Intrusion Elena Sender - Page 1 - Extrait d'Intrusion d'Elena Sender -16Þoctobre Le docteur Cyrille Blake jeta un coup d’œil à sa montre. Il était 8ÞhÞ10. Dans cinquante-cinq minutes, sa vie allait basculer, sans qu’elle puisse ni l’anticiper ni l’éviter. La neuropsychiatre frappa deux coups à la porte de la chambre 1, au premier étage du Centre Dulac qu’elle avait fondé et dirigeait depuis cinq ans. Pas de réponse. Elle entra. Sa patiente, Pauline Baptiste, était assise sur son lit, couverture rose remontée sur ses jambes, les yeux perdus dans la contemplation du ciel nuageux, par la fenêtre à deux battants. La jeune femme brune avait à peu près le même âge que le docteur, entre trente-cinq et quarante ans, mais son monde à elle s’était écroulé. Son mari, deux de ses trois enfants avaient été pulvérisés dans un crash routier. De ses amours, il ne restait rien, que trois urnes, claquemurées dans un columbarium. Et un bébé de quatre mois, confié à ses parents, dont elle ne parvenait plus à s’occuper. Elle leva son visage sans couleur, qui portait les traces de l’insomnie, des questions existentielles sans réponse, des douleurs intimes et violentes. Et tourna deux yeux cernés vers la femme médecin. Pauline l’avait appelée au secours après sa tentative de suicide. La chambre était petite, sobre, avec des stores en lattes de bois aux fenêtres, un kilim au sol. La patiente ne s’y sentait pas chez elle, mais pas trop mal non plus. —ÞComment avez-vous dormi, PaulineÞ? 9 Cyrille Blake s’assit sur le lit. La jeune femme ramena ses genoux contre sa poitrine. —ÞMieux. Sans mauvais rêves. La main du docteur Blake chercha celle de sa patiente, qui était glacée. —ÞDes tremblements, des bouffées d’angoisseÞ? —ÞNon, plus du tout. —ÞDes sensations d’étouffementÞ? —ÞNon plus. —ÞDes idées… suicidairesÞ? Pauline Baptiste secoua vigoureusement la tête. Elle n’allait pas bien, mais beaucoup mieux qu’une semaine auparavant. L’étau dans sa poitrine avait relâché son emprise et la boule dans sa gorge rapetissait. Le docteur Blake lui sourit franchement. —ÞParfait. Le docteur Mercier viendra vous chercher ce matin pour l’IRM. On veut voir si votre cerveau a bien récupéré depuis le début du traitement. Ensuite, vous pourrez repartir chez vous. Pauline tendit les mains devant elle. —ÞJe ne transpire plus et ne tremble plus… C’est quoi, le médicament que vous m’avez donné, déjàÞ? —ÞDu Mésératrol. —ÞC’est un antidépresseur, un anxiolytique ou quelque chose comme çaÞ? Cyrille Blake fit non de la tête. —ÞNon, c’est une nouvelle classe de molécules. Elle apaise le cerveau, diminue la douleur que vous ressentez pour la rendre plus tolérable. —ÞOui, c’est ça… Je me sens moins… oppressée. —ÞNous la testons depuis plusieurs années sur les vétérans, les victimes d’attentats ou d’accidents, le résultat est encourageant, à moyen et à long terme. —ÞVous êtes sûre que c’est fiableÞ? Cyrille Blake lui pressa la main et lui parla avec douceurÞ: —ÞC’est mon époux qui a découvert les propriétés de cette molécule antitrauma, il y a quelques années. Nous en maîtrisons parfaitement les effets. Pauline Baptiste hocha la tête. 10 —ÞC’est pour cela qu’il est pressenti pour recevoir le prix Nobel. Cyrille Blake haussa les sourcils, surprise que sa patiente soit au courant. —ÞOui, entre autres… Pauline Baptiste sourit faiblement. —ÞMerci pour tout ce que vous avez fait, docteur. Merci pour mon bébé aussi. J’irai le chercher demain chez ma mère. Il a besoin de moi. —ÞOui, il a besoin de vous. Il faut vous accrocher, pour lui, pour vous, pour ceux qui vous aiment… et pour nous aussi. On veut tous que vous alliez