BSC NEWS MAGAZINE DE SEPTEMBRE 2009 avec Cocoon - Page 1 - BSC NEWS MAGAZINE de Septembre 2009 - Avec Cocoon, Romain Voog, Adeline Courchet, Coco Tassel, Isabelle Condou, Joyce Carole Oates, Bye Horus SPÉCIAL RENTRÉE LITTÉRAIRE Photo - Couverture LIZA ROSE NUMÉRO 19 - SEPTEMBRE 2009 Isabelle Condou Romain Voog Adeline Courchet COCO TASSEL CULTURE FROM MONTRÉAL 54 CONSEILS POUR DEVENIR UN ÉCRIVAIN CÉLÈBRE COCOON L’interview Nouvelle Chronique JOYCE CAROLE OATES LA FEMME INVISIBLE Lire intelligemment ne nuit pas gravement à l’imagination et peut entraîner un plaisir intense et pérenne par Nicolas Vidal EDITODENICOLASVIDAL11septembre2009 Copyright photo D.CRESPIN Il y a déjà quelques mois, nous avions posé la question suivante, aurez-vous le temps de tout lire ? À l’orée de cette rentrée littéraire, la même question pourrait se poser avec quelques 700 ouvrages déversés depuis les sphères éditoriales. Mais sa perspective change quelque peu et pourrait imposer la déclinaison suivante; Que lire ? Car chacun s’amuse à sa façon de saisir et d’ouvrir un livre pour y butiner un mot, une phrase, une philosophie, un spleen ou pour bien montrer à tout le monde que Lire établit culturellement son homme. La collègue de boulot un brin bobo lira les 4 ouvrages qu’il-faut-lire- absolument pour se sentir acceptée par la floraison littéraire à la mode parce que toute la sensibilité, l’amour et le grand chambardement-magnifique- exquis-&-formidable est expliqué dans ce livre et qu’il apparaît comme... incontournable. Ou l’ami un peu précieux excédé par les sentiers battus de la promotion et du tout-venant culturel cherchera le ou les auteurs que seule une minorité prendra en considération. Et il ne manquera pas de vous asséner, au moment opportun, une liste d’auteurs aux noms imprononçables pour vous en boucher un coin. Et, aussi curieux que cela puisse vous paraître, vous serez blessé d’être aussi ignare en matière de rentrée littéraire. Ou encore les livres de personnalités qu’on achète systématiquement parce la médiatisation doit forcément assurer une qualité littéraire certaine. Du moins, on ose le croire. En somme, la Rentrée Littéraire n’échappe pas, elle non plus, à quelques règles fondamentales de mode, de culturellement correct, de tendances et de médiatisation. Une fois encore dans ce nouveau numéro du BSC NEWS, nous cultivons une volonté pugnace de vous proposer des lectures de tout horizons, de tout styles, de tout genres épurés de toutes ces orientations. La lecture doit rester un plaisir et ne doit souffrir d’aucune suffisance culturelle. Car Lire intelligemment ne nuit pas gravement à l’imagination et peut entraîner un plaisir intense et pérenne. Pour le reste, rien n’est moins sûr... Nicolas Vidal « La lecture doit rester un plaisir et ne doit souffrir d’aucune suffisance culturelle. Car Lire intelligemment ne nuit pas gravement à l’imagination et peut entraîner un plaisir intense et pérenne. Pour le reste, rien n’est moins sûr...» UNE NOUVELLE FAÇON DE LIRE DE CONSERVER ET DE PARTAGER LE BSC NEWS MAGAZINE Nous innovons afin de vous offrir un confort de lecture du BSC NEWS MAGAZINE décuplée avec de nouvelles options pour profiter pleinement de votre magazine littéraire culturel. Cette page vous présente les nouvelles fonctionnalités que vous avez désormais à votre disposition. Affichez le BSC NEWS en plein écran Envoyez le BSC NEWS à vos amis en un seul clic !Téléchargez et imprimez gratuitement le BSC NEWS en un seul clic sur votre ordinateur ! Sélectionnez une page et téléchargez-la en un clic sur votre ordinateur ! Visionnez notre sommaire interactif Recherchez une page, un article, un mot ou une expression Moteur de recherche dédié au contenu de ce numéro ! Trouvez ce qui vous intéresse ! «Les mélodies, tantôt sautillantes et envolées tantôt