Kathleen McGowan Le Livre de l'Amour - Page 1 - Extrait du nouveau livre de Kathleen Mc Gowan Titre original : The Book of Love Publié par Touchstone, a registered trademark of Simon & Schuster, Inc. © 2009 by McGowan Media, Inc. Tous droits réservés Pour la traduction française : © XO Éditions, Paris, 2009 ISBN : 978-2-84563-307-0 Kathleen McGowan Le Livre de l’Amour Marie Madeleine, livre 2 Traduit de l’anglais (États-Unis) par Arlette Stroumza Roman Chapitre 1 New York De nos jours Nichée dans le luxe de la somptueuse suite de l’hôtel de Manhattan que son éditeur avait réservée pour elle, Maureen Pascal se débattait dans le lit gigantesque. Aussi nerveuse la nuit que le jour, la jeune femme n’avait pas bénéficié d’une seule nuit de sommeil complète en presque deux ans. Depuis la succession d’événements qui l’avait guidée jusqu’à la découverte de l’Évangile secret de Marie Madeleine, Maureen était une femme hantée, endormie comme éveillée. Lorsqu’elle avait la chance de s’assoupir quelques heures, d’impitoyables rêves la poursuivaient, tantôt surnaturels et symboliques, tantôt réalistes, trop réalistes. Dans le plus troublant de ses rêves récurrents, elle rencontrait Jésus-Christ, qui l’incitait en des termes énigmatiques à tenir sa promesse : chercher le livre mystérieux qu’il avait écrit de sa propre main, et qu’il appelait le Livre de l’Amour. Lorsqu’elle était éveillée, le souvenir de ces rêves tourmentait Maureen : à ce jour, le Livre de l’Amour n’avait pas d’existence avérée. On n’en décelait aucune trace historique, à l’exception de quelques vagues légendes apparues en France au Moyen Âge et totalement oubliées depuis. Elle ne savait par où 23 commencer pour tenir cette promesse, ni où découvrir ce mirage. En fait, elle ne savait même pas de quoi il s’agissait. Et, jusqu’alors, le Seigneur ne lui avait fourni aucun indice. Chaque nuit, Maureen priait avec ferveur afin de ne pas faillir à la mission qui lui avait été confiée et d’être guidée jusqu’au point de départ de ce voyage singulier. Les événements miraculeux qui avaient émaillé sa vie lui prouvaient qu’elle était entourée d’un faisceau d’inspiration divine. Il lui suffirait d’être patiente, d’attendre, avec une foi inébranlable. Cette nuit-là, ses prières seraient exaucées, et, de l’étrange et surnaturel monde de ses rêves surgirait un premier élément de piste. *** Un brouillard crépusculaire, dense, gris, se répandait sur les ruines. Maureen les parcourait lentement, alourdie par les brumes et par le rêve. Ce monastère, ou du moins ce qu’il en subsistait après des siècles de dévastation, datait de la plus haute antiquité. Le mur effondré qui se trouvait à sa droite avait été, jadis, un chef-d’œuvre d’architecture ; de nos jours, il ne restait que le cadre de ce qui avait été une fenêtre à vitraux de style gothique, avec une rosace à six pétales sculptée dans la pierre. Les derniers rayons de la lumière du jour s’insinuaient à travers les branches des arbres, tombaient par la fenêtre béante pour éclairer l’espace où se tenait Maureen. Elle poursuivit sa progression vers des arches gothiques désormais inutiles, car, des murs qu’elles avaient autrefois soutenus, il ne restait depuis longtemps que quelques pierres effondrées ; ultimes vestiges d’une ancienne gloire évanouie, les arches qui avaient un jour mené jusqu’à une nef majestueuse étaient à l’abandon, solitaires, telles des ouvertures vers un lointain passé. Les derniers rais de lumière semblèrent la suivre jusqu’à l’entrée d’un vieux jardin désolé où ils illuminèrent une statue de la Vierge à l’Enfant, nichée au sein d’un mur de pierre. 