BSC NEWS FEVRIER 2010 - Page 64 - INTERVIEWS Cheeky " Le Kama Sutra de Poche" Jérôme Attal "Grosse pagaille" Géraldine Levasseur " Ados, la fin de l'innocence" Julien Hodara - Wormee Jean-Jacques Pauvert " Ma conversion ou le libertin de qualité" Frédéric Clément "Bel Oeil" Phil SPÉCIAL ÉROTISME NUMÉRO 23 - FÉVRIER 2010 Rencontre Jérome Attal Interviews Frédéric Clément Les portfolios érotiques de Glenn Michel et de Juan Carlos Hernandez PAGAILLE MONSTRE Cheeky Le Montréal des livres Philippe DuboéLaurence Photo Couverture / Glenn Michel L’éclat du diamant 7 pages érotiques dans ce numéro Une sélection d’ouvrages pour éveiller vos sens Pourquoi y aurait-il d'un coté les gens bêtes et de l'autre les gens intelligents , d'un coté les beaux , de l'autre les moches , d'un coté les riches , de l'autre les pauvres : on peut aller très loin dans cette "mise en case" montrée du doigt par cet album qui peut servir de support à u n e g ra n d e d i s c u s s i o n q u a s i philosophique. Quand aux illustrations faites à partir de découpages et de collages, elles sont pleines de surprises et donnent un vrai cachet à cet album pour les tout petits. Par Martine Bréson C U R I O S I T É S L I T T É R A I R E S Rodolphe Trouilleux Une oeuvre magnifique de Boilly : la fin de journée et le marché du plaisir… Depuis une trentaine d'années, Rodolphe Trouilleux entasse dans son cabinet de curiosités de vieux bouts de papiers, des coupures de presse jaunies ou des documents d'archives qui n'ont qu'un dénominateur commun : PARIS. Par Eric Poindron Depuis une trentaine d'années, Rodolphe Trouilleux entasse dans son cabinet de curiosités de vieux bouts de papiers, des coupures de presse jaunies ou des Il a pu ainsi publier le manuscrit inédit de Robert Ducreux, un avocat vivant en 1762 et qui trouvait - déjà ! - que les parisiens mangeaient mal. Puis d'autres documents lui ont servi à rédiger une biographie de la cantatrice Sophie Arnould ou de l'archiviste Campardon... Paris secret et insolite, qui reparaît dans une version augmentée - des impasses oubliées, des villas secrètes, les pierres de la guillotine sont parmi les nombreux lieux et thèmes évoqués dans ce livre indispensable - aux éditions Après bien des hésitations, il sort parfois un volume, une compilation plus ou moins savante regroupant quelques-uns de ces antiques grimoires. documents d'archives qui n'ont qu'un dénominateur commun : PARIS. Parigramme demeure ; à ce jour, son, plus grand succès – mérité ! il est aussi l'auteur de Les animaux de Paris, histoire insolite et Montmartre des écrivains, deux livres remarquables et jubilatoires aux éditions Bernard Giovanangeli. Son dernier ouvrage est consacré a Palais Royal, haut lieu de l'amour tarifé et des femmes de modestes vertus. Ou quand le Paris Licencieux était à ciel ouvert et l’érotisme au jardin... Paris au noir (à paraître en 2010, NDLR) Croyez-vous aux prévisions météorologiques ? Pas vraiment… surtout depuis que je possède une maison de campagne en Sarthe… Les généralités météorologiques sont toujours détestables. Je préfère regarder mon vieux baromètre du XIXe… Il se trompe rarement. Regardez vous le ciel, et les étoiles, quand il fait nuit ? OUI… Et je reste émerveillé par toute cette immensité (voilà qui est banal !) Le ciel de mon village Sarthois et lumineux et la voie lactée me rend rêveur ! Que pensez-vous du ciel et des étoiles quand il fait nuit ? Tout cela me renvoie à ma minuscule personne… Pfuit !… Un souffle et il ne restera rien de moi, sauf peut-être quelques feuilles jaunies par le temps… Que vous inspirent les cathédrales, les églises, les mosquées, les calvaires, les synagogues et autres monuments religieux ? Un sentiment de paix, alors que je ne suis pas du L'ÉTRANGE QUESTIONNAIRE DE RODOLPHE TROUILLEUX ET LES « COQUINERIES » DU PALAIS-ROYAL Écrivez la première phrase d'un roman, un nouvelle, ou d'un livre étrange à venir. tout croyant. C’est aussi dans ces lieux que je marche dans les pas des générations passées. De quoi avez-vous peur ? Du noir de ma chambre à la campagne, et du silence oppressant de ce même lieu… mais, chut, un petit bruit ?