BSC NEWS FEVRIER 2010 - Page 55 - INTERVIEWS Cheeky " Le Kama Sutra de Poche" Jérôme Attal "Grosse pagaille" Géraldine Levasseur " Ados, la fin de l'innocence" Julien Hodara - Wormee Jean-Jacques Pauvert " Ma conversion ou le libertin de qualité" Frédéric Clément "Bel Oeil" Phil SPÉCIAL ÉROTISME NUMÉRO 23 - FÉVRIER 2010 Rencontre Jérome Attal Interviews Frédéric Clément Les portfolios érotiques de Glenn Michel et de Juan Carlos Hernandez PAGAILLE MONSTRE Cheeky Le Montréal des livres Philippe DuboéLaurence Photo Couverture / Glenn Michel L’éclat du diamant 7 pages érotiques dans ce numéro Une sélection d’ouvrages pour éveiller vos sens Martine et ses bouquins par Martine Bréson La neige est blanche comme une page blanche, une page pour laisser aller son stylo. Les traces fines de la bille, le sillon noir de la plume qui filent sur le blanc de la page impriment une marque comme les pas dans la neige. Les lignes noires qui défilent sur la page blanche laissent une empreinte parfois indélébile dans l'esprit de celui qui les parcoure. L'hiver serait-elle la saison de la lecture ? Lecture au coin du feu, collé à son radiateur, sous sa couette, lecture qui réchauffe le coeur et fait bouillonner le cerveau, qui provoque des sueurs froides. A vous de choisir votre décor, votre ambiance , votre atmosphère... A vous de choisir votre livre. La forêt des damnés de Carrie Ryan aux éditions Gallimard Jeunesse A partir de 14 ans ( 15,50 euros) Ce roman a des accents de science fiction mais il va vous paraître aussi réaliste et inquiétant que Le Village, un film qui a fait couler pas mal d'encre il y a quelques années. A l'époque où vit l'héroïne Marie, un futur pas si lointain , il y a deux mondes côte à côte : celui des damnés, des êtres malades, diformes, violents et avides de chairs humaines qui vivent dans la forêt et celui du village, une communauté protégée de ces zombies par un très haut grillage . Ce village est administré par des religieuses et les règles de vie y sont très strictes. C 'est un monde clos dont on ne peut s'échapper et pourtant Marie rêve de le quitter pour aller vers cet océan incroyable dont lui a parlé sa mère. Tout oppose la jeune fille à cette communauté qui ne se pose plus de questions. Marie ne peut se résoudre à cette vie sans surprises. La curiosité , la soif de connaissance, le non conformisme, ce sont toutes ces notions qui sont défendues par ce roman. L'être humain doit-il se contenter de ce qu'on lui offre même si c'est le confort d'une petite vie tranquille. Pour l'auteur, il faut aller au bout de ses rêves quitte à prendre des risques. Il faut se battre contre ceux qui veulent vous empêcher de penser par vous meme. Il faut faire ses propres expériences. Après de nombreuses péripéties, ce roman se termine bien et tant mieux car une fin dramatique aurait tué l'espoir, cette étincelle présente dans tout le roman, et cela aurait été dommage. Poil au nez de Cécile Chartre aux éditions Le Rouergue collection doAdo (6,50 euros) Vous comprendrez ce drôle de titre seulement si vous allez au bout de cette histoire poignante qui raconte comment un père disparu peut malgré tout guider son fils dans la vie. Juste avant sa mort, le père d'Angel lui confie une boite en carton et il lui demande de la garder 10 ans sans l'ouvrir . Quand arrive le jour J, l'adolescent ouvrira la boite et pourra commencer une vie nouvelle, sa vie. Il faut couper le cordon, ce cordon qui lie parfois de façon si serré un parent à son enfant, c'est le message de cette histoire. Pour Angel, son père est l'homme parfait qu'il faut imiter jusqu'à se laisser pousser cette petite moustache pourtant parfaitement incongrue sur le visage d'un ado du 21ème siècle. Imiter ce père mort, c'est le ressusciter mais il faudra bien, un jour, faire le deuil. Pour Angel, cela va prendre 10 ans et une boite. Cette très belle histoire montre la difficulté de se trouver, de s'accepter tel qu'on est , de révéler Vachement moi