Napoléon mon aïeul, cet inconnu, Charles Napoléon - Page 1 - Extrait de Napoleon mon aieul, cet inconnu de Charles Napoléon DU MÊME AUTEUR Le Transport urbain, un enjeu pour les villes, Dunod, 1981 Bonaparte et Paoli, Perrin, 2000 Les Bonaparte, des esprits rebelles, Perrin, 2006 Vers une nouvelle France, quel avenir pour la Nation, Talleyrand, 2007 Napoléon par Napoléon, Le cherche midi, 2009 Dialogue avec Daisaku Ikeda, in Daisan Bummei, Tokyo, 2009 © XO Éditions, 2009 ISBNÞ: 978-2-84563-390-2 Charles Napoléon NAPOLÉON MON AÏEUL, CET INCONNU avec la collaboration de Michel-Antoine BURNIER AVANT-PROPOS Napoléon et moi Le plus jeune frère de Napoléon, Jérôme, est le grand-père de mon grand-père. En racontant l’Empereur, le général républicain ou son enfance corse, à la différence de tous les historiens, j’écris sur ma propre famille. J’ai puisé et vérifié mes informations aux meilleures sources, mais je suis aussi un neveu parlant de son grand-oncle. La vérité de sa personne m’intéresse autant que les faitsÞ; ses humeurs, ses curiosités, ses habitudes, ses fulgurances, plus que le récit des combats. Immergé dès l’enfance dans une histoire considérable, je voudrais faire partager cette culture unique, l’esprit des Bonaparte, et montrer Napoléon de plus près. Je ne prétends pas à la science encyclopédique des grands historiens qui ont consacré une bonne part de leur vie, parfois leur vie entière, à l’étude de Napoléon. J’ai lu avec passion Masson, Bainville, Madelin, Dunan, Tulard, tant d’autres de France ou d’ailleurs. Jean Tulard, le grand spécialiste, a compté autant de livres sur Napoléon que de jours écoulés depuis sa mort. En moyenne, depuis 1821, un livre toutes les vingt-quatre heuresÞ! Si le calcul est exact, cela donne près de soixante-neuf mille ouvrages. Pourtant il se trouve toujours quelque chose de neuf à écrire, des textes apparaissent ou réapparaissent, une autre vision sur l’inépuisable personnage. Pour y parvenir, j’ai dû me libérer d’une double pesanteurÞ: celle de l’histoire laudative et sa mythologieÞ; celle du rôle où la naissance m’avait mis. Tant pis s’il me fallait bousculer le protocole et quelques bons usages. 9 NAPOLÉON, MON AÏEUL, CET INCONNU Lorsqu’on est le fils aîné du prince Napoléon, l’entourage exige de vous des propos et des comportements conformes à la tradition, comme un hommage à d’anciens principes qu’on devra respecter toute sa vie et transmettre, le moment venu, à son successeur. Pour lui, l’histoire doit se conformer avec l’éloge à une ligne officielle, fixe et reconnueÞ: il doit rester dans la tradition pour être dans le vrai. On verra que mon livre échappe à cette simplification. Cette logique conservatrice d’un ordre établi m’a toujours dérangé. Comment, mes ancêtres ont fait la Révolution, ils ont bouleversé la France et l’Europe, et ils auraient laissé pour première consigne de ne plus jamais toucher aux récits de cette glorieuse époqueÞ! N’est-ce pas le mouvement qui les fit grands dans notre histoireÞ? Ce n’est pas en le falsifiant et en le fossilisant qu’on fera fructifier l’héritage. À l’évocation de mon enfance, on comprendra la distance que j’ai dû m’imposer. Mon éducation fut très particulièreÞ: j’ai été élevé hors du temps. J’eus d’abord le privilège d’être baptisé par un futur pape, le cardinal Roncalli qui allait devenir JeanÞXXIII. La France des années 1950 gardait encore des airs de XIXeÞsiècle. Les princes tenaient un rang dans la société. Pour mon entourage, il existait deux familles dans notre paysÞ: celle du comte de Paris et de la dynastie royale, la «Þmaison d’en faceÞ», disait plaisamment mon père, et la sienne, celle de la dynastie impériale. Mon père, Louis Napoléon, partageait son temps entre ses bureaux – Bourvil habitait sur le même