mélancoliques et posées, jonglent avec les ambiances et entraînent, avec élégance, l'auditeur dans une magnifique balade émotionnelle» Julie Cadilhac - BSC NEWS MAGAZINE COCOON L’ARTISTEDUMOIS11septembre2009 COCOON EST UN GROUPE DE POP-FOLK FRANÇAIS CRÉÉ EN 2006. MARK DAUMAIL ( CHANT ET CORDES) ET MORGANE IMBEAUD ( CHANT ET CLAVIER) SONT ACCOMPAGNÉS DE RAPHAËL SÉGUINIER ( BATTERIE) ET D'OLIVIER SMITH ( BASSE ET CONTREBASSE). COCOON CHANTE EN ANGLAIS ET A EMPORTÉ LE CONCOURS CQFD DES INROCKUPTIBLES AVANT D’ÊTRE L’UNE DES RÉVÉLATIONS DU PRINTEMPS DE BOURGES 2007. ON LES RETROUVE SUR MYSPACE (HTTP://WWW.MYSPACE.COM/ LISTENTOCOCOON) AVEC DEUX TITRES INÉDITS "HEY YA" ET "KUNG FU FIGHTING". LEUR PREMIER ALBUM, MY FRIENDS ALL DIED IN A PLANE CRASH, SORTI EN 2007, EST UN ENCHANTEMENT ACOUSTIQUE. LES MÉLODIES, TANTÔT SAUTILLANTES ET ENVOLÉES TANTÔT MÉLANCOLIQUES ET POSÉES, JONGLENT AVEC LES AMBIANCES ET ENTRAÎNENT, AVEC ÉLÉGANCE, L'AUDITEUR DANS UNE MAGNIFIQUE BALADE ÉMOTIONNELLE. DEUX VOIX ADMIRABLES DE PURETÉ ET DES ARRANGEMENTS INSTRUMENTAUX TALENTUEUX METTENT EN VALEUR LA QUALITÉ DES MORCEAUX ET C'EST UN SECRET DE POLICHINELLE QUE DE RÉVÉLER QUE LORSQUE COCOON EST EN SCÈNE, LE PARTERRE EST CONQUIS. SOUHAITONS-LEUR LA PÉRENNITÉ! PAR JULIE CADILHAC / PHOTOS LIZA ROSE Bonjour Morgane, le BSC NEWS MAGAZINE est un magazine en ligne. Que doit, de son côté, Cocoon au net ? Cocoon doit beaucoup au net car c'est grâce à notre myspace que nous avons rencontré notre label, Sober and Gentle, et que nous avons pu faire notre premier live sur Paris, en juin 2006 à la Flèche d'Or. Nous essayons d'être présent au maximum et de répondre le plus possible aux mails, commentaires etc.. N o u s a v o n s d ' a i l l e u r s u n s i t e : www.frompandamountains.com sur lequel peuvent s'inscrire ceux qui le souhaitent afin de suivre toutes nos actus, vidéos, photos, dates de concert et plein d'autres choses. Comment se déroulent les moments de création ? Est-ce facile de travailler à deux ? Et qui fait quoi ? Les moments de création se font dans un premier temps seul. C'est à dire qu'il y en a un qui amène une base guitare voix à l'autre qui s'occupe de l'arranger. Pour ce premier album, toutes les chansons venaient de Mark car il en avait déjà écrites beaucoup et je suis arrivée dans un second temps. Je commence à composer depuis peu, je ne savais pas faire de "vraies" chansons avant d'acheter ma baby guitare, il y a seulement quelques mois. Les textes resteront toujours ceux de Mark et je pense que c'est important pour garder une cohérence. COCOON L’INTERVIEW CROISÉ MORGANE & MARK Par Julie Cadilhac L’ARTISTEDUMOIS11septembre2009 COCOON L’INTERVIEW de MORGANE Par Julie Cadilhac Une voix de velours… Rêviez-vous déjà toute petite d’être chanteuse dans un groupe de folk ? Ah Ah, tout d'abord merci ! Petite, je ne savais pas du tout ce que je voulais faire et je ne me doutais pas du tout en arriver là. Le folk est venu assez tard. Je voulais faire du rock à l'adolescence alors je chantais du nirvana, puis je me suis aperçue que ce n'était pas forcément très beau... ridicule parfois.. J’ai eu l’occasion de voir votre concert à la salle Victoire II à Montpellier où vous avez évoqué, avec beaucoup d’humour, détester Noël et ses traditions familiales…. Si vous deviez abolir un autre jour de l’année, lequel serait-ce ? Et pourquoi ? J'allais répondre Pâques mais j'aime beaucoup trop le chocolat ... Du coup, je vais dire la Saint Valentin car je n'ai pas encore eu le temps de bien la fêter et quand on aime, c'est la fête tous les jours. love love love love love love love ( rires ) Je vous ai, pour ma part, découvert il y a deux ans sur Myspace. Un autre groupe sur Myspace que vous nous recommanderiez ? Un autre groupe sur myspace j'en ai plein : http://www.myspace.com/chrisgarneau