade rose – le péché mignon d’Hélène. — Ce qui m’étonne, ce n’est pas que tu sois aussi costaude… Non, ce qui me dépasse, continua-t-elle en préparant des cerises et du fromage à grignoter, c’est que tu ne sois jamais essoufflée. Même par cette cha- leur ! — Si, je suis essoufflée, mentit Hélène. — Tu soupires. Rien à voir. — J’ai de plus grands poumons que toi, c’est tout. 14 Grand format - Pocket - Starcrossed-T1 - 140 x 225 - 14/12/2011 - 13 : 49 - page 15 — Mais comme tu es plus grande, tu devrais avoir besoin de plus d’oxygène, non ? Elles trinquèrent, puis sirotèrent leur limonade. Cathy était un peu moins grande et plus enrobée qu’Hélène, sans être petite ni grosse pour autant. C’était le mot « plantureuse » qui venait à l’esprit d’Hélène quand elle la regardait, même si elle ne l’employait jamais, de peur que Cathy ne le prenne de travers. — Est-ce que le club de lecture se réunit ce soir ? demanda Hélène. — Mm-m. Mais j’ai peur qu’on ne parle pas beau- coup de Kundera, répondit Cathy, un sourire amusé sur les lèvres, en faisant tinter les glaçons dans son verre. — Pourquoi ? Il y a de nouveaux potins ? — Tu penses ! La famille ultra-nombreuse qui vient de s’installer sur l’île… Hélène leva les yeux au ciel. — Oh oh ! Mademoiselle est au-dessus de ça ? la taquina Cathy en l’aspergeant avec les dernières gouttes de sa limonade. Hélène poussa un cri, puis dut quitter Cathy pour s’occuper des clients. Dès qu’elle eut fini d’enregistrer leurs achats, elle reprit la conversation là où elle l’avait laissée. — Non, mais je ne vois rien d’extraordinaire à ce qu’une grande famille achète une grande propriété. Ça me paraît logique. Ce qui me choque, c’est quand un couple de retraités s’offre une résidence secondaire si vaste qu’ils se perdent en allant chercher le courrier… — C’est vrai, concéda Cathy. Mais je pensais que tu serais intéressée par la famille Délos, vu que tu risques de te retrouver en classe avec eux… 15
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