BSC NEWS Magazine - MAI 2010 - Numéro 25 - Page 1 - BSC NEWS MAGAZINE - MAI 2010 - Tatiana De Rosnay, Benjamin Lacombe, Valentin Musso, Zhaowing Wu, Yves Budin, Miss White and the Drunken Piano, Galerie Artludik, Zanzibar Edition, Dossier Tim Burton, Stéphane Michalon NUMÉRO 25 - MAI 2010 Tatiana De Rosnay Benjamin Lacombe Valentin Musso Zhaoming Wu Galerie ArtLudik Le Dossier TIM BURTON L’EDITO de Nicolas Vidal Photo D.CRESPIN / Copyright ÉDITORIAL Du talent à tous les étages par Nicolas Vidal Ce mois-ci, nous vous proposons un numéro volumineux où fourmillent les découvertes et les talents de toutes sortes à chaque page. Alors que le printemps peine à s’installer et que nous sommes sevrés de grand soleil, nous en avons profiter pour fouiller méticuleusement et vous faire profiter d’une multitude de personnalités culturelles passionnantes. D’Yves Budin à Benjamin Lacombe passant par Zhaoming Wu ou encore Miss White sans oublier l’ineffable Laurent Blain, il y en aura pour tous les goûts et à tous les étages. Ce mois-ci dans la Grande Interview, nous recevons la délicieuse Tatiana De Rosnay qui nous parle de son dernier livre et revient sur ses derniers succès éditoriaux qui la placent comme l’un des écrivains français les plus lus en Europe loin devant les noms qui doivent vous venir immédiatement à l’esprit. En cette période de festival de Cannes, nous avons également adressé un petit clin d’oeil à Tim Burton par l’intermédiaire d’un dossier spécial sur le réalisateur. Vous y découvrirez l’univers de Tim Burton revisité par la rédaction du BSC NEWS MAGAZINE à travers des illustrations, des dessins, des photos mais également par des contributions d’internautes sélectionnés avec soin. Ce BSC NEWS se veut, à l’image de sa couverture, créatif, audacieux et alternatif. Je vous conseille alors de butiner dans ce nouveau numéro toutes les petites choses qui suffiront à votre bonheur culturel jusqu’à la dernière page. Enfin, je n’en dirais pas plus pour vous laisser le temps de saisir les mille et une molécules de talent qui flottent déjà à la surface de nos pages numériques. Illustration d’Yves Budin SOMMAIRE L A G R A N D E I N T E R V I E W page 6 Invité : Tatiana De Rosnay «La première personne que je cherche à maintenir éveillée, c’est moi !» 13 / Entretien 26 / Entretien 32 / Interview 36 / Interview 40 / Interview 43 / Peinture 50 / Musique 53 / Musique Benjamin Lacombe Valentin Musso Yves Budin Laurent Blain Stéphane Michalon Zhaoming Wu Miss White and the Drunken Piano Hélène Tysman 66 / La Rencontre Galerie Artludik 75 / Spécial TIM BURTON 59 / Livres - Vive Oedipe .... par Stéphanie Hochet 91 / Interviews - Bruno Putzulu 111 / Philo - L’affaire Ondfray par Sophie Sendra 113 / Politique - Les joueurs avaient la tête à la finale par Neila Latrous 95 / Jeunesse - Clémentine 61 / Livres - Le retour de Beauvais - Voile or Not Voile la poésie par Emmanuelle De Boysson par Martine Bréson 64 / Chronique - Les lecteurs, une espèce en voie de disparition par Nicolas Vidal 99 / Zoom sur un Editeur Editions Anna Chanel avec Jérôme Le Dorze et Christos 104 / Auteurs Jeunesse Théa Rojzman et Aude Massot 108 / Jeunesse - Les livres de Martine par Martine Bréson 116/ Livres - Les choix de Mélina par Mélina Hoffmann 118/ Jazz Club par Guillaume Lagrée 55 / Chronique - La Place des livres ... par Emmanuelle De Boysson 124 / Musique - Les choix d’Eddie par Eddie Williamson 128 / Musique - La musique dans le Ravin par Alexandre Roussel 71 / Photos - Los Angeles par Julien Brami Le fabuleux destin de Tatiana de Rosnay Par Harold Cobert / photos Philippe Matsas (opale) Si on ne présente plus Tatiana de Rosnay, romancière aux