La Charrette n°15 - Page 1 - Le journal de l'ENSAM CHARretTE version XXLL LA LE JOURNAL DE L’ECOLE NATIONALE SUPERIEURE D’ARCHITECTURE DE MARSEILLE MARS 2009 Numero 15 l e j o u r n a l a l a b o u r e 13 14 15 2010 01 Intramuros Sommaire Editorial Mauvais eleves Nous revoilà en pleine forme pour une version extra large de La Char- rette, épaissie par le temps. Vous y trouverez des ajouts pour occuper les adeptes de la glande ou de la RTM, la suite attendue des aventures aux alentours du bureau du service informatique et les aliments habi- tuels de la soupe de votre école. Je profite de ma parcelle pour glisser un petit message d’alerte à mes amis du plus jeune au plus vieux... Car on ne le dira jamais assez : le niveau baisse, baisse, baisse, et la jeunesse n’est plus ce qu’elle était. A preuve ces cinq témoignages désabusés : « 1- Je constate encore un fléchis- sement du nombre de présents au cours du jeudi 14h à l’amphi Puget ! Je vais donc devoir faire passer une feuille de présence dont je tiendrai compte dans la note au contrôle fi- nal 2- Notre jeunesse est mal élevée, elle se moque de l’autorité et n’a aucune espèce de respect pour les anciens. Nos enfants d’aujourd’hui ne se lèvent pas quand un vieillard entre dans une pièce, ils répondent à leurs parents et bavardent au lieu de travailler. 3- Je n’ai plus aucun espoir pour l’avenir de notre pays si la jeunesse d’aujourd’hui prend le commande- ment demain, parce que cette jeu- nesse est insupportable, sans rete- nue, simplement terrible. 4- Notre monde a atteint un stade critique. Les enfants n’écoutent plus leurs parents. La fin du monde ne peut être très loin. 5- Cette jeunesse est pourrie depuis le fond du coeur. Les jeunes gens sont malfaisants et paresseux. Ils ne seront jamais comme la jeunesse d’autrefois. Ceux d’aujourd’hui ne seront pas capables de maintenir notre culture.» Une précision toutefois : La première citation est de Jean- Louis Izard (2010 apJC) ; la deuxième de Socrate ( 470-399 avJC) ; la troi- sième est de Hésiode (720 avJC) ; la quatrième est d’un prêtre égyptien (2000 avJC) et la dernière, vieille de plus de 3000ans a été découverte sur une poterie d’argile dans les ruines de Babylone. Comme le temps passe... MORT AUX JEUNES ! Par Jean-Michel Pipo On attends toujours vos caricatures bande de radins ! Comme on dit... On n’est jamais mieux servis que par soi-même. Intramuros Editorial Mauvais élèves La pause clope Sortie de secours ça se passe chez nous Archiscop ! Soldes et conférences Lard et la maniere Archipod (Re)cadrage Bulle Wanna be archi Architectes «contempourriens» Vous ne schtroumpfer pas assez Projecteur 01 03 07 11 DE TOUTE FAÇON VOUS NE COMPRENEZ RIEN BANDES DE CONS ! Quand je vous entend rigoler, j‛ai quasiment envie de vous mettre mon pointer laser dans la tronche. Moi, les cartons plumes, j‛les casse en deux... Putaing ! Sleuvin Sleuvin 02Intramuros La pause clope Ca y est c’est le 8 Mars. Aujourd’hui c’est l’échéance. Aujourd’hui, on rend notre candidature pour la mobilité étudiante. Tout le monde se précipite dans les couloirs, les questions fusent. Mais pourquoi tant de panique ? Tout commença en Octobre dernier lorsque nous fûmes les premiers à aller voir Madame Brun, responsable des relations étrangères. C’est avec la grâce d’un éléphant et l’amabilité d’une vipère qu’elle nous ouvra si chaleureusement son bureau. Trente secondes plus tard, nous étions dehors, avec une mission : aller voir le site internet. Il était en effet trop tôt pour qu’elle nous renseigne. C’est alors que le mois Novembre se fit long et nous avions tous hâte de retourner dans l’antre de Dame Erasmus. Nous gravîmes le cœur haletant les marches de l’administration, puis, ayant toqué, nous entendîmes un rugissement qui tendait à éloigner le prédateur, mais paradoxalement faible, afin de ne pas être importunée. Une fois de plus, la bonne humeur était au rendez vous, et nous avions mis le doigt sur une grande phrase, qui marquerait fortement ce semestre et les générations futures : « Allez voir le site internet ». Mais qu’y a-t-il sur ce site internet ? Une liste des établissements d’accueil, une explication des bourses, et la brève description du dossier de candidature. Une fois le tout appris par cœur, nous retournâmes dans la fameuse tanière de la bête. Nous sommes alors en Janvier, il fait froid, la créature est d’autant plus tapie dans sa caverne. Heureusement pour nous, la créature s’avère bon hôte et nous invite cordialement, une fois de plus, à rentrer chez elle. Elle nous fait comprendre que nous ne la dérangeons pas le moins du monde, et que nous sommes les bienvenus. Deux minutes plus tard, nous sommes dehors. Compte rendu de la situation : nous aurions du venir avant Janvier, il est un peu tard pour des renseignements. Néanmoins, une conférence aura lieu le 29 Janvier à 13H. Quelle bonne idée ! Mon rendu de projet sera à 14H. C’est alors que le périple commença. Le mois de Février se résume à la chasse à l’ours Brun. 8H30 : pas encore arrivée, 10H30 : pas disponible, 12H : part manger, 14H30 : pas disponible, 16H : vous auriez pu passer plus tôt ! Les dossiers sont à rendre dans une semaine, le stress arrive, les questions s’enchainent, mais Dame Erasmus n’est toujours pas là. C’est avec un pincement au cœur que nous apprenons qu’elle est en arrêt maladie. Alors si vous aimez les voyages, le contact avec les élèves, et si vous n’assumez pas vos responsabilités, devenez conseiller de mobilité étudiante. Toute ressemblance avec un fait ou une personne réelle, ne serait que pure coïncidence... QUIZZ : Quel architecte es-tu ?par Totoro et Sleuvin Durant ce numéro nous vous proposons de suivre un quizz très fiable prouvé par un scientifique-huis- sier-auto-entrepreneur d’une renommé Luminyesque. Dix questions ont été parsemé sur le bas de la plupart des pages (qu’est ce qui faut pas faire pour attiré les lecteurs...). Les réponses au test vous seront dévoilées à la fin de ce numéro. Question 1, Ta définition de l’architecture : A-Une discipline sociale sensée apporter le bien-être à tes congénères B-Une bonne blague prétexte à la réalisation des fantasmes constructifs C-Le croisement égalitaire et parfait de l’Art et de la Science D-Le moyen de rendre la science-fiction réelle E-Cf Le Corbusier, Vers une architecture F-L’expression de ton génie. What else ? G-La priorité absolue dans la conception d’un monde respectueux de la nature Question 2, Pour toi, un mur c’est : A-Une surface plane servant à abriter les hommes. B-Bon à être percé, troué, crénelé, biseauté… C-L’ expression de la rigidité des traditions millénaires. D-Totalement dépassé pour notre ère ! E-Ce que Le Corbusier en a dit. F-Un support à la création artistique G-Un récepteur thermique DESTINATION FINALE par Totoro QUIZZ Bienvenu dans le monde de la haute qualité ! Pour sauvegarder nos pingouins et autres grotesques éléphants de mer, l’homme crée des labels. Toute l’intelligence, la volonté et le courage de notre espèce se rassemble autours du concept de haute qualité environnementale. Est-ce bien suffisant ? La question environnementale n’est elle pas que la pointe immergée d’un iceberg en train de fondre ? Il est grand tant d’ouvrir les yeux, de regarder notre civilisation en face et de cesser d’occulter le fond des choses avec des discours de surface. La nature n’est qu’un indicateur, on ne soigne pas la fièvre en gardant le thermomètre entre les fesses. Le HQE est mort, vive le HQ. L-AST, réinvente l’appréciation que nous avons de nous-mêmes. Il ne s’agit pas là que de bâtiments avec des stores en bois et quelques panneaux photovoltaïques pour le look Scout d’Europe, de bouffer des légumes immondes et informes par ce que c’est un connard d’agriculteur bio qui le produit alors qu’il en donnerait même pas ses porc, d’acheter une automobile avec la plus grosse prime écologique mais toutede même assez spacieuse et solide pour emmener les petits à la forêt ledimanche après midi. Tout ceci coute cher, et parait bien futile. Ne vous cachez plus derrière le