MAGMA_BOURGOGNE_N52 - Page 3 - Magma Bourgogne, le magazine complet de l'événementiel en Bourgogne. Retrouvez la partie magazine (interview, portrait, articles, chroniques) et la partie agenda (concerts, spectacles, festivals...) S o m m a i r e MAGAZINE Interviews J’ai lu dernièrement que certains déplorent le fait de ne pas avoir pendant l’été un gros festival en Bourgogne, et plus particulièrement à Dijon. On pourrait répondre que, dans la région, à la quantité, on préfère la qualité ! L’ambiance de nos festivals est bien différente des grosses machines présentant des camions de police sur chaque mètre carré. Nos festivals sont accueillants, champêtres, conviviaux, originaux… Du festival du film court à Ouroux-en-Morvan, Partie(s) de campagne, qui propose, outre le cinéma, pique-nique, pétanque et gastronomie, jusqu’à Villiers-surYonne, avec L’Alambic électrique, sorte de « Zappanale » en hommage au grand Frank, en passant par les Zaccros d’ma rue (spectacle de rue pour tous), Les Nuits Peplum d’Alésia (cadre magnifique, convivialité et qualité), les Nuits métisses à Auxerre, etc., la liste est longue et l’été chargé. Le spectacle, ici, n’est pas affaire de business et reste à taille humaine. Le Chien à plumes aurait pu devenir une de ces grosses machines, mais l’équipe a tenu à garder l’esprit de fête des modestes (« le plus petit des grands festivals », annoncent-ils). Mais puisqu’il est question de Dijon, évoquons simplement Mégaphone et Dièse, deux événements originaux et pointus qui demeurent clairement ouverts à tous. Si vous n’êtes pas encore convaincus, je vous laisse feuilleter notre magazine qui en dit long sur la proposition bourguignonne et voisine. Décidément, il n’y a vraiment pas de quoi rougir ! Un bel été à tous. © Claude Gassian ÉDITO SHAKA PONK 4 CHRISTINE MARTIN 7 LES PERTHUIS 12 Kroniks 10 La rédaction Des libraires et des disquaires 13 Retrouvez nos rubriques, nos concours, et un complément d’information sur www.magma-dijon.com, et retrouvez MAGMA sur France Bleu Bourgogne. CONTACT PUB Sébastien : 06 74 97 82 47 - magmaseb@yahoo.fr Jérôme : 06 15 30 43 56 - magmajerome@yahoo.fr AGENDA WWW.MAGMA-DIJON.COM Magma Bourgogne N° 52 - Été 2009 Édité par Edit Presse, BP 52729, 21027 Dijon Cedex Tél : 06 15 30 43 56 - magmajerome@yahoo.fr Fondateur : Jérôme Gaillard Directeur de la publication, rédacteur en chef : Jérôme Gaillard Conception et réalisation graphique : Benoît Gaillard [magmabenoit@yahoo.fr] Secrétariat de direction : Rita Alves Concerts et festivals : Jérôme Gaillard Spectacles : Benoît Gaillard Interviews : Jérôme Gaillard Kroniks : Nicolas Couval, Antoine-Joseph Martin et Stéphane Ruta Secrétariat de rédaction : Antoine-Joseph Martin [martinaj2@wanadoo.fr] Site web : The Magma Impression : Real Graphic Belfort Toutes erreurs ou omissions seraient involontaires et n’engageraient en aucun cas la responsabilité de l’éditeur et de ses auteurs. Spécial festivals 14 + Cahier central 16 pages spécial festival Diese ISSN en cours – RCS Dijon 453 550 956 RETROUVEZ MAGMA CHAQUE MOIS DANS TOUTE LA BOURGOGNE. © Frédérick Stoll Interview ÉTÉ 2009 Shaka Ponk MI-BOUDDHISTES MI-PUNK En 2006, Shaka Ponk sort son premier album, Loco Con Da Frenchy Talkin’, sur le label Edel, un succès discret en France pour ces exilés à Berlin. Pourtant grâce à Internet, à quelques radios et à un gros singe, les Shaka Ponk s’imposent peu à peu en France. Héritiers de Midnight Oil pour le militantisme, du mouvement alternatif pour l’énergie, de la fusion pour l’esprit, Shaka Ponk s’en va déferler sur la route des festivals… Magma Bourgogne : Il y a très peu de temps, personne ou presque ne vous connaissait en France. Aujourd’hui, on s’arrache vos dates, pourquoi ? Frah (chanteur, ex-Web designer) : C’est une très bonne question, je ne sais pas si je vais être capable d’y répondre… Sûrement grâce au singe, grâce à Goz en fait. Il a un charme fou, c’est notre leader, un peu le chanteur du groupe. C’est lui qui créait les paroles et qui est présent sur toutes les images, donc à mon avis c’est grâce à