MAGMA CHAMPAGNE ARDENNE N°3 DEC-JAN - Page 2 - LE MAGAZINE COMPLET DE L'ÉVÉNEMENTIEL EN CHAMPAGNE ARDENNE � ��� �� gerald Dahan � ��� �� N° de licence d’entrepreneur de spectacles : 1-1023849 2-1023851 3-1023852 • AVANCENANCY - Tél. 03 83 35 87 48 les hommes viennent p l e t mars... c o m de �� �� �� eric antoine � ��� �� le jean-mariet bigard comp � � �� �� hors piste � � �� �� fabrice éboué humours d’hivers DU 19 JANVIER AU 5 FÉVRIER 2010 � � � � � � � � � � � � ������������������� ������������������������ ����������������� ������������������������� festival hiv. �������������� 09 S o m m a i r e MAGAZINE Interviews ÉDITO Chaque mois nous retrouvons des acteurs de la culture en ChampagneArdenne qui nous transmettent la vision qu’ils ont de leur travail. En même temps, je me rends compte que certains d’entre eux ont une volonté d’ouverture et un dynamisme qui n’est pas partagée par toute la profession. Pour ce double-numéro nous avons rencontré de nouveaux acteurs culturels. Qui dit « nouvelles rencontres » dit « nouveaux spectacles », et c’est bien ainsi. C’est donc le 3ème numéro pour cette édition champardennaise. Ouf ! Il faut croire que vous l’attendiez car pas mal de coups de téléphone et de mails nous remercient de la qualité du magazine avant de nous demander de faire passer un article, mais c’est de bonne guerre. Car qui fait vivre ces pages ? Vous, qui nous contactez pour une expo, la sortie d’un album… Je ne peux que vous encourager à continuer. Un troisième numéro plein de surprises, car la famille s’agrandit. Nous sommes en effet heureux d’accueillir le big boss de la chronique musicale et de l’histoire du rock, j’ai nommé M. Emmanuel « The King » Haye ! Alors, partons ensemble à la découverte des richesses de la Champagne à Epernay, Troyes, Saint-Dizier l’incontournable, ou encore Wassy, pour des événements surprenants. Et surtout n’oubliez pas de dire, en parlant d’un spectacle, que vous l’avez vu dans Magma ! Bonne lecture. ERIC FRASIAK 4 JEAN-MICHEL GUENASSIA 6 Kroniks musicales 7 Kroniks littéraires 10 Olivier Pizette AGENDA Festivals Retrouvez MAGMA Champagne-Ardenne et MAGMA Bourgogne sur www.magma-magazine.fr CONTACT MAGMA CHAMPAGNE-ARDENNE 12 Olivier : 06 22 48 73 04 - olivier@pizette.eu Magma Champagne-Ardenne N° 3 Décembre 2009 / Janvier 2010 Édité par Média RéZo©, 14 rue du Fays, 52220 Robert-Magny Directeur de la publication : Olivier Pizette Conception et réalisation graphique : Benoît Gaillard Entretiens et coordination : Olivier Pizette Kroniks littéraires et corrections : Marie-Hélène Caroff et Eddy Noblet Kroniks musicales : Emmanuel Haye Site web : The Magma Impression : Real Graphic Belfort Magma Champagne-Ardenne est une publication de Média RéZo Concerts 14 Spectacles 16 Toutes erreurs ou omissions seraient involontaires et n’engageraient en aucun cas la responsabilité de l’éditeur et de ses auteurs. Expositions 21 ISSN en cours – RCS CHAUMONT 514 659 341 RETROUVEZ MAGMA CHAQUE MOIS DANS TOUTE LA CHAMPAGNE-ARDENNE. WWW.MAGMA-MAGAZINE.FR Interview DÉCEMBRE 2009 / JANVIER 2010 Eric Frasiak LA CHANSON AVANT TOUT Après 2 albums et un live en 2009, voici déjà le nouvel opus d’Eric Frasiak. Ce guitariste-chanteur qui vit aujourd’hui à Bar-le-Duc a cette fois tenu à mener son projet de bout en bout. De l’écriture des textes, des différentes parties instrumentales, jusqu’aux arrangements, ce 4ème album est un condensé tout en nuances de sa personnalité. « Parlons-nous » donne une nouvelle dimension d’Eric. Une écriture plus fine et plus accomplie, une musique très riche où accordéon, samples et guitares se