BSC NEWS MAGAZINE - NOVEMBRE 2009 - Page 1 - Interview de Thomas Fersen, Oliver Weber, Pedro Juan Gutiérrez, Nicolas Jules, Rodolphe Casso, Thierry Delcourt, Véronique Willemin, Photos Cuba SPÉCIAL LE DÉSIR NUMÉRO 21 - NOVEMBRE 2009 L’INVITÉ THOMAS FERSEN NICOLAS JULES Photos La Havane OLIVER WEBER Pedro Juan Gutiérrez L’interview d’ailleurs Photo Couverture / Valérie Mathilde Photo D.CRESPIN / Copyright Lorsque j’ai lancé ce thème auprès de ma rédaction, j’ai immédiatement pensé à Philip Roth pour « Portnoy et son complexe», « Professeur de désir» « Tromperie » ou encore le somptueux « La bête qui meurt ». Je me suis alors littéralement plongé dans ma bibliothèque à la recherche de ces ouvrages pour retrouver la primeur des premières années de faculté lorsque les véritables croisades de la séduction sont engagées. Et c’est d a n s c e s m o m e n t s d e socialisation de l’existence que le désir déclenche en nous des f r i c t i o n s a v e c c e s e n v i e s humaines et parfois irrépressibles. Philip Roth traite du désir dans chacun de ces ouvrages. Et je me fais un plaisir de proposer à votre lecture cette phrase : «Jour et nuit, au travail et dans la rue - à trente trois ans d’âge, et il rôde toujours, avec les yeux hors de la tête. Un vrai miracle qu’il n’ait pas été réduit en bouillie par un taxi étant donné la façon dont il traverse les grandes artères de Manhattan à l’heure du déjeuner. Trente trois ans, et toujours à mater et à se monter le bourrichon sur chaque fille qui croise les jambes en face de lui dans le métro. » Philip Roth, Portnoy et son complexe. Mais il est bien entendu que le thème du Désir est bien plus riche que cela et il ne mérite pas qu’on l’enferme dans une si courte définition aussi juste soit-elle. Ainsi, une nouvelle fois, dans ce numéro du BSC NEWS MAGAZINE, nous avons mêlé les aspirations et les idées de plusieurs invités, chacun dans leurs registres respectifs. Vous y trouverez des chroniques variées qui ne manqueront pas de laisser vos jugements butiner de conclusions personnelles en conceptions intimes du désir. Désirons découvrir ce que nous cache ce thème immense et fabuleusement généreux. Nicolas Vidal « Vous trouverez dans ce numéro des chroniques variées qui ne manqueront pas de laisser vos jugements butiner de conclusions personnelles en conceptions intimes du désir.» SOMMAIRE LE DÉSIR THOMAS FERSEN - INTERVIEW - P 4 PEDRO JUAN GUTIÉRREZ - INTERVIEW - P 16 NICOL AS JULES - INTERVIEW - P 20 RODOLPHE C ASSO - INTERVIEW - P 28 VÉRONIQUE WILLEMIN - INTERVIEW P 30 THIERRY DELCOURT - INTERVIEW P 34 INTERVIEW S CHRONIQUES ROSE DÉSIR - P 26 DÉSIR EN HOQUET S - P 37 LE DÉSIR - P 40 C’ES T POLITIQUE - P 42 LES COUPS DE COEUR DU RÉDAC’ CHEF - P 52 POL AR - P 55 MARTINE ET SES BOUQUINS - P 59 DÉSIRS DE LECTURE - P 62 UN AIR DE DÉSIR - P 64 CHRONIQUES HAÏTIENNES - P67 LES CHOIX DE MÉLIN A - P 72 CHAMISSO - P 75 L A BD D’EVE MARIE - P 79 L A MUSIQUE DE L A RÉDACTION - P 81 JAZZ CLUB - P 90 CONTRIBUTIONS L A HAVANE PAR OLIVER WEBER - P 44 BSCJUKE BOX DE LA RÉDAC - PAGE 96 + PAR JULIE C ADILHAC / PHOTOS : VALÉRIE MATHILDE L’INVITÉ THOMAS FERSEN UN JOUR DE MAUVAIS TEMPS ATYPIQUE, DEHORS UN VENT À DÉCORNER LES BOEUFS, DEDANS UN ENREGISTREUR QUI NE ME DISAIT RIEN QUI VAILLE, ARMÉE DE MON RIRE FÉBRILE DE STENTOR ET D'UN STYLO DE FORTUNE, J'AI CROISÉ L'ÉLÉGANCE. NI TOUT À FAIT ABEILLE, NI TOUT À FAIT MOUCHERON MAIS PICORANT MES PHRASES DE NOTES CHANTANTES MONTPELLIÉRAINES, J'AI INTERVIEWÉ THOMAS FERSEN. ET, COMME LORSQU'ON SE LIVRE AU JEU RISQUÉ DE LA CONFRONTATION DE SON IMAGINATION AU RÉEL, ADMIRATIVE AU PLUS HAUT POINT DU TRAVAIL DE L'ARTISTE, J'AVOUE AVOIR EU PEUR D'ÊTRE DÉÇUE. QUE THOMAS FERSEN SOIT UN CHANTEUR ABONNÉ À L'ÉCOLE BUISSONNIÈRE DE LA CHANSON FRANÇAISE PLUS PAR PÉDANTERIE