actuel 115 - Page 1 - Actuel est un magazine hebdomadaire marocain francophone, appartenant au groupe « Logique Presse ». Des sujets très variés y sont abordés (économie, politique, société, culture...). w w w . a c t u e l . m a actuelN° 115 - du 5 au 11 novembre 2011 - 15 DH- 3 € المغرب SKHIRATLes familles sortent du silence «Echecau roi» extraitsdu livre tém oignage Législatives 2011 Reportages, interviews, échos, débats... actuel au cœur de la campagne électorale p.34 CINéMA La source des femmes pour ou contre ? p.56 L’ Istiqlal a dégainé le premier en promet- tant 175 000 emplois par an. Le G8 en a remis une couche, à 200 000. Qui dit mieux ? Sûrement pas la Koutla, ce drôle deménageàtroisquin’existequ’unmois tous les cinq ans et qui s’est contenté du service minimum. Avec des déclarations d’intention sur – prenez votre respiration – « la dimension historique de la personnalité marocaine avec ses multiplescomposantesamazighe,arabe,africaine etméditerranéennequisefondentdansl’islamen tantquereligionetprécepteprônantlatolérance, le dialogue et la solidarité ». Ouf ! Quandonn’arienàdireenpolitique,onparaphrase la Constitution. Mais si la Koutla bredouille, ses membres ne manquent pas d’arguments. Tiens, le PPS a aussi une idée sur le nombre d’emplois à créer : 250 000 par an ! Le parti communiste mo- narchiqueestd’ailleurscham- pion du Maroc des promesses chiffrées puisqu’il annonce 150 000 nouveauxlogements paran,unSMIGà3 000dirhams (commelePJD),750maisonsde jeunes et 50 places de mieux pour le Maroc dans l’indice de perceptiondelacorruption.Lespromessesn’enga- gentqueceuxquilesentendent,etdemainonrase gratismêmechezlesbarbusquiannoncent7%de croissance annuelle. Cette bataille de chiffres est symptomatiqued’uneclassepolitiquequialigne des nombres à défaut de produire des idées. Car lorsqu’on creuse dans les programmes, on reste consterné par l’accumulation de déclarations d’intention pour le moins inconsistantes. LeG8,parexemple,s’estfocalisésuruneplateforme économique pour ne pas aborder les questions qui fâchent entres ses membres disparates. Pour le reste, on se contente de rappeler des lieux communsconsensuelscommelavolontépourle RNI de « renforcer l’égalité entre les deux sexes en encourageantlerôledelafemmedanslasociété ». Laseuleinnovationchezlessociaux-libéraux-écolo- islamistes-de-droite-et-de-gauche de l’Alliance pourladémocratie,c’estlapromessedeconsacrer 3Edito actuel / Semaine du 5 au 11 novembre 2011 Quiosera ? actuel un milliard de dirhams à la culture. Encore un chiffre !Maisaumoins,lanouvellecoalitionestla premièreàsepréoccuperd’unsecteurprimordial quin’intéressemanifestementaucunautreparti. Etsinon ?Quelpartioseraémettreuneidéeclivante, originale et surtout progressiste ? Qui est pour la suppressiondelapeinedemort ?Lalibéralisation de l’avortement ? La dépénalisation du cannabis oudesrelationssexuelleshorsmariage ?Laliberté de croyance ? Chaque semaine, nous posons ces questions dans nos pages « spécial législatives » aux ténors des principaux partis. Certains ont le couragedeleursopinions,àtitrepersonnel.Mais jamais au nom du parti. Sur la question de la libéralisation de l’avorte- ment, pas un seul istiqlalien n’a osé répondre. « Trop délicat pour se prononcer. » Et lorsqu’on demande à Nabil Benabdellah s’il est pour l’éga- lité entre hommes et femmes sur l’héritage, il se défausse : « Personnellement je suis pour. Mais je connais les contraintes qu’imposeuntextecoranique. » Il faut croire que depuis que le PJD a kidnappé une partie de l’esprit de la Constitution en y faisantsupprimerlalibertédecroyance,lesautres partis sont tétanisés à l’idée d’un affrontement avec une formation qui n’utilise pas les armes conventionnelles dans ses arguments. Mais on peutrenvoyerdanslescordesceuxquiinvoquent Dieuàtoutboutdechampsionrefusedes’avancer surceterrainetsionconsidèrequelareligionest d’abord une question personnelle. La politique, c’est aussi savoir trancher sur les questions de société. Et parfois être en avance sur la société. Les pays qui ont aboli la peine de mort l’ont fait contre