lui. MB : Un petit peu aussi grâce à l’énergie du groupe, non ? Frah : On a de l’énergie, mais un peu comme tous les groupes. En fait, on ne sait pas, on est peut être les dernières personnes au monde à pouvoir analyser ce qui se passe. Ça fait quand même cinq ans que ce groupe existe, et d’un seul coup ça se met à prendre un peu. Avant on était à Berlin, en Allemagne, donc c’était normal qu’en France il ne se passe pas grand-chose. Et puis on est revenu ici faire le deuxième album, et ça se passe plutôt bien, effectivement, donc on est assez content. MB : Pourquoi autant de mélanges dans votre musique, tout d’abord au niveau des styles, puis de la langue, mais aussi des moyens techniques ? Frah : Encore une fois l’analyse n’est pas simple, venant de nous. On est un groupe, on habite ensemble, on a pas mal voyagé ensemble, on s’est expatrié il y a quelques années. Donc c’est sûrement le fait qu’on écoute tous beaucoup de musique et qu’on passe beaucoup de temps sur ce projet, 24 heures sur 24 qui fait que toutes les influences de tout le monde se retrouvent un peu partout, que se soit dans le son ou dans l’image. On nous a souvent catalogués dans toutes les rubriques possibles et imaginables : rock, pop, variété française, reggae, raga et en punk, alors qu’on fait pas du tout de reggae, par exemple ! Les gens ont du mal. C’est bizarre, que ça dérange encore – je parle surtout des maisons de disque… –, qu’un groupe puisse faire du rock sans faire uniquement du rock d’il y a quinze ans. Alors que pour nous et pour la génération actuelle, la musique est devenue une espèce de mélange général, avec toutes ces chaînes, avec Internet. Tout le monde écoute de tout, donc ça 4 © Claude Gassian doit se retrouver de plus en plus dans les compositions des groupes. Il reste encore des groupes de puristes, des groupes comme les Arctic Monkeys, qui font de la pop anglaise très marquée qui ne sort pas trop de son style, mais je pense que maintenant, de plus en plus, quand on fait un groupe, on va avoir tendance et envie d’intégrer des petites touches de tout, des couleurs différentes. MB : Peut-on dire que vous êtes une sorte d’évolution de La Mano Negra, avec un son évidemment plus lourd, les moyens modernes et ce qui fait votre différence, le show ? Frah : Je prends ça pour un compliment. La Mano est un groupe que j’adore et qui est un vrai groupe de scène, de terrain, de voyage… C’est vrai qu’on a quelques points communs avec ça. Maintenant, il y a certainement un petit peu de Mano Negra dans Shaka Ponk, et un petit peu de Red Hot Chili Peppers, même si on n’a pas du tout la prétention, ni pour la Mano Negra, ni pour les Red Hot, de se situer au même niveau. C’est des monstres qu’on respecte et qu’on vénère. On est content de l’entendre car c’est sûrement un repère pour les gens. En tout cas, un grand, grand respect pour La Mano Negra, c’est vraiment un groupe qu’on adore. MB : On remarque quand même des similitudes, par exemple pour les paroles en anglais et en espagnol. Il y a ce mélange-là, encore une fois cette énergie, et une idée de brassage aussi… Frah : C’est vrai, on tend vers ça. Maintenant, pour ce qui est du mélange des langues, on a un concept un peu particulier. C’est-à-dire qu’on a une espèce de couleur, avec ce mélange d’anglais et d’espagnol, qui fonctionne un peu comme un instrument, une couleur qu’on a envie de revendiquer. Mais c’est surtout que les paroles, c’est vraiment le seul domaine qu’on ne maîtrise pas. Dans le sens où, évidemment, tout ce qui est vidéo, image, site Internet, c’est propre à nous, on le fait entre nous cinq. Pour ce qui est des paroles, par contre, tout s’est créé en écrivant avec des gens qu’on rencontre : nous, on en a écrit à peine 20 %. Par exemple tout Loco, le premier album, s’est fait en rencontrant des gens à Berlin, que se soit des artistes ou des gens qui passaient au hasard, peu importe. On les forçait un peu, on les titillait, on leur demandait de se livrer, de parler de différents sujets qui nous tenaient à cœur, et on s’est retrouvé comme ça avec des