croisent. Rencontre dans son studio à l’aube de la sortie… 4 DÉCEMBRE 2009 / JANVIER 2010 Interview MCA : On te voit seul sur la couverture de l’album. Est-ce une façon d’amorcer le 3ème morceau, « Parlons-nous » ? Eric Frasiak : Oui, car cette chanson traite d’un paradoxe : on vit à la fois dans un monde de communication mais aussi de solitude. C’est vraiment le reflet de cette société où nos enfants sont collés à un écran sans vivre les choses réellement. On n’a jamais eu autant besoin de chercher notre identité, on voudrait appartenir à un clan, une tribu. L’identité personnelle est difficile à porter. Internet n’a d’ailleurs pas aidé à améliorer cet aspect des choses. J’ai choisi cette chanson pour intituler l’album. C’est toujours difficile de trouver un titre d’album. Pour l’album précédent, le titre n’avait pas de relation avec un morceau. Ici, c’est plus direct. MCA : Il y a une envie d’ouvrir les yeux sur la société, de dénoncer ses travers, mais dans une ambiance plutôt douce. Eric Frasiak : Je suis dans l’humeur, pas dans la rage. S’il est facile de concrétiser des idées, il est bien plus compliqué de les poétiser. Il y a des côtés cinématographiques dans mon approche. J’aime cette idée quand j’écris, je recherche des images. Mais disons des images travaillées, pas des clichés bruts. MCA : Depuis le Live, seulement un an s’est écoulé, et pourtant on sent une autre qualité d’écriture (« Tais-toi », « L’air bleu », « Je sais tout ça »). Eric Frasiak : Pour moi, les textes, sont les fondations de la chanson. J’ai toujours écouté des auteurs tels que Béranger, Lavilliers ou Ferré, c’est important que les textes véhiculent des idées fortes. Le choix des mots, leur portée. Sinon, autant faire du « yaourt » en anglais comme beaucoup en variété aujourd’hui. MCA : Oui, ne citons personne la liste serait trop longue. Eric Frasiak : Il est vrai que j’aime bien réagir à l’actualité, comme dans « Edwige ». Le texte est sorti d’un seul jet, et quelques jours après, en pleine polémique, le morceau était en ligne. Le texte est toujours porteur de message. Aujourd’hui, il y a des jeunes comme Renan Luce qui écrivent des chansons différentes avec un réel talent d’écriture. MCA : Le mot « maturité » colle bien à ce nouvel album. Eric Frasiak : Je sentais que j’étais à l’aube d’un virage en écrivant ces nouveaux morceaux. Ca correspond à une période, je voulais traduire ce moment. Mes précédents albums résultent d’un travail collectif. Pour « Parlons-nous », j’ai vraiment voulu quelque chose d’homogène. J’ai écrit les arrangements, toutes les parties instrumentales. Certaines sont mêmes issues de la maquette ! J’ai par exemple gardé l’harmonica pour « Béranger ». Sur la maquette, on n’a pas la pression du définitif et on a vraiment l’énergie du premier jet. MCA : Le temps est très court entre chaque album. Eric Frasiak : Non, pas vraiment. Le Live est un condensé des deux premiers albums. Il faut généralement 2 ans pour écrire les textes et composer chaque morceau. La troisième année est destinée à réaliser l’enregistrement, le mastering… Je suis déjà en train d’écrire de nouveaux morceaux pour un prochain album. D’ailleurs, je crois qu’il sera plus acoustique. Je donne des concerts acoustiques relativement souvent et j’aime bien cette ambiance. C’est quelque chose que je n’ai encore jamais fait en studio. MCA : Mais alors, tu ne testes pas les morceaux en public ? Eric Frasiak : Si, la plupart des titres sont testés en concert, mais pas tous. Il est arrivé qu’on aille directement en studio. Une fois mes choix arrêtés sur les arrangements et les