mieux ici. Les deux femmes restèrent un instant sans parler. Si seulement Cyrille pouvait prendre un peu de cette douleur sur ses propres épaules… S’efforçant de refouler un sentiment d’impuissance qui ne menait à rien, elle finit par se lever et, avant de quitter la chambre, fit un petit signe amical de la main à Pauline. À 8ÞhÞ25, Cyrille poussa la porte de son bureau, sur laquelle était vissée une plaque dorée «ÞDr Cyrille BlakeÞ», cadeau de son époux. Comme souvent, elle se demanda ce qui avait bien pu passer par la tête de ses parents pour lui donner un tel nom. Porter ce prénom masculin si peu courant au féminin n’avait pas toujours été facile. Au collège, elle se retrouvait à tous les coups inscrite sur la liste des garçons en cours de sport, elle devait l’épeler à tout bout de champ pour qu’on l’orthographie de la bonne manière… sans parler des moqueries. Aujourd’hui, même si elle faisait encore face à l’étonnement des gens et à leurs commentaires, elle était finalement contente de porter un prénom rare, original et, qui plus est, qui signifiait «ÞseigneurÞ»… Cyrille enfonça une capsule de café dans la machine à espresso. Sa salle de consultation d’inspiration japonaise bénéficiait d’une vue magnifique sur les bambous du patio. Sa tasse à la main, elle les contempla quelques instants, puis s’installa à sa table de travail. Elle chassa la tristesse qu’elle venait d’éprouver devant sa patiente. Elle devait, comme toujours, s’astreindre à garder cette distance, cette neutralité salutaire. Mais, parfois, c’était difficile. 11 Elle soupira, se força à ranger Pauline Baptiste dans un tiroir de sa tête et à positiver. Elle n’était pas mécontente de son début de journée. Le Mésératrol donnait d’excellents résultats sur les traumatismes graves et permettait – elle venait encore une fois de le constater – d’apaiser les pires douleurs de l’âme. Le médicament avait reçu une autorisation de mise sur le marché conditionnelle, pour cinq ans, renouvelable si les bénéfices apportés étaient confirmés par de nouvelles études. Son prochain challenge était de pérenniser cette AMM pour les traumatismes graves, mais aussi d’élargir les indications du médicament aux cas plus légers comme les chagrins modérés. Dans neuf jours, elle devait assurer une présentation officielle sur le Mésératrol au congrès annuel de neuropsychiatrie de Bangkok et elle espérait que sa prestation contribuerait au succès escompté. Comme chaque année depuis dix ans, elle s’envolerait pour la capitale thaïlandaise. Elle s’en réjouissait d’avance. Cyrille se dit que malgré le rythme infernal qu’il lui imposait, son travail offrait des compensations, dont ces quelques jours à l’autre bout du monde, au Hilton, dans un hôtel-Spa luxueux. Elle n’allait pas bouder son plaisir. Il était encore tôt. Elle relâcha l’air de ses poumons, fit quelques rotations du cou. Sa nièce et assistante, MarieJeanne, avait déposé sur son bureau le dossier de sa première consultation du jour rempli scrupuleusement. Sur la chemise bleue cartonnée, elle lut le nom, dactylographié. «ÞJulien Daumas.Þ» Un nom inconnu, un nouveau défi. 8ÞhÞ30, elle ouvrit le dossier. NomÞ: Daumas. PrénomÞ: Julien. ÂgeÞ: 31Þans. AdresseÞ: 21, boulevard Gambetta, 75020 Paris. ProfessionÞ: photographe. SymptômesÞ: cauchemars, insomnies. AntécédentsÞ: tentative de suicide, dépression. Hospitalisation antérieureÞ: Service B, Hôpital SainteFélicité, 2-27Þoctobre 2000. Médecin soignantÞ: Dr Cyrille Blake. Cyrille Blake cilla et relut la dernière ligne de la fiche. 