textes surtout en anglais et en espagnol, bizarrement. > © Claude Gassian Interview ÉTÉ 2009 MB : Il ne peut rien faire pour ma banque ? Frah : [Rires.] Non… Quoique, si. Je peux le contacter : on s’envoie des e-mails très souvent. Mais je sais pas s’il fait ça, en l’occurrence. Lui, il était plutôt en mode « écolo warrior ». Il avait un petit Goz, qui était un petit singe animé de rien du tout, et il s’amusait… Enfin… Un peu plus que ça, parce qu’il a eu de sacrées poursuites au cul ! Il piratait les campagnes de pub sur le Web. Par exemple, il y avait Nike qui faisait de la pub, et lui il réussissait, je ne sais pas comment, sur les serveurs d’hébergement, à foutre sous le bandeau de Nike, voire à la place du bandeau, le petit singe qui arrivait en disant : « N’achetez pas ça, c’est antiécolo à mort, ils exploitent des gosses pour les fabriquer, pas de Nike ! » Du coup, c’était quand même assez chaud, parce qu’il y a eu des sacrés… Enfin, c’était un sacré monsieur, ça ! Ç’a été une de nos premières soirées de rencontres hors du commun et on lui a dit ! « Putain, mais ton petit singe, on a qu’a en faire un vrai concept de message écolo, avec du son », et du coup on l’a modélisé carrément en 3D et on lui a donné l’aspect qu’il a maintenant. MB : Ça veut dire quoi, Shaka Ponk ? Frah : Ah, tout au départ, on cherchait un nom, comme tous les groupes. On avait pas mal d’images liées au bouddhisme. Il y avait au départ – et il y en a encore maintenant – beaucoup de Bouddhas sur scène, beaucoup de voix de moine tibétains qui chantent, pour installer un peu de calme, de sérénité, et pour contraster à mort avec le côté punk et envoyer le boulet. On voulait vraiment jouer avec ces deux extrêmes. Or, lorsque le bouddhisme est arrivé au Japon, ça s’appelait shaka. Il se trouve qu’à Berlin, je lisais un bouquin en anglais qui parlait des shaka monks les « moines bouddhistes » tibétains. Ça m’a fait penser à Shaka Ponk : ça sonnait bien, et ça représentait bien ces deux extrêmes. Après, tu vois, c’est un peu tiré par les cheveux… En tout cas, on a gardé ce nom. MB : Bon, avant de vous retrouver au Nuits Peplum d’Alésia et au Chien à plumes, tu veux adresser un petit mot aux Bourguignons ? Frah : Ah oui ! ! Il faut aller voir un truc sur Youtube. C’est pas notre pub, c’est la vidéo d’une petite fille qui s’appelle Severn Suzuki, comme les motos, qui fait un discours à l’ONU sur l’écologie et sur la façon dont les adultes sont en train de faire n’importe quoi. C’est super surnaturel ! Severn Suzuki. Si tu peux l’écrire, ça, et dire aux gens d’aller mater la vidéo. Ça peut mettre une énorme claque à tout le monde, et je pense que ça peut faire réagir quelques personnes. Elle avait 13 ans à l’époque. Propos recueillis par Jérôme Gaillard © Claude Gassian MB : Et même du portugais, sur le premier album… Frah : Oui, des petites touches. Ce qui est rigolo, c’est par exemple d’être dans un endroit quelconque – une soirée, un squat, une boîte de nuit, peu importe – avec un mec qui vient de Londres, qu’on a rencontré une heure avant, et de se retrouver sur un coin de table en train d’écrire des textes. Et puis il y a une nana qui passe dans le coin, qu’il connaît, qui est portugaise, et qui se demandait ce qu’on foutait, et qui commence à lancer des petites phrases, comme ça, et on va se retrouver avec des vrai textes à la fin. Alors on retouche un petit peu pour que ça rentre dans une chanson, mais très peu. Du coup, il y a des petits mots par-ci, des petits mots par-là, avec beaucoup d’anglais évidemment, parce que c’est comme ça qu’on communique avec les gens. Mais c’est vraiment pas de nous, tout ça. Ça se fait comme ça. C’est une sorte de psychanalyse de groupe [rires] avec les gens qu’on rencontre. MB : Si vous aviez à vous situer, entre quels groupes vous voyez-vous ? Frah : Oh la la ! Tu sais, à une époque, on balançait un résumé qui était une sorte de Red Hot-Daft Punk, mais je ne sais pas si c’est encore vrai maintenant. En fait, je te dis ça, mais je crois que c’est absolument pas ça ! Nous, on a la