La vértitable histoire de Misha Defonseca - Page 1 - Extrait de Survivre avec les loups - La vértitable histoire de Misha Defonseca, Lionel Duroy © XO Éditions, 2011 ISBN : 978-2-84563-415-2 Job: Les_loups Div: 002 Page N°: 6 folio: 6 Op: sylvie Session: 18 Date: 31 août 2011 à 10 H 08 Lionel Duroy Survivre avec les loups La véritable histoire de Misha Defonseca document Job: Les_loups Div: 002 Page N°: 5 folio: 5 Op: flo Session: 20 Date: 1er septembre 2011 à 8 H 21 Misha Defonseca est une inconnue lorsqu’elle appa- raît pour la première fois dans les librairies françaises et belges, en 1997, avec une autobiographie au titre énig- matique et fracassant : Survivre avec les loups. Les Éditions Robert Laffont ont été conquises par ce récit et en ont acheté les droits à une petite éditrice amé- ricaine, Jane Daniel, qui n’a pourtant pas vendu plus de cinq mille exemplaires outre-Atlantique. Mais l’éditeur français croit que le livre peut être un succès en Europe, et il n’a pas tort puisque Misha Defonseca séduit près de trois cent mille lecteurs et est simultanément traduite en quatre langues. En 2005, les Éditions XO décident de republier l’ouvrage, après avoir demandé à l’auteur d’étoffer son témoignage. Misha Defonseca, qui n’était pas satisfaite de la première mouture du texte, se prête volontiers à l’exercice, et son autobiographie reprend rapidement place en tête du palmarès des meilleures ventes. Aux deux Job: Les_loups Div: 003 Page N°: 1 folio: 7 Op: sylvie Session: 16 Date: 31 août 2011 à 10 H 10 7 cent mille exemplaires écoulés entre la France et la Belgique s’ajoutent alors une vingtaine de traductions. Présent sur les trois quarts de la planète, Survivre avec les loups devient un best-seller mondial. Entre-temps, la réalisatrice Vera Belmont en a tiré un film qui sort sur les écrans belges en novembre 2007, et au tout début de l’année 2008 en France. Le succès ne se dément pas puisque près de sept cent mille personnes viennent partager, en images cette fois, le destin tragique de la petite Misha. Son histoire est bouleversante. Enfant unique d’un couple juif réfugié à Bruxelles au début de la guerre, Misha (Mishke dans son autobiographie) assiste en septembre 1941 à la rafle de ses parents par la Gestapo. Sa mère, Gerusha, est d’origine russe, son père, Reuven, d’origine allemande. Misha a sept ans. Elle est recueillie par la famille qu’avait sollicitée son père en cas de malheur, contre une somme d’argent. Ce couple vénal semble ignorer la compassion et, après avoir connu la clandesti- nité auprès de parents aimants – les premières pages de Survivre avec les loups font songer à la réclusion d’Anne Frank avec les siens dans leur réduit d’Amsterdam –, Misha découvre l’humiliation et la méchanceté. Pour lui permettre d’échapper au sort des enfants juifs, on lui fait établir de faux papiers d’identité. Elle s’appelle désormais Monique Valle. Par bonheur, elle fait la connaissance des grands- parents de la famille, qui ont une ferme dans les fau- bourgs de Bruxelles. Ernest et Marthe la réconfortent. Ils ont perdu un enfant, autrefois, et voient en Misha- Job: Les_loups Div: 003 Page N°: 2 folio: 8 Op: sylvie Session: 16 Date: 31 août 2011 à 10 H 10 La véritable histoire de Misha Defonseca 8 Monique une consolation, peut-être un signe du destin. D’ailleurs, Marthe, qui ne s’est jamais remise de ce deuil, appelle parfois Monique du prénom de ce fils disparu. C’est le grand-père, Ernest, qui révèle à la petite fille où ont été emmenés ses parents. À l’est, dit-il. Puis, comme elle veut savoir où se situe l’est, il sort un vieux livre de géographie, avec des cartes colorées, et