24 Maureen s’en approcha et caressa doucement le visage de pierre de la jolie petite madone, qui semblait n’avoir guère dépassé l’âge de l’enfance. Selon la tradition, la Vierge avait enfanté très jeune. Il n’était donc pas surprenant qu’elle fût représentée sous une apparence quasi enfantine. Mais cette madone au sourire énigmatique figurait plutôt une enfant tenant dans ses bras un nourrisson, lui-même sculpté de manière inhabituelle ; il donnait l’impression de vouloir échapper aux bras de la petite fille et souriait malicieusement. On aurait plutôt dit la représentation d’une fillette s’efforçant de maîtriser son petit frère que celle d’une mère et de son enfant. Maureen l’examinait avec curiosité lorsque la statue lui parla, d’une voix de petite fille : — Je ne suis pas celle que tu crois. Dans le monde illogique et imaginaire des rêves, il n’est pas étonnant qu’une statue prenne la parole, ni même qu’elle se mette à rire, comme le faisait celle-ci. — Qui es-tu, alors ? interrogea Maureen. — Tu le sauras le moment venu, répondit la fillette dans un nouvel éclat de rire – à moins que ce ne fût celui du bébé. C’était impossible de les distinguer, car les bruits se mêlaient désormais aux tintements d’une cloche qui sonnait quelque part dans l’abbaye. — J’ai beaucoup de choses à t’apprendre. Maureen observa attentivement la statue, le mur de pierre où elle était nichée, les arches ravagées, afin de n’oublier aucun détail. — Où sommes-nous ? demanda-t-elle. L’enfant ne répondit pas. Maureen poursuivit son exploration et enjamba prudemment la végétation drue qui poussait à travers les pierres écroulées. La lune se levait, pleine, claire dans le ciel qui s’obscurcissait. Elle étincela sur une petite étendue d’eau, devant laquelle Maureen approcha en franchissant un nouveau seuil de pierre. C’était un puits, ou une citerne, assez large pour que plusieurs hommes pussent s’y baigner ensemble. En se penchant au-dessus de l’eau jusqu’à apercevoir son reflet vacillant, Maureen eut la sensation d’une profondeur sans 25 limites. Ce puits était sacré, et s’enfonçait loin dans les entrailles de la terre. — En regardant ton image, reprit la fillette, tu trouveras ce que tu cherches. Le reflet de Maureen se troubla, et, brièvement, elle vit une autre image, qu’elle essaya de toucher de la main. À cet instant, la bague de cuivre qu’elle portait à la main droite glissa et tomba dans le puits. Maureen hurla. Cette bague était son bien le plus précieux. Elle lui avait été donnée à Jérusalem, alors qu’elle mettait ses pas dans ceux de Marie Madeleine. De la taille et de la forme d’une petite pièce de monnaie, elle représentait neuf étoiles tournant autour d’un soleil central, un symbole des premiers chrétiens qui le portaient pour se rappeler qu’ils n’étaient jamais séparés de Dieu, « sur la terre comme au ciel », selon les paroles du Seigneur. La bague représentait la foi nouvelle de Maureen. Sa chute dans ces eaux noires et profondes lui brisait le cœur. Elle s’agenouilla au bord du puits et scruta l’obscurité dans un effort désespéré pour en apercevoir une trace. C’était inutile. L’impression de profondeur sans limites qu’elle avait ressentie se révélait juste. Maureen se releva, résignée, lorsqu’elle aperçut un éclair argenté sur l’eau. Splash ! Un poisson gigantesque ressemblant à une truite aux écailles étincelantes bondit à la surface de l’eau et replongea au fond. Le cœur battant, Maureen attendit le retour de l’extraordinaire poisson, qui émergea de nouveau, puis se mit à nager. Il tenait la bague de cuivre entre ses dents. Maureen retint son souffle tandis que le poisson naviguait vers elle ; il lâcha la bague et l’envoya dans sa direction. Elle n’eut qu’à ouvrir la main pour que l’anneau tombât délicatement dans sa paume. En serrant la bague contre son cœur, Maureen observa le magicien, qui s’en retournait dans les profondeurs infinies du puits. Les eaux se calmèrent ; la magie avait cessé. Elle passa la bague à son doigt et s’attarda à contempler l’eau, dans l’attente d’un autre miracle. Une ride minuscule apparut à la surface. Une vague de lumière nappa 26 d’or le puits et l’espace qui l’entourait. Alors, une image se forma lentement sur l’eau profonde : une vallée luxuriante où abondaient arbres et fleurs, arrosée par une pluie de gouttes d’or tombées du ciel, y dessinant des fleuves étincelants. Autour de Maureen, tout brillait sous l’éclat d’une lumière chaude. Puis, au