leurs opinions publiques. Et celles-ci ont ensuite changé d’avis... La politique, ce n’est pas seulement promettre. C’est d’abord oser. ■ On rase gratis, même chez les barbus ! Sommaire écrivez-nous à courrier@actuel.ma actuel / Semaine du 5 au 11 novembre 2011 4 n°115 - du 5 au 11 novembre 2011 Que sont les mutins devenus ? Faux et usage de faux ! La matraque au bout du chemin Parce qu’elle le vaut bien 16 28 40 56 66 La petite ruche de Maguy Kakon SActualités 06 nouvelle génération | Mohamed Chakir 08 la semaine en images 10 décryptage 14 dernière heure SDossier 16 coup d’état | Skhirat, l’histoire du putsch revue et corrigée SEconomie 28 propriété intellectuelle | Contrefaçon Encore un accord de plus ! 32 bourse | Analyse chartiste SPolitique 34 législative 2011 | Koutla/G8 : les hostilités peuvent commencer 36 législative 2011 | Abroger la loi interdisant les relations sexuelles hors mariage ? 37 législative 2011 | Abdesslam Aboudrar « Nous devons moraliser la vie politique » 38 législative 2011 | Alliances : la balle au centre SSociété 40 activisme | Manifestations : le M20 dans l’œil du cyclone SMonde 46 monde | Palestine, Guerre et Paix 50 arrêt sur image 54 chronique des deux rives SCulture 56 cinéma | La source des femmes : source de… 58 brèves 60 Coup de cœur | Un film STendances 62 auto | Nouveau Tiguan TDI L’incontournable 64 nouveaux produits, nouveaux marchés 66 les choix de... | Maguy Kakon, reine des abeilles photo de couverture paris match actuel actuel est édité par Logique Presse. SARL. Capital social : 15 millions DH. Directeur et éditeur : Henri Loizeau Directeur de la publication : Abdellatif El Azizi Directeur commercial : Moulay Ahmed Alami Directeur de la rédaction : Eric Le Braz Rédactrice en chef adjointe : Mouna Kably Assistante de la rédaction : Meriem Zraidi Tél. 05 22 95 18 15 / 16 05 29 00 20 02/ 30 03 Fax. 05 22 95 18 14 SRéDACTION Chefs de service : politique : Abdellatif El Azizi économie : Mouna Kably culture : Amira-Géhanne Khalfallah Rédacteurs : Yanis Bouhdou, Amanda Chapon, Zakaria Choukrallah, Ali Hassan Eddehbi, Khadija El Hassani, Charlotte Hennebicque (chef de rubrique), Fatim Ezzahra El Hajji, Abdelhafid Marzak, Meriama Moutik. Chroniqueurs : Fouad Benseddik, Pascal Boniface, Driss Jaydane. Correspondants : Cyril Bonnel (Paris), Gaëlle Lucas (Madrid), Maud Ninauve (Tanger), Salima Yacoubi Soussane (New York). Photographe : Brahim Taougar Ont collaboré à ce numéro : Paola Abboud, Mohamed El Hamraoui, Mohamed Mouhim. SéDITION Rédactrice en chef technique : Keiko Catala Secrétaire de rédaction : Ferdinand Demba Révision : Laila Lebbar Directrice artistique : Fadoua Damiri Maquettiste : Youssef El Moutassaddik, Conception graphique : Studio Baylaucq & Co. SPUBLICITé Tel : 05 22 36 77 02 Directeur commercial : Moulay Ahmed Alami ma.alami@actuel.ma Responsable commerciale : Ghizlane Malki g.malki@actuel.ma Chefs de publicité : Safaa Aqraou s.aqraou@actuel.ma Karima El Afi k.elafi@actuel.ma Responsable agences et communication : Boutayna Omary b.omary@logiquepresse.ma Assistante commerciale : commercial@actuel.ma IMPRIMERIE Idéale, Casablanca DISTRIBUTION Sochepress Imprimé au Maroc – Printed in Morocco. Tous droits réservés. Reproduction interdite sauf accord de l’éditeur. Tirage : 20 000 ex Sactuel 1, bd Abdellatif Benkaddour 20050 Casablanca, Maroc Dépôt légal : 2010PE0042/ Ingénieurèspolitique Mohamed Chakir SLes dinosaures ont fait leur temps et la relève arrive. Chaque semaine, actuel présente les futurs leaders du pays... uand on aime, on ne compte pas ! Entre son programme, très chargé, à l’Ecole Hassania des Tra- vaux publics et son enga- gement politique, on se demande biencommentfaitMohamedChakir. A presque 24 ans, ce fils du peuple s’apprête à décrocher cette année son titre d’ingénieur tout comme il planche, en compagnie d’autres jeunes, sur les derniers prépa- ratifs d’un projet d’observatoire politique, par et pour les jeunes. L’idée a germé dans l’esprit d’une dizaine de jeunes, essentiellement des étudiants des grandes écoles, qui ont ensuite