12 La ride entre ses sourcils se creusa sous l’effet de la surprise. Ça, c’est bizarre. Ce jeune homme avait été un de ses patients à Sainte-Félicité, le service psychiatrique où elle avait achevé son internat de médecine, dix ans auparavantÞ? Elle ne se souvenait pas de ce nom et parvenait encore moins à mettre un visage dessus. Elle soupira. Recevoir un revenant de Sainte-Félicité ne lui disait guère. Là-bas, on y soignait des cas de psychopathologie lourde, rien à voir avec les troubles psychiques transitoires de personnes saines qu’elle avait choisi de traiter au Centre Dulac. Vaguement contrariée, elle se leva et se dirigea vers la salle d’attente. *** 8ÞhÞ35. Cyrille Blake croisa dans le couloir le docteur Maryse Entmann, la psychanalyste associée au Centre. Elles se saluèrent cordialement. Sur sa gauche, elle perçut les notes d’une musique relaxante, en provenance de la salle de détente. Comme tous les jours, son petit monde s’activait, le ronron tranquille d’un lieu qui n’aspirait qu’au bien-être. Elle était encore à mille lieues de ce qu’elle voulait obtenir, mais c’était un début encourageant. Il y avait une seule personne assise sur le canapé crème de la salle d’attente zenÞ: un beau jeune homme.ÞCheveux blonds mi-longs, jean délavé, blouson noir sur un T-shirt rouge, Converse noires aux pieds, sac photo en bandoulière. On s’attendait à trouver une planche de surf adossée au mur. Dès qu’il vit le docteur, il se leva, la fixa intensément de ses yeux gris et son visage exprima une vive émotion. Cyrille resta un instant interdite. Non, elle ne le reconnaissait pas. Ses traits n’éveillaient rien en elle. Elle lui rendit son regard, s’efforçant d’être la plus neutre possible – je suis votre thérapeute bienveillante –, et l’invita à la suivre. Ils passèrent devant le bureau de Marie-Jeanne, une jolie rouquine, qui ne quitta pas des yeux le postérieur du nouveau patient du docteur Blake, bien moulé dans son jean. Je vais te guérir de tes cauchemars, moi, se dit-elle, le menton dans les mains. 8ÞhÞ40. Julien Daumas et Cyrille Blake s’assirent de part et d’autre du bureau, une large table indonésienne en bois 13 sombre encombrée par l’écran plat d’un iMac, un sous-main de cuir et une pile de chemises cartonnées. Cyrille s’éclaircit la gorge, ouvrit le dossier et débuta l’entretien. —ÞAlors, monsieur Daumas, qu’est-ce qui vous amèneÞ? Il avait pris possession du fauteuil en bambou aux coussins blancs, jambes écartées, coudes sur les genoux. Quand son regard gris vous tenait, il ne vous lâchait plus. —ÞJe… Il semblait totalement désarçonné. —ÞJe ne dors pas bien. —ÞVous avez plutôt du mal à vous endormirÞ? Vous vous réveillez dans la nuitÞ? —ÞJe… heu… dors trois heures par nuit. Et quand j’arrive à trouver le sommeil, je fais des cauchemars. Julien Daumas dévisageait le médecin d’un air très surpris. Cyrille prit des notes. Ce regard intelligent, insistant, plein de questions, la destabilisait. —ÞEt vous avez donc décidé de venir nous voirÞ? questionna-t-elle aimablement. Le jeune homme semblait de plus en plus mal à l’aise. —ÞC’est-à-dire que… j’avais été bien aidé à l’hôpital… la dernière fois, après mes problèmes… Alors je me suis dit… Et puis j’ai lu le livre sur le bonheur…Þet… Il laissa sa phrase en suspens, flottant quelque part entre eux. Cyrille se troubla. Elle était dans une position extrêmement gênante. Rien, ce patient ne me rappelle rien. Son ouvrage, La Science du bonheur, s’était très bien vendu. Il avait participé à faire connaître le Centre Dulac, mais avait aussi rameuté une palanquée de dingues en tout genre que MJ avait dû filtrer. Peut-être Julien Daumas avait-il réussi à passer entre les mailles du filet… Elle hocha la tête, impassible, et se concentra sur la pointe de son stylo. Elle sourit mécaniquement et parla un peu plus fort. —ÞAlors, nous allons sûrement pouvoir vous aider encore. Rassurez-vous. Vous êtes photographe, donc. —ÞOui. D’un geste, Cyrille l’invita à poursuivre. —ÞCe que je préfère, c’est la nature. La mer, la forêt… Cyrille plissa les yeux. —ÞVous voyagez souventÞ? 