sensation, singulièrement, de faire un groupe de rock, parce qu’il y a la guitare et la batterie et que sur scène c’est quand même basé sur beaucoup d’énergie. MB : Votre 2e album, Bad Porn Movie Trax, est-il sorti également en Allemagne ? Frah : Pas encore. Physiquement, il est sorti en France et en Belgique, mais pas encore sur le reste de l’Europe. Ça devrait se faire à la rentrée. MB : Pourquoi ce singe sur scène ? Frah : Goz, il est là depuis le début, il était à l’initiative. En fait, quand on a monté Shaka Ponk, moi et CC, le guitariste, on avait envie de faire un truc image-son, on va dire WJ [Web-jockey], tu vois, pour être un peu vulgaire : un écran sur scène, des beatbox et de la guitare électrique. C’était l’idée artistique de départ, avant Shaka. Et puis on a rencontré un mec, un pote d’un pote, qui était pirate, qui était hacker sur le Web, c’était il y a longtemps, en 2003, et… SHAKA PONK EN CONCERT : Le 10 juillet au Festival de la Cité à Lausanne (Suisse). Le 10 juillet, diffusion de leur participation à Taratata (France 4). Le 24 juillet aux Nuits Peplum d’Alésia (21). Le 7 août Chien à plumes au lac de Villegusien (52). Le 12 septembre pour le Bol d’or à Magny-Cours (58). Le 6 novembre à La Vapeur à Dijon (21) POUR EN SAVOIR PLUS : WWW.SHAKAPONK.COM/SHKPNK.HTML WWW.MYSPACE.COM/SHAKAPONK 6 Interview ÉTÉ 2009 © Jérôme Gaillard Christine Martin UN MAÎTRE MOT : ASSOCIER Maire adjointe déléguée à l’animation, aux festivals et à l’attractivité à la ville de Dijon, Christine Martin esquisse pour nous les grands traits de son engagement, dans un domaine qui est sans conteste l’une des forces de la capitale bourguignonne. MB : Et le fait qu’elles s’adressent à tous les publics… CM : Sans aucun doute. L’exemple le plus évident pourrait être l’Estivade, qui s’appuie sur les pratiques amateurs et où l’on retrouve une harmonie, un groupe folklorique, aussi bien que – c’est une nouveauté – des groupes rock amateurs en résidence à La Vapeur qui proposent des concerts avec des moyens professionnels mis à leur disposition. Et de la danse, du jazz, etc. Cette année, on a aussi mis en avant les arts plastiques, avec une association qui prend possession des plateaux de concert – neuf quartiers, neuf plateaux –, ou de leurs abords, et propose des expositions. En outre, nous avons décidé de mettre à la disposition du public des tables, des bancs, afin que chacun puisse amener son pique-nique et que la convivialité en soit encore renforcée. Ce qui est organisé par Guls Productions pour Dièse, avec des before et des after, on essaie de le développer dans l’Estivade pour les amateurs. > Magma Bourgogne : Christine Martin, vous êtes en charge de l’animation et des festivals à la ville de Dijon depuis 2008. Selon de nombreuses parutions et divers sondages, Dijon est une ville où il fait bon vivre. Est-ce dû, selon vous, à la politique culturelle ? Christine Martin : Je pense que cela y participe beaucoup, effectivement. La ville de Dijon s’attache à proposer tout au long de l’année, et particulièrement durant la période estivale, de nombreuses activités culturelles. Je tiens à souligner « activités », qui peut renvoyer à des ateliers, par exemple, ou des rencontres, des expositions, et pas seulement à des festivals ou des spectacles. C’est le fait que ces activités existent tout au long de l’année qui fait la richesse de cette politique et de la ville. 7 Interview ÉTÉ 2009 MB : Cela commence avec le concert de rentrée… CM : Entièrement gratuit, bien sûr. A Noël, les spectacles pour enfants sont soit gratuits, soit à des tarifs de quelques euros seulement, afin que tout le monde puisse en profiter. De même pour les ateliers du musée des Beaux-Arts tout au long de l’année, qui sont gratuits. De même aussi les fêtes de quartier… Si on peut risquer la formule, on pourrait dire qu’on essaie de faire du gratuit, mais pas pour rien. Eviter l’esbroufe, et « associer » : associer les différents publics, les différents styles, les âges, les habitants… Quand les Dijonnais du centre ou des autres quartiers vont à Grésilles en