de Emmanuel Bourdier aux éditions Nathan poche / humour A partir de 10 ans Sans aucun doute, l'auteur a une dent contre les machines, scanners, ordinateurs et cartes à puce de toute sorte qui permettent de nous suivre et de nous ficher. Et il a choisi l'humour pour faire passer son message. Dans l'école de Paul, tout le monde s'est fait tatouer un code barre qui permet de vous reconnaître. Mais un jour, après une chute qui lui blesse la main, la machine indique que Paul n'est plus un enfant mais une vache. Et comme, c'est bien connu, les machines ne peuvent pas se tromper, tout le monde, directeur, ami et parents se rangent du côté du scanner et traitent Paul comme une vache. Seul Paul décide de se battre pour prouver qu'il est bien un enfant. Mais rien ne fonctionne comme il le voudrait... C'est vraiment un texte très rigolo, dans les situations mais aussi dans l'écriture, avec des jeux de mots et des expressions clin d'oeil qui font sourire. C 'est un beau plaidoyer contre l'absurdité de l'administration aveugle et l'avènement des machines toute puissantes qui empêchent de penser de réfléchir, d'avoir du bon sens. Après ce petit livre, vous risquez de vous méfier peut être un peu plus de votre carte à puce. Il fait glagla de Christian Lamblin et Aurélien Débat aux éditions Nathan poche / premières lectures A partir de 6 ans ( 5,50 euros) Ce petit livre-album très illustré pourrait largement prendre sa place dans le monde imaginaire et décalé de Claude Ponti ( c'est un énorme compliment et si vous ne connaissez pas l'univers de cet auteur jeunesse, jetez vous sur ses albums) "Il fait glagla" est un livre de saison. Sur une planète où il fait chaud, une énorme pierre bleue tombe du ciel en faisant frôaaa....et le lendemain la terre est dure et quelqu'un glisse en faisant zioup. On appellera donc cette terre la zioup ( la glace). De la pluie blanche tombe et quand on marche dedans cela fait cre cre. On 'appellera donc cela de la cre cre ( neige) et on marche dans la cre cre et on peut faire des boule de cre cre. Voilà quelques unes des trouvailles de l'auteur qui crée un nouveau langage que vous adopterez peut être pour rire tout simplement. Il faut absolument lire ce livre à haute voix , c'est ici que le texte prend toute sa dimension hilarante. L'imagination débridée de l'auteur vous emmène dans un monde complètement surréaliste et drôle. Ne ratez pas ce petit livre génial et n'hésitez pas à le partager avec des ados ou même des adultes qui, s'ils ont un petit grain de folie, devraient l'adorer. Rouge ! De Alice Brière-Haquet et Elise Carpentier aux éditions Motus A partir de 4/5 ans (11 euros) Ce petit album rouge va à l'essentiel. Les dessins en noir rouge et blanc, aux traits épais, très simples, sont d'une efficacité redoutable. L'histoire prend à contre pied tout ceux qui glorifient les vieux et c'est plutôt réjouissant. Les papis et mamies sont charmants mais parfois en dehors du monde d'aujourd'hui. Pas toujours facile de comprendre les plus jeunes alors pourquoi toujours vouloir leur donner ce qu'ils ne vous demandent pas. Il faut parfois savoir rester à sa place , ne pas trop les protéger car on peut obtenir l'effet inverse. Dans cet album, l'humour est grinçant mais pas méchant. La mamie tricoteuse qui veut faire plaisir à sa petite fille, se trompe chaque fois un peu plus et s'enfonce dans ses erreurs . Cela fera rire les plus petits et sûrement réfléchir les adultes. Le chat qui aboyait de Gérard Moncomble et Pawel Pawlak aux éditions Milan Jeunesse A partir de 3 ans Un album pour les petits sur la tolérance à travers une histoire de chiens et de chats, c'est une belle idée et ça fonctionne parfaitement. Les chiens sont les seuls à pouvoir aller à l'école car dans ce monde, les chats sont considérés comme définitivement stupides. Cachou, le chat, va leur prouver le contraire. Sous son masque de chien, il montre que non seulement il peut apprendre mais qu'il est aussi futé et