BSC NEWS FEVRIER 2010 - Page 20 - INTERVIEWS Cheeky " Le Kama Sutra de Poche" Jérôme Attal "Grosse pagaille" Géraldine Levasseur " Ados, la fin de l'innocence" Julien Hodara - Wormee Jean-Jacques Pauvert " Ma conversion ou le libertin de qualité" Frédéric Clément "Bel Oeil" Phil SPÉCIAL ÉROTISME NUMÉRO 23 - FÉVRIER 2010 Rencontre Jérome Attal Interviews Frédéric Clément Les portfolios érotiques de Glenn Michel et de Juan Carlos Hernandez PAGAILLE MONSTRE Cheeky Le Montréal des livres Philippe DuboéLaurence Photo Couverture / Glenn Michel L’éclat du diamant 7 pages érotiques dans ce numéro Une sélection d’ouvrages pour éveiller vos sens s’avère au final aussi rouée et corrompue que n’importe quelle petite maîtresse citadine. C’est un brutal retour à la réalité. D’autant plus brutal que, vivant plus proches de la Nature, loin des tentations et de l’hypocrisie des grandes villes, on aurait pu espérer, ou du moins supposer, que les jeunes filles des campagnes en fussent épargnées. La nuit se referme. Retour à Paris et à la débauche, seule issue possible dans un monde corrompu de part en part. Dans votre correspondance avec Sophie de Monier, vous écriviez au sujet de Ma conversion : « Tu ne saurais croire combien ce cadre, qui ne semble rien, amène de portraits et de contrastes plaisants […] ; c’est une bonne charge et un vrai livre de morale. » Un « vrai livre de morale », vraiment ? Bien sûr ! Une peinture négative du vice, une caricature de la corruption des mœurs pour mieux la dénoncer, une gigantesque contrefision dirait la rhétorique [mot barbare qui signifie simplement un conseil ou une invitation ironique que l’on invite implicitement à ne pas suivre]. D’autant plus que, par les effets du procès de lecture pornographique, le lecteur ne peut que ressentir physiquement de l’aversion pour ce genre de pratique et de comportement, et donc l’abhorrer et le désapprouver. Si Ma conversion est un ouvrage subversif, ce n’est pas dans le sens où il inviterait à la débauche, mais parce qu’il subvertit le genre pornographique en le détournant de la simple production d’un effet de désir chez son lecteur pour procéder à une véritable dénonciation en règle de tous les dysfonctionnements sociaux. C’est donc en ce sens que cette pornographie est politique ? Elle est politique au sens étymologique du terme, mais également parce que mon narrateur s’élève dans l’échelle sociale jusqu’à devenir le favori de la favorite du roi et obtenir une sorte de ministère où il distribue places et avantages sans en avoir ni les compétences ni l’ascendance ; preuve de la dégénérescence de la monarchie française pour laquelle l’intérêt du peuple et de la nation n’est qu’une considération lointainement secondaire. Une manière de dénoncer les abus et les dérives arbitraires du pouvoir par le petit trou de la serrure, pour ainsi dire… Que diriez-vous aux lecteurs du BSC News pour leur donner de lire Ma Conversion ainsi que vos autres œuvres du second rayon ? Je leur dirai ce que le narrateur de Ma conversion écrit dans son épître dédié à « Monsieur Satan » et signé « Con-Désiros » : « Vous serez instruit de quelques tours de bissac où, tout fin diable que vous êtes, vous auriez eu un pied de nez. Mais que votre chaste épouse n’y fourre pas le sien ; car aussitôt cornes de licornes s’appliqueraient sur votre front séraphique. (…) Puissent les tableaux que j’ai l’honneur de mettre sous vos yeux ranimer un peu votre antique paillardise. Puisse cette lecture faire branler tout l’univers ! » Ma conversion ou le libertin de qualité, Lectures amoureuses de JeanJacques Pauvert, La Musardine, 8€ Œuvres érotiques de Mirabeau, L’Enfer de la Bibliothèque Nationale, Fayard, 24,50€ L’INTERVIEW 25 février 2010 Géraldine Levasseur PAR Mélina Hoffmann / photo D.R Géraldine, vous êtes journaliste pour Zone Interdite et le magazine Marie-Claire, et vous êtes également l’auteur de l’ouvrage Ados, la fin de l’innocence - Enquête sur une sexualité à la dérive récemment publié. Comment vous est venue