palier – et le grand appartement du 10Þboulevard Suchet où nous vivions. Les fenêtres de cet immeuble massif, construit dans les années 1930, donnaient sur le bois de Boulogne. Notre nurse suisse nous y promenait, mes sœurs et moi, palabrant avec ses amies qui servaient d’autres grandes familles, sans souci de la circulation. Le Paris d’après guerre comptait peu de voitures, le périphérique n’existait pas. Songez qu’à l’époque une étable à vaches fournissait encore du lait frais à BoulogneÞ! Pour entrer au 10 boulevard Suchet, nous passions par une lourde porte de bronze qu’ouvrait un gardien attentif et soupçonneux. Un digne ascenseur en bois, porte coulissante, tapis rouge et porte grilla10 AVANT-PROPOS gée, montait avec lenteur jusqu’au deuxième gauche. De là, nous accédions à l’appartement sur trois étages. Mon père s’y était installé en 1949, anticipant l’abrogation des lois d’exil*, pour fonder sa famille. Cet appartement correspondait à ses désirs avec ses pièces vastes et solennelles destinées à l’apparat. Les parents pouvaient y vivre sans le souci de leurs enfants. Des nurses les élevaient à un étage séparé, selon les mœurs anciennes de l’aristocratie. En entrant, le visiteur tombait sur le fameux tableau où David a représenté le Premier consul franchissant le col du GrandSaint-Bernard. Il se passait des choses insolites dans cette maison. Un matin en partant pour l’école, je trouvai un militaire galonné au garde-à-vous devant le tableau. À midi, il était encore là dans la même position. Le psychiatre Boris Cyrulnik, qui avait eu connaissance de son cas, m’apprit plus tard que l’homme n’avait pas tous ses esprits. Je le constaterais souvent dans la suite de ma vieÞ: les esprits faibles sont fascinés par Napoléon. Dans le salon à gauche, mon père avait disposé des meubles de cour, fauteuils aux abeilles brodées d’or fin, guéridons, bibliothèques abritant ouvrages précieux et armes d’apparat à la valeur inestimable, propriété des empereurs NapoléonÞIer et NapoléonÞIII. Dans l’une d’elles brillait le grand collier de la Légion d’honneur incrusté de pierres rares, celui-là même que portait NapoléonÞIer. Aux murs, d’immenses tableaux que l’on peut admirer aujourd’hui à Fontainebleau, Letizia sa mère, le roi Jérôme son frère et notre ancêtre direct, Eugène de Beauharnais son beau-fils. Mes parents n’ouvraient le deuxième salon que les jours de réception. Il donnait sur une immense salle à manger aux murs garnis d’assiettes de Sèvres aux motifs champêtres, comme autant de petits tableaux bordés de filets d’or, pièces d’un service que Napoléon avait donné à Jérôme. Sous les guéridons, courant le long des murs, de grandes glaces reflétaient à l’infini les chaussures des convives. Petit garçon, je craignais l’escalier à la rampe de pierre de lave noire qui menait aux appartements privés de mes parents. C’est qu’on y avait accroché de gros médaillons de barbus étranges et * Les lois d’exil, votées par la IIIeÞRépublique en 1886, interdisaient le territoire national aux chefs des familles ayant régné sur la France et à leurs fils aînés. Elles n’ont été abrogées qu’en 1950. 11 NAPOLÉON, MON AÏEUL, CET INCONNU sévères. J’ignorais tout de ces personnages inquiétants et je passais vite sans lever les yeux. Un cartouche indiquait qu’il s’agissait de janissaires aux noms imprononçables dont Bonaparte avait commandé les portraits lors de la campagne d’Égypte. À l’étage supérieur, mes parents avaient meublé leur chambre en style 1950 et, plus loin, organisé leurs bureaux. Mon père, quoique marqué par son éducation à la cour de Belgique*, était sensible au monde moderne. Redescendons l’escalier aux barbus, passons l’étage de réception, voici l’étage des enfants. Là, plus d’étiquette, plus de meubles de style, l’étage