courageux. Pourquoi y aurait-il d'un coté les gens bêtes et de l'autre les gens intelligents , d'un coté les beaux , de l'autre les moches , d'un coté les riches , de l'autre les pauvres : on peut aller très loin dans cette "mise en case" montrée du doigt par cet album qui peut servir de support à u n e g ra n d e d i s c u s s i o n q u a s i philosophique. Quand aux illustrations faites à partir de découpages et de collages, elles sont pleines de surprises et donnent un vrai cachet à cet album pour les tout petits. Par Martine Bréson C U R I O S I T É S L I T T É R A I R E S Rodolphe Trouilleux Une oeuvre magnifique de Boilly : la fin de journée et le marché du plaisir… Depuis une trentaine d'années, Rodolphe Trouilleux entasse dans son cabinet de curiosités de vieux bouts de papiers, des coupures de presse jaunies ou des documents d'archives qui n'ont qu'un dénominateur commun : PARIS. Par Eric Poindron Depuis une trentaine d'années, Rodolphe Trouilleux entasse dans son cabinet de curiosités de vieux bouts de papiers, des coupures de presse jaunies ou des Il a pu ainsi publier le manuscrit inédit de Robert Ducreux, un avocat vivant en 1762 et qui trouvait - déjà ! - que les parisiens mangeaient mal. Puis d'autres documents lui ont servi à rédiger une biographie de la cantatrice Sophie Arnould ou de l'archiviste Campardon... Paris secret et insolite, qui reparaît dans une version augmentée - des impasses oubliées, des villas secrètes, les pierres de la guillotine sont parmi les nombreux lieux et thèmes évoqués dans ce livre indispensable - aux éditions Après bien des hésitations, il sort parfois un volume, une compilation plus ou moins savante regroupant quelques-uns de ces antiques grimoires. documents d'archives qui n'ont qu'un dénominateur commun : PARIS. Parigramme demeure ; à ce jour, son, plus grand succès – mérité ! il est aussi l'auteur de Les animaux de Paris, histoire insolite et Montmartre des écrivains, deux livres remarquables et jubilatoires aux éditions Bernard Giovanangeli. Son dernier ouvrage est consacré a Palais Royal, haut lieu de l'amour tarifé et des femmes de modestes vertus. Ou quand le Paris Licencieux était à ciel ouvert et l’érotisme au jardin... Paris au noir (à paraître en 2010, NDLR) Croyez-vous aux prévisions météorologiques ? Pas vraiment… surtout depuis que je possède une maison de campagne en Sarthe… Les généralités météorologiques sont toujours détestables. Je préfère regarder mon vieux baromètre du XIXe… Il se trompe rarement. Regardez vous le ciel, et les étoiles, quand il fait nuit ? OUI… Et je reste émerveillé par toute cette immensité (voilà qui est banal !) Le ciel de mon village Sarthois et lumineux et la voie lactée me rend rêveur ! Que pensez-vous du ciel et des étoiles quand il fait nuit ? Tout cela me renvoie à ma minuscule personne… Pfuit !… Un souffle et il ne restera rien de moi, sauf peut-être quelques feuilles jaunies par le temps… Que vous inspirent les cathédrales, les églises, les mosquées, les calvaires, les synagogues et autres monuments religieux ? Un sentiment de paix, alors que je ne suis pas du L'ÉTRANGE QUESTIONNAIRE DE RODOLPHE TROUILLEUX ET LES « COQUINERIES » DU PALAIS-ROYAL Écrivez la première phrase d'un roman, un nouvelle, ou d'un livre étrange à venir. tout croyant. C’est aussi dans ces lieux que je marche dans les pas des générations passées. De quoi avez-vous peur ? Du noir de ma chambre à la campagne, et du silence oppressant de ce même lieu… mais, chut, un petit bruit ?