l’idée de réaliser une investigation sur la sexualité des adolescents et d’en faire un livre ? J’étais frappée par le fait que la nouvelle génération d’ados vit les yeux rivés sur des écrans, ordinateur ou téléphone portable. Les images porno très trash y sont surepresentées et en libre accès. Je me suis demandé quel était leur impact sur les enfants dont la sexualité est en plein développement. Est ce qu’ils y trouvaient un modèle ? Des repères ? Est ce que ces images leur faisait peur ? Est ce qu’ils savaient que ce n’est pas la « vraie vie » ? Je me suis posée toutes ces questions et j’ai tâché de trouver des réponses. Pouvez-vous nous renseigner en quelques mots votre parcours ? Des études de droit, des débuts en presse quotidienne régionale, au Courrier de l’Ouest, puis des piges à Actuel et des reportages en free lance pour Envoyé Spécial, Demain le Monde, France 3, TF1, avant d’intégrer les rédactions de Marie Claire et Zone Interdite. Des ados qui déclarent ignorer que les fellations forcées constituent un viol ; une jeune fille de 12 ans qui déclare à son père vouloir devenir actrice de films pornos parce qu’elle « aime ça » ; un père qui offre un film X à son fils pour ses 13 ans… Vous attendiez-vous, en commençant cette enquête, à de telles révélations ? Qu’est-ce qui vous a le plus choqué au cours de cette enquête ? Ce qui m’a le plus choqué au cours de cette enquête, c’est l’impossibilité des adultes à aborder sereinement ces questions. Personne, à l’exception d’association comme Action Innocence, n’ose aborder frontalement les questions des violences sexuelles que subissent les enfants. L’Education sexuelle dans les établissements scolaires n’est pas en phase avec le monde de nos enfants. Elle est très en retard ou hygiéniste. Dans de nombreux collèges, lorsqu’un problème surgit avec un téléphone portable, on confisque le portable et on passe à autre chose. De même, c’est souvent la Brigade des Mineurs qui se retrouve au cœur de ces questions : est ce vraiment à la police d’agir ? N’est ce pas un traumatisme de plus que va subir un enfant, auteur ou victime ? Rappelons que la police est là pour caractériser une infraction et non pour faire l’éducation des enfants. débrouiller pour créer des rencontres vraies avec des ados. Ils m’ont semblé ouverts sur ces questions. Certains m’ont même posé des questions très pratiques auxquelles ils n’avaient pas de réponses. Par exemple : est ce que la dame fait semblant ? Pourquoi est ce qu’elle crie comme ça ? C’était hallucinant car je me suis rendu compte que très jeunes, ils se posaient des questions importantes sans avoir aucun moyen de trouver des réponses. Pensez-vous qu’il faille s’inquiéter pour les générations à venir ou une lueur d’optimisme est-elle permise selon-vous ? Bien sûr qu’il faut être optimistes car nos enfants sont l’avenir. Mais il est inadmissible que, de plus en plus cyniques face à l’appât du gain, les webmasters rivalisent dans la surenchère d’images trash, sur lesquels nos gamins tomberont un jour ou l’autre. Comme toujours, ce sont les plus fragiles qui trinqueront. Je crois qu’il est absolument indispensable de mettre les enfants en garde face à ces images. Pas trop tôt pour ne pas les effrayer mais l’entrée au collège me semble un moment opportun. Il faut les prévenir qu’ils peuvent trouver tout type d’images sur internet et leur rappeler que c’est interdit d’y aller avant 18 ans, afin qu’ils sachent que, même si ces images sont faciles d’accès (car il suffit de cliquer), elles leur sont interdites. Il est important pour les enfants de savoir qu’ils transgressent un interdit. Réussissiez-vous à aborder facilement le sujet avec les jeunes que vous rencontriez ? J’imagine que vous êtes vous-même Vous êtes-vous heurtée à certains murs ? maman ? Nourrissez-vous des craintes pour Les enfants sont prompts à parler. Comme vos enfants ? Comment tentez-vous de les je l’ai écrit, nos rencontres furent informelles : assise sur le capot d’une voiture ou sur le protéger de