BSC NEWS FEVRIER 2010 - Page 72 - INTERVIEWS Cheeky " Le Kama Sutra de Poche" Jérôme Attal "Grosse pagaille" Géraldine Levasseur " Ados, la fin de l'innocence" Julien Hodara - Wormee Jean-Jacques Pauvert " Ma conversion ou le libertin de qualité" Frédéric Clément "Bel Oeil" Phil SPÉCIAL ÉROTISME NUMÉRO 23 - FÉVRIER 2010 Rencontre Jérome Attal Interviews Frédéric Clément Les portfolios érotiques de Glenn Michel et de Juan Carlos Hernandez PAGAILLE MONSTRE Cheeky Le Montréal des livres Philippe DuboéLaurence Photo Couverture / Glenn Michel L’éclat du diamant 7 pages érotiques dans ce numéro Une sélection d’ouvrages pour éveiller vos sens CULTURE FROM MONTRÉAL PAR ALINE APOSTOLKA, CORRESPONDANTE À MONTRÉAL DU BSC NEWS MAGAZINE est comme ça et si l’on veut être lu en France autant le savoir. Vous avez quitté le groupe Gallimard doté d’une longue expérience. Comment résumeriez-vous ce que vous en avez principalement retenu ? C’est de ne pas s’occuper uniquement du goût du jour. Publier ce que l’on croit «bon ». Et tout faire pour permettre à chaque livre de trouver son lectorat. « Et tout faire pour permettre à chaque livre de trouver son lectorat »… que voulez-vous dire par là exactement ? Un premier roman ou un roman très littéraire, expérimental, ne peut pas espérer un public très large. En revanche nous nous devons de toucher les 300 lecteurs au Québec qui peuvent s’y intéresser. Et pourquoi pas, c’est notre but, augmenter ce lectorat. Ceci dit, tous les titres ont une vie différente, à nous de la prolonger. Est-ce que votre longue expérience chez Gallimard a été directement transposable à Leméac ? Qu’est-ce qui est immuable / différent ? Leméac est une maison où la notion de fonds, non seulement existe, mais est essentielle, comme chez Gallimard. La maison vit par ses auteurs, ce qui semble évident et immuable, mais aussi pour ses auteurs, ce qui est la moindre des choses. Comment définiriez-vous, de votre point de vue, la spécificité de Leméac par rapport au milieu éditorial québécois ? Mon arrivée est trop récente pour me permettre de juger ce qui se fait ailleurs. Mais l’image de Leméac doit être corrigée : on en fait une maison traditionnelle de grande qualité littéraire et classique, ce qu‘elle est heureusement toujours, mais cette qualité littéraire se retrouve chez quantité de jeunes auteurs, sa rentrée littéraire 2009 en étant la preuve éclatante. Quels sont vos objectifs précis à votre poste de directeur commercial ? Développer la maison en respectant sa personnalité, aider les auteurs à trouver le plus grand lectorat possible et pénétrer enfin les marchés francophones à l’extérieur. Cela existe déjà puisque nous avons des accords de coédition avec Actes Sud, mais notre but c’est d’accroître la présence de nos auteurs sur ces marchés. Et nous y arriverons. Est-ce qu’on peut faire en sorte qu’un livre soit un succès commercial ? Y a-t-il une méthode et l’avez-vous déjà éprouvée chez Gallimard ? Cette méthode est-elle applicable ici, au Québec, où le bassin de lecteurs est si petit, où il y a si peu de libraires, et alors que 40000 titres français arrivent sur le marché par an pour 5000 titres québécois ? Je parle ici d’édition littéraire. Bien sûr il existe des moyens de « provoquer » un succès commercial, à quoi serviraient les services commerciaux et marketing des grandes maisons. J’ai en tête le lancement du premier roman d’Hédi Kaddour, Waltenberg, chez Gallimard. Livre touffu, réservé a priori à un public « averti ». Le service commercial s’en est emparé après une lecture enthousiaste. Les attachés de presse aussi. On décida véritablement d’en faire un succès. Le faire savoir d’abord, le faire lire et apprécié ensuite. Les libraires ont fait de même, le public a suivi. Je vous parle là de succès mais combien de bons livres n’ont pas eu, malgré les efforts, la réussite escomptée. Au Québec la situation est la même. Un grand livre lu avec enthousiasme chez Leméac, des journalistes passionnés par le roman et des