… Ouf, c’est seulement le chat qui se gratte l’oreille ! En l'instant, à l'exception de l'ordinateur, quel(s) bruit(s) entendez-vous ? de chine, ma femme et j’en passe ! Etes-vous fou ? Oh oui ! Même si je n’en ai pas l’air… Tout le Ma femme qui replie la nappe du repas de midi. Une fenêtre qui se ferme, un merle qui salue la fin de l’hiver. Sans tricher, qu'est-ce qu'un « cabinet de curiosités » Une merveilleuse accumulation d’objets originaux et insolites : un vieil os, quelque caillou à la forme étrange, un petit buste d’enfant, une antique publicité, le couteau d’un assassin, une plume d’oiseau disparu, un livre minuscule… Quel est le dernier rêve que vous avez fait ? J’étais à Versailles, au petit Trianon… Je volais audessus puis je redescendais vers le sol. Un jeune homme courait au loin, venant dans ma direction. Il se rapprocha de moi et je constatais qu’il vieillissait en courant, puis il me dépassa et accéléra le mouvement. Il disparut dans l’infini d’une lumière éclatante. Cet homme, c’était mon père, disparu en 1986… Qu'est-ce que vous voyez sur les murs de la pièce ou vous êtes ? Une toile du caricaturiste Cham, deux aquarelles de Cham, un baromètre en bois découpé, un chandelier art nouveau, un éléphant en ivoire de mammouth, la statuette de l’épouse de Carolus Duran, une bibliothèque bourrée de livres, un vase monde me croit sérieux, mais je suis insensé ! Croyez-vous en l'existence des sociétés secrètes ? Forcément, car j’en suis membre. Quel est le dernier livre étrange que vous ayez lu ? « Les rêves et les moyens de les diriger » par d’Hervey de Saint-Denys Aimeriez-vous vivre dans une gare désaffectée ? Non… J’aurais trop peur des trains fantômes. Avez-vous déjà pensé vivre à l'étranger ? Non. Pourquoi ? Parce que je n’ai nul besoin d’aller chercher au loin ce que j’ai à côté de chez moi. Quel est le livre le plus étrange que vous avez lu ? La draisine de Carl-Henning Wijkmark. Écrivez la dernière phrase d'un roman, d'une nouvelle, d'un livre étrange à venir. – Je vous aime monsieur, et si le cœur vous en dit, je serai chez moi, ce soir, à 19 heures 30. En dehors de Paris secret et insolite qui est devenu un classique pour les amoureux de Paris, quel autre de vos livres conseilleriez-vous aux lecteurs ? Le dernier, Le Palais-Royal, un demi-siècle de folies” chez le bel éditeur Bernard Giovanangéli. Comment vous est venue cette idée de livre ? Après avoir parcouru et rêvé tout au long de ces années, dans les galeries de pierre, j'ai eu l'idée de faire cette étude, uniquement consacrée à l'histoire fort mouvementée du jardin et des galeries. Un grand plaisir pour moi de remonter le temps et de fréquenter les cafés d'autrefois ou de suivre les nymphes des arcades… J'espère faire partager mon enthousiasme pour ces temps lointains chamarés, brillants et souvent tragiques Alors donnez-nous envie d'aller nous promener au Palais-Royal, votre Palais- Royal... Ce livre est un hommage aux millions de personnes qui travaillèrent, s’amusèrent, ou s’aimèrent ici. Des marchandes de mode aux libraires, des joueurs acharnés aux petits polissons qui y goûtèrent à quelque autre plaisir. Les soubresauts de l’histoire ébranlèrent aussi la calme quiétude de ces lieux, particulièrement pendant la période révolutionnaire. Des magiciens, des comédiens, des bateleurs amusèrent aussi des spectateurs transportés par leurs grimaces et leurs inventions. Du théâtre d’ombres de Séraphin au « Fantoccinis » italiens en passant par les spectacles donnés au théâtre du Palais Royal, ce s galeries vibrèrent des applaudissements et des rires à gorge déployée fusant de salles souvent étroites et peu commodes, mais où opérait une magie communicative. La gastronomie a connu des heures de gloire ici, et les banquets, repas d’affaire ou d’amour s’y sont succédés à un rythme effréné. Le Grand Véfour reste un unique témoignage de ces lieux de plaisir, et ses magnifiques peintures et boiseries évoquent les fastes de l’ancien régime. Les cafés – les vrais, où l’on pouvait s’arrêter longtemps pour discuter, jouer ou boire du punch – ont hélas depuis longtemps disparu. Rouvrons les maisons de jeux, permettons à nouveau aux « nymphes » de musarder sous les péristyles, et vous verrez revenir au pas de course les descendants des promeneurs d’autrefois. Ils seront charmés, amusés, bernés, tout comme ces Parisiens du temps jadis dont je vais tenter maintenant de vous conter