de la vie. Outre nos chambres, nous avions une salle à manger ainsi qu’une grande salle de jeux et de travail. Nos bureaux étaient recouverts de plastique bleu ciel, innovation de l’époque. Je me souviens des rideaux et des couvre-lits aux motifs de danses et de cases africaines. On n’avait pas honte de la colonisation dans ma familleÞ: ma grand-mère Clémentine était la fille de LéopoldÞII de Belgique, le roi qui s’était attribué le Congo comme propriété privée avant de le léguer par testament à son pays. J’appris plus tard que sa colonisation avait été particulièrement sanglante. Enfin, un ascenseur de service bruyant et poussif menait à de vastes garages. Là, mon père rangeait une Aston Martin bleutée ou une Ferrari grise, car il aimait les belles voitures. Il était particulièrement fier d’avoir couru autrefois au volant d’automobiles Bugatti. Il y avait beaucoup de passage à l’appartementÞ: des hommes politiques, des historiens, des ambassadeurs, des administrateurs des colonies, des conservateurs de musée… Mon père recevait bien sûr les familles de la noblesse d’Empire, aussi des bonapartistes convaincus qu’un Bonaparte reviendrait un jour à la tête du pays. Parmi eux, un personnage truculent, le dernier maire bonapartiste de France, celui d’Ajaccio. Ceux-là ne partaient jamais sans crier sur le pas de la porteÞ: «ÞVive l’EmpereurÞ!Þ» On nous emmenait chaque année le 5Þmai à la messe traditionnelle aux Invalides, en mémoire de Napoléon et des soldats morts pour la France. Saisissante cérémonie. Quand mon père entrait suivi de ministres et de généraux, le roulement des tambours grondait sous la voûte du tombeau. Des saint-cyriens en grand uniforme présentaient les armes. Une foule recueillie se pressait * Sa mère était la princesse Clémentine de Belgique. 12 AVANT-PROPOS derrière les barrières. Même enfant, comment échapper à l’émotion lors de la sonnerie aux morts, juste avant la minute de silenceÞ? C’était l’époque de la guerre d’Algérie. Avec le recul du temps il me semble qu’il y avait dans la foule beaucoup de partisans de l’Algérie française. Ma famille possédait aussi une grande maison sur les bords du lac Léman, du côté suisse. C’était une ancienne propriété de Joseph Bonaparte, le frère aîné de l’Empereur. Mon arrière-grand-père, le fils de Jérôme Bonaparte, y avait vécu. Il s’appelait le prince Napoléon, mais il reste plus connu sous le sympathique surnom de Plon-Plon, qu’il avait gardé de l’enfance. Ensuite mon père avait transformé l’édifice tarabiscoté en une élégante villa qui donnait sur un parc. Au-delà, le lacÞ; à l’horizon, loin, la chaîne du Mont-Blanc. Je me souviens, dans le hall, d’un canon de bronze aux armes impériales. Enfants, nous y glissions des pommes vertes. À l’école, ne croyez pas qu’il soit facile de s’appeler Napoléon. Sur votre passage, les enfants chantentÞ: «ÞNapoléon est mort à Sainte-Hélène, son fils Léon lui a crevé l’bidon…Þ» Les enseignants d’histoire attendent que vous fassiez le cours à leur place à moins que votre professeur de mathématiques n’exige que vous soyez meilleur que les autres en trigonométrie, la science des artilleurs. Enfant, je me demandais pourquoi. Vous l’avez remarqué sur la couverture de ce livre, je m’appelle Napoléon et non pas Bonaparte comme NapoléonÞIer et son frère Jérôme. On m’a souvent demandé pourquoi je portais ce prénom en nom de famille. Cela tient à un usage apparu dans la branche aînée qui cherchait à se distinguer des cadettes. Mais les branches mâles aînées s’éteignirent l’une après l’autre. En 1924, le petit-fils de Lucien, Roland Bonaparte, le père de la célèbre psychanalyste Marie Bonaparte, mourut. Ne resta plus qu’une seule branche mâle, celle de mon ancêtre Jérôme*. C’est alors que mon aïeul Victor changea à son tour notre nom de Bonaparte en Napoléon. * De nos jours il demeure une famille Walewski, née des amours illégitimes de Napoléon avec Marie Walewska. Quant à la branche américaine, issue d’un premier mariage de Jérôme avec Elisabeth Patterson, elle s’est éteinte avec la mort de Charles-Joseph, un attorney général qui fonda en 1906 le Federal Bureau of Investigation, FBI, et de son neveu mort sans postérité. Restent bien entendu des descendants des sœurs de Napoléon, singulièrement dans la branche de Murat qui avait épousé Caroline, la cadette. 