14 —ÞOui. —ÞOù celaÞ? —ÞUn peu partout. —ÞVous avez peut-être un problème de décalage horaire, un défaut de mélatonine par exemple. Il faudra contrôler vos taux d’hormones. Mon assistante vous a-t-elle fait remplir un questionnaire sur le sommeilÞ? —ÞOui. Julien Daumas lui tendit une feuille pliée en quatre, cherchant à croiser son regard, mais Cyrille Blake se défilait. Elle sentait une chaleur lui envahir le cou. Les réponses écrites s’avérèrent inquiétantes. Cyrille les lut à haute voixÞ: —ÞÀ «ÞcauchemarsÞ», vous avez coché «Þsentiment de mort imminenteÞ» et «Þangoisses diurnes quotidiennesÞ», ainsi que «Þpeurs inexpliquéesÞ»… Julien Daumas baissa les yeux pour la première fois. Elle lut le questionnaire jusqu’au bout et, dans sa tête, le couperet tomba. Syndrome de stress posttraumatique. Appelé PTSD, selon le dictionnaire médical. C’était une «Þréaction psychologique consécutive à une situation durant laquelle l’intégrité physique ou psychologique du patient a été menacéeÞ», qui engendrait des cauchemars, des réminiscences, des flashes voire des hallucinations, des phobies… Julien Daumas avait coché tous les critères définis par la nomenclature internationale de psychiatrie. 8ÞhÞ55. Cyrille décrocha lentement son téléphone. «ÞMarieJeanne, je vais avoir un peu de retard. Préviens le rendezvous suivant.Þ» Quand elle reposa le combiné, les yeux de son nouveau patient l’interrogeaient silencieusement. La pièce s’était réfrigérée d’un coup. —ÞJ’ai un problème au cerveauÞ? Cyrille appuya ses mains à plat sur la table. —ÞNon, M.þDaumasþ! Non, rassurez-vous. Mais je crains que vos cauchemars et vos insomnies ne soient plus graves que vous ne le supposez, eut-elle envie d’ajouter. —ÞVous n’avez pas rempli la case «Þaccidents, événements traumatiquesÞ»… 15 Les yeux de Julien étaient de nouveau accrochés aux siens, il avait les lèvres légèrement entrouvertes, il ne cillait pas. —ÞNon. —ÞIl n’est rien arrivé qui, selon vous, puisse être à l’origine de vos cauchemarsÞ? —ÞNon. Cyrille Blake marqua une longue pause. —ÞAvez-vous de la familleÞ? —ÞNon. Je ne connais pas mon père, ma mère, elle… elle est morte dans un accident de voiture. —ÞQuel âge aviez-vousÞ? —ÞDouze ans. —ÞJe suis désolée. Des grands-parentsÞ? —ÞIls sont morts, j’avais vingt ans. Cyrille mit ses deux mains en coupole devant sa bouche. L’accident de sa mère pouvait-il être le facteur déclenchant d’un PTSD vingt ans aprèsÞ? La première chose à faire était de l’interroger sur son hospitalisation à Sainte-Félicité dix ans auparavant, sur le motif de sa tentative de suicide, mais n’était-elle pas censée le savoir mieux que personneÞ? Elle se mordit la lèvre inférieure. Elle était coincée. Si elle posait la question, elle lui avouait qu’elle l’avait totalement oublié. Un très mauvais départ pour une prise en charge psychologique qui reposait sur la confiance. Elle risquait de le fragiliser encore davantage et, elle, de se décrédibiliser entièrement. Le cas était embarrassant. L’heure tournait. Mais elle ne pouvait laisser repartir le jeune homme sans l’aider. —ÞRevenons à vos cauchemars. De quoi parlent-ilsÞ? —ÞJe… je suis poursuivi. —ÞPar qui ou par quoiÞ? —ÞJe ne sais pas. Il est… sans visage… sans yeux. —ÞIlÞ? —ÞUn homme. —ÞSans visage et sans yeuxÞ? —ÞOui, sans yeux. —ÞEt que se passe-t-ilÞ? —ÞIl me donne des coups de couteau, il s’acharne. —ÞOù frappe-t-ilÞ? Julien baissa les yeux. Se passa une main sur la figure. 