décidé de lancer la Tariq Ibnou Ziyad Initiative (TIZI). « Nous sommes en train de finaliser la procédure pour devenir une asso- ciation, mais ce ne sont que des formalités juridiques », explique Mohamed Chakir. A peine née, TIZI voit déjà grand. « Nous avons des objectifs sur le court, moyen et long terme », confie, sûr de lui, ce techno- crate en herbe. Mission N°1 : encourager les jeunes à investir la politique. Baromètre de satisfaction Si l’idée n’est pas nouvelle, le procédé est original. Avec ses copains matheux, Mo- hamed est en train de mettre en place un « comparatif de l’offre politique » en pers- pective des prochaines échéances électo- rales. « Nous allons présenter les résultats le 15 novembre. Après les sondages d’opi- nion seront interdits », fait savoir le jeune homme. Le comparatif comportera cinq grillesd’évaluation.Unefichetechniquede chaqueparti,unaperçusurleprogramme présenté, le bilan de participation à la der- nièrelégislature,lefonctionnementinterne etunportraitdesprincipauxcadres.« Nous voulons rester logiques et objectifs. Nous recueillons les données à la source et nous nous abstiendrons de tout commentaire », expliqueMohamedChakir.« Parfois,nous mettons des données très élémentaires car notre étude est destinée aux non-initiés, qui sont quand même très nombreux », ajoute-t-il. Et pour ne rien laisser au ha- sard, les membres de TIZI multiplient les sondages et entretiens avec les dirigeants politiques,etn’ontaucuncomplexeàpré- senterleurcollecteàdesseniors« pourvé- rifierlaméthodologie,sansdroitderegard surlecontenu ».Lefruitdeleurlabeursera donc une notation des partis politiques. La confiance a des limites… « Onhésiteencoreentrelespourcentageset le système canadien (A, B, C, ndlr). » Cette étude n’est en effet que le début, le but étant de créer par la suite un observatoire permanent qui « donnera la température politique ».« Avecdepareillesstructures,les politicienssaventqu’ilssontconstamment épiés par les jeunes et la société, ce qui les rend plus sérieux dans leur action », justi- fie ce futur ingénieur. Cela servira-t-il à quelque chose fina- lement ? La question ne semble pas le décourager, tellement il est sûr de l’ef- ficience de la démarche suivie. « Quand j’étaisenpremièreannée,nousavionsor- ganisé des élections pour le bureau des étudiants et la participation était quasi nulle.L’annéed’après,nousavonsproposé des listes électorales et un programme, et le taux de participation a grimpé à 80% », illustre-t-il en transposant ce cas à l’échelle nationale. Pour lui, les jeunes ontune« consciencepolitiqueets’yinté- ressent ». Le problème n’est donc pas au niveau de la chose politique, mais plu- tôt avec ceux qui s’en chargent. « Nous n’avons rien contre les personnes, mais ce sont plutôt les méthodes que nous critiquons », précise-t-il. Et d’analyser : « Nous avons deux options : intégrer un parti et y rester sans aucune marge de manœuvre ou bien rester à l’écart et faire perdre au Maroc une force de proposition potentielle. »Ausujetdespartispolitiques, Mohamed Chakir livre une anecdote si- gnificative. Lors d’une interview dans le cadre du projet de comparateur politique, un dirigeant de parti, interrogé sur les ef- fortsconsentispourattirerlesjeunes,s’est contenté de répondre : « Nos portes sont ouvertes et rien n’empêche les jeunes de nous rejoindre. » Mohamed Chakir se dit indigné par « cette mentalité ». Il lui arrive parfois d’être découragé par les signaux négatifs envoyés par la classe politique et il craint comme la peste que l’épreuve du 25 novembre prochain ne soit pas sur- montée. « Après le discours du 9 mars, les prochainesélectionssontleplusgranddéfi que le Maroc ait à relever. C’est une sou- pape de sécurité », met-il en garde allant même jusqu’à promettre : « Si jamais il y avait des fraudes lors de ces élections, la confiance que j’ai en la politique pourrait facilement voler en éclats. » Ali Hassan Eddehbi Nouvelle génération BrahimTaougar/actuel actuel / Semaine du 5 au 11 novembre 2011 Actualités8 Lors du lancement du premier long-métrage de