succès désormais planétaires, on se représente encore mal, en France, l’ampleur de ce qui a définitivement pris l’allure d’un véritable « phénomène ». L’histoire de cette success story a déjà été racontée maintes fois, mais il n’est pas inutile de dérouler à nouveau le fil de ce récit digne d’un conte de fée. Tatiana de Rosnay publie son premier roman en 1992 (L’Appartement témoin, Fayard). Jusqu’en 2007, suivent six autres romans aux éditions Plon (Mariés, pères de famille, Le Dîner des ex, Le Cœur d’une autre, Le Voisin, Spirales, Moka). Ces livres-là se vendent gentiment, autour de trois mille exemplaires, avec une jolie percée pour Le Voisin, qui nous intéresse plus particulièrement ici. Et puis, en 2007, paraît Elle s’appelait Sarah, aux éditions Héloïse d’Ormesson, l’histoire d’une journaliste qui se retrouve à enquêter sur la rafle du Vel d’Hiv et sur les séquelles que cette tragédie a laissé dans la mémoire collective hexagonale. À partir de là, les événements se précipitent, s’emballent, et donnent réellement le vertige : Elle s’appelait Sarah est traduit en trente-trois langues, devient un film qui sortira sur nos écrans le 13 octobre prochain avec entre autres Kristin Scott-Thomas et Nils Arestrup (De battre mon cœur s’est arrêté, Un prophète), se vend à plus d’un million d’exemplaires aux Etats-Unis et figure depuis plus du soixante semaines sur la liste du palmarès du New York Times (encore 8e la deuxième semaine d’avril 2010). Avec la publication de Boomerang en 2009, toujours aux éditions Héloïse d’Ormesson, le succès se confirme et se poursuit, notamment grâce au personnage d’Angèle Rouvatier, belle bikeuse thanatopractrice, dont l’avatar fait un malheur sur Facebook : ce sont pour l’instant dix-sept traductions, soixante-dix-huit mille exemplaires déjà vendus aux Pays-Bas (éditions Artémis), et, moins d’une semaine après sa sortie française au Livre de Poche, la 10e position sur la liste des meilleures ventes de Livre Hebdo dans cette catégorie. Au total, Elle s’appelait Sarah et Boomerang représentent plus de trois millions d’exemplaires à travers le monde, et valent à Tatiana de Rosnay de se classer 8e auteur le plus lu en Europe en 2009 (source et étude Bookseller), non seulement devant Henning Mankell et John Grisham, mais très loin devant ses autres compatriotes français habitués à caracoler en tête des ventes hexagonales – Anna Gavalda ne se classe en effet que 31e des ventes européennes, Marc Lévy 33e, Muriel Barbery 39e, Guillaume Musso 40e, Marie Ndiaye 41e et Frédéric Beigbeder 49e. Vertigineux. Le manuscrit refusé Pourtant, Elle s’appelait Sarah a bien failli ne jamais voir le jour. L’éditeur historique de Tatiana de Rosnay refuse son texte. Comme elle l’a écrit directement en Anglais, il lui conseille de chercher un agent littéraire à Londres pour essayer de le faire publier outreManche. Tout en continuant d’écrire, Tatiana de Rosnay renonce après deux ans de refus en tout genre. Elle range son manuscrit dans un tiroir et publie d’autres romans à son rythme habituel. Alors journaliste pour Elle et Psychologies, elle fait le portrait d’Héloïse d’Ormesson, qui vient de lancer la maison d’édition éponyme avec son compagnon et éditeur, Gilles Cohen-Solal. Une fois l’article paru, Héloïse d’Ormesson invite Tatiana à déjeuner pour la remercier. À la fin du repas, Gilles Cohen-Solal rejoint les deux femmes. Aussi instinctif qu’imprévisible, ce fin limier demande à Tatiana si elle n’a pas un texte secrètement resté dans ses tiroirs. Celleci confesse que oui, raconte le sujet du roman en question, et précise que, sans qu’elle se l’explique très bien elle-même, elle l’a écrit spontanément en