différentes parties, il n’était plus question de modifier. Il a fallut avancer. Mais finalement, on n’a pas toujours besoin de test préalable. La chanson existe quels que soient les arrangements. Les instruments sont un habillage de mannequin. Il suffit d’un chanteur accompagné de sa guitare et ça marche. Le jeu en public, lui, est une finalité. Aujourd’hui, quand je propose un concert, j’essaie d’apporter autre chose, de ne pas faire un copier-coller de l’album. J’aime bien me produire sous différentes formules : avec un piano et une basse, ou encore piano, guitare, percussions. MCA : C’est un groupe à géométrie variable, selon les dates. Eric Frasiak : Le groupe n’est pas une formule figée. Et « Eric Frasiak » n’est pas vraiment un groupe. Je suis auteur, compositeur et interprète. J’ai la chance d’être accompagné par des musiciens que j’ai choisis, mais ils sont aussi investis dans d’autres projets. Ce qui permet justement de proposer des concerts dans des configurations différentes. La plus grosse formule, à 5 musiciens, n’est pas toujours facile à placer. On a fait la première partie de Fugain à deux devant 10 000 personnes, avec seulement guitares/voix. H. F. Thiéfaine a joué tout seul sur une tournée, et il a déclaré avoir redécouvert des morceaux. Comme quoi, c’est la chanson qui compte, avant tout. Merci Eric et à bientôt en salle… Propos recueillis par Olivier Pizette POUR EN SAVOIR PLUS Eric Frasiak en concert le 10 décembre à Bar-le-Duc (55), le 23 janvier à Jarny (54), le 29 à Villers Saint-Frambourg (60) et le 30 à Paris 11e à l’ACP Manufacture Chanson. D’autres dates sur www.frasiak.com et www.myspace.com/frasiak 5 Interview DÉCEMBRE 2009 / JANVIER 2010 Jean Michel Guenassia ET LE CLUB DES LYCÉENS Son roman, Le Club des incorrigibles optimistes faisait partie de la sélection de coups de cœur des chroniqueurs de Magma en cette rentrée littéraire (voir Magma n°1 – Octobre). Et voilà qu’on lui décerne un prix, pas des moindres puisqu’il s’agit du Goncourt des Lycéens. Décerné le 9 novembre dernier, voilà récompensé pour notre plus grand plaisir ce récit qui nous immerge dans le Paris des années 60. MCA : Pensez-vous que c’est un aspect didactique, d’apprentissage, qui a pu séduire les adolescents ? JMG : Si c’est le cas, ça n’est pas une volonté de ma part. Je n’avais aucune intention d’écrire un roman d’initiation. C’est l’histoire finale qui m’intéressait, il fallait en passer par là pour la raconter. Quand le livre est sorti, certains ont focalisé sur la guerre d’Algérie. Je l’ai évoquée parce que cela fait partie du contexte historique des années 60, ça n’est pas le thème de mon livre. Je voulais parler de ces hommes qui sacrifient leur vie à un idéalisme, j’ai été très touché par ces exilés d’Europe de l’Est qui apprenaient par cœur des poésies entières, touché par cette idée de mémoire et de transmission. MCA : Michel est photographe amateur. Il aime saisir les mêmes personnes et les mêmes lieux sous des angles différents, mais quelque chose lui échappe toujours. Dans votre roman, vous développez une série de portraits mais finalement chaque personnage a sa part d’ombre, quelque chose d’insaisissable. JMG : On a tous une part d’ombre. Chez certains, elle est plus forte. Tous ces gens ont trahi quelqu’un ou quelque chose. Quand j’ai posé la question « qui n’a jamais trahi ? » aux adolescents que j’ai rencontrés, j’ai senti qu’ils étaient particulièrement réceptifs. MCA : Sans tomber dans la caricature, les thèmes de ce roman sont des thèmes forts : amitié, amour, trahison, et surtout, des histoires humaines, le destin de ces