… Ouf, c’est seulement le chat qui se gratte l’oreille ! En l'instant, à l'exception de l'ordinateur, quel(s) bruit(s) entendez-vous ? de chine, ma femme et j’en passe ! Etes-vous fou ? Oh oui ! Même si je n’en ai pas l’air… Tout le Ma femme qui replie la nappe du repas de midi. Une fenêtre qui se ferme, un merle qui salue la fin de l’hiver. Sans tricher, qu'est-ce qu'un « cabinet de curiosités » Une merveilleuse accumulation d’objets originaux et insolites : un vieil os, quelque caillou à la forme étrange, un petit buste d’enfant, une antique publicité, le couteau d’un assassin, une plume d’oiseau disparu, un livre minuscule… Quel est le dernier rêve que vous avez fait ? J’étais à Versailles, au petit Trianon… Je volais audessus puis je redescendais vers le sol. Un jeune homme courait au loin, venant dans ma direction. Il se rapprocha de moi et je constatais qu’il vieillissait en courant, puis il me dépassa et accéléra le mouvement. Il disparut dans l’infini d’une lumière éclatante. Cet homme, c’était mon père, disparu en 1986… Qu'est-ce que vous voyez sur les murs de la pièce ou vous êtes ? Une toile du caricaturiste Cham, deux aquarelles de Cham, un baromètre en bois découpé, un chandelier art nouveau, un éléphant en ivoire de mammouth, la statuette de l’épouse de Carolus Duran, une bibliothèque bourrée de livres, un vase monde me croit sérieux, mais je suis insensé ! Croyez-vous en l'existence des sociétés secrètes ? Forcément, car j’en suis membre. Quel est le dernier livre étrange que vous ayez lu ? « Les rêves et les moyens de les diriger » par d’Hervey de Saint-Denys Aimeriez-vous vivre dans une gare désaffectée ? Non… J’aurais trop peur des trains fantômes. Avez-vous déjà pensé vivre à l'étranger ? Non. Pourquoi ? Parce que je n’ai nul besoin d’aller chercher au loin ce que j’ai à côté de chez moi. Quel est le livre le plus étrange que vous avez lu ? La draisine de Carl-Henning Wijkmark. Écrivez la dernière phrase d'un roman, d'une nouvelle, d'un livre étrange à venir. – Je vous aime monsieur, et si le cœur vous en dit, je serai chez moi, ce soir, à 19 heures 30. En dehors de Paris secret et insolite qui est devenu un classique pour les amoureux de Paris, quel autre de vos livres conseilleriez-vous aux lecteurs ? Le dernier, Le Palais-Royal, un demi-siècle de folies” chez le bel éditeur Bernard Giovanangéli. Comment vous est venue cette idée de livre ? Après avoir parcouru et rêvé tout au long de ces années, dans les galeries de pierre, j'ai eu l'idée de faire cette étude, uniquement consacrée à l'histoire fort mouvementée du jardin et des galeries. Un grand plaisir pour moi de remonter le temps et de fréquenter les cafés d'autrefois ou de suivre les nymphes des arcades… J'espère faire partager mon enthousiasme pour ces temps lointains chamarés, brillants et souvent tragiques Alors donnez-nous envie d'aller nous promener au Palais-Royal, votre Palais- Royal... Ce livre est un hommage aux millions de personnes qui travaillèrent, s’amusèrent, ou s’aimèrent ici. Des marchandes de mode aux libraires, des joueurs acharnés aux petits polissons qui y goûtèrent à quelque autre plaisir. Les soubresauts de l’histoire ébranlèrent aussi la calme quiétude de ces lieux, particulièrement pendant la période révolutionnaire. Des magiciens, des comédiens, des bateleurs amusèrent aussi des spectateurs transportés par leurs grimaces et leurs inventions. Du théâtre d’ombres de Séraphin au « Fantoccinis » italiens en passant par les spectacles donnés au théâtre du Palais Royal, ce s galeries vibrèrent des applaudissements et des rires