http://www.myspace.com/49swimmingpools ( je les ai découvert depuis peu et j'aime beaucoup ) voilà... Votre prochain album parle des animaux marins ? Un message écologique dans Sushi et ses autres acolytes ? Notre prochain album sera tout un concept autours des animaux marins, nous parleront de baleines, otaries, phoques, bateaux, marins ... Nous sommes en train de l'écrire actuellement. Comme pour le premier album, nous voulons que l'album s'écoute comme on lit un livre, du début à la fin. Le(s) message(s) écologique(s) : arrêter de tuer les bébés phoques pour leur peau, arrêter de faire des rouges à lèvres avec de la graisse de baleine. Allez, c’est à la l e c t r i c e q u e j e m ’ a d r e s s e maintenant : Si vous d e v i e z ê t r e u n p e r s o n n a g e d e roman, lequel serait- ce ? et pourquoi ? Martine, parce qu'au fond c'était une coquine. Dernier bouquin lu ? «OUI OUI et la gomme magique» Un en particulier qui vous a bouleversé ? Et pourquoi ? «L'amour dure 3 ans» de Beigbeder car j'étais émue de finir un livre pour la première fois de ma vie. COCOON COCOON L’INTERVIEW de MARK Par Julie Cadilhac COCOON Bonjour Mark, r a c o n t e z - m o i l’histoire de ce nom «Cocoon». On a choisi ce nom car i l e s t s i m p l e à comprendre surtout. Et je le trouve beau aussi. Tombé dans le chaudron de la musique tout petit ou autodidacte de la gratte dans les années de puberté ingrate ? Heu... Aucun des deux. Quelles sont vos r é f é r e n c e s musicales? Tout ce qui est reggae, & ragga. Il y a un contraste violent entre l’illustration de la pochette et le titre de votre album (et avoir assisté à l’un de vos concerts m’a prouvé que vous ne manquiez pas d’humour tranchant )? Pourquoi ? Que signifie ce titre « My friends all died in plane crash » en fait ? Que tous mes amis sont morts dans un accident d’avion. Du coup, j’ai décidé de raconter cette histoire et ses conséquences sur ma vie. On décèle une tonalité naïve dans certains de vos textes, Chupee en est un exemple. A son écoute , on se surprend à flotter , entraîné par des rythmes sautillants… Qu’est-ce qui vous faisait rêver enfant ? Les films de Miyasaki, les Inrockuptibles, Tetris sur ma Game Boy grise et les disques de soul et de hip-hop. Pourtant vos textes évoquent aussi la rupture, le viol, le meurtre… « La mélancolie, c’est apprécier la vie dans son côté sombre » ( dixit Keren Ann), est-ce votre philosophie ? Non. J’aimerais juste aller mieux. Si vous deviez être un personnage de roman, lequel serait-ce ? Et pourquoi ? En ce moment, Moby Dick. Parce que je voudrais une baleine. Dernier bouquin lu ? Ce sont les Chroniques Volume 1 de Bob Dylan. Et si vous en aviez un à conseiller ? Vincent Message, Les Veilleurs. Marie N’Diaye, Trois Femmes Puissantes. « Il y a du Bernhard Schlink chez Isabelle Condou. Comme dans Le Liseur, elle ramène admirablement les séquelles d’une nation au niveau individuel et raconte magistralement comment des destinées personnelles se retrouvent broyées par le rouleau compresseur de l’histoire collective.» Harold Cobert Depuis maintenant quelques années, une p a r t i e d e s j e u n e s romanciers français délaissent l’autofiction et les trente mètres carrés séparant le Flore du Deux Magots pour se tourner vers l’homme et le monde qui l’entoure. Pour autant, quitter le nombrilisme germanopratin ne veut pas dire renoncer à l’exploration de l’intime, mais juste articuler dialectiquement cette intimité avec ce qui lui est extérieur. La Perrita, troisième roman d’Isabelle Condou, est de ceux-là. Argentine, 1996 : deux femmes que tout oppose, Ernestina et Violetta, s’affairent pour préparer l’anniversaire d’une jeune fille. La première appartient à la classe moyenne modeste, l’autre à la grande bourgeoisie de Buenos Aires. Or, la jeune fille qu’elles attendent toutes