Anglais. Il n’en faut pas plus à Gilles Cohen-Solal pour exiger avec sa gouaille inimitable de lire le manuscrit. Tatiana acquiesce, promet de lui envoyer le texte par mail dans la journée, prend congés et rentre chez elle sans aucune intention d’honorer sa promesse. Des refus, elle en a déjà eu assez. Le soir, coup de téléphone : c’est Gilles CohenSolal qui, furieux de n’avoir rien reçu, l’engueule copieusement dans un vocabulaire fleuri et printanier dont lui seul a le secret. Tatiana prend peur et, pour se débarrasser de cet homme qu’elle prend pour un fou furieux, lui envoie son texte dans la foulée. La période des fêtes arrive. Aucune nouvelle. Puis, entre Noël et le premier de l’an, Tatiana reçoit un appel d’Héloïse d’Ormesson, l’invitant à passer les voir, elle et Gilles Cohen-Solal, dans leurs bureaux. L’y attendent un contrat et une bouteille de champagne pour fêter le début de ce qui va devenir l’idylle éditoriale que l’on connaît et qui, n’en déplaise à ceux qui auraient bien aimé récupérer Tatiana de Rosnay, a de toute évidence encore plus d’une belle année devant elle. éditions Héloïse d’Ormesson ont entrepris de republier les anciens titres de Tatiana de Rosnay. C’était le cas en 2008 pour La Mémoire des murs, le roman à l’origine de l’idée d’Elle s’appelait Sarah, c’est aujourd’hui le cas du Voisin. Parallèlement, ressortent au Livre de Poche Le Cœur d’une autre et Moka. Lorsqu’on plonge dans l’ensemble des ouvrages de Tatiana de Rosnay, on se rend compte que cette romancière française so british, aux origines explosives (anglaises et russes), construit patiemment une œuvre où s’entrecroisent à la fois des thèmes récurrents (appartements, mémoire des murs, secrets de famille), voire obsessionnels, et une écriture maniant à merveille les circonvolutions psychologiques, l’action et le suspense. Ce n’est pas seulement le thé que boivent souvent ses héroïnes ou les parapluies qu’elles ont toujours à portée de main qui confèrent aux ro m a n s d e Ta t i a n a d e R o s n a y c e t t e atmosphère divinement britannique. Celle-ci tient à une certaine sinuosité de la phrase, de la narration et de la composition, dans un art de suspendre le temps, de le ralentir ou de l’accélérer au gré de la temporalité vécue et ressentie, de le creuser pour dévoiler progressivement les fissures des êtres, leurs secrets et leurs vérités profondes, jusqu’à l’éclatement final. Dans tous les romans de Ta t i a n a d e R o s n a y, l ’ u n i v e r s d e s e s personnages ne cesse en effet de se fissurer pour mieux réunir, in fine, les chaînons de leur histoire personnelle et de la trame du récit. De ces lézardes et de ses failles qui s’élargissent à mesure que les pages se tournent, jaillissent les révélations, les vérités enfouies, sombres, obscures, qui forment le socle de l’œuvre de Tatiana de Rosnay. Ce que l’on appelle un style. Le roman comme art de la fissure Depuis le succès aussi phénoménal qu’inattendu d’Elle s’appelait Sarah, les Le Voisin, condensé annonciateur d’une œuvre advenue C o l o m b e B a ro u m è n e u n e e x i s t e n c e apparemment banale. Mère de jumeaux de L A G R A N D E I N T E R V I E W onze ans, mariée à un homme toujours en déplacements et qui la trompe, elle travaille comme nègre pour une grande maison d’édition et n’ose pas écrire le roman qu’elle porte en elle depuis toujours. Insipide, incolore et inodore : telle est la manière dont elle se définit et se perçoit. Jusqu’au jour où elle déménage. Ce nouvel appartement, qui devait être pour elle un havre de sérénité et d’épanouissement, devient rapidement le lieu de tous ses cauchemars. Son voisin du dessus, le Docteur Léonard Faucleroy, sous