loin, elle entendit la voix enfantine, celle de la petite madone de la statue : — Vois-tu le Livre de l’Amour ? Alors, sois la bienvenue dans la vallée de Dieu. Tu trouveras ici ce que tu cherches. Son rire doux éclata une fois encore et la vision s’évanouit, laissant Maureen à nouveau seule dans les sombres ruines de la mystérieuse abbaye, éclairées par la lune. Ce fut la dernière chose qu’elle entendit avant que la sonnerie de son réveil ne la ramenât au XXIe siècle, à l’aube d’un nouveau jour à New York. *** Pour participer aux émissions télévisées du début de matinée, il faut avoir le cœur bien accroché. À quatre heures tapantes, la coiffeuse maquilleuse chargée de préparer Maureen pour son intervention dans le programme phare d’une chaîne nationale frappa à la porte de sa suite. Heureusement, elle avait prévu que Maureen manquerait de sommeil et avait commandé du café avant de monter dans la chambre. Maureen Pascal était à New York pour défendre son roman, un best-seller international : La Vérité contre le monde : l’Évangile secret de Marie Madeleine. Fondé sur son expérience personnelle, le livre relatait les découvertes de Maureen pendant son enquête et faisait de stupéfiantes révélations sur la vie de Marie Madeleine, la plus aimée des disciples de Jésus. Maureen était une journaliste reconnue et un auteur de documents ayant remporté de vifs succès, mais elle avait choisi d’écrire cette histoire sous forme de fiction, ce qui, en soi, avait suscité la controverse. La presse se montrait sceptique, et même railleuse. Pourquoi, si les faits relatés étaient fondés sur la réalité, avait-elle choisi d’en faire un roman ? 27 À tous ceux qui lui posaient cette sempiternelle question, Maureen offrait une réponse franche, mais qui ne satisfaisait pas les journalistes. Au cours d’innombrables interviews dans le monde entier, elle avait expliqué aussi patiemment que ses nerfs surmenés le lui permettaient qu’elle avait le devoir de protéger ses sources, pour leur sécurité et pour la sienne. Lorsqu’elle racontait comment sa propre vie avait été mise en danger durant sa recherche du précieux et ancien trésor, on la ridiculisait, on l’accusait d’exagérer et même de mentir pour se faire de la publicité. Dans l’ouragan journalistique qui avait suivi la publication de La Vérité contre le monde, tout semblant de sérénité et de protection de sa vie privée avait disparu de son existence. Maureen avait été exposée à la curiosité de l’opinion publique, une curiosité tantôt sympathique, tantôt néfaste et parfois même atroce. Elle eut droit à des félicitations pour son courage et à des menaces de mort pour blasphème, ainsi qu’à tout l’éventail des réactions entre ces deux extrêmes. Mais La Vérité contre le monde avait captivé l’imagination populaire. Tandis que les critiques et la presse considéraient que le fait d’attaquer Maureen faisait vendre, un cercle toujours croissant de lecteurs à travers le monde se passionnait pour la vie terrestre si douloureuse de Jésus, telle que la racontait Marie Madeleine. Maureen clamait haut et fort que Jésus et Marie Madeleine avaient été légitimement mariés, qu’ils avaient eu des enfants, qu’ils avaient enseigné ensemble, et qu’aucun de ces faits ne diminuait en quelque façon la divinité de Jésus. Les valeurs d’amour, de foi, de pardon et de communauté étaient la pierre angulaire de l’enseignement de Jésus, mais les attaques contre son livre au nom de la religion négligeaient ou ignoraient son véritable message pour se focaliser sur la messagère controversée. Durant ses recherches, Maureen avait bien failli être assassinée par ceux qui désiraient que cet Évangile reste secret ; pour elle c’était la meilleure preuve de son authenticité. Mais Maureen éprouvait un grand bonheur à constater que son livre plaisait à d’innombrables hommes et 28 femmes dans le monde entier, qui comprenaient qu’ils avaient été abusés par des institutions religieuses traditionnelles, s’intéressant davantage au pouvoir, à la politique et à l’argent qu’à la pure