lui fait découvrir l’Europe. La Belgique est jaune d’or, l’Alle- magne, verte, l’Italie, orange… « Ma mère est donc là, rêve-t-elle, quelque part dans ce vert sombre, si proche du jaune. » Quelque temps plus tard, Ernest lui offre une petite boussole logée dans un coquillage. « J’avais le sentiment que grand-père insistait beaucoup sur l’est, écrit Misha Defonseca. L’est, c’était une façon de me dire où étaient mes parents. Cette petite aiguille me reliait à eux, comme par magie. Je pouvais regarder dans cette direction et penser qu’ils étaient là, quelque part, vivants. » Bientôt, la situation devient trop risquée pour la petite Juive, les Allemands sont partout. Les grands- parents lui conseillent de ne plus venir à la ferme, et elle croit comprendre que la famille qui l’a recueillie s’apprête à la livrer pour ne pas risquer de très lourds ennuis. Elle a huit ans, elle décide de s’enfuir dans la seule direction porteuse de lumière et d’espoir à ses yeux : l’est. « Ma boussole et mon obstination à revoir ma mère me guide- raient », écrit-elle. Elle va traverser à pied l’Europe en guerre, obstiné- ment accrochée à l’aiguille de sa petite boussole, dor- mant le jour, marchant la nuit, se nourrissant de rapines, de vers de terre, d’écorces, devenant au fil des semaines, Job: Les_loups Div: 003 Page N°: 3 folio: 9 Op: fabienne Session: 15 Date: 22 août 2011 à 13 H 17 La véritable histoire de Misha Defonseca 9 puis des mois, un petit animal furtif et rusé, dur au mal, flairant le danger, capable de se glisser dans un tronc d’arbre, toujours prompt à se fondre dans les forêts pro- fondes de l’Allemagne nazie. Elle survit par miracle à un premier hiver, mais on devine qu’elle aurait succombé aux tempêtes de neige de Pologne et d’Ukraine si les loups ne l’avaient pas adoptée, nourrie et réchauffée à deux reprises. Ces rencontres avec les loups ajoutent à la force d’une épopée qu’on n’aurait pas imaginée possible de la part d’une enfant si jeune. Et cependant, c’est précisément cette jeunesse, cette « ani- malité » qui expliquent avec quel naturel elle se plie aux différents rituels de la meute, mangeant ce que la louve déglutit pour ses petits au milieu desquels elle se range à quatre pattes, et allant même jusqu’à lever la patte pour uriner, comme les jeunes mâles. Un jour, interdite et transie, elle assiste au massacre par les nazis d’enfants de son âge. « Ils étaient tellement calmes, je ne pensais pas une seconde qu’on allait les tuer », écrit-elle. Un autre jour, elle surprend un soldat allemand en train de violer une jeune fille, et le tue de plusieurs coups de couteau. Elle arrive à Varsovie, pénètre dans le ghetto où elle espère retrouver ses parents, par- vient à s’en échapper, et reprend sa route pour tomber finalement sur un groupe de partisans russes qui l’adopte et la nourrit, comme les loups l’ont adoptée et nourrie. « J’avais eu du courage, j’avais eu peur, je m’étais fau- filée comme une petite souris invisible, acharnée à trouver son chemin. Mais je ne savais plus où était le chemin à présent. Il semblait que l’est s’arrêtait là. » Alors elle a l’espoir que ses parents l’attendent à Bruxelles, et elle reprend le chemin de la Belgique. « Je Job: Les_loups Div: 003 Page N°: 4 folio: 10 Op: fabienne Session: 15 Date: 22 août 2011 à 13 H 17 La véritable histoire de Misha Defonseca 10 connaissais pour la première fois l’angoisse d’être perdue, dit-elle, et cette angoisse me faisait marcher sans relâche. J’avais grandi, je n’avais plus la naïveté du départ. » La guerre s’achève, elle marche depuis trois ans, elle a main- tenant onze ans. Mais non, ses parents ne l’attendent