prétexte d’avoir des horaires de travail et de vie décalés, va, comme on dit, lui « mettre l’enfer », la réveillant toutes les nuits à trois heures du matin en faisant le ménage, en lui passant à fond le best of des Stones et en lui infligeant toutes sortes de petites tortures sonores et domestiques. Progressivement épuisée et en proie à un étrange mélange de haine et de fascination pour ce mystérieux voisin, Colombe engage une lutte psychologique à mort avec le Docteur Léonard Faucleroy. Dans ce roman au suspense haletant, digne des meilleurs films d’Hitchcock, on retrouve les thèmes favoris de Tatiana de Rosnay : les appartements et l’âme qu’ils dégagent, les secrets que chacun cache, les vies qui se fissurent, les destins qui basculent, les vérités et les révélations qui éclatent au grand jour. En filigrane, perce la folie de l’héroïne de La Mémoire des murs. Publié pour la première fois en 2000, on comprend en le lisant que l’auteur français le plus lu en Europe en 2009 était déjà celle qu’elle devait devenir, qu’Elle s’appelait Sarah n’a été que le catalyseur qui l’a révélée au grand public. On comprend surtout que le succès de Tatiana de Rosnay est le fruit d’un long travail, d’un sillon qu’elle n’a cessé de creuser patiemment, livre après livre. Et que Tatiana de Rosnay est un écrivain populaire dans le noble sens du terme. Un écrivain, tout simplement. Achetez ce titre directement en ligne chez notre partenaire >>> Le Voisin de Tatiana de Rosnay, éditions Héloïse d’Ormesson, 18€. L A G R A N D E I N T E R V I E W Comment est née l’idée de ce roman ? J’ai emménagé il y a une dizaine d’années dans un très joli appartement, à Montparnasse, où je pensais pouvoir dormir au calme. Et dès la première nuit, j’ai été réveillé par un bruit de chasse d’eau… mais alors, comme les chutes du Niagara, juste au-dessus de ma tête ! Tout d’abord, je me suis dit : « C’est pas grave, c’est juste un voisin qui a une envie pressante au milieu de la nuit. » Mais, le lendemain, idem : 3h du matin, chasse d’eau épouvantable… Le soir d’après, pareil, en pire : chasse d’eau plus aspirateur et meubles qu’on bouge, pendant une heure ! De 3h à 4h du matin, chasse d’eau, aspirateur, meubles, chasse d’eau, aspirateur, meubles… Pendant ce temps, mon mari et mes enfants n’entendent rien.Ils dorment paisiblement. Il n’y a que moi qui entends ces bruits. Au bout de deux semaines, je décide de mettre un petit mot courtois dans la boîte aux lettres de ce monsieur. Je me renseigne auprès de la concierge, qui me dit qu’il s’agit d’un homme très gentil, qu’il travaille dans un hôpital, et que donc il a effectivement des horaires un petit peu décalés. Je lui glisse mon mot dans sa boîte aux lettres, où je lui écris quelque c h o s e c o m m e « C h e r Monsieur, les canalisations de l’immeuble étant ce qu’elles Le Voisin est une réédition. Qu’est-ce qui vous a donné e n v i e d e re p u b l i e r c e roman ? Cela entre dans le projet d’Héloïse d’Ormesson de donner une deuxième vie à mes anciens titres, qui sont épuisés depuis cinq ans. C’était le cas de La Mémoire des murs, c’est aujourd’hui celui du Voisin. Ça n’était donc pas exactement mon idée, mais j’avoue que je suis extrêmement heureuse de voir ce roman ressortir. C’était le livre qui avait le mieux marché pour moi avant Elle s’appelait Sarah. D’ailleurs, beaucoup de gens me le réclamaient. J’avais même vu, avant cette nouvelle publication, qu’il était en vente sur eBay au prix de 80€ ! J’avais écrit au vendeur pour lui dire que je trouvais ça scandaleux, et il m’avait répondu qu’il était désolé, mais qu’il y avait une énorme demande sur ce titre. sont, vous comprendrez bien que… », etc. Je trouvais que l’histoire de la chasse d’eau était un peu gênante et terre à terre, alors j’essayais de faire des périphrases pour ne pas l’embarrasser. Mais, le soir même, chasse d’eau, aspirateur, meubles, tout recommence… Avec, en plus, des pas très lourds au-dessus de ma tête !