libraires qui décident de s’emparer du livre et d’en faire un succès : voilà ce qui explique la belle carrière de La foi du braconnier de Marc Séguin. Michel Tremblay, luimême, ne manque jamais de rappeler l’importance CULTURE FROM MONTRÉAL PAR ALINE APOSTOLKA, CORRESPONDANTE À MONTRÉAL DU BSC NEWS MAGAZINE des libraires qui soutiennent ses livres, avec le succès que l’on sait. À l’inverse, quel est l’élément le plus incontrôlable dans votre métier, même avec votre expérience ? Pourquoi le public se retrouve-t-il dans un livre et passe à coté d’un autre ? En somme est-ce que le succès d’un livre a à voir avec sa qualité littéraire ? Malheureusement non, comme on le sait bien. Mais le succès d’un beau livre est la part la plus passionnante de notre métier, celle qui console des échecs. Et puis le fond d’une maison littéraire se constitue année après année. Certains livres ont une carrière plus longue à se dessiner mais rencontrent peu à peu leur public. Une maison d’édition se doit de faire exister ce fonds, elle y a même tout intérêt . Selon votre expérience, quelles sont les composantes indispensables pour qu’un roman remporte un succès public ? Un livre, un auteur, un éditeur, des journalistes et des libraires pour le faire connaître. Après le public suivra ou pas. Comme vous le constatez ce n’est pas une recette mais la base même de notre métier. Finalement quels conseils donneriez-vous aux acteurs de la littérature d’ici, auteurs et éditeurs ? Je viens d’arriver au Québec et me garderais bien de donner des conseils. Je suis là pour aider Leméac grâce à l’expérience que j’ai acquise dans une grande maison parisienne. Ces deux maisons ont la même ambition littéraire, et là, je me retrouve parfaitement. Quels sont pour vous les titres phares de l’année en cours chez Leméac ? Nous sommes en pleine préparation du programme de rentrée et je ne peux pour le moment vous en parler plus précisément. Mais rassurez-vous nous aurons un nouveau livre de Michel Tremblay pour la fin d’année. Nous explorons un nouveau domaine, le roman pour adolescent : deux titres sont à paraître en février, deux en août. Notre but est de trouver ainsi un lectorat nouveau qui, nous l’espérons, nous suivra plus tard et découvrira nos auteurs. Voir www.lemeac.com Par Aline Apostolska, correspondante du BSC NEWS MAGAZINE à Montréal P H I L O Éros et Thanatos Par Sophie Sendra Éros était déjà au cœur d'une de mes chroniques, celle du « Désir ». Cette notion d'érotisme est désormais jugée un peu vieillotte en ces temps de sur-sexualisation de la société. Non pas que la sexualité soit au sein même des préoccupations de notre quotidien, mais il s'agit d'autre chose : de la présence du sexe et de son utilisation abusive. Celui-ci est partout, dans la publicité, à la télévision, sur les téléphones portables, sur internet. Impossible de vendre une cuisine sans simuler quelque acte, impossible d'acheter un magazine sans une publicité, une photo suggestive. Mais alors qu'en est-il de l'érotisme ? Cette vision cachée de ce que l'on ne saurait voir. Éros était déjà au cœur d'une de mes chroniques, celle du « Désir ». Cette notion d'érotisme est désormais jugée un peu vieillotte en ces temps de sur-sexualisation de la société. Selon ce principe, ce qui est tentant c'est de soulever le voile et encore, parfois, l'idée même de voir la réalité objective brute ne devient même plus intéressante. On en a envie, mais quelque chose nous retient et nous préférons deviner plutôt que voir. D'une rive à l'autre Il est un passage entre Éros et une certaine obscénité : celui-ci est la signification. Ce que nous rencontrons depuis quelques décennies se trouve être du domaine du « pornê » ou même de « pornêmi » et de « graphos » en grec. Bien entendu vous aurez compris de quoi il s'agit et pour ne pas faire plus de publicité à ce que je ne qualifie pas de « sexualité », il ne sera pas question de réunir ces termes entre eux. Le premier veut dire « prostituée », le second veut dire « vendre » et le dernier est le fait d' « écrire » ou de « retranscrire », qu'il s'agisse d'œuvres littéraires, artistiques ou cinématographiques. Certains ne savent plus faire cette différence de signification. Certaines Catherine M. ou Christine A. pour ne « citer » que ces auteures ne semblent parfois plus faire cette différence. Guillaume Apollinaire l'avait faite puisqu'il rédigea anonymement un « essai » digne Le Montré-Caché La différence entre l'érotisme et la « libido » explicite c'est l'éviction de l'image elle-même. On cache afin de mieux montrer. Ce principe est celui de l'Esthétique picturale et sculpturale. En effet, Caché un objet par un tissu permet de montrer cet objet et plus encore de le faire remarquer à celui qui regarde. En d'autres termes, il suffit de voiler cet objet afin de susciter l'intérêt du spectateur qui serait passé à côté sans même y prêter attention. Ce principe du « Montré-Caché » existe réellement et fait partie de l'Histoire de l'Art. de l'incorrecte « Les 100 000 V... ». Il savait pertinemment que la rive était franchie. Éros et Thanatos Les jeunes générations ne savent pas faire cette différenciation. Cela ne les intéresse pas. Il s'agit là, pour eux, d'un érotisme vieillot qui ne montre pas les parties du corps si défendues. Ils veulent de l'immédiat, du concret, ce qui se donne à voir tout de suite. Sauf que cette imagination est nécessaire à la projection de soi et de ce qui n'est pas encore là. C'est cette imagination qui ne se frotte pas directement à la réalité qui crée le fantasme. Sans lui, la libido devient une performance qui doit égaler voire dépasser ce qui est donné à voir. Ce que nous nommons « la petite mort » face à celle qui détermine notre finitude permet entre-autre de percevoir cette vie qui s'échappe. C'est pour cela que face à un danger ou une grande tension certains éprouvent l'envie de se sentir vivre. C'est convoquer Thanatos, Dieu de la mort dans la mythologie Grecque. Ce frère d'Hypnos et fils de la nuit se trouve non pas en opposition à Éros, selon la théorie freudienne, mais en relation avec lui. Grâce à Éros, on convoque Thanatos cet instinct de désir de « petite mort », cette pulsion de vie. L'érotisme est en soi nécessaire, l'immédiateté, elle, ne l'est pas. Elle ne fait pas sentir l'individu réellement vivant : c'est un certain « malaise » qui suit assurément la vision de certaines « œuvres » de ce genre. S'il fallait conclure La sexualité n'est pas à « vendre », seul le sexe l'est depuis la nuit des temps. Il se trouve que de nos jours tout semble n'être que marchandise. Dans l'érotisme, on ne verra jamais d'ouvrages vantant le non consentement. Lorsqu'il y a un objet à « vendre », il y a celui qui gagne et celui qui perd quelque chose, c'est pour cela que l'individu ne peut être « vendu ». Dans le notion d'érotisme, il y a cette idée que tout le monde « gagne » dans l'échange. On semble l'avoir largement oublié. 1. L'orgasme. 2. Qui a donné le mot thanatologie : Étude des signes, des conditions et des causes de la mort. 3. La théorie freudienne concernant Éros et Thanatos explique que les « pulsions de vie » sont constituées pas l'ensemble des pulsions sexuelles et des pulsions d'autoconvertion par opposition Sophie Sendra LES CHOIX DE MÉLINA 25 février 2010 MELINA REVISITE UN CLASSIQUE L’AUTRE BERNARD SCHLINK( Editions FOLIO) Par Mélina Hoffmann Lisa et Bengt menaient une vie harmonieuse, sans histoire ni fausse note. C’est du moins ce dont Bengt était convaincu. Violoniste dans un orchestre municipal d’une ville d’Allemagne, Lisa se présentait comme la femme idéale, belle, douce, aimante et attentionnée. Lorsque Lisa est emportée par un cancer fulgurant, Bengt est effondré et éprouve toutes les peines du monde à refaire surface et à accepter la perte de celle qu’il aimait et qui partageait sa vie depuis de nombreuses années. Alors qu’il commence à reprendre le dessus, il reçoit une lettre qui va tout bouleverser. Cette lettre est adressée à Lisa, et