pas, et sur le porche de la maison familiale, occupée par d’autres loca- taires, elle se heurte au sourire froid d’une inconnue. « Nous, quand on est arrivés ici, on n’a rien trouvé, lui dit cette dame, juste une boîte et des photos épar- pillées par terre. Je n’ai pas pu les jeter, ça me faisait mal au cœur, alors mon mari les a gardées quelque part, attendez une minute… » Misha, qui a complètement oublié le visage de ses parents, qui a oublié leur patronyme, qui ne se souvient que de leurs prénoms, Reuven et Gerusha, choisit deux photos qui la touchent : celle d’un homme blond car elle croit se rappeler que son père était blond, et celle d’une femme aux cheveux sombres, car sa mère était brune. « Ce ne sont pas mes parents, écrit-elle. Je ne pose pas la question de savoir qui ils sont. Ce sont des parents oubliés, que l’on a chassés de chez eux, comme les miens, et qui ont dû subir le même sort. Ils me serviront de souvenir visible. » Les premières rumeurs sur la véracité du récit de Misha Defonseca s’élèvent depuis la Belgique, au début de l’année 2008. Dans les librairies depuis dix ans, le livre n’a jamais suscité de réelles controverses. Le film, en revanche, par la force d’évocation de ses images, trouble manifestement certains esprits scrupuleux. Un spécialiste des loups, Serge Aroles, qui avait tenté en vain, dès 2005, d’alerter certains journaux sur ce qu’il Job: Les_loups Div: 003 Page N°: 5 folio: 11 Op: fabienne Session: 15 Date: 22 août 2011 à 13 H 17 La véritable histoire de Misha Defonseca 11 qualifiait déjà de « supercherie », reprend la plume avec humeur. « La louve en mal d’adoption, écrit-il, peut présenter une “grossesse nerveuse” et se retrouver les mamelles gorgées de lait. Il est très probable, par accident statistique, que des nourrissons cachés en forêt à la suite de guerres, famines ou abandon, aient pu être allaités sur une courte durée. Mais cela ne concerne que les nourris- sons. Et si cela a, sans aucun doute, alimenté le mythe des enfants loups, Mowgli n’existe pas! Quand Misha Defonseca explique qu’une louve l’a réprimandée parce qu’elle urinait comme un mâle en levant la patte, ou qu’elle s’est retrouvée à faire du baby-sitting dans la meute, personne n’est allé si loin dans le délire. » C’est cependant l’historien de la Shoah Maxime Steinberg qui épingle le plus durement l’auteur de Sur- vivre avec les loups. Il rappelle que la déportation des Juifs de Belgique a débuté le 4 août 1942, et qu’« il n’y a donc aucune raison pour les Juifs de se cacher durant l’été 1941, comme le prétend Misha Defonseca, ni de porter l’étoile jaune qui ne fut imposée qu’un an plus tard ». Évoquant la « rafle » dont auraient été victimes les parents de l’auteur, en septembre 1941, Maxime Stein- berg parle pour la première fois de « faux témoignage » et d’« une entreprise de manipulation littéraire exploitant tous les fantasmes de la mémoire et de la crédulité ». Ces mises en cause sévères sont alors relayées, à la mi-février 2008, par les accusations de Jane Daniel, l’édi- trice américaine de Survivre avec les loups1. Lourdement condamnée par la justice de son pays pour avoir spolié de 1. Le livre est paru aux États-Unis sous le titre Misha, A Mémoire of the Holo- caust Years. Job: Les_loups Div: 003 Page N°: 6 folio: 12 Op: sylvie Session: 16 Date: 31 août 2011 à 10 H 11 La véritable histoire de Misha Defonseca 12 ses droits Misha Defonseca, Jane Daniel cherche désor- mais à discréditer son auteur1. Elle diffuse sur Internet deux documents extrêmement troublants. Le premier est un extrait du registre des baptêmes, tendant à prouver que Misha Defonseca (de son