miroir de la consommation, soyez la consommation, soyez HQ. Vous êtes quelqu’un de bien, nous le savons, vous et moi. Alors faîtes le savoir au monde en vous auto- labélisant « Haute Qualité » (Hight Quality pour encore plus de HQ). Les boites de café hors de prix, les manifestations anti nucléaire, les prospectus en papier recyclé pour l’université d’été d’Europe écologie vous paraitrons bien ridicules à coté de votre nouvelle aura, votre renommé, votre identité HQ ! Comment faire pour être HQ ? Nullement besoin d’aller au boulot en trottinette ni de se priver d’huile auto bronzante, il vous suffit d’être labélisé. Pour ce faire, acheter VOTRE badge et dévoilez votre véritable personnalité. A la réception de votre consommable, vous recevrez un guide pour mener une vie de gloire et de bonheur, une vie HQ. Le respect de la planète, passe par le respect de votre personnalité. Soyez HQ. BE YOURSELF, BE HQ par L’AST Architectes contempourriens ^ Madame est HQ et a le cœur gros, rejoignez la dans la vie meilleure ! Retrouvez L’Atelier Sans Tabou, l’association de sept jeunes architectes tout récemment diplômés de l’ENSAM sur http://lateliersanstabou.blogspot.com/ Question 3, Tu manges un cookie américain : A-Tu en donnes la moitié à ta petite sœur qui adore ça. B-Tu le croques à pleines dents et tu répands ses miettes. Pas de pitié pour les cookies ! C-Tu le découpes en 4 parties égales proportionnelles à la taille de ta bouche. D-Tu as inventé une technique révolutionnaire que tu es le seul à connaître, lécher le milieu, c’est dépassé ! E-Tu ne comprends toujours pas pourquoi ils l’ont fait rond, mais tant pis c’est bon quand même. F-Tu fais bien attention à ce qu’on te voit le manger. G-Uniquement s’il est bio ! Question 4, Tu commences un nouveau projet : A-Tu vas voir sur le terrain et discute avec les riverains de leur situation. B-Tu commences par détruire le bâtiment le plus moche. C-Tu traces la trame parfaite. D-Tu cherches une nouvelle façon de vivre le programme. E-Tu ouvres ton manuel de l’histoire de l’architecture. F-Tu cherches le matériau le plus beau et le moins utilisé dans le coin. G-Tu vérifies que les fondations ne perturbent pas la migration des taupes QUIZZ 03 Wanna be archi C’est officiel : l’espace public est mort. Tout le monde en conviendra sûrement, nous vivons dans une société de (sur) consommation. Cette société est fondée sur une logique cyber-mercantile1 : cela signifie que les deux axiomes en sont le contrôle, et le marché. Le contrôle est incarné par les médias de masse et les appareils publicitaires, qui dictent ce dont il faut jouir, et entretiennent le besoin de cette jouissance. Cette logique de surexcitation bénéficie en outre de ce que la société occidentale, notamment depuis Freud, tend à se psychologiser. Ainsi tout geste et toute parole paraissent pouvoir se réduire à une économie souterraine des désirs. D’où qu’il semble impossible d’être libre, à moins de pouvoir posséder tout ce qu’on désire, ici et maintenant. Le marché (dont Macintosh, Moleskine ou Calvin Klein ne sont que les parties émergées) est le Grand Pourvoyeur des Accessoires de Jouissance. La société de la jouissance a pour principal symptôme le repli sur soi. Ceci est visible tous les jours dans les transports en commun : on s’y rive les yeux dans son Marc Lévy, on s’y mure entre les oreillettes de son iPod, on y rêve au match de dimanche soir, ou bien on y fait semblant de regarder nulle part. Le fait est qu’on ne veut pas être dérangé, et qu’un grand nombre de prothèses (payantes bien sûr) sont disponibles pour nous éviter le tracas de la coprésence, et emmener partout la quiétude du chez-soi. Ce qui précède nous laisse comprendre le(s) pourquoi(s) de la mort de l’espace public. Le livre de Paul Landauer, L’architecte, la ville et la sécurité, en donne à voir le comment. L’espace public est, par définition, l’espace de la coprésence à tous. Et il découle de cette définition qu’il est l’espace de la rencontre, en tant que celle-ci est quelconque2 . Les villes contemporaines, nous dit Landauer, s’organisent, à la fois spatialement et temporellement, pour « permettre à chaque groupe d’usagers de bénéficier, à tour de rôle, de la jouissance de l’espace public »3 . Autrement dit, il ne s’agit plus de chacun mis en présence de tous constitués en société, mais de la circulation de groupes fermés, définis par leur droit d’exclusivité sur un objet de jouissance. Les groupes divergents ne doivent pas se rencontrer – afin d’être tout à ce dont ils entendent jouir : ainsi, les supporteurs des clubs sportifs (dits) rivaux bénéficient d’accès séparés, et d’horaires décalés. Il n’est également plus question d’expérience spatiale, l’espace commun de la ville ne valant plus pour lui-même, mais comme interstice, vide séparant les lieux du jouir et/ou ceux du nécessaire. S’ensuit que l’espace de la ville est virtualisé. Il perd ses qualités propres, pour devenir « une sorte d’écrin ouvert à toute proposition »4 . Or, la perte des qualités de l’espace équivaut à la disparition de l’architecture – du moins si on croit celle-ci capable de produire autre chose que des performances techniques et/ ou formelles5 , valeurs ajoutées des installations marchandes. Dès lors, surgit la véritable question : puisque l’espace tend à disparaître, et que les villes tendent à n’être plus que des agrégats de parcours sécurisés, quelle position le (futur) architecte peut- il – doit-il – adopter ? Landauer lui-même propose trois scénarios : la ruse, qui consiste à maquiller les superstructures de sécurisation, à les masquer sous des évènements architecturaux (Jean Nouvel) ; la révélation, qui consiste à « surjouer les mécanismes de la sécurité »6 , et à donner une valeur ludique et évènementielle à des systèmes de contrôle7 (Parc de la Villette); l’ouverture, qui consiste, tout simplement, à montrer les choses telles qu’elles sont. Nous nous abstiendrons de répondre, et renverrons nos lecteurs à leur propre histoire. Qu’il soit permis cependant, pour conclure, de citer Landauer: « la première question posée au concepteur, qu’il soit chargé ou non de sécuriser, est de savoir quels objets et quels sujets sont concernés par son projet, quelles formes de relations définissent proprement la communauté des habitants et quels objets ces relations concernent ».8 ____________________ 1 : Cette expression provient de l’excellent – mais un peu difficile d’accès – livre de Gilles Châtelet, Vivre et penser comme des porcs. Ce livre est à peu près ce qu’on peut lire de mieux sur le monde actuel. 2 : Donc potentiellement héroïque, au sens de Châtelet (op. cit. pp. 159-168). 3 : Paul Landauer, op. cit. p. 44. Les italiques sont de nous. 4 : idem. p. 52. Landauer cite François Tirot, in « Le Carré Sénart », Urbanisme, hors-série n°11, mars 1999, p. 46. On pense ici, et non sans ironie, à cette expression prêtée à Étienne Mougeotte, du « temps de cerveau disponible ». L’essentiel semble être, dans les deux cas, de libérer de la place pour les messages (dictats) publicitaires. 5 : En somme, d’autres objets de jouissance – potentiellement vendables. 6 : Paul Landauer, op. cit. p. 75. 7 : Oscar Wilde, L’âme humaine, p. 14 « les pires propriétaires d’esclaves étaient ceux qui les traitaient avec bonté, les empêchant ainsi de percevoir l’horreur du système dont ils souffraient ». 8 : Paul Landauer, op. cit. p. 81. Pour aller plus loin, quelques conseils de lectures : – Gilles Châtelet, Vivre et penser comme des porcs. Difficile, donc, mais brillant. À noter que son auteur a eu la mauvaise idée de se suicider, il y a quelques années. – Gilles Lipovetsky, Le bonheur paradoxal. Essai sur la société d’hyperconsommation. Que je n’ai pas lu. Mais, d’après ce que je connais de lui, on peut acheter ce livre les yeux fermés. – Georges Perec, Les choses. Quoiqu’on dise, il faut lire Perec. – Oscar Wilde, L’âme humaine. Il y a deux raisons majeures de lire ce livre. La première est qu’Oscar Wilde écrit simplement trop bien. La seconde est qu’il nous livre une vision