… La situation virait au cauchemar : je me réveillais toutes les nuits à trois heures moins cinq, juste a v a n t q u e l e c i rq u e n e commence. Une fois, j’étais tellement énervée que je suis montée sonner au deuxième étage. Je savais qu’il était là. J’ai sonné, j’ai sonné, mais il n’a jamais répondu. C’est comme ça qu’est né l’idée du Voisin. Vu la proximité entre la réalité que vous av ez vécue et la fiction que vous avez écrite, avez-vous résolu ce problème comme C o l o m b e B a ro u , v o t re héroïne ? Non, je suis beaucoup moins audacieuse que Colombe ! D’abord, j’ai très vite commencé à écrire ce livre. Je me suis jetée sur ce roman, il est devenu ma bouée de sauvetage. En plus, ce voisin, le vrai, je ne l’ai jamais vu. Jamais ! Cela dit, je sais qu’il n’était pas aussi sexy de Léo [Léonard Faucleroy, le voisin du roman]. Je savais que c’était un quinquagénaire sans distinction particulière. Dans mon imaginaire, pour le L A G R A N D E I N T E R V I E W roman, je me suis dit qu’il fallait qu’il ait quelque chose de très puissant. Il fallait qu’il soit à la fois attirant et répugnant, qu’il ait ces deux pôles contraires capables d’exercer une vraie fascination sur Colombe. Quant à la manière dont j’ai réglé le problème avec mon voisin, le vrai, j’ai mis ma stéréo dans ma chambre. Avec Louis, mon fils, qui à l’époque avait dix ans, on a installé les baffles en haut du placard, quasiment collées au plafond. À la différence du roman, ce n’est pas le voisin, mais moi qui lui ai passé le best of des Stones tous les soirs, à fond, de 20 h – je savais qu’avec ses horaires, il se couchait à 21h – jusqu’à 22 h. Et pendant ce temps, j’allais à l’autre bout de l’appartement, qui était agencé en L. Mon voisin a fini par partir, mais un autre a pris sa place, un autre encore pire, car il faisait les cents pas toute la nuit parce qu’il était insomniaque… De toutes les façons, je n’ai eu que des voisins infernaux dans cet appartement-là ! Mais ce livre m’a sauvée. J’y mettais toute ma hargne et cela me permettait de tenir. La première personne que je cherche à maintenir éveillée, c’est moi ! C’est vrai qu’on y retrouve mes thèmes fétiches. Mais je pense écrire un roman bien différent à chaque fois. Ici, dans Le Voisin, c’est la boomerang. Peut-être, un jour, me lancerai-je dans une comédie légère et pétillante, à la Nancy Mitford ? Tous vos romans flirtent avec un suspense proche des meilleurs polars. Pour quelle raison ? Parce que ma grande hantise, c’est que le lecteur s’ennuie. Donc je l’attrape. I hook him in, comme disent les auteurs anglo-saxons. Et je fais un cliffhanger à la fin de chaque chapitre, à la manière des feuilletonistes du XIXe siècle. Et puis ça m’amuse d’écrire de cette manière. La première personne que je c h e rc h e à m a i n t e n i r éveillée, c’est moi ! Quel sera le sujet de votre prochain livre ? Suspense… Quelle est votre conception de la littérature ? I n t r i g u e r e t d i v e r t i r. Partager mes émotions. D o n n e r à r é fl é c h i r. Déranger, parfois. Dans Elle s’appelait Sarah, je suis revenue sur cette page noire de l’histoire de notre pays, la rafle du Vel d’Hiv, et les cicatrices que cet événement a laissé, soixante ans plus tard. Ce livre a changé ma vie. J’ai reçu, et je reçois encore, des dizaines de mails par jour, du monde entier. Grâce à Sarah, j’ai trouvé mes lecteurs. Ils ont