est signée de la main d’un homme qui la pense toujours en vie. Le contenu de la lettre trahit l’existence d’une relation amoureuse dont Bengt ignorait tout. « […] Comme nous avons tous les deux traité sans amour notre amour, à l’époque ! Nous l’avons étouffé, toi avec ta peur et moi avec mes exigences, alors que nous aurions pu le laisser croître et fleurir. Il existe le pêché de la vie non vécue, de l’amour non aimé. Tu sais qu’un pêché commis ensemble lie pour toujours ceux qui l’ont commis ? […]» A la stupéfaction succède l’incompréhension et la jalousie. Comment Lisa a-t-elle pu céder à un autre homme ? Ne menaient pourtant ils pas une belle vie ? Qui est donc cet « autre » et que pouvait-il bien lui apporter de plus ? Avaient-ils partagé cette même complicité que celle qui unissait Bengt et Lisa et qu’il pensait exclusive? Les évidences et convictions de Bengt s’effondrent, sa propre vie lui devient étrangère. Devant son incapacité à surmonter cette nouvelle épreuve, il cherche à en savoir plus sur cette relation. Il ouvre le tiroir secret du bureau de sa femme et y trouve 4 lettres écrites de la main de cet homme, dont la première remonte à douze ans. « […] Oui, j’aimerais mieux moi aussi que les choses soient plus simples pour nous, que nous puissions vivre l’un avec l’autre et l’un pour l’autre, tout simplement. Mais le monde n’est pas fait ainsi. Et pourtant il est merveilleux ; il nous a fait nous rencontrer et nous aimer. Je ne peux pas te quitter, Lisa.», dit l’une d’elle. Bengt veut comprendre. Il veut savoir si Lisa a cédé ou non ; il veut découvrir les failles de cet homme afin de l’éliminer de sa vie et de celle de sa femme. Pour cela, il décide dans un premier temps de répondre à l’Autre en se faisant passer pour Lisa, puis il part à sa recherche et s’immisce peu à peu dans sa vie en prenant soin de dissimuler sa véritable identité et ses intentions. Ce qu’il découvre se révèle bien loin de ce qu’il avait imaginé… Qui est vraiment cet homme ? Que peut-il bien se cacher derrière ces apparences qui sonnent faux ? Jusqu’où Bengt ira-t-il pour parvenir à son dessein ? C’est une histoire pathétique, symbolique et riche en enseignements que nous livre ici Bernhard Schlink, qui s’est imposé comme un auteur phare de la littérature germanique en 1995, grâce au succès phénoménal de son roman, Der Vorleser (paru en France sous le titre Le Liseur), traduit en treize langues et récemment adapté à l’écran en France. Extraite du recueil Amours en fuite, cette nouvelle se lit avec beaucoup de plaisir et ne peut laisser indifférent. En effet, dans un style très réaliste, elle nous amène à nous interroger sur les autres, les personnes qui partagent nos vies, que nous sommes persuadés de connaître par cœur et qui peuvent pourtant se révéler subitement étrangères. Elle nous rappelle que les apparences peuvent être trompeuses. Le titre résume d’ailleurs complètement l’idée essentielle de l’histoire. Cet ‘autre’ est celui que je ne connais pas, celui que je crois connaître. Si Bengt utilise initialement ce terme pour désigner l’amant de sa femme, on se rend compte au fil de l’histoire que « l’autre » LES CHOIX DE MÉLINA 25 février 2010 désigne finalement chacun des protagonistes de cette histoire. Bengt s’aperçoit tardivement que sa vie était en grande partie faite d’illusions et de mensonges, qu’il n’a pas su être l’homme que sa femme espérait. Il devient le spectateur impuissant d’une vie qui lui a échappé. En résumé, une nouvelle touchante et pathétique qui se lit d’une traite, et se relit volontiers. Mélina Hoffmann Morceaux choisis « Si l’amour dans ce qu’il a de plus beau peut survivre à la mort, celle-ci ne met pas fin non plus à ses angoisses. Elle peut même au contraire réactiver ses tortures dont on se croyait libéré après une longue vie passée ensemble, poser des interrogations nouvelles et placer alors la vie entière - la sienne et celle de l’autre - dans une perspective insoupçonnée jusqu’ici. Aimer, c’est d’une