particulière du socialisme, qui prête à réfléchir en-dehors des sentiers (re)battus dudit. Je recommande aussi la très bonne présentation de Martin Page. L’ARCHITECTE, LA VILLE ET LA SÉCURITÉ Vous ne schtroumpfer pas assez par Schtroumpf à lunettes 04Wannabearchi M A B CD e f g h MEISTRE Projecteur Question 5, Tu as trop bu : A-Tu t’en veux et te réfugies dans les toilettes, au cas où. B-Tu cours pisser sur la porte des voisins. Ils l’ont bien cherché ! C-Ta tête tourne et tu essaies de tourner dans le sens inverse pour que ça passe. D-Tu penses que ton alcoolémie va te permettre de percer un des mystères du cerveau humain. E-C’ est les autres qui ont trop bu ! Toi, tu as déjà fait pire dans le temps. F-Tu te mets à poil, debout sur la table, en chantant. G-Tu as maintenant le don d’imiter tous les animaux existants. Question 6, Les toilettes sont occupées et tu as vraiment besoin d’y aller : A-Ce n’est pas grave, tu attends ton tour avec un magazine même pas coquin. B-Tu toques à la porte en continu pour agacer la personne et la faire sortir plus vite. C-Ce n’est pas normal. C’est toi qui a le plus besoin d’y aller, tu devrais passer en premier ! D-Tu essaies de trouver une technique pour pouvoir y aller à deux sans vis-à-vis. E-Tu peste contre le manque de courtoisie de notre époque. F-Tu profite du délai pour ajuster ta coiffure. G-Tu te trouves un arbre et une feuille assez large. QUIZZ BERNARD PLOSSU AU FRAC par Marta (invitée) 05 Sortie de secours Plossu Cinéma nous donne à voir de l’instantané et du mouvement. Une exposition par fragments, qui nous reste. Elle est ancrée en nous. Elle nous aide à nous raconter des mystères. Ici tout est énigmatique et flou. On se promène, on rencontre des clichés, des topos. L’exposition née de ces lieux communs, ces images que l’on retrouve dans le cinéma comme dans la photo, ces instants qui créent l’imaginaire commun. Bernard Plossu a une culture cinématographique, il s’en nourri lors de ses voyages. Photographe autodidacte, il se dirige d’abord vers le cinéma. Alors pourquoi avoir choisi la photo plutôt que la vidéo ? Il aime raconter l’anecdote où sa caméra tombe à l’eau lors de sa première expédition. Son appareil photo devient alors son moyen d’expression. La photo forme le regard, elle apprend à voir la lumière, les contrastes, à cadrer et surtout à observer. Tout est bon à prendre, tout est exposé en petites compositions. Cinq séries tapissent les murs du FRAC* qui se transforme en cabinet de curiosité. « Je pratique la photographie pour être de plain-pied avec le monde et ce qui se passe. En apparence mes images sont poétiques et pas engagées. Mais pratiquer la poésie n’est-ce pas aussi résister à la bêtise ? La poésie est une forme de lutte souterraine. [...] » Jusqu’au 17 avril au FRAC (*Fond régional d’art contemporain) Plossu Cinéma, exposition de photographies argentiques noir et blanc de Bernard Plossu. ^ «Florence, 2001» by Bernard Plossu ^ Exposition au Frac [Marseille] Chapître 2 : Activité extra-ensam ! par Torto PARTIE DE CASH-CASHSURPRISE 06Sortiedesecours Archipod Plutôt que de dresser un top 10 musical de 2009, je me propose de simplement vous livrer mes plus grandes obsessions musicales de l’année, de façon totalement subjective. En 2009, moi je suis un peu restée bloquée (euh c’est pas PO qui écrit l’article, c’est au féminin la !!) sur l’année d’avant, sur le magnifique For Emma, For Ever Ago de Bon Iver et je n’en ai à vrai dire éprouvé aucune lassitude. Bon Iver (dire « Bon Hiver »), c’est le groupe indie/folk/ rock très « ma cabane au Canada » de l’américain Justin Vernon qui composa cet album en hibernation dans le Nord du Wisconsin. Et c’est un peu comme si j’étais passé de groupie de base à bonne sœur, comme si j’avais (enfin) trouvé le chemin de la foi, vouant désormais mes journées à vénérer Mon Bien Aimé Bon Iver. Je peux me suffire entièrement à cette musique, un peu comme une sorte de retraite spiritualo-musicale. Et 2009 a bien commencé, puisque dès janvier Bon Iver nous offrait l’indescriptible Blood Bank, petit EP de 4 titres, et aussi riche et intense que son For Emma, For Ever Ago. C’est juste fort, intime, rustique, raffiné... Puis en plein farniente des vacances d’été une merveilleuse surprise tombe du ciel : Dark Was The Night, la compile parfaite. 