Mohamed Achaour, Un film, au Mégarama de Casablanca, l’équipe est au complet, et a même porté les bobines ! Tourné avec très peu d’argent, Un film n’a pas manqué de talents (voir p 60). n LapressesedéchaînealorsqueJulianAssangeserendle2novembre àlaHauteCourdeLondresquiaconfirmésonextraditionenSuède, où il est réclamé dans le cadre d’une affaire d’agression sexuelle. Son dernier recours : faire appel devant la Cour suprême. n Des habitants de Bangkok s’entassent à l’arrière d’un camion pour traverser un des quartiers victimes des inondations qui frappent la Thaïlande depuis plusieurs semaines. Avec plus de 400 morts, la gestion de la crise par les autorités est vivement critiquée. n Cinéma Un film, et pas n’importe lequel WikiLeaks Julian Assange extradé ? Déluge Néo « Arche de Noé » sCharlie Hebdo se convertit Surprise pour ceux qui voulaient jeter un œil sur l’édition web de Charlie Hebdo, le 1er novembre : au lieu de la sulfureuse couv’ intitulée « Charia Hebdo », une photo de la Mecque… vu sur la toile Un trader allemand s’affaire, le 2 novembre, devant la courbe dégringolanteducoursdel’indexDAX,affecté,aveclesprincipales places boursières européennes, par la crainte qu’un référendum en Grèce ne mette en péril le plan de sauvetage de la zone euro. n Crise grecque La Bourse n’est pas démocrate sIl buzz encore ! Il a suffi qu’un portail remette en ligne le fameux discours de Hassan II sur les « Awbach », pour que la nouvelle génération le reprenne, 27 ans plus tard, sur les réseaux sociaux. BrahimTaougar/actuel AFPAFP DR actuel / Semaine du 5 au 11 novembre 2011 7Actualités / La semaine en images 9 Alexis Jenni sourit béatement, entouré par des journalistes, alors qu’il vient de recevoir le prix Goncourt 2011 pour son roman L’art françaisdelaguerre,aurestaurantDrouant,àParis.Onvousrassure, cela n’a rien à voir avec un livre de stratégie militaire. n Illisignifie« mafille »enberbère,et– reconnaissancedel’amazighité du Maroc oblige –, c’est le titre d’un nouveau mensuel féminin « libre et joyeusement militant » lancé le 31 octobre. Dans ce premier numéro, mode, beauté mais aussi PJD et 20-Février. n C’est peut-être lui, le sept milliardième ! Il est né à Rabat, le 31 octobre, et depuis ce jour, selon les estimations de l’ONU, nous sommes désormais sept milliards. Pour éviter tout conflit, l’ONU a déclaré chaque pays libre de choisir son « lauréat »… n Littérature Le nouveau Sun Tzu ? Carnet rose illi est née ! 7 milliards d’humains Et moi et moi et moi… Une mannequin portant un caftan signé Sophia Mikou a défilé le 30 octobre à Amsterdam. Le show Bladi Caftan de la revue hollandaise Bladi présentait les créations de stylistes reconnues comme Fadilah Berrada ainsi que de jeunes talents prometteurs. n Pays-Bas Rouge caftan sVous avez dit « fair-play » ? Les images choquent la toile. Lors d’un match de football de Ligue 1 en Roumanie, un hoo- ligan descend sur le terrain et frappe violemment un joueur à la tête. Il a failli finir lynché. sMèreàvendre Avec le slogan « besoin d’argent ? N’oubliez pas maman », le site vendstamère.com fait le buzz. Gros coup de pub ou dénonciation des dérives du Net ? AFP DR BrahimTaougar/actuel AFP actuel / Semaine du 5 au 11 novembre 2011 Actualités / décryptage10 ● les Faits Alors que l’équipe gouvernementale s’apprête à faire ses cartons et certains ministres à entrer en campagne, des rapports peu amènes – à l’exception de celui de Doing Business édité par la Banque mondiale fin octobre – continuent de tomber. ● le commentaire Dans son dernier rapport rendu public, le Conseil de la concurrence passe au crible les pratiques de l’industrie pharmaceutique. Parmi les abus reprochés aux laboratoires, l’évasion fiscale, l’abus de position dominante, des résultats financiers biaisés et des pratiques anticoncurrentielles. Le secteur se distingue par son extrême concentration puisque 95% du marché est contrôlé par 20 sociétés. Mais le plus grave, c’est que les principaux opérateurs affichent des résultats anormalement bas, en contradiction avec leur position dominante. Quelques jours