à gorge déployée fusant de salles souvent étroites et peu commodes, mais où opérait une magie communicative. La gastronomie a connu des heures de gloire ici, et les banquets, repas d’affaire ou d’amour s’y sont succédés à un rythme effréné. Le Grand Véfour reste un unique témoignage de ces lieux de plaisir, et ses magnifiques peintures et boiseries évoquent les fastes de l’ancien régime. Les cafés – les vrais, où l’on pouvait s’arrêter longtemps pour discuter, jouer ou boire du punch – ont hélas depuis longtemps disparu. Rouvrons les maisons de jeux, permettons à nouveau aux « nymphes » de musarder sous les péristyles, et vous verrez revenir au pas de course les descendants des promeneurs d’autrefois. Ils seront charmés, amusés, bernés, tout comme ces Parisiens du temps jadis dont je vais tenter maintenant de vous conter l’histoire. Rodolphe trouilleux a créé et anime aussi le blog Paris secret et insolite (http:// parissecretetinsolite.unblog.fr/) Si vous souhaitez lui poser des questions sur Paris, son environnement, ses bonnes et mauvaises histoires, ou lui faire connaître un aspect de la capitale qui vous séduit particulièrement, écrivez-lui ! Il vous répondra le plus vite possible. Rodolphe Trouilleux est aussi prêt à relayer dans les liens tous les sites concer nant Paris, son histoire et son patrimoine. ERIC POINDRON Retrouvez Eric Poindron sur son blog blog.france3.fr/cabinet-de-curiosites/ CULTURE FROM MONTRÉAL PAR ALINE APOSTOLSKA, CORRESPONDANTE À MONTRÉAL DU BSC NEWS MAGAZINE Journaliste et écrivain française, Aline Apostolska vit et travaille à Montréal depuis 1998. Après dix ans à l’antenne de Radio-Canada, elle est maintenant chroniqueuse culturelle au quotidien La Presse. Elle dirige également la collection littéraire Ici l’Ailleurs aux éditions Leméac, où elle a édité 21 récits de vie depuis 2001. De septembre 2006 à mai 2009, à la Grande Bibliothèque de Montréal, elle a animé les Midis Littéraires, une trentaine d’entrevues de fond autour du parcours créatif d’écrivains francophones, série qui sera reprise à la télévision sur le Canal Savoir à partir de septembre 2009. Dans le même esprit, elle anime à présent Visages de la danse, série de grandes entrevues autour de chorégraphes internationaux. Depuis 1987, elle a publié une trentaine de titres pour adultes et jeunes, qui sont autant de fragments épars d’une interrogation sur l’identité et la transmission. www.alineapostolska.com Les entrevues du dimanche d’Aline Par Aline Apostolska On imagine toujours que février est le plus froid des mois d’hiver et c’est «normalement» le cas, mais, rien qu’à voir le manque de neige sur les J.O de Vancouver, on comprend qu’il y a comme un problème… En ce mois de février 2010, il fait bien moins froid au Canada en général et à Montréal en particulier que dans certaines régions méridionales françaises… on regarde avec jalousie les mètres de poudreuse qui se sont abattues sur nos très proches voisins de Washington et New York en disant « hep, nous on est au nord alors quoi ? c’est pas juste ! »… Mais bon, trêve de météo, deux grands festivals réchauffent encore plus la métropole québécoise en février. D’abord, du 5 au 12 février, il y a eu la 9ème édition du magnifique Festival Voix d’Amériques concocté par Les Filles Électriques, l’écrivaine et performeuse D.Kimm en tête, qui est un hymne au texte dit, interprété, chanté, toujours devant et avec le public, trilingue comme le continent américain, du Spoken word, slam et autre Combat contre la langue de bois (y’a du boulot !), avec audace et avantgardisme, différence et sincérité. Voix d’Amériques c’est une attitude, inspirée de l’underground newyorkais, où il y a beaucoup de filles, et cette année l’invitée d’honneur a été Ursula Rucker, performeuse engagée issue du spoken word, de la musique urbaine et du hip hop, et les soirées ont été