16 —ÞLà, dans les yeux, dans la bouche, partout, je saigne. Je ne vois plus rien car j’ai du sang plein les yeux. Cyrille se frotta le menton. —ÞEt vous, que faites-vousÞ? —ÞJe ne bouge pas. —ÞVous ne vous défendez pasÞ? —ÞNon. Je reste figé. Je me réveille avant de mourir. Le jeune homme s’adossa au fauteuil, ses épaules de nageur s’affaissèrent, les muscles de son cou se raidirent, son regard douloureux se perdit dans le vague. —ÞChaque nuit, chaque nuit, ça recommence, et j’ai peur de dormir. Je n’ai pourtant pas peur de grand-chose dans la vie. Cyrille n’en doutait pas. Le jeune homme était grand, bien bâti, et devait être dur à ébranler. —ÞM.þDaumasþ? Il releva les yeux. Le docteur Blake lui adressa un regard et un sourire réconfortants. —ÞNous pratiquons ici des techniques de travail mental qui ont fait leurs preuves pour se débarrasser des pires cauchemars. La méthode a été testée et validée chez des soldats. —ÞIl faut prendre des médicamentsÞ? Cyrille secoua la tête. —ÞNon, je ne vous proposerai pas de traitements chimiques. La méthode fait appel à l’imagerie mentale. —ÞEt je peux commencer quandÞ? —ÞD’abord, j’aimerais faire un enregistrement de votre nuit de sommeil et mesurer votre taux de mélatonine. Pourriez-vous passer une nuit dans notre laboratoire du sommeilÞ? Julien ne réfléchit pas longtemps. —ÞOui, quandÞ? Cyrille se connecta à l’agenda de la clinique. —ÞJe n’ai pas de place avant… un mois. À moins que… Nous venons d’avoir un désistement pour ce soir. Ce serait possible pour vousÞ? Julien Daumas caressa le léger duvet blond de son menton. —ÞOui. Cyrille Blake referma le dossier et se leva, marquant la fin de l’entretien. Elle le raccompagna à la porte. Je le verrai mieux sur une plage d’Hawaii qu’ici. Ils se serrèrent de nouveau la main en se disantÞ: «ÞÀ ce soir.Þ» Julien Daumas sembla hésiter 17 à prendre congé. Il enfonça les poings dans les poches de son jean, fit mine de franchir le seuil. Mais il s’arrêta, comme s’il venait de se souvenir de quelque chose, et revint sur ses pas. Ses yeux s’assombrirent, sa voix chuta d’une octave. —ÞPourquoi tu fais semblant de ne pas me reconnaître depuis tout à l’heureÞ? Tu ne te souviens pas de moiÞ? Cyrille se figea comme si elle avait reçu une violente décharge électrique. Le jeune homme fit encore un pas vers elle et la scruta attentivement. —ÞJe crois que je te préférais en blonde… À 9ÞhÞ05, Julien Daumas tourna les talons. Cyrille resta plantée sur le seuil, interdite. -2—ÞMJ, s’il te plaît, appelle tout de suite le service du professeur Manien, à Sainte-Félicité, et demande-lui si le patient Julien Daumas, D.A.U.M.A.S., a été suivi en octobreÞ2000 et la raison de son hospitalisation. Fais venir son dossier médical dare-dareÞ! Cyrille Blake s’efforçait de rester calme, mais on décelait dans sa voix une pointe d’hystérie qu’elle essayait de contrôler, en vain. Un roucoulement lui réponditÞ: —ÞQu’il est beau celui-làÞ! Non mais t’as vuÞ? On dirait Taylor KitschÞ! —ÞQui çaÞ? demanda la neuropsychiatre, agacée. —ÞLaisse tomber. Quand il reviendra, dis-lui qu’avec moi dans son lit, il n’aura plus jamais de cauchemarsÞ! Au fait, ton prochain patient aura un quart d’heure de retard, il vient de téléphoner. Cyrille Blake raccrocha en levant les yeux au ciel. MarieJeanne riait encore. Cyrille avait accepté d’embaucher la nièce de Benoît à l’essai, il y a deux ans. Elle n’était pas 18
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