plus tard, c’est au tour du Conseil économique de sortir son premier rapport dénonçant les innombrables défaillances de la gouvernance des services publics. Décidément, malgré les annonces et quelques actions d’amélioration disparates, l’administration a toujours mauvaise presse auprès des usagers, en particulier les plus vulnérables. ● Et demain Ces rapports ne sont pas avares de recommandations. Mais seront-elles suivies de mesures concrètes ? Il ne faut pas s’attendre à des miracles, du moins dans l’immédiat. M.K ▲ CES, concurrence... Avalanche de rapports AICPRESS ▲ Prisons désaffectées à vendre ● les Faits L’administration des Domaines publics met en vente les terrains d’un nombre important de prisons désaffectées disséminées dans le Royaume. ● le commentaire Les détenus d’une quarantaine de prisons ont été évacués vers d’autres établissements par l’administration pénitentiaire. Celle-ci a construit sept pénitenciers d’une capacité d’hébergement de 9 805 détenus en 2010-2011. Entre le bagne d’El Ader à El Jadida et les prisons telles que celle de Ghbila à Casablanca, le foncier dégagé est non seulement considérable mais il est de plus situé dans des zones à forte valeur ajoutée. D’où l’inquiétude de voir les terrains d’anciens établissements pénitentiaires devenir l’objet de convoitise des requins de l’immobilier. Car les ventes illicites de terrains et de propriétés au niveau des administrations, des offices et des communes, sont monnaie courante. ● Et demain Ben Hachem a tenu, le 17 octobre à Rabat, une réunion publique avec les prestataires chargés d’édifier les nouveaux centres de détention. Accusée de « faire des affaires », l’administration pénitentiaire s’est défendue dans le cadre de « la gouvernance du programme de construction des établissements pénitentiaires ». Il serait judicieux que le même souci de transparence entoure le dossier des anciennes prisons. A. E. A. DR Diplomatie : les Palestiniens d’abord ▲ ● les Faits La Conférence générale de l’UNESCO a voté, le lundi 31 octobre, l’admission de la Palestine comme Etat membre de l’Organisation par un vote sans équivoque de 107 voix pour, 14 contre, et 52 abstentions. ● le commentaire Le lobbying au forceps du Maroc et des pays arabes auprès de leurs partenaires européens a porté. A défaut d’être reconnus par l’ONU en tant qu’Etat membre, les Palestiniens imposent petit à petit leur présence dans les instances internationales malgré le veto de l’oncle Sam. La veille, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération a réitéré à Doha, lors de la rencontre de la Commission ministérielle de l’Initiative de paix arabe, le soutien total du Royaume aux droits nationaux légitimes du peuple palestinien. Lors de cette réunion tenue au moment où le Conseil de sécurité étudie la requête de l’Autorité palestinienne pour une adhésion pleine et entière d’un Etat de Palestine au sein des Nations unies, Fassi Fihri a réaffirmé la position du Royaume qui se résume à « l’instauration d’un Etat palestinien souverain et vivable sur les frontières de juin 1967 avec Al Qods-Est comme capitale ». ● Et demain S’il est un pays en mesure d’arracher la moindre concession à Israël, c’est bien le Maroc qui bénéficie d’un a priori favorable auprès de l’Etat hébreu ainsi que de ses alliés occidentaux. A.E.A. DR actuel / Semaine du 5 au 11 novembre 2011 Actualités / décryptage12 Censure : tu ne réfléchiras point ! ● les Faits Un professeur qui prépare des travaux de recherche sur le prosélytisme religieux a commandé des livres qui traitent de cette thématique. Lors de la réception de la commande, on lui fait comprendre que les livres doivent d’abord être passés en revue avant d’atterrir dans sa bibliothèque, rapporte le portail goud.ma ! ● le commentaire Il semblerait que cette interdiction soit surtout le fait d’un employé zélé, qui a sûrement dû prendre peur en lisant les intitulés. Si le prosélytisme évangélique est bien prohibé par la loi, il n’a jamais été question d’interdire également la réflexion sur ce phénomène. De plus, dans la liste des livres