actuel 99 - Page 1 - Actuel est un magazine hebdomadaire marocain francophone, appartenant au groupe « Logique Presse ». Des sujets très variés y sont abordés (économie, politique, société, culture...). Ce magazine généraliste se veut le porte-parole d'un Maroc moderne, dynam w w w . a c t u e l . m a actuelN° 99 - du 18 au 24 juin 2011 - 15 DH- 3 € اﻟﻤﻐﺮب MANIFS Le 20 Février est-il mort? P.48 MDR 2011 Gad El Maleh triomphe chez Jamel P.70 CONSTITUTION DOIT-IL ALLER l PLUS LOIN? INDIGNEZ-VOUS ! «Marocains, je nous accuse!» P.16 D ix mille personnes juste en face de la frontière, derrière les barbelés. Une situation insupportable aux yeux des turcs qui ont, sans tarder, décidé de venir en aide à leurs «frères syriens» poursubvenir,selonleministreturcdesAffaires étrangères Ahmet Davutoglu, «à leurs besoins les plus urgents». La Turquie ne lésinera donc pas sur les moyens à mobiliser pour fournir une assistance humanitaire aux milliers de Syriens massés à la frontière. En Tunisie, ce sont les réfu- giés libyens qui disputent aux touristes le droit de profiter du soleil de Djerba. Ce sont ainsi plus de70000victimesdelafuiteenavantdeKhadafi qui ont trouvé refuge en Tunisie depuis le début de la crise en février. Là aussi, les déclarations du Premier ministre sont sans appel: pas question de fermer la porte à ces per- sonnes en danger. Ironie du sort, ces mêmes Tunisiens qui traversent la Méditerranéepourfuirlacrise économique sont toujours personaenongrataeenEurope. Aujourd’hui,lepremiersouci des Européens, c’est l’arrêt du flux de clandestins. Les autorités italiennes ont bien décrété l’état d’«urgence humanitaire», mais c’était juste pour pouvoir bloquer au large tous les bateaux suspects. Le ministre de l’Intérieur italien, Roberto Maroni, a même eu le culot de proposer à Tunis l’envoi de policiers sur le sol tu- nisienpourempêcherces«indigènes»delorgner sur les côtes italiennes. On ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec les récentes déclara- tions de Claude Guéant qui se glorifie dans les colonnes du Figaro «qu’avant 2001, la France ne reconduisait dans leur pays d’origine que 8000 à 9000 personnes par an, alors qu’aujourd’hui, c’est environ 30000. Très franchement, j’espère que nous ferons plus!» En fait, les Turcs comme les Tunisiens n’ont rien 3Édito actuel / Semaine du 18 au 24 juin 2011 TêtesdeTurc actuel inventé,ilsprennentjustelemot«ingérence»(du latiningerere,porterdans)àlalettre.C’est-à-dire, recevoir des personnes victimes de catastrophes naturellesoudeviolationsdesdroitsdel’Homme. Le souci humanitaire, au lieu de l’obsession po- litique. Pourtant, ce sont bien les Français –et singulièrement Bernard Kouchner– qui ont mis à l’ordre du jour le droit d’ingérence, concept préventifdésormaisàlamode.Aujourd’hui,l’Eu- rope soudainement devenue frileuse, a préféré la compromission à la compassion. Arméesdequelquesmoulinetsverbeux,l’Europe comme l’Amérique ont zéro sur toute la ligne. Aussi bien sur la compréhension des printemps arabes,observésàlalorgnettedepréjugésculturels, que sur les interventions intempestives dans ce même monde arabe. Sous prétexte d’apprendre la démocratie à des peuples qui ne la connaissent pas, on arenvoyél’Irakàsesfractures internesetl’Afghanistanàses guerrestribales.Pourl’heure, les frappes chirurgicales de l’OtansurlaLibyen’ontfaitque quelquescentainesdemorts, sans affecter outre mesure le régime du leader libyen. La dictature de Bachar El Assad, en revanche, n’a aucun souci à se faire. En raison bien entendu du veto russe mais aussi du souci pour Israël (et son protecteur américain) d’avoir comme voisin un dictateur sûr en lieu et place d’un démocrate incertain. La diplomatie améri- cainesesouciecommed’uneguignedesmilliers