vrai nom Monique De Wael, selon ce certificat) ne serait pas juive, mais catho- lique. Fille de Robert et de Joséphine-Germaine (et non de Reuven et de Gerusha), elle aurait été baptisée à Etterbeek, une des nombreuses communes de Bruxelles, et serait née, selon ce document, le 12 mai 1937 (et non le 12 mai 1934, comme elle l’écrit dans son livre). Le détail est d’importance, car si Misha est bien née en 1937, elle n’a que quatre ans en septembre 1941, et on imagine mal une enfant de cet âge-là entreprendre de traverser l’Europe avec une boussole. Le second document est un extrait du registre des élèves de l’école primaire de la rue Gallait, à Schaerbeek, autre commune de Bruxelles, attestant que Monique De Wael a été scolarisée dans cet établissement durant l’année 1943-1944, alors qu’à la lecture de son autobio- graphie on la croyait cet hiver-là partageant le sort des loups d’Ukraine ou de Pologne. « Le générique du dernier film de la réalisatrice fran- çaise Vera Belmont masque-t-il une escroquerie doublée d’un délire? » s’interroge le quotidien belge Le Soir, le 22 février 2008. Les journalistes sont parvenus à joindre Misha Defon- seca, qui vit aux États-Unis, dans la région de Boston. 1. Extrait du jugement rendu par la justice américaine à l’encontre de Jane Daniel et des Éditions Mt. Ivy : « Jane Daniel a intentionnellement, et à tort, pris des mesures pour empêcher Misha Defonseca de percevoir les droits d’auteur que Mt. Ivy devait contractuellement lui payer. […] Les droits d’auteur dus légalement par Mt. Ivy à Misha Defonseca sont allés à Mt. Ivy Press International, et ensuite uniquement à Jane Daniel. » Job: Les_loups Div: 003 Page N°: 7 folio: 13 Op: fabienne Session: 15 Date: 22 août 2011 à 13 H 17 La véritable histoire de Misha Defonseca 13 « Je suis extrêmement blessée par les accusations portées contre moi », leur a-t-elle dit. Ajoutant cette phrase qui va mettre le feu aux poudres : « Si les spécialistes qui m’accusent savent si bien tout, alors qu’ils me disent aussi ce que sont devenus mes parents, car ils ont bel et bien été arrêtés et je ne les ai jamais retrouvés. » « Nous pouvons répondre à son appel! s’exclame dès le lendemain, dans les colonnes du Soir, le journaliste Marc Metdepenningen. Robert De Wael et Joséphine Donvil, poursuit-il, furent arrêtés le 23 septembre 1941 à leur domicile de Schaerbeek, 58, rue Floris. […] Robert De Wael fut déporté à la forteresse de Sonnenburg, en Pologne, à quinze kilomètres de la frontière allemande, où il fut fusillé, selon le certificat de décès établi à la commune de Schaerbeek, le 3 ou le 4 mai 1944. Cette forteresse n’accueillait que des résistants NN (Nacht und Nebel, soumis à un régime sévère de détention), et non des Juifs. La mère de Monique De Wael est décédée dans une période, selon son certificat de décès, comprise entre le 1er février 1945 et le 31 décembre 1945. Il est probable que son corps n’ait pu être identifié parmi les huit cent dix-neuf prisonniers exécutés par les nazis à Sonnenburg, le 31 janvier 1945, alors que les Russes s’apprêtaient à prendre la forteresse. « Privée de ses parents, conclut Marc Metdepen- ningen, Monique De Wael fut alors, selon les documents administratifs, confiée à la tutelle de son oncle Ernest qui sollicita, dès 1947, pour sa nièce alors âgée de dix ans, le bénéfice d’une pension d’orpheline […]. « Ces précisions semblent démontrer : « – Que Monique De Wael n’est pas juive. Job: Les_loups Div: 003 Page N°: 8 folio: 14 Op: fabienne Session: 15 Date: 22 août 2011 à 13 H 17 La véritable histoire de Misha Defonseca 14
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