QUE PAR GOÛT. QU'IL SOIT CIGALE À LA SCÈNE ET FOURMI À L'INTERVIEW, LIÈVRE À LA GUITARE ET TORTUE À LA RÉPARTIE, BREF QUE CETTE INTERVIEW NE SOIT PAS LA PIÈCE DES GRANDS JOURS QUE J'ESPÉRAIS.... POURTANT, RISQUANT UNE SECONDE FOIS DE BOUSCULER LA MODESTIE DE L'ARTISTE, JE DIRAIS QUE J'AI EU L'HONNEUR D'ÊTRE LA RÉCEPTRICE CONQUISE DE PROPOS DE TALENT. AJOUTEZ À CELA DE LA DOUCEUR, DE LA PATIENCE DEVANT LES 245 "D'ACCORD" QUI RYTHMÈRENT MON COPIAGE DE NOTES, SAUPOUDREZ DE RIRES AVENANTS ET D'UN HUMOUR IMPERTURBABLE ET VOUS AUREZ COMPRIS QUE THOMAS FERSEN MÉRITE QU'ON LE QUALIFIE DE GRAND MONSIEUR. OUI UN GRAND MONSIEUR DU VERBE DONT LA MODESTIE RAYONNE SOUS UN CHARME FLEGMATIQUE. JE POURRAIS DIRE QU'ON L'AFFUBLE DE COMPARAISONS TOUTES PLUS ÉLOGIEUSES LES UNES QUE LES AUTRES, CHARLES TRÉNET, TOM WAITS, RANDY NEWMAN OU ENCORE JACQUES PRÉVERT; JE POURRAIS LUI DONNER LE NOM D'OISEAU RARE, DE PERLE MUSICALE FRANÇAISE, LOUER SON IMAGINATION FERTILE ET SON VERBE RECHERCHÉ ET SON TON À LA FOIS GRAVE ET DRÔLE. JE POURRAIS ÉVOQUER SA VOIX ÉLIMÉE ET RAUQUE, SES IMAGES MULTIPLES ET VARIÉES QUI SANS CESSE SE RENOUVELLENT ET ÉVITENT AVEC BEAUCOUP DE GÉNIE L'ESSOUFFLEMENT DE LA RÉPÉTITION. JE POURRAIS RACONTER SES TEXTES ROMANESQUES, SON GOÛT POUR LE UKULÉLÉ ET LA DÉCLAMATION, SURENCHÉRIR SUR LA FRAÎCHEUR DE SES MÉLODIES ET LEUR LÉGÈRETÉ DÉLICIEUSE. MAIS JE ME CONTENTERAIS DE DIRE QUE THOMAS FERSEN EST. QUE CHACUN DE SES ALBUMS DÉBORDE D'ORIGINALITÉ ET DE PERSONNALITÉ ET QU'Y PLONGER DEVRAIT ÊTRE UNE PRESCRIPTION CÉRÉBRALE. QUICONQUE NIE SON TALENT MÉRITERAIT BIEN QU'ON LUI IMPOSE LA COMPAGNIE DE MONSIEUR ET FINISSE SOUS LES ÉGLANTINES OU CELLE D'HYACINTHE À L'HALEINE DE SAVON....OU NON! QU'IL SOIT TRANSFORMÉ EN CHAUVE-SOURIS! ET COMME C'EST DE SAISON, AVEC UN PEU DE CHANCE, CET IGNORANT CROISERA UN PARAPLUIE DÉCOUPÉ DANS LA NUIT QUI LEUR CONTERA FLEURETTE ET CHANGERA D'AVIS... UNE RÉVÉRENCE ROMANTIQUE, FROUFROUS DE J U P O N S I M A G I N A I R E S , À U N A R T I S T E AUTHENTIQUE. Petite fiche d’identité Nom libertin: Fersen Prénom joueur: Thomas* *Tomas Boy est un footballeur mexicain, remarqué par l’artiste lors du Mondial 1986. Dernier album : Trois petits tours. L’interview Par Julie Cadilhac/ Photos Valérie Mathilde Bonjour Thomas Fersen, Une question d'onomastique d'abord: comment choisit-on son nom de scène? Un peu par hasard, mon père m'a suggéré de m'appeler Fersen alors qu'on mangeait du saucisson. Je pense qu'il avait lu la biographie de Marie Antoinette par Stefan Zweig à cette époque, ce nom était dans sa tête à ce moment-là donc il m'a dit: "tu devrais t'appeler Fersen, c'est un personnage historique, même si Les gens ne s'en souviennent pas forcément mais le nom existe dans la mémoire collective...C'est un nom qui m'a plu, qui avait une c o n s o n a n c e q u i m e p l a i s a i t , scandinave, un peu mystérieuse, étrangère. Des résonances de conte. Oui, ça m'a séduit et je trouvais que c'était un nom romanesque... et non pas romantique, c'est différent. Animaux ? Pégase, Zaza? Zaza a quitté ce monde... elle est allée rejoindre Nina dans les nuages. Elle existait encore il y a un an mais... Animosité? Des choses qui m'agacent? Je les oublie très vite les choses qui m'agacent, je n'en tiens pas registre alors je les oublie. Mais quand elles m'agacent, elles m'agacent beaucoup. Heureusement, elles ne durent pas. Si... quelque chose que je trouve regrettable c'est parfois les gens qui s'approprient les surprises ....la surprise est quelque chose de fragile...et quand on répand des choses qui sont nouvelles ou inédites, comme ça, sur Internet, c'est un petit peu triste, je pense qu'on gâche aux autres la surprise de découvrir...à propos d' une chanson ou autre...et je trouve ça dommage....