l’histoire. Rodolphe trouilleux a créé et anime aussi le blog Paris secret et insolite (http:// parissecretetinsolite.unblog.fr/) Si vous souhaitez lui poser des questions sur Paris, son environnement, ses bonnes et mauvaises histoires, ou lui faire connaître un aspect de la capitale qui vous séduit particulièrement, écrivez-lui ! Il vous répondra le plus vite possible. Rodolphe Trouilleux est aussi prêt à relayer dans les liens tous les sites concer nant Paris, son histoire et son patrimoine. ERIC POINDRON Retrouvez Eric Poindron sur son blog blog.france3.fr/cabinet-de-curiosites/ CULTURE FROM MONTRÉAL PAR ALINE APOSTOLSKA, CORRESPONDANTE À MONTRÉAL DU BSC NEWS MAGAZINE Journaliste et écrivain française, Aline Apostolska vit et travaille à Montréal depuis 1998. Après dix ans à l’antenne de Radio-Canada, elle est maintenant chroniqueuse culturelle au quotidien La Presse. Elle dirige également la collection littéraire Ici l’Ailleurs aux éditions Leméac, où elle a édité 21 récits de vie depuis 2001. De septembre 2006 à mai 2009, à la Grande Bibliothèque de Montréal, elle a animé les Midis Littéraires, une trentaine d’entrevues de fond autour du parcours créatif d’écrivains francophones, série qui sera reprise à la télévision sur le Canal Savoir à partir de septembre 2009. Dans le même esprit, elle anime à présent Visages de la danse, série de grandes entrevues autour de chorégraphes internationaux. Depuis 1987, elle a publié une trentaine de titres pour adultes et jeunes, qui sont autant de fragments épars d’une interrogation sur l’identité et la transmission. www.alineapostolska.com Les entrevues du dimanche d’Aline Par Aline Apostolska On imagine toujours que février est le plus froid des mois d’hiver et c’est «normalement» le cas, mais, rien qu’à voir le manque de neige sur les J.O de Vancouver, on comprend qu’il y a comme un problème… En ce mois de février 2010, il fait bien moins froid au Canada en général et à Montréal en particulier que dans certaines régions méridionales françaises… on regarde avec jalousie les mètres de poudreuse qui se sont abattues sur nos très proches voisins de Washington et New York en disant « hep, nous on est au nord alors quoi ? c’est pas juste ! »… Mais bon, trêve de météo, deux grands festivals réchauffent encore plus la métropole québécoise en février. D’abord, du 5 au 12 février, il y a eu la 9ème édition du magnifique Festival Voix d’Amériques concocté par Les Filles Électriques, l’écrivaine et performeuse D.Kimm en tête, qui est un hymne au texte dit, interprété, chanté, toujours devant et avec le public, trilingue comme le continent américain, du Spoken word, slam et autre Combat contre la langue de bois (y’a du boulot !), avec audace et avantgardisme, différence et sincérité. Voix d’Amériques c’est une attitude, inspirée de l’underground newyorkais, où il y a beaucoup de filles, et cette année l’invitée d’honneur a été Ursula Rucker, performeuse engagée issue du spoken word, de la musique urbaine et du hip hop, et les soirées ont été électriques. Notamment avec Sky de Sela (sœur de la regrettée Lhasa), le cabaret Dada, les 5 à 7 band+poésie et le spectacle de Fred Fortin. Des soirées dans un lieu atypique aussi, la Sala Rosa, club social espagnol où l’on va toute l’année manger la paëlla et regarder le flamenco, qui devient pendant le festival un lieu décalé et hype à souhaits. www.fva.ca Et puis aussi, avec une envergure, notamment financière et médiatique, tout à fait autre, arrive du 18 au 28 février le Festival Montréal en Lumière qui est un pari de faire la fête, en grande partie dehors, même dans le froid et l’obscurité de février, une sorte de fête païenne destinée à exorciser la longueur et la CULTURE FROM MONTRÉAL PAR ALINE APOSTOLKA, CORRESPONDANTE À MONTRÉAL DU BSC NEWS MAGAZINE langueur hivernales. Spectacles chauds et internationaux, invités de grand prestige (dont toujours beaucoup d’artistes français) sorties, performances, Nuit Blanche