BSC NEWS FEVRIER 2010 - Page 79 - INTERVIEWS Cheeky " Le Kama Sutra de Poche" Jérôme Attal "Grosse pagaille" Géraldine Levasseur " Ados, la fin de l'innocence" Julien Hodara - Wormee Jean-Jacques Pauvert " Ma conversion ou le libertin de qualité" Frédéric Clément "Bel Oeil" Phil SPÉCIAL ÉROTISME NUMÉRO 23 - FÉVRIER 2010 Rencontre Jérome Attal Interviews Frédéric Clément Les portfolios érotiques de Glenn Michel et de Juan Carlos Hernandez PAGAILLE MONSTRE Cheeky Le Montréal des livres Philippe DuboéLaurence Photo Couverture / Glenn Michel L’éclat du diamant 7 pages érotiques dans ce numéro Une sélection d’ouvrages pour éveiller vos sens LES CHOIX DE MÉLINA 25 février 2010 River Killer » (BRK), auteur d’une quinzaine de crimes atroces. Ses victimes ? Exclusivement des jeunes femmes. Son mode opératoire ? Garder les corps jusqu’à ce qu’ils commencent à se décomposer, avant de les découper, de répartir les membres dans plusieurs sacs plastiques, et de les jeter dans la Black River. Son rituel ? Conserver une partie du corps de chacune de ses victimes comme trophée. détourner le regard comme on le ferait devant une scène insoutenable d’un film. S’il fallait vraiment trouver un bémol à ce livre, on pourrait lui reprocher une fin peu réaliste et trop prévisible. Pour ma part j’ai choisi de n’émettre aucune critique négative et de vous en conseiller vivement la lecture si vous aimez les polars rythmés et angoissants qui jouent avec vos nerfs. Spider, ainsi qu’il se surnomme lui-même, se Un auteur à suivre de très près ! souvient tout particulièrement de son premier crime, celui de Sarah. Il n’a jamais rien laissé au Mélina Hoffmann hasard et c’est toujours avec autant de Photo Privat© délectation et de jouissance qu’il se remémore la scène de son meurtre… Vingt ans après, la même ivresse s’empare de lui lorsqu’il se «Spider, la partie continue» revoyait aspirer le dernier souffle de ses victimes Michael Morley afin qu’elles lui appartiennent à jamais… Editions First « Les souvenirs sont exquis. Spider savoure 21,9 € chaque bouchée de son festin psychique. Le souvenir des filles précédentes, surtout la première, lui donne presque autant de plaisir que de penser aux prochaines, à la prochaine ! » Quatre années avaient passé depuis le dernier meurtre de BRK, et pourtant les crimes de ce serial killer au sadisme sans limite poursuivent toujours Jack dans son sommeil. Alors même qu’il se décide à entamer une psychothérapie, un nouveau meurtre est commis. En Italie cette fois. Jack aurait pu croire à une coïncidence… si la tête de Sarah, toute première victime de BRK, n’avait été envoyée au FBI à son attention… Son passé serait-il en train de le rattraper ? Acceptera-t-il de reprendre du service pour venir à bout de cette enquête à laquelle il semble à jamais lié ? Parviendra-t-il à sauver la prochaine victime dont les heures sont déjà comptées ? Michael Morley, journaliste d’investigation et réalisateur de documentaires multirécompensé, signe là son tout premier roman, et on ne peut qu’espérer qu’il se jette à corps perdu dans cette nouvelle vocation ! Tous les ingrédients sont réunis pour nous maintenir en haleine tout au long des 428 pages et nous donner la chair de poule ! Certaines scènes de torture sont d’ailleurs décrites d’une telle façon que l’on ressent la douleur parcourir nos membres et que l’on se surprend parfois à De la littérature érotique. Par Emmanuelle De Boysson Photo Anne-Laure Bovéron La littérature érotique existe depuis Platon, Ovide, Pétrone. Elle est intrinsèquement liée à l’histoire, aux changements de mœurs, mais ce qui la caractérise surtout est sa dimension subversive, libre, hors normes. Les textes érotiques circulent sous le manteau, les auteurs sont, la plupart du temps soumis à la censure, comme l’explique Joseph W e r b e r, d a n s s a p e t i t e Anthologie érotique, parue chez Librio. Certains en sont fiers, d’autres publient sous pseudo et, comme le « divin m a r q u i s » , r e f u s e n t d e reconnaître leurs œuvres. Elle s’infiltre dans les romans dits classiques, chez