fête, durant une semaine, ils vont voir des spectacles ou des activités mais ils n’auront peut-être pas conscience de tout le travail préalable des associations, en relation avec le centre social ou d’autres structures, et qui est primordial. Nous tenons beaucoup à cette interaction artistes-habitants, professionnelsamateurs. Et il ne faut pas croire : ce n’est pas parce qu’elles proviennent d’amateurs que ces manifestations sont de moins bonne qualité ! Et d’ailleurs elles attirent énormément de public, aussi bien de Dijon que d’ailleurs. Il n’y a qu’à voir le réel succès du dernier Grésilles en fête ! Le Suprême Tajine organisé par Zutique, par exemple, auquel beaucoup de mamans du quartier avaient participé, pour l’épluchage des légumes, pour la préparation : lorsqu’ils l’ont découvert, le soir, il y avait des youyous, ça rigolait, tout le monde prenait des photos… C’était exceptionnel, vraiment ! C’était beau ! MB : Un festival comme Dièse, vous l’envisagez de la même façon ? CM : Beaucoup de spectacles présentés à Dièse sont gratuits. Ils sont sans doute moins strictement festifs, mais justement, la gratuité permet une ouverture en direction de publics qui ne sont pas forcément habitués à ces formes un peu plus exigeantes. Il y a une dimension, peut-être pas d’éducation, mais d’ouverture, oui. L’idée, c’est de faciliter cet accès et cet échange. MB : Quels sont les grands projets sur lesquels vous avez travaillé ou qui vous ont marquée ? CM : J’en ai déjà cité un certain nombre : Grésilles en fête, Jours de fête à Fontaine d’Ouche, les Nuits d’Orient… Je tiens beaucoup à ces manifestations dans les quartiers, qui mixent la culture et la politique de la ville. Evidemment l’Estivade, qui met en avant les pratiques amateurs et permet de découvrir toute la richesse des habitants. En mettant en commun ces richesses, cela permet en outre de grossir le public de chacun. Je tiens aussi beaucoup à Dièse, qui réunit des publics très différents, du cirque au théâtre contemporain. On peut citer également l’exposition « Dijon vu par… », en l’occurrence Lorette Moissenet et Louise Vayssié, jusqu’à la mi-septembre. Je suis très heureuse de ce choix. Même chose pour la carte blanche à la Cie Clair Obscur au jardin de l’Arquebuse, à la mi-juillet, qui travaillera sur les arts forains avec des jongleurs, des clowns, des manèges, des concerts gratuits, des invités… Nous avons fait ce choix avec Philippe Grongnet, qui s’occupe aussi de Dièse, et j’aime beaucoup leur univers, à la fois enfantin, riche, magique… MB : A force, pourtant, est-ce qu’il n’y a pas pléthore ? CM : J’aurais tendance à dire qu’il y a une offre importante, plutôt que pléthorique. C’est une richesse. Ceci dit, il est vrai que le public dijonnais n’est pas extensible à l’infini, et on a sûrement besoin de faire attention et de fédérer les énergies. C’est assurément dans cette optique que Why Note et Tribu ont fusionné en Mégaphone, par exemple. Nous n’avons peut-être pas besoin © Jérôme Gaillard MB : La gratuité, j’imagine que cela va dans le même sens… CM : Bien sûr. La culture ne doit pas être réservée à un petit nombre, et le tri ne doit surtout pas se faire par le biais financier. C’est pour cela que nous favorisons les ateliers, par exemple – qu’il s’agisse des ateliers d’arts plastiques du musée des Beaux-Arts, ou des ateliers plus spécifiques proposés durant Jours de fête ou les Nuits d’Orient. Ce qui se passe sur scène n’est que la partie émergée de l’iceberg. Même si la conclusion se fera par une présentation au public, sur scène, il est très important que les gens se sentent et soient réellement associés aux manifestations, de façon individuelle et en tant qu’habitants de tel ou tel quartier. Par exemple, quand Joël Hubaut présente sa Fanfare Epidémik à Jours de fête, il faut se rendre compte qu’il y a eu en amont tout un travail avec Bertrand Kelle et des élèves de 3e du collège Rameau de Fontaine d’Ouche pour monter cette fanfare. A chaque fois, ou le plus possible en tout cas, il y a un travail qui se passe en amont. C’est complémentaire, et à mon avis tout à fait nécessaire. Pour cela, nous faisons très attention au montant des dépenses pour les spectacles. Nous demandons à tous les groupes et toutes les compagnies de faire des efforts afin que la gratuité soit de mise autant que possible. 