BSC NEWS MAGAZINE JANVIER 2011 - Page 1 - BSC NEWS MAGAZINE JANVIER 2011 - Avec Jérôme Ferrari, Frank Turner Olivia Elkaïm, Marc Dufaud, Guillaume Bianco. . . N° 32 - JANVIER 2011 EN 2011, CULTIVONS NOTRE REGARD CRITIQUE CouvertureFabriniCrisci Jérôme Ferrari, Frank Turner Olivia Elkaïm, Marc Dufaud, Guillaume Bianco, Christine Orban, Pierre Pelot. . . entons d’aborder 2011 comme nous avons quitté 2010 en ne cessant d’alimenter notre joie de lire. Et ne boudons pas notre plaisir à découvrir. La culture dans son sens le plus global est intime à chacun de nous. Je m’explique : je pars du principe simple et naturel que je lis des livres parce que le sujet me plaît, ou parce que j’ai de l’estime pour l’écrivain ou parce que j’ai lu une bonne critique. Cette liste d’intérêts présumés n’est bien évidemment pas exhaustive. Je conçois ainsi mal que l’on puisse lire pour faire bien ou par ostentation ou pis, par snobisme. Car ces desseins ne laissent pas de place au plaisir. C’est d’ailleurs bien souvent une part non négligeable du lectorat des ouvrages primés par les prestigieux prix littéraires. L’idée quelque peu condescendante du, «si vous n’en lisez qu’un, lisez celui-là» est malheureusement fort répandue. Il n’est pas question de partir en guerre contre les prix littéraires mais il est crucial de ne jamais perdre de vue que la lecture est indissociable du plaisir. Alors si vous lisez uniquement pour briller lors de dîners mondains, préférez-y le cinéma, les films sont généralement moins longs que la lecture d’un livre. Ainsi la joie de lire ne doit pas se résoudre au prestige, ni à la médiatisation et encore moins à la notoriété d’un auteur. Car la joie est simplement sincère. Dans la veine de cette conception, je ne peux que louer à présent le dernier livre de Charles Dantzig «Pourquoi lire» (Editions Grasset) tant il y est justement exprimé toutes ces déclinaisons dont jouit et souffre en même temps la lecture. En voici quelques phrases piochées çà et là : « J’ai éprouvé cette grande loi de la lecture, que le livre ne se donne pas, si on le parcourt. Il faut s’abandonner totalement à lui, esprit comme corps, esprit plongeant dans les pages comme la tête» ou encore celle-ci plus impertinente mais tout aussi délicieuse « On croit volontiers que les lecteurs sont des gens bien, sont tous des gens bien. Il y a aussi des imbéciles qui lisent» et pour vous convaincre définitivement de vous le procurer, «Lire, c’est beaucoup plus intéressant que se distraire». Dans tous les cas, 2011 sera pour le BSC NEWS MAGAZINE une nouvelle année promise au renforcement de notre ligne éditoriale éprise de votre curiosité et de votre fidélité. Nous continuerons à cultiver notre regard critique. Au nom de la rédaction du BSC NEWS M A G A Z I N E , j e v o u s s o u h a i t e u n e merveilleuse année 2011. La lecture est un plaisir pasune tendance T Édito PAR NICOLAS VIDAL chic... En ce début d’année 2011, nous lançons une grande enquête de satisfaction à l’attention de nos lectrices et de nos lecteurs. Nous serions heureux de recevoir votre avis sur le BSC NEWS MAGAZINE qui nous sera très précieux pour améliorer la qualité de notre magazine. Cela ne vous prendra que 2 minutes ! Nous vous en remercions par avance. La rédaction du BSC NEWS MAGAZINE Je donne mon avis en cliquant ici > DONNEZ VOTRE AVIS SUR LE BSC NEWS MAGAZINE Jérôme Ferrari Sommaire P.26 Marc Dufaud P.6 Christine Orban P.39 P.16 Fabrini Crisci P.62 Guillaume Bianco P.74 Thibault Lang-Willar P.35 J-S Bordas P.77 Rejoignez-nous sur Facebook et devenez Fan du BSC NEWS - CLIQUEZ ICI >> SYRANO Pierre Pelot P.43 P.110 Jérome Ferrari ENCONTRE Propos recueillis par Julie Cadilhac / illustrations Arnaud Taeron/ Photo D.R R L'Histoire avec un grand H est-elle un topos idéal pour philosopher? Je ne vois pas les choses comme ça en écrivant, je ne me dis pas que c'est l'aspect proprement historique des choses qui m'intéresse ; j'essaye de ne pas faire des romans historiques à proprement parler....mais il doit y avoir quelque chose, qui, sans que je m'en rende bien compte, doit me fasciner un peu dans l'Histoire, je suppose. Vos ouvrages doivent-ils se lire comme des paraboles? Alors ça, précisément, non. Si le texte était conçu pour renvoyer vers une signification qui appartient à un autre domaine que la littérature, ça ne me conviendrait pas. Si je voulais faire de la philosophie, je ferais directement des textes philosophiques...ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des communautés de thèmes. Ce qui différencie la littérature de la philosophie, ce ne sont pas des différences thématiques mais des différences de traitements. Je peux m'intéresser à une matière qui est encore informe et à qui il faut donner une forme, soit de concept philosophique, soit une forme littéraire d'histoire. Et à partir de cette matière-là qui est la même qui m'intéresse en philosophie et en littérature, moi, mon mode d'expression, c'est un mode d'expression littéraire. Les situations extrêmes que font vivre la guerre rendent-elles, selon vous, les individus plus saillants, c'est à dire aux contours plus dessinés par leurs cicatrices? Est-ce pour cela que vous avez ancré Un dieu un animal et Où j'ai laissé mon âme dans un contexte militaire? Spécialement pour " où j'ai laissé mon âme", je pense effectivement que les situations de guerre font apparaître des choses qui restent autrement invisibles. Je me rappelle très bien - et je pense que n'importe quel spectateur du documentaire de Patrick Rotman se serait posé la même ù j'ai laissé mon âme est le récit du parcours d'un Capitaine, André Degorce, qui, après avoir été résistant et déporté à Buchenwald puis officier vaincu à Dien Bien Phu, se prend à vivement estimer Tahar, commandant de l'armée de libération algérienne et l'ennemi dont il vient définitivement d'arrêter la course. Dans cette guerre d'Algérie sale où torture et massacre règnent, Jérôme Ferrari montre le désarroi d'un chrétien harcelé par ses remords et dont les scrupules et le respect envers l'ennemi se présentent comme un désir de rédemption. Face à ce Capitaine qui a perdu la foi, un lieutenant, Horace Andreani, joue les oiseaux de mauvaise augure et, pour faire souffrir celui auquel, jadis en Indochine, il a voué une admiration sans borne, se plaît à faire revivre à Degorce les souvenirs-cauchemars qu'ils ont partagés. Félicités de deux grands prix littéraires, ce roman bouleversera tous ceux qui auront la sagesse de se le procurer. L'auteur, agrégé de philosophie, nous y offre l'occasion de réfléchir sur l'humain et ses complexités et nous incite, plutôt qu'à montrer du doigt l'impensable, à être vigilant avec nous-mêmes. Entretien avec un auteur passionnant dont la plume corrosive est délicieusement pleine d'élégance... Par Julie Cadilhac/ Photo D.R O question - entendre témoigner des gens et me demander ce que j'aurais fait dans des circonstances similaires et évidemment la réponse, je ne l'aurai pas! Justement parce que je ne suis pas dans des circonstances similaires et que ces circonstances-là jouent comme un révélateur chimique de quelque chose qui reste sinon inaperçu. Vos personnages principaux sont-ils systématiquement contrariés, perdus au milieu des autres, en situation de désarroi? Est-ce par une volonté manifeste d'exprimer une vision pessimiste de notre société? Est-ce par goût des personnages complexes? Pour autant que je puisse en juger tout seul, je dirai que c'est par goût des personnages complexes. Mais c'est vraiment compliqué parce que lorsque l'on prend du recul sur ce que l'on écrit soi-même, cela devient moins évident. S'il y a quelque chose qui a une portée sociétale dans "Un dieu un animal" par exemple, ce sont plus les passages qui concernent Magali que les passages qui concernent le protagoniste masculin, à propos de ce qui concerne le monde de l'entreprise où j'essayais de voir les choses dans leur globalité mais j'essaie d'éviter de porter des jugements généraux sur la société ou quoi que ce soit d'autre parce qu'il ne me semble pas que le roman soit la forme la mieux adaptée pour procéder à ce genre de choses en fait. J'ai toujours eu le soupçon qu’un roman qui a une visée généraliste trop évidente ne pouvait pas être une très très bonne fiction ( rires)... parce que les personnages et l'histoire disparaissent sous l'intention...tout simplement. Vos personnages semblent avoir des difficultés de communication et se couper des autres: l'amant innocent de Magali, le capitaine Degorce et même Antoine préfèrent le silence et sont dans