électriques. Notamment avec Sky de Sela (sœur de la regrettée Lhasa), le cabaret Dada, les 5 à 7 band+poésie et le spectacle de Fred Fortin. Des soirées dans un lieu atypique aussi, la Sala Rosa, club social espagnol où l’on va toute l’année manger la paëlla et regarder le flamenco, qui devient pendant le festival un lieu décalé et hype à souhaits. www.fva.ca Et puis aussi, avec une envergure, notamment financière et médiatique, tout à fait autre, arrive du 18 au 28 février le Festival Montréal en Lumière qui est un pari de faire la fête, en grande partie dehors, même dans le froid et l’obscurité de février, une sorte de fête païenne destinée à exorciser la longueur et la CULTURE FROM MONTRÉAL PAR ALINE APOSTOLKA, CORRESPONDANTE À MONTRÉAL DU BSC NEWS MAGAZINE langueur hivernales. Spectacles chauds et internationaux, invités de grand prestige (dont toujours beaucoup d’artistes français) sorties, performances, Nuit Blanche le 27 février (merci Lyon qui a inauguré la chose il y a quelque temps déjà…) et chaque année un volet gastronomique très prisé, avec cette année, le Portugal comme pays culinaire invité (c’était la France en 2009), ainsi que les fromages d’ici. Eh oui, compatriotes français, le Québec compte plus de 400 très excellents formages qui n’ont rien à envier aux nôtres, même si beaucoup des nôtres les ont inspirés… Feux, folie, artistes, spectacles dehors et dedans, bonne bouffe et bons vins, c’est une recette gagnante contre l’hiver, rappelons-le ! www.montrealenlumiere.com Quant à moi, eh bien je continue ce mois-ci mes entretiens avec des acteurs renseignés de la littérature québécoise, en attendant un dossier Spécial Littérature Québécoise prévu pour avril 2010, en parallèle au Salon du Livre de Québec. Ce mois-ci, rencontre passionnante et inattendue avec Philippe Duboé-Laurence, qui après avoir œuvré 25 ans au sein de la direction commerciale de Gallimard, comme déléguée pour l’Europe du nord, notamment Belgique et Suisse, mais aussi pour le Maroc, a pris la direction commerciale des éditions Leméac au printemps 2009. C’est son premier hiver à Montréal et il a accepté de livrer quelques réflexions à chaud, si j’ose dire, sur le vif en tout cas. Pertinents et impertinents, voici donc ses propos qui, certainement, offrent matière à discussion. Nous attendons vos commentaires avec joie, et d’ici là, portez-vous bien et bon hiver chez vous ! Entretien du dimanche avec Philippe DuboéLaurence, directeur commercial aux éditions Leméac. Vous avez décidé de vous installer à Montréal au printemps dernier? Est-ce l’amour de l’hiver ? Philippe Duboé-Laurence : Très juste mais enlevez « hiver »… Est-ce que ce que vous imaginiez du Québec vu de France est conforme à la réalité du quotidien et pourquoi (ou pourquoi pas ) ? Quid des relations humaines ? À vrai dire, je connaissais déjà un certain nombre de Québécois qui, tous, m’avaient bien prévenu des nombreuses particularités auxquelles je devais m’attendre à mon arrivée à Montréal. Effectivement je suis très surpris mais c’est de ne pas sentir ces différences. Peut-être cela viendra après mon « initiation », il ne faut jurer de rien. En revanche, la qualité des relations humaines est bien plus évidente qu’à Paris. Tout est plus simple, moins alambiqué et surtout moins agressif. Mais les Français ne sont pas si épouvantables que ça ? Rassurez-moi ! Sur le plan professionnel, vous avez pris la direction commerciale des éditions Leméac. Connaissiez-vous la littérature québécoise auparavant ? Non. J’avais lu quelques livres de Ducharme, d’Anne Hébert évidemment, et je connaissais le nom de Michel Tremblay. En fait je connaissais, sans les avoir lus, les auteurs publiés chez des éditeurs français. Mais comme vous le constatez, j’ignorais tout de cette littérature. Sur ce plan-là, quelle (s) idée (s) aviez-vous de la littérature québécoise