8 de faire « moins », en nombre, en offre, mais peut-être pas plus. Je pense qu’il faut aller vers un renforcement des différentes offres, avec des structures qui s’épaulent, qui travaillent ensemble. Quand il y a différentes troupes de théâtre ou plusieurs associations qui travaillent sur le même domaine, plutôt que de faire les choses chacun de son côté, est-ce qu’il ne faudrait pas qu’ils unissent leurs efforts ? Il me semble qu’il faut aller dans ce sens-là. © Yoman DU MONDE AUTOUR (DIESE 2008) MB : En quoi consiste l’implication de la mairie, par exemple sur toutes les manifestations de l’été ? CM : Elle est multiple et importante. Quand nous ne sommes pas directement organisateurs, comme pour Dièse, nous participons au moins pour la communication, la logistique – mise à disposition de salles, de lieux, d’électricité, etc. C’est très variable, en réalité. Mais même en dehors des festivals, nous pouvons proposer tel ou tel spectacle ou pièce de théâtre. Il n’est qu’à voir le guide L’Eté en continu, il y a vraiment beaucoup de choses. MB : Dièse, c’est donc directement la municipalité ? CM : Oui. Il y a un choix, une orientation bien précise, avec des formes plutôt contemporaines mais d’accès aisé. Il faut considérer Dièse un peu comme une première marche qui permettra au public de se frotter ensuite aux formes contemporaines. Il y a un côté jeu et une valorisation du patrimoine du centre-ville. Et encore une fois, la gratuité de la grande majorité des spectacles permet de s’ouvrir à des publics différents. C’est cela, l’idée de Dièse : créer des passerelles entre le savant et le populaire. C’est une manifestation passionnante. Propos recueillis par Jérôme Gaillard et Antoine-Joseph Martin 9 Kroniks ÉTÉ 2009 Revolver Music for a While [Delabel/EMI] C’est leur premier album, et c’est un coup de maître ! Alors que toute la scène anglo-saxonne semble s’être convertie à la folk molle un peu bêtasse, trois jeunes Parisiens viennent relever le flambeau de la pop « à l’anglaise » : riche, mélodieuse, ambitieuse. Nourris au classique et au baroque, ils en ont gardé le goût de l’acoustique et des harmonies. Leurs références en rock ? Les Beatles, tout simplement (d’où le nom de leur groupe, en hommage à l’album de 1966, mais l’intro de Balulalow ne laisse de toute façon aucune place à l’ambigüité, tandis que le titre de leur album est repris d’une composition de Purcell, baroque oblige). Et Elliott Smith, Leonard Cohen ou Neil Young. Des noms sacrément décalés, au temps de l’électro et du rap. Mais qu’ils en soient remerciés ! Chaque chanson (l’anglais est de rigueur) est un petit bijou, une miniature, où la délicatesse n’enlève rien à l’énergie. Des chœurs, du piano, de la guitare, et surtout le violoncelle de Jérémie Arcache, un orchestre à lui seul, qui passe sans ambages de l’archet au pizzicato ou au walkin’ bass. Et on gage que leur Get Around Town devrait faire son petit succès. Surtout ne passez pas à côté de cet album tout en fraîcheur. AJM Hervé Sellin Marciac-New York Express [Cristal Records] Cela fait des années que le pianiste Hervé Sellin creuse discrètement le sillon d’une œuvre tenue, retenue, apparemment simple. En petite formation, son toucher fait merveille. En 2002, cependant, pour rendre hommage à son festival favori, Jazz in Marciac, il fondait un tentet franco-américain autour d’un répertoire composé pour l’occasion. Une réussite, couronnée par l’invitation que leur lança Wynton Marsalis à venir l’interpréter à New York. Pour ce Marciac-New York Express, Sellin a donc repris ce répertoire avec un tentet remanié où l’on remarque le sax alto inspiré de Stéphane Guillaume, le trompettiste Claude Egéa ou le goût des couleurs de Stéphane Caracci au vibraphone. Le talent de compositeur et d’arrangeur d’Hervé Sellin se fait