commandés par ce professeur, figurent aussi des ouvrages qui traitent de la laïcité et d’autres thèmes au centre de ses travaux de recherche. Comment allons- nous comprendre le monde qui nous entoure si nous sommes empêchés de réfléchir aux défis qui se présentent à nous ? Qu’on le veuille ou pas, la religion est au centre de ces débats. Il est contre- productif d’interdire d’entrée des livres car ceux qui souhaitent faire la promotion de leur doctrine ont un média bien plus intéressant et incontrôlable, lui : Internet. ● Et demain Une bêtise de plus parce que l’on n’a pas le courage encore de laisser les Marocains réfléchir par eux-mêmes. Au-delà de la censure d’Etat, l’autocensure semble désormais définitivement installée. Z.C. ● les Faits Nouvel accord Maroc-Etats-Unis. Le Morocco Atlantic Bridge (MAB), dont la déclaration d’intention vient d’être signée, intervient, six ans après l’entrée en vigueur de l’accord de libre échange (ALE) avec le pays de l’oncle Sam. ● le commentaire Selon ses signataires, ce nouvel accord vise à renforcer les relations d’affaires entre le Royaume et les Etats-Unis. Côté américain, cette initiative rentre dans le cadre d’une politique globale visant à relancer les exportations américaines en ciblant notamment des pays émergents, véritables relais par ces temps de crise. Reste à savoir comment le Maroc entend tirer avantage de ce nouvel accord. D’autant que, six ans après l’entrée en vigueur de l’ALE avec les USA, la balance des échanges reste penchée du côté américain. Entre 2007 et 2010, les importations ont atteint 15,4 milliards de dirhams, avant de franchir, fin 2010, la barre de 20 milliards de dirhams, pour retomber à 17 milliards de dirhams à fin juillet 2011. Les exportations, elles, ne décollent pas, générant pas plus de 5 milliards de dirhams à fin juillet 2011. ● Et demain Un tel constat désastreux devrait interpeller nos responsables. La multiplication des ALE et autres accords ne suffira pas à pallier le déficit commercial lié à l’absence d’une offre exportable adéquate, assortie d’une stratégie marketing ciblée des opérateurs. K.E.H. ▲ Maroc/USA Un accord de plus ! DR DR Edition et livre Un SIEL saoudien ▲ ● les Faits Pour son édition 2012 qui se tiendra en février prochain, le Salon international de l’édition et du livre de Casablanca accueille l’Arabie saoudite en invité d’honneur. La sélection des livres est réalisée par le ministère de la Culture marocain en partenariat avec le ministère de la Culture saoudien. ● le commentaire Depuis 17 ans, le rendez-vous livresque situé au cœur de l’Office des foires et des expositions est aussi critiqué qu’attendu. Il est, en effet, le seul événement où le livre est mis en avant, où l’on espère conseil, rencontres, originalité et diversité. Depuis quelques années, les livres faisant l’apologie du wahhabisme inondent le Salon, offrant un modèle unique de lecture religieuse. Cette année, l’Arabie saoudite va-t-elle nous proposer de la littérature ? De la vraie littérature ? ● Et demain Comme il nous reste encore quelques mois avant la tenue du salon et comme rien n’est encore joué, voici quelques titres de livres d’auteurs saoudiens qu’on aimerait bien lire au Maroc : A l’est de la méditerranée d’Abdul Rahman Mounif (censuré dans son pays), Les fantômes des ruelles désertées de Turki al-Hamad, Paradis aride de Leïla al-Juhn, Les filles de Riyad de Rajâ’ al-Sâni, Ikhtilâs de Hani Naqshabandi, Les Autres de Saba Al-Hirz, Un homme et cinq femmes du journaliste Ibrahim Badi… La liste peut être rallongée bien sûr, il suffit de demander ! A.G.K. BrahimTaougar/actuel ▲ actuel / Semaine du 5 au 11 novembre 2011 Actualités14 Grève du zèle maintenue au terminal géréparEurogatequiaréussi,tantbien quemal,àreprendre25%à30%deson activité.