certaine façon accepter le mystère de l’autre, et quand on a cru l’autre finalement sans mystère, la mort de l’autre, au lieu de sceller définitivement et dans la douleur certes - la perte d’une harmonie, peut alors révéler - trop tard - qu’il n’en est rien, qu’il n’en est jamais ainsi, que l’entente était fondée sur des trous, des absences et que l’autre a ainsi toujours échappé à la véritable compréhension. » « Parfois, il se demandait ce qui était pire : que l’être aimé soit autre avec un autre, ou qu’avec un autre il soit justement celui qu’on connaît bien ? Ou bien l’un des cas est-il aussi terrible que l’autre, parce que de toute façon on vous vole quelque chose : ce qui vous appartient ou ce qui devrait vous appartenir ? C’était comme dans une maladie. Le malade aussi se réveille et a besoin d’un moment avant de savoir de nouveau qu’il est malade. Et de même qu’une maladie finit par guérir, le deuil et la jalousie passent. Il le savait, et il attendait d’aller mieux. » LES CHOIX DE MÉLINA 25 février 2010 «Une juste dose de frissons et de sensibilité» Mélina Hoffmann Spider - La partie continue Michael Morley ( Editions First) Par Mélina Hoffmann / Photo Privat « Enfin, l’homme aperçoit la pierre tombale. Simple, en marbre noir. Elle a été payée à l’aide de subventions municipales destinées aux plus démunis. Un nom est gravé en lettres d’or : Sarah Elizabeth Kearney. Mais ce n’est pas ainsi qu’il l’appelait. Pour lui, elle avait toujours été « Chérie » et, pour elle, il avait toujours été « Spider ». Elle avait vingt-deux ans à peine. […] Chérie était si différente des autres. Elle a été la première. La première qu’il ait enlevée. La première qu’il ait tuée. » Jack King vit en Italie avec sa femme Nancy, et leur petit garçon de trois ans, Zack. C’est dans un décor idyllique et serein qu’ils proposent les services de leur hôtel-restaurant et mènent une vie paisible depuis qu’une attaque cardiaque avait contraint Jack à mettre un terme à sa brillante carrière de profiler au FBI trois ans plus tôt. La petite famille s’était alors réfugiée en Toscane pour permettre à Jack de se reconstruire, loin des démons du passé et d’un échec qui le hantait… Car si Jack est parvenu à élucider vingt-neuf affaires de meurtres en série sur les trente qui lui ont été confiées, il en reste une non résolue malgré vingt années de traque acharnée. Celle du « Black LES CHOIX DE MÉLINA 25 février 2010 River Killer » (BRK), auteur d’une quinzaine de crimes atroces. Ses victimes ? Exclusivement des jeunes femmes. Son mode opératoire ? Garder les corps jusqu’à ce qu’ils commencent à se décomposer, avant de les découper, de répartir les membres dans plusieurs sacs plastiques, et de les jeter dans la Black River. Son rituel ? Conserver une partie du corps de chacune de ses victimes comme trophée. détourner le regard comme on le ferait devant une scène insoutenable d’un film. S’il fallait vraiment trouver un bémol à ce livre, on pourrait lui reprocher une fin peu réaliste et trop prévisible. Pour ma part j’ai choisi de n’émettre aucune critique négative et de vous en conseiller vivement la lecture si vous aimez les polars rythmés et angoissants qui jouent avec vos nerfs. Spider, ainsi qu’il se surnomme lui-même, se Un auteur à suivre de très près ! souvient tout particulièrement de son premier crime, celui de Sarah. Il n’a jamais rien laissé au Mélina Hoffmann hasard et c’est toujours avec autant de Photo Privat© délectation et de jouissance qu’il se remémore la scène de son meurtre… Vingt ans après, la même ivresse s’empare de lui lorsqu’il se «Spider, la partie continue» revoyait aspirer le dernier souffle de ses victimes Michael Morley afin qu’elles lui appartiennent à jamais… Editions First « Les souvenirs sont exquis. Spider savoure 21,9 € chaque bouchée de son festin psychique. Le souvenir des filles précédentes, surtout la première, lui donne presque autant de plaisir que de penser aux prochaines, à la prochaine ! » Quatre années avaient passé