réfugiés d’Europe de l’Est. Mais derrière les désillusions subsiste toujours l’optimisme. JMG : Optimistes peut-être, mais par défaut. Ils ont abandonné tout le monde, ont fait le deuil de leur famille et de leurs amis. Kundera disait que sous le communisme, « l’optimisme est devenu l’opium du peuple ». On n’avait pas le droit de manifester son pessimisme. L’optimisme était presque devenu une religion. MCA : Et vous-même, vous définiriez-vous comme un incorrigible optimiste ? JMG : Pour répondre, je vous renvoie à cette petite phrase révélatrice en exergue du roman, d’un incorrigible anonyme : « Je préfère vivre en optimiste et me tromper, que vivre en pessimiste et avoir toujours raison. » Cela en dit bien assez ! Propos recueillis par Marie-Hélène Caroff Magma Champagne-Ardenne : Tout d’abord, une question simple : comment avez-vous réagi à l’annonce du prix ? Jean Michel-Guenassia : En ce qui me concerne, je vois les choses avec simplicité : mieux vaut ne pas espérer pour ne pas être déçu. J’ai donc fait un travail pour évacuer l’idée d’être primé. Il y avait quatre autres très bons romans dans la sélection finale, et si un autre de ces ouvrages avait été récompensé, cela n’aurait pas été une injustice. MCA : Comment percevez-vous ce prix, dont l’originalité réside en la composition d’un jury de lycéens ? JMG : Je suis évidemment très heureux car c’est un prix qui a une grande importance. Il a beaucoup de valeur, c’est un choix de lecteurs. Je n’ai pas pu les influencer quant à ce choix, je n’ai rencontré qu’une trentaine de lycéens sur les 2300 qui participent à la sélection. MCA : Avez-vous ressenti une perception différente de votre roman de la part des lecteurs adolescents par rapport aux retours des adultes ? Les deux publics sont-ils sensibles aux mêmes thèmes ? JMG : C’est difficile à dire. Finalement, lorsque l’on rencontre ses lecteurs, beaucoup vous disent qu’ils ont aimé mais sans forcément préciser ce qui les a touché dans le texte. Certains adultes ce sont reconnus en Michel, le narrateur, car ils sont issus de la même génération. L’ambiance, les bistros populaires, le rappel de cette époque-là. Quant aux adolescents, ils se sont probablement identifiés à ce personnage puisqu’on le suit de ses douze à dix-sept ans. MCA : Pourtant, Michel ne vit pas à la même époque que les adolescents d’aujourd’hui. JMG : Oui, il n’est pas tout à fait proche, mais pourtant il y a bien identification. Ce qui est amusant ce sont les événements historiques qui apparaissent dans le roman comme le communisme noir, la guerre froide, n’ont aucun écho pour eux. Ils ne connaissent pas Gagarine, par exemple. POUR EN SAVOIR PLUS À lire : Le Club des incorrigibles optimistes, de Jean-Michel Guenassia (Albin Michel, 760 p., 23,90 euros) 6 Kroniks musicales DÉCEMBRE 2009 / JANVIER 2010 LA MUSIQUE DE PARIS DERNIÈRE, VOL.7 Funplex [Compilation / Béatrice Ardisson / Sortie le 9 novembre 2009] Après plusieurs mois passés dans le confinement de leur studio, Funplex revient sous les feux de l’actualité. Ce trio Soul/Funk/Métal rémois a retenu l’attention de Béatrice Ardisson pour figurer sur sa nouvelle compilation La musique de Paris dernière, Vol.7, sortie le 9 novembre sur I-tunes et dans les bacs - l’illustratrice sonore ayant craqué pour leur reprise du Crazy in Love de Beyoncé. Approuvé par le magazine américain Guitar Player, mais aussi par des artistes de renom comme Mike Scott (Prince, J. Timberlake), John Herington (Steely Dan), Funplex dévoilera un 12-titres pour 2010, ainsi qu’un vidéo clip live. Plus d’infos sur www.funplex.fr et www.musiqueducoin.com [Compilation 2 cds / Sortie courant décembre 2009] DE CENDRES ET DE SANG French Metal [Webzine] 40 groupes : Punish Yourself - Headcharger Mindlag Project - Carcariass - Dark Sensation Aeons - Yorblind - Obnoxious - Simplixity Clampdown - Eight of Spades - Copy of a Copy - Zoe - Talian - Arcania - Seyminhol E Nora - Asylum Pyre - Bel’o’kan - Oditeohr Mechanical Decay - Walrus Resist - Avery Sad Story - Madonagun - Lumberjack - Ezofaj A.C.O.D - Indykush - Skox - Dividead - Saw Crossingate - Private - Fall of Death - No Wake Instead of Trying - Human Fate - Kernaoth And Summer Dies - Arkelion. Plus d’infos sur www.french-metal.com 7 Kroniks musicales DÉCEMBRE 2009 / JANVIER 2010 Eric Frasiak PARLONS-NOUS Eric Frasiak enregistre ses albums dans son propre studio. Pour Parlons-nous, beaucoup de choses ont évolué. Tant dans l’écriture des textes de plus en plus fins que dans les arrangements qu’il a dirigés de bout en bout, avec une vraie maîtrise. L’album est homogène, vous emmène d’un univers à l’autre sans rupture. Les influences sont affichées et assumées. La présence des musiciens issus de la tournée précédente contribue à la qualité du jeu et offre une réelle respiration. On y croise de la chanson bien sûr, mais aux multiples couleurs. Des ballades façon Dylan ou Neil Young avec François Béranger et L’air bleu, ou même des blagues avec Le tango de la jet set, On fait du rock. Une œuvre musicale doublée d’un bel objet qui reflète un esprit sans trahir son auteur ni sa personnalité pleinement épanouie. O.P Mano Solo RENTRER AU PORT [La Marmaille Nue / Wagram] C’est un album peut-être plus doux, plus tempéré, que nous propose Mano Solo pour ce septième opus. Mais ne nous y trompons pas. Il y subsiste tout de même une amertume et une acidité bien à lui (J’avance, Les enfants des autres), auxquelles s’ajoute une très grande mélancolie (Des années entières). L’ambiance acoustique dans laquelle baigne cet album semble plus inhabituelle. Et même si parfois une guitare électrique apparaît, ce n’est que pour un léger riff ou une cocotte. Guitare, petites percus, chant, piano et accordéons, portent excellemment les textes néoréalistes mis en valeur par la légèreté des mélodies. Beaucoup de couleurs pour un album intime à l’écriture urgente. Mano Solo « avance à cheval sur un rêve » et n’est pas prêt de lâcher le morceau. O.P. Sanseverino LES FAUX TALBINS [Columbia / Sony BMG] Sanseverino et son look de rockeur - ovni sonore dans le paysage de la nouvelle scène française - mêle les genres avec adresse. Sa musique se trouve au croisement de la chanson française, du swing hystérique et du jazz manouche. Pour ce quatrième opus, intitulé Les Faux Talbins, c’est du côté de chez Audiard que le tonton swingueur nous donne rendez-vous. « Attention ! Il joue plus, il flingue ! » Des textes fleuris où le caïd du swing a fait de sa gouaille son fond de commerce. Peuplé de faux monnayeurs et de règlements de compte, façon « Touchez pas au grisbi », le guitariste joue avec l’argot comme d’autres du couteau, en nous racontant ses histoires parfois noires mais toujours drôles. A l’écoute de l’album, on pourrait se dire : « ça sonnerait pas un peu country, là-dedans ? » et on aurait raison : Sanseverino explore de nouveaux horizons avec une reprise de la chanson de Johnny Cash A boy named Sue façon frenchie. Une fois de plus l’artiste fait mouche, il nous prouve qu’il n’a rien d’un cave et qu’il joue définitivement dans la cour des grands. E.H. Steve Shehan & Nabil Othmani AWALIN [Naïve] Cet album est né de la rencontre entre deux hommes. Le premier, Steve