« Noussommescommeunevoi- ture qui roule en première », explique MohamedHachimi,leresponsablecom- munication du groupe. « La situation est très grave mais pas irréversible : les armateurs font désormais escale dans les ports voisins, mais les négociations sepoursuiventàlapréfecturedeTanger enprésencedugouverneur. »Laprinci- pale pierre d’achoppement concerne toujourslerecoursàlasous-traitance. n TangerMed, Reprise au ralenti Automobiles Delphi se renforce Le groupe Delphi Automotive, installé à Tanger depuis plus d’une décennie, accroît ses capacités de production. La fabrica- tion de systèmes de câblages véhicules complets devrait com- mencer dès le début de l’année prochaine. Près de 1 200 nou- veaux emplois ont déjà été créés depuis le début de l’année. Et l’opérateur promet que le recrutement continuera jusqu’à l’année prochaine pour répondre à la demande croissante de systèmes de distribution électrique/électronique plus com- pacts, plus légers et plus performants. n Culture Uneopérette engagée Tomorrow-Bokra est un cri d’espoir pour les pays arabes et une grande opérette qui rassemble 24 artistes de 16 pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. C’est la version arabe de la chanson Tomorrow de Quincy Johns. Outre le producteur marocain RedOne, ce mégaprojet rassemble des stars comme Asmaa Lamnawar, Hayat Al Idrissi, Hasna Zallagh aux côtés de chanteurs reconnus tels que Souad Massi ou encore Tamer Hosni. Les recettes de ce projet serviront à financer des programmes d’éducation culturelle dans la région. La diffusion mondiale se fera en direct sur les chaînes de télévision internationales, le groupe MBC et via le Net. n DR en millions de dollars, c'est l'investissement de Qatar National Hotels Company pour la conversion du palais Tazi de Tanger en hôtel de luxe. SLe chiffre 55 SLe regard de Mouhim l Les services algériens sont sur les dents depuis que le numéro deux du Conseil national de tran- sition, Mahmoud Jibril, a confirmé son arrivée au Maroc du 16 au 19 no- vembre. Il devrait rencon- trer de hauts responsables avant de se rendre à Tanger pour participer à un forum sur le Printemps arabe. l Guendouz n'a fait l'éco- nomie d'aucun support pour décliner sa stratégie et les réalisations impu- tables, pour la plupart, à son prédécesseur. Sa frénésie de communication a mené le directeur général de l'ONDA à passer sur les ondes de diverses radios, y compris Radio Mars, dédiée au sport ! D'ailleurs, la HACA aurait tiré les oreilles du patron de la station, Lino Bacco. l Au cours de la soirée des anciens de Sciences Po Paris, Karim Ghellab s’est défoulé sur Sajid et ses acolytes, accusés d’avoir bloqué la construction d’un méga-pont sur Bouskoura. l Au cours d’un meeting du PJD à Sidi Kacem, Samir Abdelmoula, le candidat des islamistes, a brocardé à satiété ses anciens men- tors du PAM. l Rendez-nous Chaâbi ! Intox ou appel de détresse : plusieurs associations d’Essaouira font circuler une pétition demandant au milliardaire de laisser tomber Kénitra pour se présenter à Essaouira. Le problème, c’est que le candidat du Parti de l’en- vironnement et du déve- loppement a invité tous les salariés de son groupe, à Kénitra, à voter Chaâbi. n Les bruits du village Thalès Tapis rouge à Rabat Le Maroc vient de signer une convention avec Thalès, leader mondial des hautes technologies pour la défense et la sécurité, l’aérospatiale et le transport. Signé en marge de l'inaugura- tion du siège régional africain de Thales à Rabat, l'accord vise à augmenter les achats du groupe auprès d'entreprises maro- caines à hauteur de 90 millions d'euros pour la période 2012-2016. Thalès s’engage à tisser de nouveaux partenariats avec des entreprises maro- caines. n actuel / Semaine du 5 au 11 novembre 2011 Dernière heure 15 [ lu dans la presse arabophone ] UC Unprogramme deplus « Les premières pluies tombent... c'est peut-être le signe que Dieu veut de l'UC au gouvernement ! », lance un intervenant lors de la présentation du programme de l'Union constitutionnelle (UC). La boutade ne fait pas vraiment rire l'assistance éparse venue écouter les quelque 150 propositions du parti, que la formation vend comme un « Plan Marshall ». Un programme plutôt riche (en feuillets) avec une batteries de promesses sociales, politiques mais surtout économiques. En résumé, l'UC veut faire passer la croissance à 6% ou 