Rousseau, Stendhal, Dumas ou Flaubert. Aujourd’hui, cette littérature est devenue un sous genre, accessible à tous. Ce qui la rend littéraire tient à l’auteur, à son style, à son art de sublimer le sexe et de faire monter le désir à travers une histoire émouvante. Rien de plus excitant que l’émotion de Julien Sorel avant de se glisser par effraction dans la chambre de Mathilde de la Môle. Lolita, de Nabokov est un chef d’œuvre qui déclenche en nous des sensations puissantes. L’érotisme se limite trop souvent à des codes, des récits plats et pornographiques. Les descriptions anatomiques de la chair et des gestes de l’amour sous toutes leurs formes lassent, faute de sentiments, à l’image des pages les plus brûlantes des aventures du Prince Malko, dans L’anthologie érotique de SAS (Editions GDV) ou dans le premier roman de Dominique Simon, Les carnets d’Alexandra (chez Pauvert). Exemples de platitudes dans SAS : « Son sexe comprimé se détendit comme un ressort (…) Mahmoud était beaucoup plus proche du marteau-piqueur que du baise-main ». Dans Les carnets d’Alexandra : « Marie releva ma robe pour passer sa main entre mes cuisses et, sans pour autant me dévêtir, trouva, étant femme, très facilement le bon chemin (…) Déjà je ressentais entre mes jambes une humidité qui annonçait le plaisir que je prendrai bientôt ». Dans ces aventures sensuelles, les personnages sont souvent réduits à des stéréotypes, des robots, la grâce manque, le regard n’y est pas, les phrases ne balancent pas, ne coulent pas, ne bandent pas. Certains stylistes se sont pourtant laisser aller à des écrits où les scènes de sexe et de perversité se répètent à l’infini, comme des mécaniques. Dans Justine ou les Malheurs de la vertu, Sade accumule les situations où la femme n’est qu’un objet soumis à l’homme : « Elle lui frotte en même temps les couilles avec une liqueur dont elle connaît la vertu (…) Trois femmes se joignent à ces stimulants ; il n’est rien que ses coquines ne fassent, rien que leur lubricité n’invente… ». Casanova ressemble à ce pauvre pantin, une poupée de cire dans ses bras, comme dans la dernière scène du LA CHRONIQUE D’E2B 25 février 2010 fabuleux film de Fellini. Quant à RobbeGrillet, pape du Nouveau roman, dont les romans Les Gommes, Le Voyeur et La jalousie marquèrent leur temps, il se perdit dans des écrits sulfureux, comme dans son Roman sentimental (Fayard 2007) où les nymphettes dévêtues se suivent et se ressemblent en un mauvais conte de fée. En revanche, il existe des écrivains qui savent donner à l’érotisme toute sa part d’humanité, par leur monde, leur légèreté, leurs images. Avec eux, il devient une fête, un mouvement du cœur, un geste qui surgit dans un récit et bouleverse, un mot qui ouvre l’imagination. Ils ont en commun de faire naître en nous cette troublante émotion due à l’attente, au désir, au mystère. Avec eux, l’érotisme devient un art. La beauté est érotique. Anaïs Nin qui vécut une liaison passionnée avec Henry Miller tint son journal où elle ne cache rien de l’inceste qui la marqua et de ses amours torrides. La poésie se révèle sans doute l’approche la plus immédiate des effleurements de l’âme et du corps. Dans Les bijoux, poème des Fleurs du mal, qui fut comme beaucoup d’autres censuré, Baudelaire évoque avec ravissement une femme offerte : Elle était donc couchée et se laissait aimer Et du haut du divan, elle souriait d’aise A mon amour profond et doux comme la mer Qui vers elle montait comme vers sa falaise. Maupassant suggère l’érotisme dans de nombreuses nouvelles. Chez lui, éros fait partie de la vie amoureuse et c’est cela même qui nous touche. Dans La femme de Paul, il parle de « ces cris d’amour qu’il avait appris à connaître aux heures éperdues de leur tendresse ». Rimbaud à la sensualité, humour, parodie et métaphores. Ce surdoué ravit dans son poème, Première soirée. Elle était fort déshabillée Et de grands arbres indiscrets Aux vitres jetaient leur feuillée Malinement, tout près, tout près. Plus osé, Pierre Louÿs, excelle dans la drôlerie quand il se moque du