Shehan, compositeur et percussionniste, membre du groupe Hadouk Trio, musicien universel et éclectique dont les percussions ont été demandées par les plus grands artistes de Bob Dylan à Paul Simon. Le second, Nabil Othmani, musicien touareg originaire de l’extrême sud-est de l’Algérie, qui prend la suite de son père, Baly Othmani, grand poète disparu et musicien du désert, avec qui Steve avait déjà réalisé trois albums. D’un morceau à l’autre, ils mélangent leurs notes sans souci de leurs origines, mais toujours avec un très grand soin de l’harmonie. La voix douce et mélodieuse de Nabil, accompagnée par d’innombrables instruments tels que le dobro, le doudouk, le hang, l’orgue de cristal et le oud, trouve merveilleusement sa place dans cet univers multicolore. Pour ce disque, les deux amis se sont également entourés d’invités prestigieux. Ibrahim Maalouf, Didier Malherbe, Vladiswar Nadishana, Claude Samard, ou encore Norbert Krief, apportent une saveur originale aux mélodies. E.H. 8 Kroniks musicales DÉCEMBRE 2009 / JANVIER 2010 The Brian Setzer Orchestra SONGS FROM LONELY AVENUE [Surfdog] Qui aurait pu croire que le rêve d’enfant du chanteur guitariste Brian Setzer- du groupe de rockabilly le plus populaire des années 80, les Stray Cats - aurait été de diriger un jour un big band ? Cette idée un peu folle, repiquée à Eddie Cochran, prend forme en 1992 avec seize musiciens (dont cinq saxophonistes, quatre trompettistes et quatre trombonistes de jazz moderne). Après deux premiers opus plutôt swing, suivis de deux autres constitués en partie de reprises de chansons de Noël, The Brian Setzer Orchestra revient cette fin d’année avec un nouvel album intitulé The songs from Lonely Avenue constitué entièrement de compositions. Très influencé par les bandes originales de films noirs des années 50, Brian y ajoute la fameuse touche Stray Cats avec ce riff agressif et tranchant comme un coup de griffe. Une reconversion en crooner à la voix de velours plutôt réussie pour M. Setzer qui est encore loin de la retraite. E.H. [Ouvrage collectif dirigé par Jean-Noël Levasseur / Buchet-Chastel] 19 HISTOIRES ROCK ET NOIRES London Calling A l’occasion du trentième anniversaire de la sortie, en décembre 1979, de l’album des Clash London Calling, 19 auteurs de la nouvelle génération d’écrivains de polar rendent hommage à ce monument du punk. Ces nouvelles, de styles variés, portent les noms des chansons de l’album. C’est ainsi que Jean-Hugues Oppel, Marc Villard ou encore Jean Bernardet, nous entraînent successivement dans des univers approchant de près ou de loin celui des Clash. Tantôt sarcastiques, haletants, burlesques ou tragiques, ces textes sont également enrichis par la qualité des recherches réalisées par les auteurs sur le groupe. Dans la préface « L’enfant rock de la télé », Antoine de Caunes revient sur sa rencontre avec Joe Strummer (le chanteur / guitariste) lors d’un concert mouvementé pour son émission Chorus. À noter également que le livre est magnifiquement illustré par des vignettes en noir et blanc de Serge Clerc extraites de la bande dessinée qu’il avait consacrée au groupe en 1980. E.H. Chroniques réalisées par Emmanuel Haye et Olivier Pizette. ���������� �������������� 9 ������������������ ����������������������� Kroniks littéraires DÉCEMBRE 2009 / JANVIER 2010 Les Poèmes de Maximus CHARLES OLSON [La Nerthe (libraire-éditeur), 915 pages, 40 euros] Objet insolite sur l’étagère d’une librairie, ce recueil de poèmes, le pavé qui vous tente, mais on ne sait pas qui choisit l’autre. Le lecteur découvre Les Poèmes de Maximus comme l’archéologue