suivi, avec Dans ce roman, on retrouve un certain nombre de thèmes qui jalonnent toute votre œuvre : secret, appartement, mémoire des murs… Ecrivez-vous toujours le même livre ou êtes-vous une romancière obsessionnelle ? première fois que j’ai voulu e x p l o r e r u n s u j e t « à suspense », un conflit de voisinage, et que j’ai mis deux personnages face à face, dans un duel qui va crescendo jusqu’à la confrontation finale. Mais obsessionnelle, je suis, certes ! Je ne me lasserai jamais des secrets, des maisons à secrets, du passé qui revient comme un L A G R A N D E I N T E R V I E W Boomerang. Je veux continuer à leur donner ce qui je pense fait ma marque de fabrique, un cocktail d’émotion, de suspense, de personnages attachants comme Sarah, ou étranges, comme Leonard Faucleroy, et A n g è l e R o u v a t i e r, d e Boomerang. J’ai commencé en Europe, loin devant M a rc L é v y, G u i l l a u m e Musso, Frédéric Beigbeder ou encore Amélie Nothomb. Comment vivezvous cette consécration ? Ça a été pour moins une sorte de stupéfaction lorsque me l’ont annoncé mes éditeurs hollandais, car ce sont eu qui ont vu le palmarès en premier. Je n’y ai tout d’abord pas cru. Je me suis dit : « Ils se sont trompés, c’est une blague. » D’autant qu’en France, je n’ai pas les ventes d’un Marc Lévy, d’un Guillaume Musso, d’une Catherine Pancol, d’une Anna Gavalda, d’un Eric-Emmanuel Schmitt ou d’une Amélie Nothomb. Donc, ça me semblait complètement aberrant ! Et puis j’ai vu arriver les articles, et j’ai compris que, grâce à Elle s’appelait Sarah et à Boomerang, notamment en Hollande et en Allemagne, c’était vrai. Ça n’a rien changé à ma manière d’être ou de vivre, mais j’avoue que j’en conçois une certaine fierté. Que diriez-vous aux lecteurs du BSC News magazine pour leur donner envie de lire votre roman ? Chers lecteurs du BCS News magazine, j’ai beaucoup fait pleurer avec Elle s’appelait Sarah et Boomerang. Avec Le Voisin, vous n’allez pas pleurer du tout, mais j’espère de tout cœur que vous aurez un peu peur. Car oui, le Docteur Faucleroy est un voisin terriblement inquiétant, mais très mystérieux, et étrangement séduisant, aussi. J’aimerais avant tout que, tout comme Colombe, sa « victime », sa gentille voisine du dessous, vous ne fermiez pas l’œil de la nuit en me lisant d’une seule traite.... « Adolescente, je rêvais d’être une Daphné du M a u r i e r moderne. J’aimerais réussir ce pari. » à écrire des romans à l’âge de 11 ans, et j’aimerais écrire jusqu’à la fin de ma vie. Je m’imagine très bien, en vieille dame avec une longue tronche d’Anglaise, dans ma maison perchée dans les collines de lavande, un vieux labrador à mes pieds, en train d’écrire. Adolescente, je rêvais d’être une Daphné du Maurier moderne. J’aimerais réussir ce pari. En 2009, vous avez été l’auteur français le plus lu Benjamin Lacombe Il n'y a pas à tortiller du cuir chevelu: Benjamin Lacombe est un artiste aussi talentueux qu'affable, aussi généreux que perfectionniste, aussi touchant que singulier. Une visite sur son site, l'acquisition d'un de ses albums en librairie et vous serez conquis! A la fois auteur et illustrateur, ce virtuose de la plume et du pinceau emporte ses lecteurs dans des contrées sans cesse renouvelées et où la créativité est reine. Son trait, volontairement à mi-chemin entre le réel et l'imaginaire, vous troublera par sa justesse et sa sensibilité. Imprégné du romantisme du dix-neuvième, se nourrissant de souvenirs de son enfance et de ceux qui l'entourent, il a illustré, entre autres, des nouvelles d'Edgar Allan Poe, imaginé un grimoire de sorcière, fait danser des tziganes
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