13 NAPOLÉON, MON AÏEUL, CET INCONNU Concevez le destin qui me marqua dès ma naissanceÞ: à l’état civil de Boulogne-Billancourt, on me déclara sous le double patronyme de Napoléon et de BonaparteÞ! Le fonctionnaire ne fit aucune remarque et inscrivit les deux noms. Quarante ans plus tard, alors que je voulais faire renouveler ma carte d’identité, une employée de la mairie de Marseille tiquaÞ: comment pouvais-je porter un nom différent de celui de mon pèreÞ? Elle ne comprenait pas, ni moi non plus d’ailleurs. Je dus demander au tribunal de Nanterre de m’établir dans le seul nom de famille Napoléon. Je le regrette presqueÞ: j’aurais dû choisir celui plus républicain de Bonaparte, aucun juge n’aurait pu me le refuser. Chez mes parents, le Napoléon que l’on honorait était l’Empereur à la tête de ses troupes, le dictateur au sourire bienveillant qui gouvernait l’Europe, le fondateur d’une dynastie. Mais la dynastie n’était jamais parvenue à s’imposer depuis l’abdication de son créateur. Le couteau de la guillotine tombant sur le cou de LouisÞXVI avait à jamais brisé en France le mythe monarchique. Mes parents vivaient dans une fiction que nourrissaient les fantasmes de leur entourageÞ: un jour, eux ou leurs enfants, ils succéderaient. CommentÞ? Cela restait flou. On évoquait quelques circonstances exceptionnelles où la France en appellerait à cet ultime recours. Ce destin imaginaire dictait l’éducation de leurs enfants appelés un jour à incarner le rêve. Le Napoléon des médailles, des grands cordons, des tableaux officiels et des bustes de marbre ne parlait guère à un adolescent qui partageait l’école, je ne dirais pas des fils du peuple, mais du moins des fils de la bonne bourgeoisie du XVIeÞarrondissement de ParisÞ: trop froid, trop figé, trop loin. Ce Napoléon lisse et sans défaut ne parvenait pas à attirer ma sympathie. Aux lendemains du joli mois de maiÞ1968, je quittai ces fictions pour conduire ma propre vie. Après une carrière dans l’économie et l’aménagement du territoire, c’est par la Corse que je suis revenu à l’histoire des Bonaparte et du plus illustre d’entre eux. Fascinée par le monarque qu’il était devenu, ma famille avait négligé ses racines. J’ai voulu restituer ce maillon initial et trop souvent manquant. 14 AVANT-PROPOS J’ai ainsi publié un premier ouvrage sur les relations du jeune Bonaparte avec le héros de l’indépendance corse, Pascal Paoli1Þ: sujet de polémiques. Car, jusqu’à l’âge de vingt-trois ans, Napoléon se prépara à servir ce général en révolte contre la puissance française et à réaliser un rêve, l’indépendance de l’île. Je n’exagère pas, vous le verrez, en prétendant que pour lui, poussé par les soubresauts de l’histoire, la France fut un deuxième choix. En tout cas, on ne comprendra pas le destin de l’Empereur sans insister sur ses origines et sa culture corses. Après la mort de mon père en 1997, j’ai éprouvé le besoin d’écrire sur le patrimoine historique et moral dont je devenais l’héritier. J’ai alors brossé les portraits des Bonaparte dont je me sentais proche, les rebelles2, Lucien, le plus remarquable des frères de Napoléon, Plon-Plon mon arrière-grand-père, qui aux débuts du Second Empire siégea sur les bancs de la gauche républicaine, Marie