avant de vous y frotter ? Cette idée a-t-elle évolué et sur quels points exactement ? À vrai dire, j’imaginais une littérature trop axée sur son particularisme, ne s’occupant que de son autonomie par rapport à la littérature française. Vous voyez comme j’ignorais tout. Je constate, depuis mon arrivée, qu’elle est bien vivante et surtout très diverse, qu’elle est influencée, elle aussi, par des courants américains, caraïbéens mais aussi européens. Aujourd’hui, à chaud, quelle est votre perception de la littérature québécoise, sa singularité, ses forces / ses faiblesses ? Je dois préciser que mon expérience « québécoise » est toute récente. Je ne peux pas avoir d’affirmations définitives sur cette littérature. Ce que je ressens c’est un foisonnement, une profusion de jeunes auteurs qui veulent raconter des histoires, comme leurs aînés, et non pas les autofictions chères aux auteurs français. CULTURE FROM MONTRÉAL PAR ALINE APOSTOLKA, CORRESPONDANTE À MONTRÉAL DU BSC NEWS MAGAZINE Cela dit, tout existe. Autre singularité, c’est l’incroyable richesse du domaine théâtral et depuis longtemps. C’est un domaine déshérité en France et un bouillonnement au Québec. En revanche, la grande faiblesse du monde littéraire québécois c’est le faire-savoir. Les autres littératures de langue française ignorent souvent complètement ce qui se fait ici. Est-ce leur faute ? Est-ce un refus québécois de s’intégrer à un monde littéraire trop marqué par ce qui se faisait en France après s’en être affranchi ? Diriez-vous aujourd’hui que la littérature québécoise est une littérature francophone parmi d’autres / qu’elle est une littérature américaine parmi d’autres ? Je pourrais bien évidemment la définir par le terme de littérature américaine d’expression française, ce qu’elle est à coup sûr. Mais je ne la ressens pas comme cela. Toutes les influences s’y retrouvent, il y en a pour tout le monde. Mais n’est-ce pas là l’objet de la littérature : exprimer la singularité de ses auteurs, au Québec comme ailleurs ? Longtemps, la littérature québécoise s’est positionnée en référence quasi exclusive de la littérature française, et cela est sans doute ce qui a le plus changé parmi les jeunes générations d’écrivains d’ici. Que pensez-vous de cela ? Est-ce vain et non avenu, ou au contraire pertinent et justifié ? Quel est l’intérêt de se définir par opposition à une autre littérature ? Que l’on combatte l’omniprésence ou la suffisance d’une littérature était justifié mais cela a déjà été fait par la génération précédente. Chaque auteur québécois, du moins ceux qui ont quelque chose à nous dire, nous entraîne dans un univers qui est le sien. Pas besoin de vouloir s’opposer, et à qui d’ailleurs ? À votre avis, qu’est-ce qui fait qu’elle a tant de mal à se positionner malgré sa grande évolution parmi les libraires et les lecteurs de l’Hexagone, plus que la littérature belge ou suisse par exemple ? Dans quel sens cela doit-il évoluer et que faut-il faire pour cela ? Je crois que malheureusement, Photo D.R dans le passé, le fait de vouloir être classé comme l i t t é r a t u r e spécifique a provoqué beaucoup de malentendus en E u r o p e , particulièrement en France. Un écrivain belge ou suisse se sent avant tout écrivain sans se revendiquer forcément le représentant d’une littérature à protéger du parisianisme. La France ayant toujours eu l’habitude de s’attribuer tout ce qui parle ou s’écrit en français, l’origine des auteurs n’y a pas d’importance. Mais est-ce si important pour un auteur de se définir québécois, belge, suisse ou français ? Il a son monde, voilà ce qui nous importe et si ce monde est québécois, il nous le fait connaître, aimer ou détester c’est selon… « … le fait de vouloir être classé comme littérature spécifique »… Est-ce à rappeler que l’identité ne peut être employé qu’au niveau individuel et non collectif, et