puritanisme dans Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation : « Une jeune fille bien élevée ne pisse pas dans le piano ». La littérature érotique n’émeut, n’éveille les sens que quand elle surprend, se dévoile à travers une œuvre littéraire, quand elle est la création parfois inattendue d’un véritable auteur. Elle s’inscrit alors dans la seule littérature qui vaille, celle des artistes, le reste est triste comme peut l’être la chair. Emmanuelle De Boysson L’INTERVIEW DE MÉLINA 25 février 2010 « Un livre poignant, instructif et bien écrit qui mérite d’être placé entre les mains de chacun de nous» Mélina Hoffmann Ados : la fin de l’innocence - Enquête sur une sexualité à la dérive Géraldine Levasseur ( Editions Max Milo) Par Mélina Hoffmann « L’enfant aurait voulu hurler qu’elle allait mourir, qu’elle ne pouvait plus respirer, ils s’engouffraient les uns après les autres sans lui accorder de répit, elle n’en pouvait plus. Lorsque le troisième garçon éjacula enfin, D. entendit des voix de plus en plus distantes, ses cheveux ne la tiraillaient plus, elle ne ressentait presque plus rien. Elle pensa au bien qu’elle se procurerait le soir en abîmant ses bras. L’adolescent qui la violait grogna fort et D. vomit.» Avec 1 milliard de vidéos disponibles sur Internet et environ 700 000 sites pornographiques accessibles, le virtuel ne s’est jamais aussi bien porté. L’essor perpétuel des médias offre aux enfants et aux ados d’aujourd’hui la possibilité de se procurer, de visualiser et de s’échanger avec une facilité et une banalité déconcertantes toutes sortes de contenus, notamment des films, des vidéos et des images qui - bien souvent - n’auraient jamais du atterrir entre leurs mains. Tandis qu’Internet est devenu la baby-sitter préférée de nombreux parents, il suffit d’un simple clic pour que s’efface l’avertissement « interdits aux moins de 18 ans » dont l’effet semble même être devenu plus attractif que dissuasif… A 7 ans, de nombreux bambins ont déjà vu leur premier film porno. Ainsi, ce qui était autrefois un domaine réservé au monde des adultes a peu à peu envahi l’univers des enfants. La pornographie et tout ce qu’elle induit - brutalité, vulgarité, humiliation, simulation… - est désormais accessible à un public qui n’est pas armé pour interpréter ces images comme elles doivent l’être. Difficile de s’étonner alors que le nombre d’agressions sexuelles commis par des enfants augmente chaque année… Journaliste pour Zone Interdite et Marie Claire, Géraldine Levasseur s’est penchée sur ce phénomène inquiétant. Six mois durant, elle s’est immergée au cœur de la brigade des mineurs de Marseille afin de suivre le quotidien de ses enquêteurs. Elle a recueilli les témoignages de nombreux collégiens, mais aussi parents, professeurs, psychanalystes, juges… Elle nous raconte notamment l’histoire bouleversante de D., une ado de 13 ans, bonne élève et issue d’un milieu privilégié, qui a été durant trois mois le martyr des garçons de son quartier, subissant des viols quasi-quotidiens et se scarifiant pour exorciser son mal-être. Le récit douloureux d’un véritable calvaire subi par cette adolescente qui se détestait pour n’avoir su dire non, culpabilisait d’avoir causé des ennuis supplémentaires à sa mère, de ne pas avoir parlé ni s’être défendue, et pour cela ne souhaitait qu’une chose : mourir. Et c’est à maintes reprises et de toutes les façons possibles qu’elle tenta de se donner la mort, au point de sombrer plusieurs fois dans le coma et de nécessiter une surveillance permanente en hôpital psychiatrique. « - Je ne peux pas guérir de cette maladie. Elle me dévore. J’ai tellement mal dans mon cœur, à l’intérieur, partout, que je ne sais même plus où ça me fait mal… Laisse-moi mourir maman, s’il te plaît. » Des paroles qui laissent sans voix… Au fil des pages nous découvrons d’autres témoignages édifiants : des victimes traumatisées et perdues ; des adolescents qui déclarent ignorer que les fellations forcées constituent un viol et utilisent des mots crus qu’ils ne devraient - à leur âge - ni connaître, ni