les deux avec impatience est la même. Pour Ernestina, il s’agit de Rosa, sa petite fille que la dictature lui a arrachée en tuant son fils et sa belle fille. Pour Violetta, il s’agit de Malvina, la fille qu’elle a ravie à sa mère biologique pendant la dictature avec l’aide et la Fêlures d’Argentine Isabelle Condou Par Harold Cobert LEBILLETD’HAROLDCOBERTvendredi11septembre2009 Copyright photo/ Charles Dolfi-Michels Copyright photo/ SANDRINE ROUDEIX complicité de son mari, militaire blanchi de ses crimes après le Procès de la Junte. « La Perrita », terme affectueux qui signifie en Espagnol « petite chienne » ou « chienne bien aimée », c’est cette femme à qui l’on a enlevé son enfant, et qui hante tout autant les souvenirs inexistants d’Ernestina que les cauchemars de Violetta. À partir d’une situation extraordinairement simple, Isabelle Condou développe un roman qui explore deux fêlures familiales ainsi que celles de tout un pays et de tout un peuple. À proprement parler, l’intrigue ne se développe que sur une seule journée, celle où les deux femmes attendent Rosa/Malvina. Mais l’écriture d’Isabelle Condou, consacrant alternativement un chapitre à Ernestina et à Viloletta, creuse le temps et l’espace à la manière des scènes d’exposition des tragédies classiques et antiques. Sinueuse sans être obscure, elle met le présent en résonance avec le passé, l’histoire intime de ces deux femmes avec celle de l’Argentine. Pour Ernestina, l’absence de son fils et de sa petite fille est devenue une présence vide, mais obsédante. Pour Violetta, la présence de cette fille qu’elle s’est appropriée l’a condamnée au secret, à la dissimulation, au mensonge, et a creusé un vide et une absence glaciale autour d’elle. Deux facettes d’une même tragédie : l’incertitude de ce qu’on ne sait pas pour l’une, la vérité honteuse que l’on cache pour l’autre. Deux femmes, deux générations, un passé commun bien que différent, et un même présent source d’avenir : Rosa/Malvina. Les symboles foisonnent dans le roman d’Isabelle Condou. Impossible en effet de ne pas voir en ces deux femmes les deux Argentines brisées que la dictature a laissées face-à-face. Impossible également de ne pas voir dans leur petite fille et fille commune l’Argentine d’aujourd’hui, écartelée entre la honte et la souffrance de son passé, et qui tente malgré tout de se reconstruire un avenir. Et puis, il y a tous les chiens qui errent çà et là dans le récit, métaphore animale ambiguë car parfois bien plus humaine que les hommes qui ont fait l’histoire de ce pays. Il y a du Bernhard Schlink chez Isabelle Condou. Comme dans Le Liseur, elle ramène admirablement les séquelles d’une nation au niveau individuel et raconte magistralement comment des destinées personnelles se retrouvent broyées par le rouleau compresseur de l’histoire collective. Et il y a l’amour, enfin, l’amour d’une grand-mère pour sa petite fille inconnue et l’amour d’une mère pour sa fille « adoptée », seul sentiment qui, par- delà le bien et le mal, réunit Ernestina et Viloletta. Le même amour que, dans chaque phrase, Isabelle Condou déclare à l’Argentine. Un roman et une romancière qui ont du souffle. Harold Cobert La Perrita d’Isabelle Condou, éditions Plon, 20€. Pourquoi avoir situé l’action de votre nouveau roman en Argentine ? En fait je n’ai pas « situé » en Argentine ce que je voulais raconter, c’est l’Argentine qui m’a insufflé ce que j’allais raconter. L’action principale de votre roman se passe en 1996, treize ans après la fin de la dictature et deux ans avant la grande crise économique qui a ensuite ravagé le pays. Avez-vous choisi sciemment cette période de « calme » pour mieux développer votre histoire ? Absolument. De toute façon, quelle que soit l’époque, il était hors de question que je traite la situation économique du pays, c’était