la retenue....pourquoi? Avez-vous brossé le portrait de personnages à votre image? La pudeur est-elle plus charismatique? Je commence par les réponses négatives. Non, ce n'est pas à mon image ( rires), je ne suis pas comme ça et ce n'est pas non plus par goût de la pudeur. En fait, le point commun entre ces trois personnages, c'est vous qui me le signalez. Moi, je ne m'en étais pas vraiment rendu compte et maintenant que vous me le signalez, je suis obligé de vous accorder tout de suite que vous avez entièrement raison ( rires) parce que c'est un fait mais ce n'était pas quelque chose de prémédité. A chaque fois, c'est un choix qui est fait en fonction d'une nécessité du roman. Pour être plus précis, le personnage de Degorce, par exemple, ce qui le caractérise c'est justement d'avoir perdu la faculté de construire un discours personnel: il n'arrive à parler que pour les nécessités du service ou quand il est avec Tahar et c'est ce silence, le fait qu'il n'arrive plus à parler ni à Dieu dans ses prières ni à sa famille, qui est le signe tangible de ce qu'il est, c'est à dire un homme perdu qui ne se reconnaît plus lui-même et qui a perdu la voix. Pour Antoine, le personnage de "Dans le secret", c'est la même chose... et euh...en fait vous avez absolument raison, ce sont des choses qui se ressemblent, merci beaucoup! (rires). Ecoutez, je vous en prie!( rires) Ce sont des gens qui sont empêtrés dans de telles contradictions qu'ils n'arrivent plus à construire eux-même un discours qui peut les satisfaire. Là encore, ce n'est pas à partir de considérations générales... peut-être que, de façon sous-jacente, il y a une réflexion générale sur l'impropriété du langage qui m'intéresse plus que la pudeur ou la volonté de mettre une part de moi dans les personnages. L'inadéquation du langage avec la réalité alors que c'est le seul outil dont on dispose pour l’ exprimer, ça, ça m'intéresse! Et vous voyez, ça aussi, c'est un thème philosophique mais que l'on peut traiter de manière tout à fait différente et pas conceptuelle dans un roman en montrant quelqu'un qui n'arrive pas à parler... Dans "où j'ai laissé mon âme", pourquoi avoir choisi cette apostrophe directe au capitaine dans l'Incipit? La première phrase d'un roman est-elle un point d'ancrage essentiel pour Jérôme Ferrari? Je n'arrive pas à écrire un roman si je n'ai pas la première phrase qui me convient, c'est aussi clair et net que ça! C'est vraiment le socle sur lequel je m'appuie pour lancer tout le texte. Toutes les premières phrases de mes romans, ce sont des vraies premières phrases, c'est à dire que ce sont des choses que j'ai eues en premier et sur lesquelles tout le reste est bâti. En ce qui concerne "Où j'ai laissé mon âme", cette forme-là d'apostrophe s'est imposée tout de suite comme une évidence; ça ne procède pas du tout d'un choix réfléchi. Quand j'ai imaginé la forme que pouvait prendre la confrontation entre ces deux officiers, avant celle de Degorce, j'ai eu la voix du lieutenant Andreani: sa manière de parler, ses répétitions de " je m'en souviens très bien " et de " mon capitaine"...ça, c'était en place directement... En effet, vos romans surprennent par l'utilisation de focalisations qui favorisent la r é fl e x i o n s u r l e s s e n t i m e n t s e t l'épanchement des âmes....le" tu " d'Un dieu un animal, le point de vue interne du capitaine Degorce, les apostrophes d'Andreani adressées à ce même capitaine, le "je", voix intérieure du capitaine qui s'exprime dans les parenthèses ( long cri de désespoir et de perte de la foi): c'est donc vraiment une esthétique pesée, soupesée et que vous ne choisissez pas à la légère... Je ne mène pas de manière séparée une réflexion sur le fond et sur la forme qui sera la plus pratique pour exprimer le fond. Ce sont des choses qui se décident en même temps. En même temps, c'est souvent la forme choisie qui influe sur le fond. Pour le "tu" d'Un dieu un animal", le texte était conçu dès le départ pour être à la deuxième personne et évidemment, ce n'est pas de l'intuition pure ou aveugle, après je réfléchis sur ce que permet ou ne permet pas la forme choisie. Ce " tu " permettait une intimité , une proximité, une tendresse qui étaient nécessaires pour des raisons de fond sur le roman...je voulais dire