comprendre ; des jeunes filles prêtes à pratiquer des fellations à leurs camarades de classe pour s’affirmer ou faire partie d’une bande, sans que cela les choque ; une jeune fille de douze ans qui affirme devant son père vouloir devenir actrice de film porno parce qu’elle « aime ça » ; un père qui offre un film porno comme cadeau d’anniversaire à son fils de 13 ans ; mais aussi les fausses déclarations de viols de filles qui doivent rentrer au bled pour être mariées et qui ne sont plus vierges… Et face à cela toutes sortes de réactions, des plus humaines aux plus condamnables : des parents désemparés qui se blâment de n’avoir su protéger leur enfant de toute cette perversité ; certains qui ferment les yeux, se réfugiant derrière leur sentiment d’impuissance ; ou d’autres encore qui n’hésitent pas à banaliser les actes de violence commis par leurs chers rejetons… L’ a u t e u r d é n o n c e l e m a n q u e d’investissement et le retard de l’Education nationale dans sa mission éducative ; des professionnels blasés qui en oublient parfois qu’ils ont face à eux des victimes en souffrance ; la négligence de nombreux parents ; ou encore la lenteur des procédures, à l’image du cas de D. où il aura fallu huit ans pour que le procès ait lieu, que la jeune fille soit reconnue comme victime et que ses agresseurs écopent de peines dérisoires… Plus que jamais, les enfants sont en quête de valeurs affectives dont ils manquent trop souvent, de normes qui ne sont plus définies, de limites que bien des parents ne savent plus imposer. Il est temps d’ouvrir les yeux, de réagir, et de rendre à nos enfants l’innocence et l’insouciance dont ils ont besoin pour se construire et desquelles nous les privons de plus en plus. Pour que la sexualité ne devienne pas, à leurs yeux, synonyme de barbarie et continue à rimer avec les mots respect, liberté et amour. Un livre poignant, instructif et bien écrit qui mérite d’être placé entre les mains de chacun de nous, pour mieux comprendre ce phénomène inquiétant, qui concerne toutes les classes sociales, avant qu’il ne nous dépasse… Mélina Hoffmann Photo D.R J A Z Z C L U B JAZZ CLUB Leçon de Jazz d'Antoine Hervé: Wayne Shorter Antoine Hervé, Doctor Jazzissimus, continue son oeuvre d'intérêt général avec la Leçon de Jazz mensuelle à Paris, à l'Auditorium Saint Germain des Prés. Pour les Bretons et autres heureux habitants du beau pays de France, la Leçon de Jazz est aussi donnée dans quelques villes de province privilégiées. Pour savoir où et quand, consultez le programme des festivités sur http:// www.antoineherve.com Par GUILLAUME LAGRÉE Mardi 9 février à 19h30 à Paris, la leçon de Jazz était consacrée à Wayne Shorter, " le plus grand compositeur du Jazz depuis la mort de Duke Ellington " (Stan Getz). Antoine Hervé : piano, narration Jean Charles Richard : saxophone soprano, narration Wayne Shorter joue des saxophones ténor et soprano. Jean Charles Richard joue des saxophones baryton et soprano. La leçon de Jazz sur « Wayne Shorter » a donc été entièrement jouée au soprano. « Witch hunt » (album « Speak no evil » 1964). C est bien du Wayne Shorter. Une beauté ensorcelante et vertigineuse. Wayne Shorter est né le 25 août 1933, donc après John Coltrane (1926-1967), Stan Getz ( 1927-1991), Sonny Rollins et Ornette Coleman (nés en 1930). 3 articulations dans sa vie musicale : - Art Blakey et les Jazz Messengers de 1959 à 1964 - Miles Davis de 1964 à 1970 - Weather Report de 1971 à 1986 Dès 1959, Wayne Shorter fut le directeur artistique chez Art Blakey même si le Boss du groupe, c’était toujours Art. Chez Miles Davis il devient coauteur, compositeur, arrangeur. Chez Weather Report, il est coleader avec Jo Zawinul aux claviers. Depuis, il vole totalement librement. De sa période chez Miles Davis, Wayne Shorter dit qu’il était un pilote de chasse, en danger permanent. Un jour, retrouvant Wayne, Miles lui dit : « Wayne, nous ne jouerons peut-être plus jamais ensemble mais, pendant les 7 ans où nous l’avons fait, on leur a tous botté le cul ! ». A son départ du quintette en 