32 chansons quasi toutes exquises, réunissant la crème de l’indie rock. Evidemment, mon premier geste a été de me jeter sur les musiques de Justin Vernon. On commence avec Brackett, WI . Verdict : Bingo. Il faut croire qu’il se bonifie avec le temps, qu’à chaque production, il se rapproche un peu plus de la perfection. Puis on continue avec Big Red Machine qu’il produit avec Aaron Dessner, et là... wahou. Juste la Plénitude incarnée, la vraie de vraie. Ca aurait pu être une des chansons les plus chiantes du monde et pourtant c’est juste intense. De quoi faire planer très haut. Puis ma curiosité me pousse à découvrir le fruit de la collaboration entre Feist et Grizzly Bear, Service Bell. Je la trouve de premier abord ennuyeuse jusqu’à découvrir un refrain incroyable, le paroxysme d’un morceau qui tire une force émouvante de je ne sais où et qui est tout simplement... bien. Une étonnante reprise des Castanets par Sufjan Stevens attire mon attention... You Are the Blood est juste... parfaite ! Probablement ma préférée. Envoûtante, lancinante, vous ne pourrez vous empêcher de vous tortiller en écoutant ça, même le matin dans le 21 bondé. Et enfin, le dernier trésor, le sublimissime Giant of Illinois – probablement la plus touchante – reprise de The Handsome Family d’Andrew Bird. Une sorte de Jeff Buckley sublimé (si possible il en est). Une autre chanson qui aurait pu être chiante à en mourir si ce n’était pas le génie d’Andrew Bird qui nous l’offrait. Seulement, une autre surprise m’attendait puisque peu de temps après sortait la BO de Twilight qui, horreur – il faut bien l’avouer – constitue l’autre grosse compilation indie de 2009, dévoilant ainsi au grand public (constitué principalement de jeunes prépubaires) Bon Iver, St Vincent, Lykke Li,... mais qui contrairement à Dark Was The Night, manque cruellement de cohérence. Je croyais que mon année musicale était finie quand le 25 décembre j’apprenais la mort du songwriter américain Vic Chesnutt, après une énième tentative de suicide. Il fallut que je lise sa triste histoire pour enfin vraiment l’écouter. Je tombe sur Flirted With You All My Life que je croyais être une banale chanson d’amour, et me retrouve avec la chanson qui m’a probablement la plus émue de ma (courte) vie dès la première écoute, avec ce début... « Oh death, I flirted with you all my life »... Deux autres artistes auront rythmé mon année 2009 : les géniales First Aid Kit, deux sœurs suédoises aux reprises folkissimes, et Animal Collective dont leur rock expérimental a enfin emporté l’unanimité avec Merriweather Post Pavilion. 2009 aura pour moi été sous le signe de la grande renaissance et de la belle folk comme on l’aime (et de sa GRANDE vulgarisation, merci Robert Pattinson...). Or, 2010 s’annonce tout aussi riche puisque les First Aid Kit ont déjà sorti un nouvel EP brillant, et Bon Iver a apporté une magnifique touche à l’album d’Anaïs Mitchell. 2009 EN MUSIQUE par Lydianne (invitée) Question 8, Soirée au bar : A-Tu prends la commande pour les autres B- Tu commandes un mojito avec des glaçons pour pouvoir les piler toi-même. C-Saloperie de serveur ! Il m’a mis cinq glaçons, c’est pas symétrique par rapport à la paille ! D-Qu’est ce qu’on s’amuse ! Ca manque quand même un peu de flipper tactile et d’hologrammes de danseurs ! E-Hummm, sympa la double hauteur au dessus de la piste de danse… F-Tu en profites pour peaufiner ta technique de drague. G-Tu t’éclates à fond ! Enfin une activité qui ne tue pas les dauphins! QUIZZ 07 Lard et la maniere MIDNIGHT PLAYLIST… ça se passe sur Youtube « Bon allez je check mes mails Facebook et puis dodo car demain rendu hein. Hey ce vieu Renard a posté une vidéo des C2C – DMC 2005, ou ces 4 Dj remixent les Aristochats