le 27 février (merci Lyon qui a inauguré la chose il y a quelque temps déjà…) et chaque année un volet gastronomique très prisé, avec cette année, le Portugal comme pays culinaire invité (c’était la France en 2009), ainsi que les fromages d’ici. Eh oui, compatriotes français, le Québec compte plus de 400 très excellents formages qui n’ont rien à envier aux nôtres, même si beaucoup des nôtres les ont inspirés… Feux, folie, artistes, spectacles dehors et dedans, bonne bouffe et bons vins, c’est une recette gagnante contre l’hiver, rappelons-le ! www.montrealenlumiere.com Quant à moi, eh bien je continue ce mois-ci mes entretiens avec des acteurs renseignés de la littérature québécoise, en attendant un dossier Spécial Littérature Québécoise prévu pour avril 2010, en parallèle au Salon du Livre de Québec. Ce mois-ci, rencontre passionnante et inattendue avec Philippe Duboé-Laurence, qui après avoir œuvré 25 ans au sein de la direction commerciale de Gallimard, comme déléguée pour l’Europe du nord, notamment Belgique et Suisse, mais aussi pour le Maroc, a pris la direction commerciale des éditions Leméac au printemps 2009. C’est son premier hiver à Montréal et il a accepté de livrer quelques réflexions à chaud, si j’ose dire, sur le vif en tout cas. Pertinents et impertinents, voici donc ses propos qui, certainement, offrent matière à discussion. Nous attendons vos commentaires avec joie, et d’ici là, portez-vous bien et bon hiver chez vous ! Entretien du dimanche avec Philippe DuboéLaurence, directeur commercial aux éditions Leméac. Vous avez décidé de vous installer à Montréal au printemps dernier? Est-ce l’amour de l’hiver ? Philippe Duboé-Laurence : Très juste mais enlevez « hiver »… Est-ce que ce que vous imaginiez du Québec vu de France est conforme à la réalité du quotidien et pourquoi (ou pourquoi pas ) ? Quid des relations humaines ? À vrai dire, je connaissais déjà un certain nombre de Québécois qui, tous, m’avaient bien prévenu des nombreuses particularités auxquelles je devais m’attendre à mon arrivée à Montréal. Effectivement je suis très surpris mais c’est de ne pas sentir ces différences. Peut-être cela viendra après mon « initiation », il ne faut jurer de rien. En revanche, la qualité des relations humaines est bien plus évidente qu’à Paris. Tout est plus simple, moins alambiqué et surtout moins agressif. Mais les Français ne sont pas si épouvantables que ça ? Rassurez-moi ! Sur le plan professionnel, vous avez pris la direction commerciale des éditions Leméac. Connaissiez-vous la littérature québécoise auparavant ? Non. J’avais lu quelques livres de Ducharme, d’Anne Hébert évidemment, et je connaissais le nom de Michel Tremblay. En fait je connaissais, sans les avoir lus, les auteurs publiés chez des éditeurs français. Mais comme vous le constatez, j’ignorais tout de cette littérature. Sur ce plan-là, quelle (s) idée (s) aviez-vous de la littérature québécoise avant de vous y frotter ? Cette idée a-t-elle évolué et sur quels points exactement ? À vrai dire, j’imaginais une littérature trop axée sur son particularisme, ne s’occupant que de son autonomie par rapport à la littérature française. Vous voyez comme j’ignorais tout. Je constate, depuis mon arrivée, qu’elle est bien vivante et surtout très diverse, qu’elle est influencée, elle aussi, par des courants américains, caraïbéens mais aussi européens. Aujourd’hui, à chaud, quelle est votre perception de la littérature québécoise, sa singularité, ses forces / ses faiblesses ? Je dois préciser que mon expérience « québécoise » est toute récente. Je ne peux pas avoir d’affirmations définitives sur cette littérature. Ce que je ressens c’est un foisonnement, une profusion de jeunes auteurs qui veulent raconter des histoires, comme leurs aînés, et non pas les autofictions chères aux auteurs français.
BSC NEWS FEVRIER 2010 - Page 55
BSC NEWS FEVRIER 2010 - Page 56
wobook
BSC NEWS MAGAZINE, le 1er magazine culturel ONLINE et francophone