ça me fait penser un peu à Proust qui louait sa mère qui ne lui disait jamais qu’elle lui amenait une lettre. Et ce qu’elle ne lui disait surtout pas, c’est qui avait écrit et donc sa surprise était totale. Ce sont des petits raffinements mais qui sont importants. Parfois, les gens s'approprient les surprises comme ça en les divulguant sur Internet et je trouve que c'est un peu moche. Pourtant, ce sont des gens de bonne volonté parce que ce sont des gens qui m'aiment mais... Mentor(s) : Auxquels je pense effectivement quand je fais une chanson par exemple... c'est ça ce qu'on peut appeler un mentor, non? Et en même temps c'est une image que j'ai d'eux qui n'est peut-être pas tout à fait réelle mais c'est pas grave, ce sont des mentors que je me suis créés moi-même, qui sont quand même vivants.... Il y a notamment Joseph Racaille. En fait, ce sont souvent des gens avec qui j'ai travaillé. Et puis, aussi, occasionnellement, quand je sais que quelqu'un a écouté une de mes chansons, je me repasse le texte me mettant dans ce que j’imagine être sa peau... vous voyez ce que je veux dire? Monomanie(s) usuelle(s) : B e a u c o u p , b e a u c o u p . I l y a suffisamment d'espace dans la conscience pour qu'elles s'immiscent. Hypocondrie, narcissisme ou schizophrénie, paresse ( Vous avez dit : " le yukulélé peut être un truc de paresseux")? Euh... je peux être hypocondriaque, mais ce n'est pas quotidien. Si j'ai un symptôme, j'imagine le pire. Par exemple, ma phlébite. Vous ne la connaissez pas cette histoire ? Un jour, j'étais à Lyon et ça faisait quelques temps que j'avais mal au mollet et voilà que je le regarde ( je raconte cette histoire parfois sur scène ) et je vois une petite boule qui est entourée d'un cercle bleu donc bon, je m'en vais, je sors de l'hôtel, je passe devant une pharmacie, j'y rentre et là je montre ce machin à une pharmacienne qui me dit qu'il est préférable de consulter. Elle me trouve une jeune femme qui débutait dans la profession et qui remplaçait le professeur; elle était susceptible de me recevoir à l'heure du déjeuner donc j'y vais et, comme souvent les jeunes médecins ,elle a fait un diagnostic terrible (rires). Elle me dit: "suspicion une phlébite ! Donc prise de sang, un doppler pour être sûr enfin bon...vous imaginez... bas de contention et je devais jouer le soir à Grenoble quand même! Je vous passe un certain nombre d'épisodes cocasses.... parce que c'est plein de cocasseries et de ridicule cette histoire.....Bref, je m’étais fait un bleu en dansant la saint- jeannaise à chaque concert depuis un mois. Bon, voilà, j'ai quand même cru que j'allais mourir... Citation de chevet: Oh la la, il y en a quelques unes ! C'est parfois des paroles de chansons, de Charles Trénet par exemple.... "pas besoin de lait d’ânesse pour retrouver jeunesse". T h o m a s F e r s e n , ê t e s - v o u s u n dandy moderne? A quoi devez-vous, selon vous, ce qualificatif récurrent? A un charme rugueux associé à un flegme sous peau, à cette élégance barbue sous un grand chapeau à plumes ? ou au fait que vous êtes le spécialiste des mots farfelus et que peu de chanteurs osent le verbe désuet dans leurs textes ? Mais vous avez répondu, non? Je me doutais que vous alliez répondre cela. Vous acquiescez donc à cette définition complète? Ecoutez, je ne sais pas très bien ce que c'est qu'un dandy, c'est peut-être ça qui fait de moi un dandy. Je n'ai pas le sentiment de... enfin si, il y a une certaine élégance bien sûr, j'essaye de ne pas être trop lourdaud mais enfin, je suis quand même quelqu'un qui a des origines de terre, à travers mes parents... même si ça n'empêche pas qu'on peut être élégant. Et puis vous posez une question qui a bousculé ma modestie, qu'est-ce que vous voulez que je réponde? « Le Dandy doit aspirer à être