avec un groove monstrueux. Ca me fera pas de mal ! » « Hey en lien y a une vidéo de Blanche Neige et les 7 nains calés sur du Daft Punk. Je peux pas rater ça » « C’était du tout bon ça, tiens voyons voir qui est connecté pour lui envoyer le lien, puis après dodo parce que hein. Salut miss ça gaz ? quoi, Band of Skulls – Death by Diamonds and Pearls ? Non je connais pas. Ah ouais on dirait Jack White a la voix c’est pas mal ça » « Bon, je crois que je vais pas me coucher, c’est plus la peine. Je vais plutôt me refaire la clipographie des Beastie Boys, en commençant par le soupafonky Sabotage, puis Sure Short, Intergalactic, 3 Mc’s and One Dj.. » « Le soleil se lève, la journée sera longue, tout comme l’attente à la machine à cawa, un brin de positivité.. Love - Everybody’s gotta Live » HELLO NASTY ! par Oktopuss RECORDS ANYONE ? Je t’ai vu. Oui toi là, dissimulant ton précieux journal sous le rebord à lampions de l’amphi Puget, pour ne point chercher querelles avec Prof. Je t’ai vu à Pimp my Xmas secouer ton grelot sur fond de Black eyed Peas. Je t’ai vu sauter sur les tables à Vancouver AAP jusqu’à ce que gore s’ensuive. Tu avais du son dans le sang, sans tes sous, labeur de tes sueurs, censés soudoyer le tavernier pour que sur le bar ces shots puissent s’aligner. Aveuglés par les laserlights et les strombos, « tu fis l’amour à la Musique et pris ton pieds grave ». Tu as pimpé sur du rap, fais le robot sur fond de house, sauté en shredant ta guitare invisible sur du rock. N’as tu point honte ? Non, car plus éclectique que jamais, tu te foutais de savoir si c’était commercial, plagié ou juste de mauvaise qualité. Si l’essence même de la musique est de divertir son auditeur, tu as sublimé cette théorie par l’exemple. Tout bon archi que tu es, tremblant en présentant ton A0 ‘toshop le jour, tu fus tout autre ces nuits venues, grimé et grivois, sentant l’ivresse te gagner peu à peu tout comme ce sourire béat sur ton visage. Ah tu veux bouger, l’archi, et bien allume donc ton meilleur radioK7 et entretiens ce feu brûlant en toi au grès des rythmes endiablés de cette rubrique. ..And for those about to Rock, we salute you. Archipod BlakRoc : Prenez les Black Keys, distillant un Blues crasseux comme bases instrumentales face à pas moins de 11 figures du rap East Coast (Mos Def, Raekwon, RZA, Jim Jones, Noe, Pharoahe Monch, Billy Danze, Nicole Wray, Ol’Dirty Bastard, Ludacris, et Q-Tip). Le tout orchestré par Sir Damon Dash (ancien producteur de Jay-Z), on obtient un crossover parfait entre Hip Hop rétro et guitare saturée au maximum. A écouter : « Ain’t nothing like you », « What you do to me », « Hard Times », « done did it ».. Garden State – Original SoundTrack : Pour ceux n’ayant pas encore vu cette petite perle cinématographique, ruez vous au moins sur sa bande son distillant piste après piste un savant mélange de Folk et de sonorités Trip Hop. Simon&Garfunkel y côtoient Zero7, les Shins, Nick Drake ou encore Coldplay. Les méninges comme les oreilles se détendent en fin de journée, pénombre obligatoire. Il est fort à parier que les Folkeux dans l’âme dégaineront leurs 6cordes à la suite de cette écoute. Betty Davis – They say I’m different : Pour beaucoup le Funk fusionne principalement avec la Disco, allant jusqu’à oublier des groupes comme Funkadelic ou White Cherry, rimant davantage avec le Rock. Betty, sœur spirituelle de Georges Clinton, envoie alors en 1974 ses paroles les plus obscènes sur fond de saturation groovante. Le ton est donné sur « you mamma wants ya back », la voix rocailleuse ponctue une rythmique sèche et incisive. 