fouille les ruines, il ne révèle pas seulement ce qui est enfoui, mais l’énigme de leur présence. On s’interroge. Par strates, des lambeaux de mots, des voix – nombreuses –, des témoins, une foule de monde, et la cité de Gloucester, Massachusetts, États-Unis, sort de la brume. Sort du large, du temps. Et se dessine, avec les rues, les contours, les magasins, en suivant la parole de Maximus, le conteur grec, venu de l’antique empire romain, pour écrire des lettres sur un autre occident que le sien. « La polis, c’est des yeux ». Combien d’anonymes ont laissé des traces ? Une communauté se remet à parler, les débarqués de 1623, les Pèlerins, les guerres des Nations pour les bancs de poissons, les pêcheurs d’hier et ceux d’aujourd’hui. La vie, en somme. Car les tramways roulent chez Thucydide, les voitures tombent en panne et on tient des livres de comptes. « Ce sont les chapeliers de La Rochelle, les mangeurs de poisson de Bristol qui furent les conquistadores de mon pays, le sans-rêve à présent ». Le poète n’est pas nostalgique. Il ne croit pas non plus en l’avenir, il n’est pas Walt Whitman. Charles Olson n’a pas l’âme d’un prophète, plutôt celle d’un urbaniste. Les poèmes s’écoutent, les voix s’enchaînent, nous raconte... L’histoire se joue, s’accomplit, se brise autour des vicissitudes et des trajectoires individuelles. L’étonnante musicalité de la langue s’enrichit de mesures techniques, a priori insignifiantes, qui paraissent pourtant faire intervenir un savoir ancien, occulte : occupations du sol, données topographiques, matières géologiques, rapports d’intendance, journaux de bord, prévisions météorologiques... (« A Saint-Malo, en tout cas, Ou en Biscaye. Ou à Bristol. Les pêcheurs, eux, avaient, depuis bien longtemps, parlé : Mer forte, neige, grêle. A 8h du mat. le clapot d’un courant. Sondé là. 20 brass., qui diminuaient jusqu’à 15, 10. Portaient le navire »). Imaginez ce que le passé a laissé en bas de votre immeuble, le mythe qui se joue dans la rue, éclairé par le passage de Maximus. E.N. Les Excentriques CHAMPFLEURY [Éditions Le Chat Rouge, collection Haut-de-Forme, 2009, 253 pages] « Une lecture cul sec ». Un format inattendu et le ventre qui fait des bruits de siphon, Les Excentriques a la longueur d’un haut-de-forme, et les pages exhibent une galerie de portraits – Originaux de la Bourgeoisie et de la Bohème – brossés par Champfleury, un fin moqueur, contemporain de Daumier, admirateur de Gustave Courbet. Ici, le mystère s’habille de l’absurde. Chapeaux, guêtres et idées noires. Entrez dans la ronde des « grands hommes du ruisseau », collectionneur de « livres fous », « omniarques omnivores » et autres aimables fêlés : « viande athée », apôtre dément de phalanstère... Est-il vrai d’ailleurs que « tous les bourgeois de Paris amateurs de pigeons se connaissent » ? Tant de bizarreries qui ont de quoi empêcher de dormir. Une manière aussi d’ouvrir la porte du Chat Rouge, une maison amie de la littérature fantastique « où le grotesque, l’étrange, l’insolite, le merveilleux, le macabre (...) le décadentisme, le mélancolique, le comique, la bibliophilie, et bien d’autres profondeurs humaines sont à l’honneur », à découvrir tout de suite à cette adresse : www.lechatrouge.net et dans toutes les bonnes librairies. E.N. Les ailes du désir… ou la vie rêvée des papillons STÉPHANE HETTE [Déclic Editions, 159 p, 39 euros] Voici un livre de photos animalières bien peu banal. Stéphane Hette a développé sa propre méthode de prise de vue. Amateur de papillons et collectionneur d’espèces venues du monde entier, ce photographe expose à