sublime sans interruption, il doit vivre et dormir devant un miroir » - Baudelaire, Mon cœur mis à nu Quel rapport avez-vous avec le miroir, Thomas ? Je ne sais pas... j'ai été narcissique à la fin de l'adolescence et je pense que c'est un trait de l'adolescence mais ça m'a passé il y a longtemps. Votre dernier album présente un personnage excentrique de contes de fée, un voyageur intemporel…..une presque licorne, des ballons multicolores….votre valise vous procure donc d’aussi délicieuses sensations d’évasion ? Êtes- vous amateur de voyages ou simple jouisseur du caractère bohème de votre métier ? Cette pochette onirique vient-elle tirer la langue aux thèmes triviaux de vos textes? Je pense effectivement que j'aime le déplacement: j'aime le train qui démarre et dans ce moment-là j'ai un sentiment de liberté, enfin... illusoire sûrement. J'ai l'impression de faire l'école buissonnière voilà. Et il y a toujours de la fraîcheur dans ce moment-là, c'est pour cela que j'aime ça. Je ne suis pas vraiment un voyageur non plus puisque je fais des voyages intérieurs, c'est à dire que je vais de l'intérieur d'une maison à l'intérieur d'un taxi, d'une gare, d'un train, puis à nouveau d'une voiture, d'une salle de spectacle. Voyez c'est un voyage intérieur , je n'arpente pas, je ne voyage pas pour l'oeil en tous cas. Vous n'êtes donc pas boulimique de nouveaux horizons, de nouveaux paysages? Non, j'apprécie mais au hasard. Ce n'est pas ma motivation initiale. Quant au caractère onirique, il faut l'attribuer aussi à Jean-Baptiste Mondino parce que c'est quelqu'un qui est toujours de plein pied avec le mythe, sans le savoir; c'est comme ça, c'est inné chez lui et il fabrique cela à chaque fois qu'il fait une image. Mais cet univers onirique, v o u s l e c h o i s i s s e z ensemble tout de même... Tout à fait. Je lui p r é s e n t e d e s a c c e s s o i re s e t o n choisit ensemble. Il m'en offre, m'en amène. Le thème du disque, c'est la fuite aussi. C'est un thème qui est grave mais comme souvent, je le traite avec légèreté, à travers le baptême de ma valise notamment... Que vous apporte le travestissement ? Vos croque-morts, corbeaux, assassins et chauve-souris écervelée d'amour ne sont pas sans donner à vos c o m p o s i t i o n s u n e dimension de légèreté macabre qui rappelle l'univers de Tim Burton.... L’idée vous aurait-elle séduite de jouer un allié d'Alice au pays des m e r v e i l l e s q u i s o r t prochainement? Je pense que j'ai toujours eu le goût du costume; c'est ma mère qui me l'a donné parce qu'elle nous cousait des vêtements avec du tissu. Quand j'ai commencé à être chanteur, je n'y avais pas recours mais c'est venu naturellement. En créant des personnages, j'ai eu besoin de les incarner sur scène et également de les habiller. Quant à la dimension et l'univers macabre, c'est u n e esthétique. Je pense qu'elle n e m'appartient p a s , e l l e n'appartient pas non plus à Tim Burton, ça a toujours existé, c'est assez ancien et elle était déjà présente dans les livres de Michel de Ghelderode par exemple. C ' e s t u n e esthétique qui vous interpelle parce que... C ' e s t u n e esthétique . C ' e s t u n e imagerie. De même que j'ai p u u t i l i s e r c e l l e d e s animaux, des objets, de la nourriture ou des prénoms de femmes , il y a celle de la mort. Voilà c'est une imagerie que j'utilise pour raconter une histoire. Si vous deviez être un personnage de roman, lequel serait-ce ? Celui que j'incarne le mieux quand je l i s ; c e l u i q u i a u n e h i s t o i r e extraordinaire avec une jolie femme, toujours. Pas de nom particulier à citer? A h n o n ! C ' e s t t o u j o u r s u n renouvellement permanent. C'est amusant ça d'ailleurs....comme on peut être amoureux des héroïnes. Il y en a toujours