ce phénomène ? trottoir, en marchant dans la rue…Je n’ai pas eu l’autorisation des parents d’élèves pour entrer dans le collège que j’avais choisi, dont le proviseur pensait pourtant que c’était une bonne idée. Les parents étaient opposés à cette question du porno me disant que « c’était un faux problème ». A partir de là, j’ai dû me Je veux avoir confiance en mes enfants, parler avec eux, ne jamais rompre le dialogue et espérer que si toutefois, des images les bouleversent, ils auront les ressources suffisantes pour en faire part à des adultes. Je ne crois pas qu’il soit aisé de parler de sexualité avec ses propres parents. En revanche, la culture du dialogue est une clé pour l’éducation des enfants. Malgré mon enquête édifiante, je n’ai pas supprimé les ordinateurs à la maison mais je surveille les historiques et, plus que jamais, je veille à ce que le respect soit un mode de vie. qui nous ressemble tant va réussir à tenir le choc et je viens de terminer ce roman contemporain et sombre de Delphine de Vigan. Quels conseils voudriez-vous donner aux parents d’ados qui vous lisent ? De croire en l’amour et de se respecter. Avez-vous eu un coup de cœur en librairie récemment ? Le dernier livre qui m’a marqué est Go Fast de Pierre Maraval paru chez Hugo et Cie : un roman sur le trafic de shit entre le Maroc et la France, extrêmement bien documenté. Ce livre est passé inaperçu, c’est dommage car il est, me semble t-il, un des meilleurs ouvrages écrit sur la question. Y a-t-il d’autres sujets qui vous tiennent à cœur et que vous n’avez pas encore eu l’occasion d’aborder ? J’ai déjà travaillé sur le cannabis et j’ai l’intention de recommencer : plus de sept tonnes de shit arrivent chaque semaine en ile de France. Nos enfants sont les premiers consommateurs et il est essentiel de leur montrer les trafics qu’ils financent malgré eux. Quels livres peut-on trouver sur votre table de chevet ? D’autres vies que la mienne d’Emmanuel Carrère, A l’ombre de ma vie de Florence Cassez et Les heures souterraines de Delphine de Vigan. Je suis bouleversée par ces trois ouvrages que je lis en même temps. Le premier dans le métro, le témoignage de Florence Cassez m’accompagne lors du déjeuner, je me demande comment cette fille «Ados, la fin de l’innocence - Enquête sur une sexualité à la dérive» de Géraldine Levasseur - Editions Max Milo «Amoureuse d’une Star» de Joana Gomes The Book Edition Voulez- vous connaître la face cachée du monde des Stars., mais a quel prix ? un monde de pau v r e s e t d e m i l l i a r da i r e s cachés derrière une carapace ! Vous êtes auteur ou écrivain ? Vous venez de publier votre livre ! La publicité de votre ouvrage de le BSC NEWS MAGAZINE auprès de 65 000 lecteurs à partir de 50,00 € T.TC Je découvre cette offre exceptionnelle >>> Achetez le livre >>> Une sélection d’ouvrages Pour éveiller vos sens et vos curiosités sensibles Voilà le second volume de la diptyque de Tim Pilcher qui retrace la bande dessinée érotique de 1970 à nos jours. Un livre magnifique et savamment documenté et commenté pour les amateurs du genre. De la BD érotique aux USA passant les comix gays et lesbiens jusquʼà lʼérotisme européen, soyez assuré dʼun bon moment de lecture. En tout cas, les Editions Tabou savent y faire ! Cet ouvrage rassemble les dessins érotiques et un tantinet pornographiques de lʼhomosexualité par Jean Cocteau. Âmes sensibles sʼabstenir face aux traits crûs. On ne manquera de citer la présentation dʼAnnie Guédras et un texte dʼintroduction de Pierre Bergé. Cheeky nous livre ici le petit guide du Kama Sutra de poche qui vous suivra partout. Plus besoin de connaître sur le bout de vos sens, lʼintégralité du Kama Sutra indien. Grâce à ce petit livre, révisez vos classiques en un coup dʼoeil ou expérimentez la pesanteur érotique en un tour de rein. Un livret audacieux, décalé et qui ne manquera pas de pimenter vos soirées de printemps à venir... La B.D érotique Volume 2 - De 70 à nos jours Tim Pilcher Editions Tabou 35 € «Ils» Dessins érotiques