08Lardetlamaniere 11 33333333 2222 Mystère et tueur sadique, suspense et tension sexuelle, musique suavement pop et images baroques... Voici quelques ingrédients du Giallo. Le Giallo, késako ? Jaune en rital, tirant son origine des romans policiers italiens des années 1930-60, le giallo est un genre cinématographique développé dès le milieu des années 60. Rarement pris en considération par les penseurs du septième art, associant efficacement thriller, horreur et érotisme, ce cinéma dit de genre a pourtant une place importante dans la grande famille du cinéma. Aux origines du genre on trouve les réalisations d’Alfred Hitchcock, en particulier Psycho (1960) et celles de Mario Bava, considéré comme le père fondateur. Reprenant le principe du whodunnit (qui l’a fait ?), le giallo se voit rapidement associé à des images à forte connotation fétichiste, mettant en scène des meurtres sadiques à l’arme blanche dont les victimes sont principalement de jolies femmes. Imper, lunettes noires et gants de cuir, on retrouve souvent la même panoplie chez les mystérieux assassins. L’enquête policière est très rarement primordiale, l’intérêt se porte finalement plus sur les scènes de meurtre et positionne ainsi le spectateur en position de voyeur, le régalant à la fois du jeu de massacre montré de manière subtile et “raffiné“, mais aussi de l’érotisme sous-jacent que l’on retrouve dans chacun de ces films. Mené par un jeu de caméra très stylisé, on trouve dans le giallo toute une série d’effets de réalisation qui montre bien l’attachement du genre à la puissance de l’image. La mise en scène, s’illustrant comme laboratoire de toutes les audaces formelles, vient en effet remonter le niveau d’une narration et d’une direction d’acteurs bien trop souvent négligés. Dans la continuité de Mario Bava de nombreux cinéastes s’illustrent. Le plus fameux, Dario Argento. En 1969, avec “L’oiseau au plumage de cristal“, il sort son premier grand succès, qui permettra au giallo de s’exporter définitivement en dehors de l’Italie. Argento multiplie expérimentations formelles, associées à un scénario surprenant et à une magnifique bande originale signée Ennio Morricone. Quelques années plus tard “Mais qu’avez-vous fait à Solange?“ de Massimo Dallamano déploie, dans une ambiance malsaine et autour d’un sujet scabreux pour l’époque (l’avortement) un film politique et rebelle. La magnifique photographie signée Joe d’Amato, appuyée par la musique d’Ennio Morricone font de ce film un incontournable qui laisse cerner une des influences majeures de Quentin Tarantino. L’année 1975 marque le chef-d’œuvre ultime du giallo avec “Les frissons de l’angoisse“ de DarioArgento. C’est une véritable réinterprétation de Blow Up de Michelangelo Antonioni que nous propose ici le cinéaste. Entraînant le spectateur dans une transe nerveuse et viscérale, le suspens et l’horreur sont habilement maîtrisés. Les mouvements de camera vertigineux sont associés à un sens du cadre et de la photographie qui ne font que renforcer notre stupéfaction. A la fin des années 70 le giallo a perdu peu à peu de son intérêt, parfois maladroit, parfois carrément mauvais, on peut cependant affirmer que les grands noms du giallo, et surtout Argento, ont indéniablement marqué une génération de réalisateurs. Les plus flagrants étant Brian de Palma et Quentin Tarantino. C’est finalement trente ans plus tard que le giallo reçoit un véritable hommage, avec la sortie sur les écrans de Amer, réalisé par Hélène Cattet et Bruno Forzani. Le duo franco-belge propose à travers ce premier long métrage un film franchement culotté, associant au giallo des inspirations tirées du cinéma expérimental, ou encore de la nouvelle vague japonaise. Le couple de réalisateurs réinterprète habilement ces genres, voyageant dans la peau d’une femme schizophrène et paranoïaque, en trois phases de sa vie qu’ils traduisent en sensations pures, du danger à l’excitation. Amer se présente avant tout comme un film visuel qui utilise toute la richesse du langage cinématographique. Les dialogues sont quasi inexistants et laissent place à un univers sonore très riche. Cette œuvre pourrait finalement se traduire en un “objet filmique non identifié, entre l’exercice de style, l’hommage référentiel et une expérience sensorielle assez étrange“. LE GIALLO par Dirty Dustin Recadrage < Amer de Hélène Cattet et Bruno Forzani 09 Lard et la maniere
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