Bonaparte, qui fonda l’école de psychanalyse de Paris. Je voulais porter un regard nouveau sur ce patrimoine où certains membres de ma famille ne voyaient qu’une charge et une dignité dynastiques. DynastieÞ: je n’ai jamais admis ce concept. Républicain depuis ma jeunesse, je ne conçois pas que la naissance puisse donner à un homme des droits dont les autres seraient exclus. Pourtant, le patrimoine moral des Bonaparte, les objets qui leur avaient appartenu et qui avaient traversé l’histoire se trouvaient bien dans ma famille, dans mes mains et pas dans celles d’un autre. Inutile de le nierÞ: j’étais dès ma naissance marqué d’une particularité. Quelle est sa nature exacteÞ? Quel sens lui donner dans le monde actif et politiquement engagé où j’évoluaisÞ? Voilà les questions qui me préoccupaient alors. Les Bonaparte méritaient mieux que les schémas répétitifs et désuets où l’on enfermait leurs personnes et leurs actions. Ces hommes et ces femmes s’affirmèrent comme des novateurs, des modernes qui avaient pris des risques considérables dans leur temps. Sans exception, chacun à sa manière, ils furent hommes et femmes de progrès. Leur mémoire et leur exemple n’appellent pas à reproduire le passé mais à retrouver une audace dans l’invention de l’avenir. Ils l’avaient démontré en leur tempsÞ: les 15 NAPOLÉON, MON AÏEUL, CET INCONNU événements du passé sont circonstanciels alors que l’adaptation, le changement, le progrès sont les moteurs de la vie humaine. J’ai fondé en 2004 une Fédération européenne des cités napoléoniennes qui, d’Ajaccio à La Roche-sur-Yon, d’Austerlitz ou d’Iéna à Waterloo, rassemble aujourd’hui quarante lieux d’histoire dans huit pays d’Europe. Et pourtant, hors de France, il s’agit par définition de villes que Napoléon Bonaparte a conquises et occupées. Quel hommage chez ces citoyens qui distinguent fort bien le rayonnement moral de l’exploit guerrierÞ! C’est par la culture, le tourisme, la réhabilitation des lieux historiques, l’échange entre les jeunes gens de nos villes que nous donnons une vie à ce patrimoine. Il est important qu’il continue de vivre. Les interrogations sur l’identité expliquent une bonne part des malaises et des crises de notre temps. Je suis élu local, j’ai travaillé en Afrique et ailleurs dans le monde pour les Nations unies, j’ai contribué à mettre en place en France une politique pour les banlieues. Ici comme làbas, j’ai mesuré les conséquences dramatiques d’une mauvaise compréhension du passé. Trop proche, il vous fige dans le conservatisme. Trop lointain, il se recompose en une dangereuse mythologie, source des extrémismes. Oublié, sa méconnaissance distend le lien social et mine toute vie collective dans la nation. En se réappropriant le passé, les citoyens refusent par là même l’ignorance et l’aveuglement devant les défis de l’avenir. Cela vaut tant pour les individus et la trace de leur famille que pour les peuples et leur histoire. Toute émancipation commence par une appartenance. L’histoire nous permet d’avancer avec plus d’assurance et moins d’ignorance vers l’avenir. Pourquoi le passé serait-il un carcanÞ? Je me sens entièrement libre de mes actes de citoyen. Je n’ai aucun compte à rendre à la mémoire de personnes qui ont vécu dans de tout autres circonstances, à une tout autre époque, mais qui nous ont laissé comme enseignement le goût du travail, de l’intelligence et du mérite et, comme je ne le dirai jamais assez, de l’innovation et du progrès. Les Bonaparte ne sont pas une deuxième famille royale mais les filles et les fils d’un fondateur de la République qui en porta les idées, même à travers les guerres, dans le monde entier. Napoléon eut beau créer un empire héréditaire, ce qui lui restera 16
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