de Jean Cocteau Editions Hors Collection 38 € Kama Sutra Cheeky Kelly Editions Hors Collection 3,90 € Une sélection d’ouvrages Pour éveiller vos sens et vos curiosités sensibles Albert Champeau revient cette fois-ci avec un chant érotique dʼune puissance incroyable. Un lyrisme poétique, charnel sensuel qui ne pourra vous laisser indifférent par la profusion dʼune écriture riche ! Un roman érotique sans tabou aux coeurs des îles. Géraldine Levasseur traite de la banalisation de la pornographie chez les jeunes dʼaujourdʼhui qui provoque des comportements sexuels déviants chez nos enfants. Lʼauteur sʼest immergée dans les services de la Birgade des mineurs pour tenter de comprendre. Un livre qui ne doit pas manquer de tenir une bonne place dans votre bibliothèque. Le Vin et lʼAmour de Philippe Brenot étudie les liens étroits qui unissent lʼamour et le vin. Magistralement documenté pour un sujet aussi vaste et passionnant ! De lʼérotisme pur sucre Bouleversant ! Ados, la fin de lʼinnocence Géraldine Levasseur Editions Max Milo 19,9 € Un incontournable ! La Bête à bon Dieu Albert Champeau Editions BSC Publishing 18 € Le Vin et lʼAmour Philippe Brenot Editions Féret 49 € L’ENTRETIEN D’ÉLODIE 25 février 2010 « Quand on est vraiment amoureux de quelqu'un, on n'a pas le choix. Ni le choix de fuir, ni le choix de passer à quelqu'un d'autre...» Jérôme Attal Rencontre avec Jérôme Attal C'est sagement assis sur une banquette du “Klay Club”, que nous retrouvons Jérome Attal qui a accepté de mettre le pied pour la première fois de sa vie dans un club de sport afin de nous parler d'histoires d'amour dont nous serions les héros, de femmes fatales, de rencontres ratées, d'escapisme impossible, de littérature et de la vraie vie, de Paris et de la mort de Salinger dont il reste inconsolable. Interview et photos / Élodie Trouvé P O R T R A I T premier à publier un livre comme ça. Je me suis donc jeté dans l'écriture de ce livre avec beaucoup d'euphorie et d'enthousiasme. Combien y-a-t-il d'histoires dans ce livre, combien d'histoires possibles? Jérôme Attal : Il y a deux histoires principales. Et une multitude de ramifications, de microhistoires, autour de ces deux histoires. Comme dans la vie. Au-delà du genre, “le livre dont vous êtes le héros” des adolescents, ce qui m'intéressait, c'était d'explorer un propos philosophique. J'ai voulu faire quelque chose d'élaboré par rapport à ma propre écriture. Dans la vie, on rencontre des personnes à un moment donné. L'une d'elles peut vraiment vous plaire, mais à ce moment là, on ne choisit pas forcément d'aller dans sa direction. Cette personne n'est pas disponible ou c'est vous qui ne l'êtes pas par exemple. Ces gens perdus de vue, peuvent revenir une deuxième fois dans votre vie, cette deuxième rencontre pouvant se faire des semaines, des mois, voire des années plus tard. Ce format de livre m'a permis de travailler cette notion de synchronicité entre les êtres, dans les rencontres, de la ramener au genre de l ' h i s t o i r e d ' a m o u r, m o n t h è m e d e prédilection. Une histoire d'amour c'est un labyrinthe.... et ce livre “à multiples choix” est formidable pour explorer cela. Pourquoi dans le sous-titre, y a-t-il ce “peutêtre”? La première histoire d'amour dont vous serez “peut-être” le héros ? Jérôme Attal : C'est une manière humoristique de sous-entendre qu'on n'est jamais le héros de sa propre histoire d'amour. On se fait toujours ballader... Y-a-t-il une vraie liberté pour le lecteur? Estce que le lecteur a la possibilité d'échapper à l'histoire que vous avez construite? J'ai essayé d'échapper à Clémence, l'ex du narrateur, en vain... J'ai eu beau faire, dans mes choix, je D'où vous est venue cette idée de faire et construire un livre comme “Pagaille Monstre”, votre cinquième roman qui vient de sortir? Jérome Attal : J'ai l'impression qu'aujourd'hui, pour faire un roman, il faut avoir des idées, et être ludique dans la mise en forme de ses idées. Mon dernier ouvrage du genre, “Le garçon qui dessinait