1960, John Coltrane avait suggéré à Miles de prendre Wayne Shorter à sa place. Miles ne l’a pas écouté. Après 4 ans d’essais plus ou moins fructueux avec Sonny Stitt, Hank Mobley, George Coleman, Sam Rivers, Miles finit par se rendre à l’évidence. L’association entre Wayne Shorter et Miles Davis est aussi essentielle dans l’histoire du Jazz que Louis Armstrong/Earl Hines, Django Reinhardt/Stéphane Grappelli, Charlie Parker /Dizzy Gillespie. Pour Antoine Hervé, le second quintette acoustique de Miles Davis avec Wayne Shorter, Herbie Hancock, Ron Carter, Tony Williams est le plus grand groupe de l’histoire du Jazz. Nous sommes au moins deux à le dire et l’écrire. Merci Antoine. Certains reprochent à Wayne Shorter d’avoir été trop influencé par John Coltrane. En fait, ils étaient amis, s’influençaient mutuellement. Par ailleurs, Wayne Shorter est une personnalité trop forte pour être sous influence. Wayne Shorter a trouvé sa voie, sortant du hard bop cher à Art Blakey, ne penchant ni vers le free, ni vers le cool jazz. Son son est très léger, très aérien mais il peut aussi jouer très puissant, très funky. « Speak no evil » titre éponyme de l’album. A l’époque, l’intervalle de quarte est à la mode. Deux quartes puis des chromatismes. La magie de Wayne Shorter c’est cet art de nous perdre à partir de choses simples. A un moment donné, l’auditeur s’aperçoit qu’il a perdu ses repères, qu’il ne sait plus où il est. Et pourtant, là où vous êtes, vous êtes bien. Dans ce morceau, le crescendo va du pianissimo jusqu’au fortissimo. C’est une nouveauté. « Fi Fi Fo Fum », clin d'oeil au " Hi Fi Fo Fum " de Duke Ellington. Introduction debussyste. Chez Wayne Shorter, l’introduction est très différente du thème. C’est encore une nouveauté. Evidemment, comme mélodie c’est moins facile à siffler que du Sir Paul Mac Cartney mais c’est beau. Il s’agit d’un Blues que je qualifierai de sophistiqué. « Infant eyes » dédié à sa fille Miyako (la première épouse de Wayne Shorter était Japonaise. Il en est resté boudhiste). Wayne Shorter compose avec très peu de matériau. L’économie de matériau renforce la densité du thème. Jean Charles Richard a transcrit le solo de Wayne sur ce morceau, c’est-à-dire écrit sur une partition les notes qu’il entendait jouées. Il remarque que dans l’improvisation aussi, Wayne Shorter exploite un seul et même motif. «Composer, c’est improviser lentement » (Wayne Shorter). Dans la version originale, Wayne joue du saxophone ténor. Ce soir, Jean Charles Richard joue du soprano. Ce morceau contient toute la douceur du regard d’un enfant dans les yeux de son père… « Wild flower » une petite valse. Mode phrygien, très prisé de Miles Davis et Gil Evans. Intervalles nouveaux pour l’époque. Morceau mélancolique et souriant en même temps, bref du Wayne Shorter. Broderies orientalisantes au piano puis du soprano. Wayne Shorter est boudhiste, amateur de sons planants, électroniques. Pour Wayne Shorter, « il n’est pas possible d’être libre de manière égoïste ». Il en dit beaucoup avec très peu. Il sait s’effacer pour réapparaître. Il écoute ce qui l’entoure. Il est très énigmatique. Pour Wayne, la musique est comme la vie, elle évolue. Wayne Shorter, pour Antoine Hervé, c’est le musicien parfait car il a les pieds dans le sol (rythme) et la tête dans le ciel (harmonie, mélodie). Présentation du mode oriental, sans tension, lisse. Coltrane l’utilisait pour jouer « Summertime ». « Juju » (Shorter, 1964). Certes c’est la gamme qu’aimait Coltrane mais c’est bien du Wayne Shorter. Ca plane avec une assise rythmique implacable. Jean Charles Richard explique que Coltrane et Shorter, après les drogues dures, se sont tournés vers les religions pour garder des perceptions extrasensorielles (« La religion est l’opium du peuple. Elle orne de fleurs ses chaînes » Karl Marx et Friedrich Engels, « Le manifeste du parti communiste », 1848). Wayne Shorter a l’oreille très fine. Il a épousé une Brésilienne et la musique brésilienne. Il a composé et enregistré avec Milton Nascimento l’album « Native Dancer » (1974). Milton