hors sujet par rapport à mon projet. J’ai choisi 1996 parce que je voulais que la jeune fille n’ait pas plus de 18 ans, car passé cet âge là, le fait qu’elle vive encore avec ses parents appropriateurs et dépende d’eux était moins évident à imposer, et je ne pouvais alors pas traiter le sujet comme je le fais. Je voulais effectivement éviter la question de la grande crise économique, mais aussi des choses comme Internet, les téléphones portables, etc., choses que je déteste et que je trouve la plupart du temps stériles du point de vue d’une histoire à raconter. Je préfère être toujours un peu en deçà de l’époque dite « aujourd’hui ». Comment sont nés les personnages d’Ernestina et de Violetta ? Ernestina était là dès le départ, je revenais via elle sur un thème qui m’est cher : la disparition. Le personnage de Violetta est venu bien après. Après mon premier voyage en Argentine. A l’origine, mon projet était la grand-mère et la petite-fille, mais ça ne fonctionnait pas, je n’arrivais pas à « dessiner » l’histoire que j’allais raconter. Une fois dans le pays, je me suis rendu compte qu’il manquait une figure de ce pays (le personnage de Violetta), mais avec les 3 personnages à traiter, ça ne fonctionnait pas non plus. Et soudain je me suis dit « je garde seulement les 2 femmes », et mon roman est né là. Votre roman s’intitule La Perrita. Pourriez-vous nous éclairer sur le choix de ce titre ainsi que sur le rôle symbolique que jouent les chiens tout au long de votre récit ? Une fois que j’ai su quels seraient mes 2 personnages, il me manquait le titre et il est très important pour moi, je ne peux pas écrire tant qu’il n’existe pas parce qu’il me donne le fil à suivre. Ce que je savais, c’est que le titre serait en espagnol, ça c’était non négociable. Quand je suis arrivée en Argentine pour la seconde fois, cette fois pour apprendre la langue et me « nourrir » des lieux, comme je ne parlais pas du tout l’espagnol, la première amie que je me suis faite là- bas était une chienne errante que je nourrissais tous les après-midi. Un jour, je l’ai trouvée malade et son regard en un instant m’a dit tout ce qui manquait encore à mon histoire, le fil que pour repère j’allais suivre. Et mon titre, mon histoire, c’était ça, c’était elle. Ses yeux. Symboliquement, ce titre dit simplement que la bête n’est pas celle que l’on croit. Que tout ce qui est soi- disant « inhumain », bestial, monstrueux est justement le propre de l’humain. Aucun animal d’aucune espèce n’est capable de commettre des crimes tels que ceux que nous commettons, tels que ceux commis en Argentine ou ailleurs, hier ou maintenant. Votre roman se situe à la croisée de la littérature de l’intime et de la littérature romanesque charriant la grande histoire. Etait-ce là une volonté de votre part d’écrire dans cette charnière délicate ? Aucune volonté je crois de ce côté-là si ce n’est raconter une histoire. Ce que j’aime, c’est écrire de la fiction. L’Histoire avec un H majuscule donne lieu souvent à des sujets riches, complexes, parce qu’en fait la réalité dépasse toujours la fiction, que ce soit dans l’horreur, la tragédie, ou les choses plus positives. Cependant, je n’ai pas du tout le sentiment d’avoir écrit un truc romanesque historique, et pas non plus un truc de l’intime. Simplement, dans mes textes, il n’y a pas de narrateur omniscient, je raconte toujours l’histoire du point de vue du personnage. En fait, je crois qu’il y a la « Littérature » (au sens noble), tout court, et puis il y a le reste. J’espère juste que mes textes sont du côté de ce que j’appelle la littérature. Si on lui adjoint un adjectif, on n’est déjà plus dans la littérature. HAROLD&L’ÉCRIVAIN11septembre2009 L’interview Isabelle Condou Propos recueillis par Harold Cobert
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