de morts exécutés par le digne héritier de celui quiavaitsupervisélemassacredeHamaen1982. L’Occidentetlemondearabenepartageraient-ils ni les mêmes idées, ni les mêmes valeurs, ni les mêmes humanismes? ■ Aujourd’hui, l’Europe a préféré la compromission à la compassion. Sommaire ÉCRIVEZ-NOUS À courrier@actuel.ma4 N°99 - DU 18 AU 24 JUIN 2011 On va avoir voix au chapitre Si jeunesse savait... Motivés, motivés. Quoique... Joyeux marathon du rire 18 40 48 70 78 SActualités 06 NOUVELLE GÉNÉRATION | Najib Chaouki Un libéral démocrate 08 LA SEMAINE EN IMAGES 10 DÉCRYPTAGE 14 DERNIÈRE HEURE 16 INDIGNEZ-VOUS! | Je nous accuse! SDossier 18 PROJET CONSTITUTIONNEL | Le roi et nous SEconomie 32 MOUVEMENTS SOCIAUX | Coordinations Les nouveaux syndicats 34 INDUSTRIE FERROVIAIRE | Alstom et Nexans La joint-venture de l’année SPolitique 40 PARTIS | Mini 20-Février à l’USFP SSociété 44 PORTRAIT | MRE et politique Le plaidoyer de Driss Ajbali 48 MOBILISATION | Le Mouvement est-il mort? 50 MANIFESTATIONS | Le 20-Février perturbe l’économie 52 KASBAHS DU SUD | En attendant la cure de jouvence SMonde 58 CHRONIQUE DES DEUX RIVES 60 TURQUIE | Erdogan, à la tête du «modèle turc» 61 LIBAN | Un gouvernement pour tous SCulture 64 FESTIVAL DE FÈS | «Les printemps arabes sont en train de préparer les changements» 66 PEINTURE | Exposition Une grappe de talents 70 FESTIVAL | Marrakech retrouve le sourire 72 AGENDA STendances 74 VOITURE | Citroën C4 La plus germanique des françaises 76 GOLF | Championnat du Maroc 78 DÉCO | Sofitel Mogador Essaouira côté luxe 80 NOUVEAUX PRODUITS, NOUVEAUX MARCHÉS 82 LES CHOIX DE... | Khalid Tamer Un vrai festival actuel / Semaine du 18 au 24 juin 2011 PHOTO DE COUVERTURE AZZOUZ BOUKALLOUCH/AFP Bain de lumière à Essaouira P actuel actuel est édité par Logique Presse. SARL. Capital social : 12,5 millions DH. Directeur et éditeur: Henri Loizeau Directeur de la publication: Abdellatif El Azizi Directeur de la rédaction: Eric Le Braz Rédacteur en chef-adjoint: Tarik Qattab Assistante de la rédaction: Meriem Zraidi Tél. 05 22 95 18 15 / 16 05 29 00 20 02/ 30 03 Fax. 05 22 95 18 14 S RÉDACTION Chefs de service: POLITIQUE : Abdellatif El Azizi ÉCONOMIE : Mouna Kably SOCIÉTÉ : Tarik Qattab Rédacteurs: Yanis Bouhdou, Amanda Chapon, Zakaria Choukrallah, Mohamed Amine Hafidi, Khadija El Hassani, Charlotte Hennebicque (chef de rubrique), Fatim Ezzahra El Hajji Chroniqueurs: Fouad Benseddik, Pascal Boniface, Driss Jaydane Correspondants: Cyril Bonnel (Paris), Gaëlle Lucas (Madrid), Maud Ninauve (Tanger) Photographe: Brahim Taougar Ont collaboré à ce numéro: Paola Abboud, Inès Asensi, Salma Bahraoui, Mohamed ElHamraoui, Mohamed Mouhim, Salima Yacoubi Soussane, Amine Amerhoun S ÉDITION Rédactrice en chef technique: Keiko Catala Secrétaire de rédaction: Ferdinand Demba Révision: Laila Lebbar Directrice artistique: Fadoua Damiri Maquettistes: Youssef El Moutassaddik, Rachid Agouzoul Conception graphique: Studio Baylaucq & Co. 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Son look volontairement négligé, avec un collier de barbe et des cheveux bou- clés qui lui arrivent au ras du cou, peut déranger a priori. Najib déstabilise aussi parce qu’il n’a pas la langue dans sa poche et donne l’impression de n’avoir peur de rien. Quand la police tabasse les militants venus dénoncer le présumé «centre de torture» de Témara, Najib ne fuit pas et regarde avec dédain «la machine à ré- pression». Quand une chaîne satellitaire proche des Frères musulmans cherche à le piéger en l’interrogeant sur sa foi, il recentre tout de suite le débat sur la liberté de conscience, profitant d’une tribune inespérée. C’est que Najib Chaouki est rompu à l’exercice du débat d’idées. Après avoir