l’international, et a reçu de nombreux prix. Stéphane nous livre un travail entièrement réalisé en studio. Insectes sur fond blanc en gros plan, la qualité des couleurs et le travail de la lumière nous invitent à la méditation et au silence. Depuis son cocon jusqu’à l’envol, les pages nous emmènent dans un voyage autour du monde où l’on croise une quantité incroyable de variétés de papillons, plus surprenants les uns que les autres. Le graphisme révèle la magie de la nature, si bien que les pages défilent d’elles mêmes. Pour les amateurs de photographie et les autres. O.P. 10 Kroniks littéraires DÉCEMBRE 2009 / JANVIER 2010 Le papa rêveur CHRISTOS [Illustrations d’Amélie Callot, Editions Anna Chanel, 2009, 13,50€] « Dis papa, en fait, les monstres, ils n’existent pas ? – Hum. Puisque tu en parles, à vrai dire, ils n’existent pas, non... Enfin, peut-être qu’il y en a quelque part, on ne sait pas vraiment. Mais, pour simplifier, disons qu’ils n’existent pas ! C’est bien ce que je pensais, dit Olivier en souriant. Et les dragons, c’est pareil, hein papa !? » Difficile d’être un papa rêveur quand il faut répondre aux questions d’un petit garçon qui souhaite grandir et pense qu’il est en âge d’entendre la réalité. Mais quelle réalité ? Un livre pour tous, aux illustrations qui participent à ce monde imaginaire dont les enfants ont le secret. Premier album d’un auteur qui nous avait habitués à des textes solides. Il nous donne un nouvel extrait de ses talents grâce à un texte simple et direct, dans une ambiance sympathique. Mais attention au message… O.P. Collection « Dictionnaire Amoureux » [Plon, 25 euros environ] « Un chef-d’œuvre de la littérature », disait Jean Cocteau, « n’est jamais qu’un dictionnaire en désordre. » Rien ici n’est définition. Le Dictionnaire se fait prétexte à une lecture au hasard des mots, plaisir de se laisser happer par une anecdote, parfois toute personnelle de son auteur. Et laisse la page ouverte pour grappiller ici où là, via un alphabet qu’on peut bousculer à loisir, des histoires racontées, presque chuchotées, d’un Amoureux qui décide lui-même des entrées. Viennent de paraître, entre autres, Le Dictionnaire Amoureux du Cinéma, de Jean Tulard, où l’on retrouve des grands noms de réalisateurs ou d’acteurs, des grands films, mais aussi des souvenirs nostalgiques de « Chocolats Glacés » et d’« Ouvreuse » ; le Dictionnaire Amoureux de la Bible, de Didier Decoin, qui ne rajoute pas de sacré au sacré mais nous rend au contraire la mythologie occidentale plus proche. Comme le ferait un conteur, d’une écriture pleine de tendresse. MHC Collection « Les Farfelus » [Editions Jeunesse Le Minibus, 4 euros, 20 pages] D’un format carré souple qu’on ne se lasse pas de manipuler, cette collection porte bien son nom. Des livres « Interdits aux parents », même si on se doute bien que ces derniers ne résisteront pas à passer outre l’avertissement. Les textes sont irrésistibles, servis par des illustrations azimutées. De C’est mon petit doigt qui… , Mon doudou, pour les plus petits, à Roger Crotte-de-nez, Raymond débarque en ville, ou L’esprit des forêts pour les plus grands, on découvre des styles graphiques variés et des héros improbables : Schmoutz le mammouth (à qui l’on a volé sa moumoute !), Roger l’escargot, Raymond le pou, et bien d’autres. Le tout s’accompagne des jeux de l’auteur et de l’illustrateur. A commander de toute urgence sur www.leminibus.fr. MHC Chroniques réalisées par Marie-Hélène Caroff, Eddy Noblet et Olivier Pizette. 11
MAGMA CHAMPAGNE ARDENNE N°3 DEC-JAN - Page 2
MAGMA CHAMPAGNE ARDENNE N°3 DEC-JAN - Page 3
wobook