ici sentir comme jamais. La tradition est à peine bousculée, le swing règne, la mise en place soutient sans faille des compositions et des improvisateurs de premier ordre. De quoi combler tous les amateurs, de quelque école qu’ils se réclament. AJM General Elektriks Good City for Dreamers [Discograph] Basé à San Francisco, le Franco-Britannique Hervé Salters qui se cache derrière le pseudo General Elektriks est un musicien au potentiel énorme (collaborations avec M, Blackalicious, DJ Medhi…), qui aime les instruments vintage, avec lesquels il s’amuse à combiner les styles (hip hop, électro, pop, soul, jazz). Son dernier disque est la confirmation de son éclectisme éclairé et révèle le talent de cet artiste membre du collectif Quannum Projects, qui possède l’art et la manière de fusionner les éléments les plus improbables dans des compositions cohérentes et jubilatoires, malgré l’utilisation de vieux claviers destinés à l’oubli à qui il offre une seconde vie pour notre plus grand plaisir. Un album au parfum sensuel et à la « coolitude » ambiante parfois dérangée par des morceaux un peu plus débridés sans pour autant agresser l’auditeur. Juste histoire de sortir de la paresse que provoque ce Good City for Dreamers, qui rend les rêves plus beaux et encore plus magiques qu’à l’ordinaire. SR 10 Kroniks ÉTÉ 2009 Moderat [BPitch Control] Attention : les amateurs de musiques électroniques ne peuvent passer à côté de ce release de BPitch Control, le célèbre label berlinois, certainement l’un des meilleurs albums électro de l’année. Le nom de Moderat cache la fusion du duo Modeselektor et du sensible Apparat. Des pointures qui, le temps d’un album, revisitent leur approche de la musique électronique pour un résultat époustouflant. Pour cet album, le trio a tout d’abord loué les célèbres Hansa Studios, où Bowie enregistra Heroes, récupéré du vieux hardware vintage, un logiciel et une reverb spécialement programmés pour donner une ambiance unique, fruit d’un travail de compromis et de rigueur, où se rencontrent pop et techno, break et dubstep, résultat du penchant dancefloor de Modeselektor et surtout de la patte mélancolique d’Apparat. L’influence du Berlinois est omniprésente, apportant un souffle de beauté, de finesse par ses mélodies enivrantes, allant même jusqu’à chanter sur deux magnifiques morceaux, Rusty Nails et Out of Sight. On y trouve également de nombreuses collaborations, avec Busdriver, Dellé, du groupe berlinois Seeed, Paul St. Hilaire, ainsi qu’un remix de Shackleton et Booka Shade. Moderat est une production moderne qui ne se révèle qu’après plusieurs écoutes, pour devenir alors une drogue dure, démontrant encore une fois que Berlin est l’épicentre d’une scène électro vigoureuse et solide. NC Moderat Miss Kittin & the Hacker Two [Nobody’s Bizzness] Le deuxième album du duo grenoblois comblera les aficionados de musique électronique à la française, dont il (re)visite tous les courants avec le savoir-faire qu’on lui connaît depuis un premier album hors du commun sorti en 2001. Les deux comparses ayant ensuite poursuivi leur chemin chacun de son côté, ils se retrouvent donc huit ans plus tard avec ce Two, sorte de lien manquant entre Depeche Mode et Alec Empire, qui possède tous les ingrédients d’un cocktail enivrant formaté pour le dancefloor ou les prés boueux des raves, selon l’ambiance des morceaux. Techno-rave, pop, new wave et j’en passe, Miss Kittin & the Hacker surfe sur toutes les bonnes vagues et offre en bonus une excellente reprise du King Presley (Suspicious Mind) à faire retomber les bananes à la Fonzie mais pas les costards à paillettes d’Elvis, encore et toujours d’actualité. L’été sera chaud dans les maillots, Miss Kittin nous en fait déjà la promesse… SR Nosfell [V2 Music] On connaît bien, dorénavant, Nosfell, et nul besoin de revenir ici sur sa mythologie du Klokochazia et sa langue imaginaire (cf. Magma Bourgogne n° 32, juillet-août 2007). Parlons donc de ce nouvel album, le troisième. Nosfell s’est ici adjoint les services à la production d’Alain Johannes, producteur, bassiste