une dans les histoires. Enfin presque toujours. Un personnage qui raconte et qui parle à un moment donné de son héroïne. J'en ai un en tête justement parce qu’ il y a déjà quelques temps, je cherchais quelques renseignements dedans. Dans Le rivage des Syrtes de Julien Gracq, il y a une héroïne, elle s'appelle Vanessa, je crois . Il y en a toujours une, il y a toujours une femme et à un moment il la rencontre et...elle est toujours un peu spéciale, idéalisée. Donc le personnage de roman se construit en contrepoint de sa relation amoureuse? Entre autres. En tous cas, ce sont toujours les meilleurs chapitres. « C'est une sorte de cocasserie de mettre des mots dans des chansons alors qu'on ne les y attend pas vraiment. » Comment écrivez-vous une chanson? D’où part l’impulsion ? Et quel est le secret d'une chanson réussie? je pense que l'essentiel dans une chanson, c'est la forme. Et même quand une chanson a un fond très émouvant, l'émotion est là parce que la forme prédomine. Une chanson très émouvante pour moi, c'est une chanson comme "Avec le temps" de Léo Ferré. Et la forme est là. Oui, la forme prédomine vraiment sur le fond. Quand j'ai la forme, j'ai déjà fait une grande partie du travail. Après il ne me reste plus qu'à la remplir cette forme; Et je peux avoir du fond mais on ne part jamais du fond, c'est pour ça que lorsqu'on veut faire une chanson engagée, si on n'a pas la forme, on peut faire tout ce que l'on veut, il n'y a aucun impact. C'est nul, ça ne marche pas quoi, il faut trouver la forme; et quand je dis la forme, c'est la forme littéraire évidemment. Souvent l'impulsion part au cours d'une conversation, d'une pensée que j'ai. Souvent mon esprit a des réflexes de désobéissance et procure des idées, des décalages qui, à force d'insister, fondent mon identité en tant qu'auteur. Et mon esprit a cette "visualité" - là davantage en journée que le soir et le matin, par exemple, un mot , une phrase et mon imagination bondit. Voilà comment je fais mes chansons, ça part comme cela. E t p o u r c e q u i e s t d e l a musique....j’essaie de retrouver celle de mon texte sur le piano,la guitare ou un autre instrument.Parfois je fais la musique avant, je cherche et en même temps cette musique m'évoque déjà une histoire ou une ambiance ou ce que j'ai envie de raconter, plus ou moins macabre, plus ou moins léger ou comique... Il y a deux façons évidemment, de faire la chose; soit en attaquant par le texte, soit en attaquant par la musique sachant que par la musique, c'est difficile. Mais pas impossible. Parce que la langue française est musicale et qu'elle ne rentre pas dans un schéma de musique préexistant, il faut trouver quelque chose qui lui va. La langue française a une musique interne, il est donc difficile de lui en imposer une autre. Êtes-vous un pied de nez ostentatoire à l’appauvrissement consternant des paroles de la scène française ? Êtes-vous un croisé du dictionnaire? Avez-vous d’autres compagnons de cause à nous citer ? Je ne suis pas de formation littéraire, je n'ai pas fait d’études de lettres, j'ai fait des études d'électronique. Je suis juste imprégné et donc j'ai simplement le goût du langage. J'aime la conversation, j'aime l'esprit, j'aime lire et à partir de là j'écris d'une certaine façon mais c'est une question de goût. Après je fais beaucoup de fautes d'orthographe (rires), j'ai des problèmes avec la concordance des temps mais j'aime le langage. Quelqu'un que j'aimerais citer? Loïc Lantoine. Y-a-t-il des mots challenge, de ceux que vous n’avez pas encore réussi à mettre dans une chanson ? En effet, il y a des mots challenge qui ont des rimes extrêmement rares. Par exemple: barbe. Barbe ne rime qu'avec rhubarbe et avec la ville de
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