des choses cruelles et difficiles sur le ton de la tendresse la plus émue. C'est quelque chose que cette utilisation de la deuxième personne me permettait. Pour "Où j'ai laissé mon âme", Andreani utilise aussi une deuxième personne mais qui n'exprime pas du tout la même chose; elle montre l'amour déçu avec tout ce qu'elle implique de méchant ,de cruel et de récriminant .Pour les parenthèses du Capitaine Degorce, c'est une nécessité qui m'est apparue après et sur laquelle j'ai beaucoup réfléchi car, si je savais que le lieutenant Andreani allait être traité par le ton de l'apostrophe, je ne savais pas comment traiter les passages narratifs qui se déroulent pendant les trois jours à Alger. Je me demandais s'il fallait que je les écrive à la troisième personne ou à la première. Et il m'est apparu tout de suite que je ne pouvais pas écrire à la 3ème personne puisque ce qui caractérisait le personnage de Degorce, c'était justement qu"il avait perdu sa voix; ça ne tient plus debout d'écrire un roman à la première personne sur quelqu'un qui a perdu ses mots!... mais j'avais besoin quand même qu'on l'entende et c'est pour cela que j'ai conçu ces parenthèses comme des coups de projecteur sur des bribes de pensée qui s'éclairent comme ça de temps en temps, les seules choses qu'il a en tête, jusqu'à la très longue parenthèses finale où il se remet à pouvoir penser même s’il n’arrive toujours pas à parler ou à écrire. J'avais été très impressionné par un texte d'Antonio Lobo Antunes qui se nomme "Connaissance de l'enfer" où l'auteur passe d'une narration à la troisième personne à la première. Soudain le personnage prend la parole au détour d'une phrase et ça m'avait paru absolument extraordinaire. Même si, dans mon roman, j'avais besoin de quelque chose d’un peu plus saccadé. "Où j'ai laissé mon âme" était d'abord le projet d'un roman sur la culpabilité? la question du pardon ? Non...pas au départ mais ce sont des questions qui m'intéressent et si je n'avais pas vu ces questions-là dans le roman, ça ne m'aurait pas passionné d'écrire un roman sur la guerre d'Algérie en soi. Ce sont des questions qui ont fait que j'ai pu m'approprier le thème et en faire un roman à moi. Le point de départ était beaucoup plus simple mais il m'a amené vers ça: c'est le ton qu'employait un ancien officier français de Marcel Bigeart qui avait arrêté Mohamed Larbi Ben M'hidi à Alger et il parlait de cet homme qu'il avait arrêté avec une admiration et une nostalgie...j'ai entendu ce témoignage et ça m'a bouleversé; je me suis dit que les choses étaient beaucoup moins simples que ce que je m'imaginais, que les sentiments étaient beaucoup moins tranchés et qu'il y avait là une complexité humaine vraiment à explorer; ça a été vraiment cela mon point de départ et pas un intérêt pour la guerre d'Algérie en tant que telle... Avez-vous effectué des recherches préalables sur la psychologie des êtres en état de guerre? Bourreau/ Victime...la frontière est si mince.... Pour "Où j'ai laissé mon âme", ma source principale, sur la guerre d'Algérie elle-même, ça a été le documentaire de Patrick Rotman "L'ennemi intime": ce ne sont que des entretiens d'acteurs de la guerre d'Algérie, le plus souvent qui ont eu recours à la torture, parfois n'en ont été que les témoins ou qui en ont été les victimes...et qui, parfois, ont vécu les trois situations. Tout l'aspect psychologique, je l'avais en direct dans ce documentaire-là. Après, le reste, c'est vraiment le travail du romancier, c'est à dire sortir de soi pour se mettre dans la peau d'un étranger; en tous cas, c'est cela qui m'intéresse et vous me demandiez tout à l'heure s'il y avait des parts de moi et je trouve que ce n'est pas très intéressant de mettre des parts de soi: on se fréquente dèjà beaucoup soi-même ( rires) ! Moi je préfère m'extirper de moi-même et investir quelqu'un d'autre..quelqu'un qui ne me ressemble pas. Là où j'ai fait des lectures plus poussées, c'est plus sur la littérature des camps. C'est un thème moins important dans le livre, moins principal que la torture ou la bataille d'Alger mais pourtant c'est le motif sous-jacent le plus essentiel pour moi. Le point commun entre ces
BSC NEWS MAGAZINE JANVIER 2011 - Page 1
BSC NEWS MAGAZINE JANVIER 2011 - Page 2
wobook
www.bscnews.fr