des soleils noirs” était un roman parmi d'autres romans. J'adore les romans purs, mais j'ai voulu m'emparer d'un genre, “le livre dont vous êtes le héros” des adolescents et y apporter mon écriture. Je trouve qu'aujourd'hui faire un pur roman c'est beaucoup de travail et d'espérance avec peu de résonnance dans le monde actuel. J'ai donc essayé de réfléchir à une mise en forme plus ludique et intuitive de ce que je voulais écrire. Une fois que j'ai eu l'idée, je me suis dépêché de l'écrire, car je voulais être le P O R T R A I T me suis retrouvée à rouler dans une voiture v e r s Tr o u v i l l e a v e c Clémence et la radio bloquée sur Nostalgie! J é r o m e Attal : Vous auriez pu y é c h a p p e r, mais vos choix, la situation dans laquelle vous vous êtes retrouvée, expliquent ce que vous êtes. Ce que vous me racontez de vos choix dans le livre m'en dit beaucoup sur vous. A savoir, que pour vous, le passé est terminé. Une fois que c'est fini, c'est fini. Vous êtes bien une fille! Le livre est un véritable miroir pour le lecteur ou la lectrice. Même si le narrateur est un garçon. Je me suis dit d'ailleurs que les filles aimeraient bien se mettre dans la peau et la tête d'un jeune type comme lui, pour faire des choix de personnes, de rencontres, d'histoires possibles. C'est passionnant pour moi de voir quel est le chemin que la personne que j'ai en face de moi a choisi.... J'ai fait un site sur internet, sur lequel les lecteurs pourront laisser leurs commentaires. Cela va être amusant et intéressant. Y aura-t-il un autre livre comme ça? Si cela a du succès, oui, j'aimerais bien. J'ai d'autres idées. A force de travailler sur quelque chose, on l'affine. J'ai d'autres envies par rapport au genre, j'aimerais en repousser encore les limites. Ce qui m'intéresse, c'est de ne pas faire non plus trop de concessions par rapport à mon écriture. C'est mon cinquième livre, je voulais que les gens qui me suivent puissent retrouver mon écriture, des clins d'oeil à ce que je suis, mes thématiques, mes autres livres. J'aime l'idée d'une continuité entre tous mes écrits quelqu'ils soient. Il y a une nette opposition dans le livre entre Paris et la grande banlieue. C'était important? Oui. Ainsi, le héros est désemparé puisqu'il débarque de sa grande banlieue à Paris. Cette rupture géographique symbolise également une rupture entre le passé et le présent. Lorsque l'on choisit de s'expatrier, on est moins ramassé sur ses connaissances, ses souvenirs, ses rassurances. Dans une grande ville, on perd ses repères, les visages familiers, on ne voit plus les mêmes personnes tous les jours. Et en même temps, au bout d'un certain temps, on retombe souvent sur les mêmes personnes finalement. C'est ce que j'adore dans cette ville, cette ambivalence. Dans Paris, on peut à la fois fuir quelqu'un et le retrouver plus facilement qu'ailleurs. L'enjeu de ce livre, de cette narration, c'est aussi l'histoire de ce jeune-homme qui rencontre tout un tas de charmantes créatures, qui est dans l'incapacité de choisir, d'en choisir une, jusqu'à ce qu'il tombe amoureux fou et devienne complètement dépendant d'un des personnages féminins. Jérome Attal : Oui, ce qui m'intéressait aussi c'est cette idée que quand on est vraiment amoureux de quelqu'un, on n'a pas le choix. Ni le choix de fuir, ni le choix de passer à quelqu'un d'autre, parce qu'on est complètement accroc d'une personne. Par e x e m p l e m o n n a r r a t e u r av e c A r i a n e effectivement. Il est embarqué dans cette histoire presque malgré lui, il est complètement tributaire des choix de cette fille. Du coup le lecteur aussi. Il n'y a plus de liberté, ni pour le narrateur, ni pour le lecteur, et donc on avance ainsi, à l'aveugle, avec les conséquences que cela implique. Il y a des moments comme ça dans la vie ou l'on est ravit à soi-même, on ne contrôle plus rien, une seule personne peut
BSC NEWS FEVRIER 2010 - Page 20
BSC NEWS FEVRIER 2010 - Page 21
wobook
BSC NEWS MAGAZINE, le 1er magazine culturel ONLINE et francophone