et guitariste des Queens of the Stone Age. Résultat : un son tour à tour très plein, un peu seventies, ou dépouillé, laissant une large part aux textures des instruments. Les compos sont impeccables, le ton toujours aussi original. Cerise sur le gâteau, un titre avec Brody Dalle (The Distillers) et son mari Josh Homme (QOTSA), et un autre, La Romance des cruels, surprenant, avec Daniel Darc, une belle balade sombre sur fond de cordes et d’harmonica. Un album très réussi, donc, que le trio présente comme une transition. Autant dire une promesse… AJM Nosfell Chroniques réalisées par Nicolas Couval, Antoine-Joseph Martin et Stéphane Ruta 11 Interview ÉTÉ 2009 PARCE QUE FESTIVAL RIME AVEC CONVIVIAL Les Perthuis LA GOUTTE AU NEZ [Samedi 8 août4] L’ÉQUIPE DU FESTIVAL Une des vocations de Magma Bourgogne est de vous présenter des actions en milieu rural, une manière de soutenir la culture là où il y a en le plus besoin. Aujourd’hui nous rencontrons Seb, de la Mlac (La Ferme blanche), qui organise avec son équipe et des bénévoles le festival des Perthuis à Clamecy. Magma Bourgogne : Comment est né ce festival ? Seb : Tout ceci est parti d’un constat de « ville morte » à Clamecy en période estivale. La mairie a donc cherché à la dynamiser et s’est adressée à la Mlac afin de trouver une idée. C’est comme ça que le festival des Perthuis est né. La formule du festival s’étale sur un mois, de juillet à août, ce qui permet aux gens qui ne partent pas en vacances de pouvoir passer un bon moment devant un ou plusieurs spectacles. C’est une proposition populaire, ou en tout cas qui rassemble par sa programmation intergénérationnelle. On vient pour la musique ou le spectacle, mais aussi et surtout pour se retrouver et passer un bon moment. MB : Quel style de programmation proposez-vous ? Seb : Elle est différente chaque année, tout en restant tout public. Pour les styles, c’est assez large : ça va du swing manouche à la chanson française en passant par la musique cubaine… C’est varié et très vivant. Nous avons reçu par exemple Aldebert, Dutronc, Pep’s ou bien encore Broussaï, qui a déplacé les foules l’an passé. Cette année, on commence avec un temps fort, le groupe Kaltero, une découverte du Café Charbon, ainsi que le Théâtre du Palpitant, qui promet ! MB : Vous abordez donc différentes formes ? Seb : Oui, on a des arts de la rue, de la fanfare avec La Goutte au nez notamment, du bal, du cirque, avec chaque jeudi aprèsmidi des formes dédiées au jeune public et des initiations au cirque pour les adolescents et jeunes adultes. Toutes les représentations ont lieu dehors ou sous chapiteau, à Clamecy ou aux abords, à la Mlac ou dans les rues attenantes à un bar ou à un restaurant, parce que c’est eux qui prennent en charge la nourriture des musiciens et leurs consommations. MB : Combien de représentations cela représente-t-il au total ? Seb : Environ 25, ça s’étend du 7 juillet au 8 août, du mardi au samedi. MB : Parle-nous des fameuses soirées « bœuf » que j’aime tant. Penses-tu un jour programmer un bœuf aux Perthuis ? Seb : Que ce soit le festival des Perthuis ou la Mlac, on soutient les pratiques artistiques en voie de développement, que se soit en amateur ou en professionnel. Les soirées bœuf, nous allons les renouveler l’an prochain à partir d’octobre parce que ça marche bien. Donc, oui, peut- être que l’an prochain on ouvrira une ou deux soirées à des bœufs de musiciens, c’est une idée. Les bœufs se déroulent d’octobre à juin, le premier vendredi de chaque mois de 19 h à 22 h dans la salle de concert. La scène est alors équipée d’une batterie, de matériel d’amplification, et d’un système son et lumière. Le principe est simple : les musiciens viennent avec leurs instruments et jouent après tirage au sort avec d’autres musiciens environ 15 minutes. Et c’est gratuit. Propos recueillis pas Sébastion Abon POUR PLUS DE RENSEIGNEMENTS : Mlac La Ferme blanche, association culture et loisirs clamecycoise : 03 86 27 06 31 WEB : WWW.MYSPACE.COM/LAFERMEBLANCHE 12
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