depuis le dernier meurtre de BRK, et pourtant les crimes de ce serial killer au sadisme sans limite poursuivent toujours Jack dans son sommeil. Alors même qu’il se décide à entamer une psychothérapie, un nouveau meurtre est commis. En Italie cette fois. Jack aurait pu croire à une coïncidence… si la tête de Sarah, toute première victime de BRK, n’avait été envoyée au FBI à son attention… Son passé serait-il en train de le rattraper ? Acceptera-t-il de reprendre du service pour venir à bout de cette enquête à laquelle il semble à jamais lié ? Parviendra-t-il à sauver la prochaine victime dont les heures sont déjà comptées ? Michael Morley, journaliste d’investigation et réalisateur de documentaires multirécompensé, signe là son tout premier roman, et on ne peut qu’espérer qu’il se jette à corps perdu dans cette nouvelle vocation ! Tous les ingrédients sont réunis pour nous maintenir en haleine tout au long des 428 pages et nous donner la chair de poule ! Certaines scènes de torture sont d’ailleurs décrites d’une telle façon que l’on ressent la douleur parcourir nos membres et que l’on se surprend parfois à De la littérature érotique. Par Emmanuelle De Boysson Photo Anne-Laure Bovéron La littérature érotique existe depuis Platon, Ovide, Pétrone. Elle est intrinsèquement liée à l’histoire, aux changements de mœurs, mais ce qui la caractérise surtout est sa dimension subversive, libre, hors normes. Les textes érotiques circulent sous le manteau, les auteurs sont, la plupart du temps soumis à la censure, comme l’explique Joseph W e r b e r, d a n s s a p e t i t e Anthologie érotique, parue chez Librio. Certains en sont fiers, d’autres publient sous pseudo et, comme le « divin m a r q u i s » , r e f u s e n t d e reconnaître leurs œuvres. Elle s’infiltre dans les romans dits classiques, chez Rousseau, Stendhal, Dumas ou Flaubert. Aujourd’hui, cette littérature est devenue un sous genre, accessible à tous. Ce qui la rend littéraire tient à l’auteur, à son style, à son art de sublimer le sexe et de faire monter le désir à travers une histoire émouvante. Rien de plus excitant que l’émotion de Julien Sorel avant de se glisser par effraction dans la chambre de Mathilde de la Môle. Lolita, de Nabokov est un chef d’œuvre qui déclenche en nous des sensations puissantes. L’érotisme se limite trop souvent à des codes, des récits plats et pornographiques. Les descriptions anatomiques de la chair et des gestes de l’amour sous toutes leurs formes lassent, faute de sentiments, à l’image des pages les plus brûlantes des aventures du Prince Malko, dans L’anthologie érotique de SAS (Editions GDV) ou dans le premier roman de Dominique Simon, Les carnets d’Alexandra (chez Pauvert). Exemples de platitudes dans SAS : « Son sexe comprimé se détendit comme un ressort (…) Mahmoud était beaucoup plus proche du marteau-piqueur que du baise-main ». Dans Les carnets d’Alexandra : « Marie releva ma robe pour passer sa main entre mes cuisses et, sans pour autant me dévêtir, trouva, étant femme, très facilement le bon chemin (…) Déjà je ressentais entre mes jambes une humidité qui annonçait le plaisir que je prendrai bientôt ». Dans ces aventures sensuelles, les personnages sont souvent réduits à des stéréotypes, des robots, la grâce manque, le regard n’y est pas, les phrases ne balancent pas, ne coulent pas, ne bandent pas. Certains stylistes se sont pourtant laisser aller à des écrits où les scènes de sexe et de perversité se répètent à l’infini, comme des mécaniques. Dans Justine ou les Malheurs de la vertu, Sade accumule les situations où la femme n’est qu’un objet soumis à l’homme : « Elle lui frotte en même temps les couilles avec une liqueur dont elle connaît la vertu (…) Trois femmes se joignent à ces stimulants ; il n’est rien que ses coquines ne fassent, rien que leur lubricité n’invente… ». Casanova ressemble à ce pauvre pantin, une poupée de cire dans ses bras, comme dans la dernière scène du
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