échappe aux genres musicaux brésiliens comme Wayne échappe aux styles de la musique nord américaine. Il n’est pas étonnant qu’ils se soient trouvés musicalement. « Beauty and the Beast ». Antoine joue la mélodie et la chantonne. Ce morceau mélange le Funk et la Bossa Nova. Son très appuyé du piano qui doit compenser l’absence de basse et de batterie. Claude Nougaro a chanté cette musique sous le titre « Comme Piaf au masculin ». Explication sur l’art de la broderie selon JS Bach. La musique avance inexorablement. Explication sur les procédés de variation : - modulation - réarticulation - réitération - expansion (la sirène d'alarme des urgences, par exemple) - amplification - mutation - distorsion - rupture - dissémination, saupoudrage : ça, c’est le truc de Wayne Shorter. « Supernova ». Les notes tombent comme la neige en hiver. Bel exemple de saupoudrage en effet. « Ana Maria » dédié à sa deuxième épouse, une Brésilienne, décédée dans l’accident de la TWA au dessus de New York en 1996. C’est une Bossa Nova qui commence par le mode phrygien. Effectivement ça respire l’amour, la tendresse, le désir et le respect. La forme circulaire est aussi affectionnée par Wayne Shorter. Exemple avec « Nefertiti » titre enregistré par Wayne Shorter dans le quintette de Miles Davis. Contrairement à l’habitude, ce sont les souffleurs qui restent stables alors que la rythmique improvise. Dans la version avec Miles, Tony Williams réalise un festival de batterie. Attention, chef d’œuvre ! Jean Charles fait tourner le thème, forme circulaire oblige, alors qu’Antoine improvise. C’est une oeuvre digne d’une Reine d’Egypte. « Fall » une évocation lente et majestueuse de la chute. Et puis ça remonte. Ce n’est pas la chute de l’homme chassé du jardin d’Eden puisque Wayne Shorter est boudhiste. C’est plutôt celle de l’oiseau qui se laisse tomber puis remonte d’un coup d’aile. D’ailleurs, Wayne Shorter a déclaré que, s’il continue à jouer, c’est parce qu’il veut continuer de voler. Wayne Shorter est un grand magicien de l’harmonie. Il cherche tous les accords avant d’en choisir un, comme TS Monk, l’autre compositeur de Jazz préféré d’Antoine Hervé. Il sait renoncer, ce qui est très boudhiste aussi. « Face on the bar room floor » titre de l’époque Weather Report aux couleurs harmoniques très particulières. J A Z Z C L U B « The last silk hat », titre énigmatique à moins que ce ne soit une allusion à deux titres de Charles Mingus « Orange was the colour of her dress then blue silk » et « Goodbye porkpie hat ». Cela vient de l’album « Atlantis » (1985). Wayne écrit beaucoup. Les musiciens jouent ce qu’il écrit. Ca balance bien. Rythme chaud, souple, bien marqué et le sax qui se ballade au dessus. Le morceau suivant comporte normalement un tempo marqué par la batterie tous les 4 temps. A défaut de batteur, Antoine demande au public de battre la mesure. Il accentue son jeu de piano afin que nous ne perdions pas la mesure. Ca swingue méchamment avec toujours ce souffle aigre du soprano. « Footprints » (1966) joué dans les albums « Adam’s Apple » de Wayne Shorter et « Miles Smiles » de Miles Davis. C’est un morceau à vous rendre fou, qui laisse son empreinte en vous. En France, c’est un des morceaux fétiches du trompettiste Eric Le Lann qui le joue à merveille. Antoine et Jean Charles improvisent sur le thème. Ca plane pour eux et pour nous. Jean Charles Richard joue juste du sax soprano alors que Wayne Shorter peut en jouer faux, sublimement faux comme sur son album en duo avec Herbie Hancock. RAPPEL « Beauty and the Beast ». Après un solo de piano molto agitato, retour au thème en douceur et puis ça redémarre. Belle leçon de Jazz sur un Géant discret et élégant du saxophone. Jean Charles Richard a réussi l’exploit de nous faire oublier l’absence du saxophone ténor dans cette soirée. Chapeau, l’artiste ! La prochaine leçon de Jazz aura lieu le mardi 16 mars 2010 à 19h30 au même endroit. Thème : le Blues au piano. Non, Antoine Hervé ne chantera pas ! Par Guillaume Lagrée
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