7%, baisser l'IS des petites entreprises (pour arriver à 25%) et poursuivre le plan vert mais en faisant la promotion de « l'agriculture familiale ». n Dessalement Uneusine àJorfLasfar Cadagua, filiale du groupe espagnol Ferrovial, devrait construire, pour le compte de l’OCP, une usine de dessalement à Jorf Lasfar, moyennant un investissement de 60 millions de dirhams. n Transporturbain Algerasonmétro Après plusieurs années de tergiversations, il vient d’être inauguré en début de semaine. D’une longueur initiale de 9,5 km, le métro d’Alger dessert une dizaine de stations. Le projet aura coûté 1,35 milliard de dollars. L’extension prévue pour 2020 devrait coûter la bagatelle de 1,8 milliard de dollars. C’est la RATP qui a remporté la gestion du métro pour une durée de 8 ans. n Déchets Tecmed tisse sa toile Tecmed vient de remporter le marché de la collecte des déchets ménagers et du nettoiement des espaces urbains de la zone de Saknia à Kénitra. Le gestionnaire délégué s’engage à investir 13,5 millions de dirhams, à acquérir du matériel et à employer 153 salariés à temps plein, et promet de collecter 43 000 tonnes de déchets ménagers par an pendant 7 ans. n Développement humain LeMarocàlatraîne Devancé par plusieurs pays arabes, le Maroc ar- rive 130e mondial, dans le rapport annuel sur l’In- dice de développement humain (IDH) élaboré par le PNUD. Un recul de 16 places par rapport à 2010 et qui lui a valu la mention « IDH moyen ». La Libye dépasse de loin tous les pays d’Afrique du Nord avec un indice qui la classe au 64e rang, suivie de la Tunisie et de l’Algérie. L’Egypte est avant-dernière à la 113e place. Côté méthodo- logie, le degré du déve- loppement des pays est mesuré en se référant principalement aux niveaux de santé, d’édu- cation et de revenu. Trois secteurs qui fâchent au Maroc. n Des médecins perçoivent de 200 à 1 500 dirhams des laboratoires médicaux pour prescrire certains médica- ments plutôt que d’autres ! C’est le quotidien Assabah qui révèle ces informations très compromettantes émises par le Conseil de la concurrence. Certains praticiens rem- plissent une fiche détaillée incluant l’âge, le nom et le prénom, les coordonnées et la nature de la maladie, ce qui constitue une violation de la vie privée et du secret médical. Ces médecins véreux troquent ces données contre des « cadeaux » en nature ou en espèces d’une valeur comprise entre 200 et 300 dirhams par formulaire. L’arnaque est encore plus effarante concernant les cas d’hépatite. Le Conseil de la concurrence a révélé que de grands labora- toires médicaux fournissent gratuitement du matériel aux laboratoires d’analyse et, en contrepartie, ces derniers leur fournissent le listing complet des patients. Des commerciaux les contactent alors pour les aiguiller vers les produits de ce fabriquant. Une combine lucrative, dans la mesure où le coût du trai- tement à l’année dépasse les 150 000 dirhams. n Assabah Laboscorrupteurs,médecins corrompus… Attajdid Chômagelongue durée Le chômage dure « une longue période » pour 77,6% des diplômés de nos universités, selon le HCP. Le chômage longue durée touche plus le milieu citadin (66,5%) que le rural (48,5%). Attajdid fait intervenir l’économiste Driss Benali qui estime que même si le chômage dure moins longtemps dans les campagnes, il est plus pénible en raison de la précarité et de la pauvreté. AlMassae Zodiacdelamort Un Zodiac transportant 1,4 tonne de haschich et un cadavre : c’est la macabre découverte faite par les autorités, au large de Larache le dimanche 30 octobre. Selon les premières conclusions de la police scientifique, deux autres individus sont portés disparus. AkhbarAlYoum J’habiteen prison… Domicile : prison locale Bourkaiz, Fès. Akhbar Al Youm a publié en une le mercredi 2 octobre la copie d’une carte nationale sur laquelle figure cette adresse. Le quotidien rappelle qu’un citoyen avait pour adresse « toilettes publiques », sur sa pièce d’identité. No comment. n BrahimTaougar/actuel actuel / Semaine du 5 au 11 novembre 2011
actuel 115 - Page 1
actuel 115 - Page 2
wobook
actuel