spiritualité. Elle était satisfaite de son travail, de la façon dont elle avait raconté l’histoire, et se trouvait constamment confortée par les flots de courrier qu’elle recevait du monde entier. Chaque lecteur qui soulignait par exemple que « Marie Madeleine l’avait rapproché de Jésus » la fortifiait dans ses convictions et dans sa foi. Il lui fallait cependant lutter tous les jours pour faire justice à Marie Madeleine et à sa véritable histoire, telle qu’elle l’avait découverte, ainsi que pour convaincre ceux qui demeuraient sceptiques. Voilà pourquoi elle apparaissait à la télévision ce matin-là. Jusqu’alors, le brouhaha médiatique avait relevé du spectacle de cirque, mais Maureen comptait beaucoup sur l’entretien qui allait avoir lieu. Les producteurs l’avait interviewée longuement avant l’émission, avaient posé des questions intelligentes, et avaient même envoyé une équipe chez elle, à Los Angeles, pour connaître son environnement. Elle se sentait en droit d’espérer d’être, pour une fois, traitée correctement par des gens bien informés. Elle ne fut pas déçue. L’entretien était conduit par une journaliste chevronnée, une personnalité connue pour son intelligence et sa pertinence. Elle pouvait se montrer dure, mais elle était honnête. Et elle avait bien préparé l’entretien, ce qui impressionna Maureen. Le décor était constitué de photos de Maureen dans les divers lieux du monde où l’avaient conduite ses recherches au sujet de Marie Madeleine. On la voyait sur la via Dolorosa à Jérusalem, ou encore escalader le rocher de Montségur, dans le sud de la France. Ces images servirent de fil conducteur aux premières questions. — Maureen, vous avez écrit sur un prétendu Évangile perdu de Marie Madeleine découvert dans le sud de la France, et sur les vieilles traditions françaises selon lesquelles Marie Madeleine s’y serait installée après la 29 Crucifixion. Cependant, de nombreux savants américains, spécialistes de la Bible, affirment qu’il n’en existe aucune preuve et que rien même ne permet de croire que Marie Madeleine se soit jamais rendue en France. Que répondez-vous à ces savants ? Maureen apprécia la question. Les journaux et les revues donnaient toujours le dernier mot aux érudits. Pratiquement chaque article paru sur elle s’achevait par les mots d’un quelconque universitaire qui la discréditait avec l’habituel mépris hautain de la coterie, et affirmait qu’il n’y avait aucune preuve et que les légendes concernant Marie Madeleine ne valaient guère mieux que la plupart des contes de fées. Maureen décida de profiter pleinement de l’occasion pour répondre enfin à leurs critiques sur une chaîne de télévision nationale. — Tant que les universitaires chercheront des preuves dans leur tour d’ivoire, et dans des livres écrits en anglais, accessibles dans leurs bibliothèques climatisées, ils n’en trouveront certainement pas. Moi, je cherche des preuves plus organiques, plus humaines et authentiques. Elles émanent des peuples et des cultures, de ceux qui vivent ces histoires, qui les intègrent dans leur vie quotidienne. Il est dangereux de dire que ces traditions n’existent pas ou ne comptent pas. Peut-être même est-ce xénophobe et raciste. — Eh bien ! s’écria la journaliste, vous n’y allez pas de main morte ! Ces mots sont d’une grande violence, non ? — Non, je les crois nécessaires. Dans le sud de la France et dans certaines régions d’Italie, des communautés ont été éradiquées parce qu’elles avaient foi en ce qui se trouve dans mon livre. Ces gens croyaient qu’ils descendaient de Jésus et de Marie et pratiquaient une forme pure et belle du christianisme, qu’ils disaient tenir de Jésus lui-même, et qui leur avait été transmise par Marie Madeleine après la Crucifixion. — Vous parlez des cathares. — Oui. Le mot cathare vient du mot grec qui signifie pureté, et ces gens étaient les plus purs des chrétiens vivant dans le monde occidental. Durant l’unique croisade dirigée contre d’autres chrétiens, au XIIIe siècle, 30
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