qu’à se vouloir trop spécifique on s’isole au lieu de se faire reconnaître ? Je ne remets pas en cause l’identité québécoise ou autre. Ce que je veux expliquer c’est l’attitude du lecteur français, ce qui n’est pas lui donner raison. Il CULTURE FROM MONTRÉAL PAR ALINE APOSTOLKA, CORRESPONDANTE À MONTRÉAL DU BSC NEWS MAGAZINE est comme ça et si l’on veut être lu en France autant le savoir. Vous avez quitté le groupe Gallimard doté d’une longue expérience. Comment résumeriez-vous ce que vous en avez principalement retenu ? C’est de ne pas s’occuper uniquement du goût du jour. Publier ce que l’on croit «bon ». Et tout faire pour permettre à chaque livre de trouver son lectorat. « Et tout faire pour permettre à chaque livre de trouver son lectorat »… que voulez-vous dire par là exactement ? Un premier roman ou un roman très littéraire, expérimental, ne peut pas espérer un public très large. En revanche nous nous devons de toucher les 300 lecteurs au Québec qui peuvent s’y intéresser. Et pourquoi pas, c’est notre but, augmenter ce lectorat. Ceci dit, tous les titres ont une vie différente, à nous de la prolonger. Est-ce que votre longue expérience chez Gallimard a été directement transposable à Leméac ? Qu’est-ce qui est immuable / différent ? Leméac est une maison où la notion de fonds, non seulement existe, mais est essentielle, comme chez Gallimard. La maison vit par ses auteurs, ce qui semble évident et immuable, mais aussi pour ses auteurs, ce qui est la moindre des choses. Comment définiriez-vous, de votre point de vue, la spécificité de Leméac par rapport au milieu éditorial québécois ? Mon arrivée est trop récente pour me permettre de juger ce qui se fait ailleurs. Mais l’image de Leméac doit être corrigée : on en fait une maison traditionnelle de grande qualité littéraire et classique, ce qu‘elle est heureusement toujours, mais cette qualité littéraire se retrouve chez quantité de jeunes auteurs, sa rentrée littéraire 2009 en étant la preuve éclatante. Quels sont vos objectifs précis à votre poste de directeur commercial ? Développer la maison en respectant sa personnalité, aider les auteurs à trouver le plus grand lectorat possible et pénétrer enfin les marchés francophones à l’extérieur. Cela existe déjà puisque nous avons des accords de coédition avec Actes Sud, mais notre but c’est d’accroître la présence de nos auteurs sur ces marchés. Et nous y arriverons. Est-ce qu’on peut faire en sorte qu’un livre soit un succès commercial ? Y a-t-il une méthode et l’avez-vous déjà éprouvée chez Gallimard ? Cette méthode est-elle applicable ici, au Québec, où le bassin de lecteurs est si petit, où il y a si peu de libraires, et alors que 40000 titres français arrivent sur le marché par an pour 5000 titres québécois ? Je parle ici d’édition littéraire. Bien sûr il existe des moyens de « provoquer » un succès commercial, à quoi serviraient les services commerciaux et marketing des grandes maisons. J’ai en tête le lancement du premier roman d’Hédi Kaddour, Waltenberg, chez Gallimard. Livre touffu, réservé a priori à un public « averti ». Le service commercial s’en est emparé après une lecture enthousiaste. Les attachés de presse aussi. On décida véritablement d’en faire un succès. Le faire savoir d’abord, le faire lire et apprécié ensuite. Les libraires ont fait de même, le public a suivi. Je vous parle là de succès mais combien de bons livres n’ont pas eu, malgré les efforts, la réussite escomptée. Au Québec la situation est la même. Un grand livre lu avec enthousiasme chez Leméac, des journalistes passionnés par le roman et des libraires qui décident de s’emparer du livre et d’en faire un succès : voilà ce qui explique la belle carrière de La foi du braconnier de Marc Séguin. Michel Tremblay, luimême, ne manque jamais de rappeler l’importance
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