accompli sa scolarité à Ataouia, il intègre en 1997 l’Université de Marrakech. Il re- joint alors les rangs de la gauche radi- cale représentée par l’Union nationale des étudiants marocains (UNEM). «A l’époque, nous étions en pleine confron- tation avec les islamistes qui voulaient désavouer le plan de Saïd Saâdi sur l’in- tégration de la femme.» Son activisme lui fait rater la fac, et au bout de deux ans, il décide de plier bagage et de finir ses études en Allemagne. De 2002 à 2007, il s’inscrit en cours d’économie politique. Najib embrasse la lutte pour la cause palestinienne et milite contre la guerre en Irak et en Afghanistan au sein d’une ONG œuvrant pour la paix. Sa maîtrise en poche, il est contraint de rentrer au pays faute de trouver un em- ploi mais aussi parce qu’il veut militer pour les droits et les libertés au Maroc. L’expérience en Allemagne le transforme: de révolutionnaire gauchiste, Najib de- vient libéral démocrate. Allergique au pouvoir «J’ai vu dans ce pays comment la liberté d’entreprendre dans le cadre d’une écono- mie libéralisée pouvait coexister avec la garantie des droits sociaux, ainsi qu’un enseignement et une santé publique de qualité.» De retour au bercail, il prend fait et cause pour Yassine Belaasel, du nom de ce jeune lycéen accusé d’atteinte aux sacralités. C’est à ce moment-là qu’il rejoint la presse, d’abord au sein du quo- tidien Al Jarida Al Oula, puis aujourd’hui parmi l’équipe du portail arabophone lakome.com. Il se fera surtout remar- quer au sein du collectif MALI (Mouvement alternatif pour les libertés individuelles) où il appelle à l’abrogation de l’article 222 qui interdit de rompre le jeûne en public. Il quitte rapidement le mou- vement parce qu’il n’est pas d’accord avec les initiatives du pique-nique et la péti- tion envoyée à Hillary Clin- ton, préférant d’abord pro- voquer le débat sur la place publique. Son activisme lui vaut nombre d’inimitiés et pas uniquement des «voix makhzeniennes». Au sein même du milieu mi- litant, certains le perçoivent comme un opportuniste maniant la rhétorique, pour s’attirer les honneurs. Sur- tout après ses passages ré- pétés dans les médias. Des accusations qui l’amusent: «C’est normal parce que la société marocaine n’est pas habituée au débat. Quand quelqu’un émerge du lot, il est tout de suite perçu comme louche.» Aujourd’hui, le combat de Najib Chaouki estlaréformepolitiqueetconstitutionnelle lancée par le 20-Février. «Une Constitu- tion démocratique est le préalable à l’ins- tauration de tous les droits», pense-t-il. Et même si le Maroc rejoignait le cercle des pays démocratiques, l’activisme de Najib ne serait pas près de s’arrêter: «Je militerais alors pour le droit d’accès à l’In- ternet, pour la démocratie participative, pour les droits environnementaux…» Le pouvoir? «Jamais. Je suis allergique à ça et je ne me vois pas en leader. Peut-être au sein d’une ONG, mais jamais au sein de l’Etat.» Intarissable Najib! Zakaria Choukrallah NOUVELLE GÉNÉRATION BrahimTaougar/actuel actuel / Semaine du 18 au 24 juin 2011 SLes dinosaures ont fait leur temps et la relève arrive.Chaque semaine, actuel présente les futurs leaders du pays... Actualités8 Mohamed Elmandjra a le sourire. Le roi des tactiles, l’iPhone 4 est enfin disponible au Maroc ailleurs qu’à Derb Ghallef. Le PDG de Méditel a présenté le mobile d’Apple dans son concept store de Casablanca le 14 juin. ■ A deux kilomètres de la frontière syrienne, plus de 8000 ré- fugiés fuyant la répression meurtrière du régime de Bachar el- Assad s’entassent dans des camps en Turquie. La moitié d’entre eux sont des enfants. ■ L’iPhone 4 chez Méditel Existe aussi en noir Turquie Crise humanitaire à la frontière Le Maroc est arrivé en force aux «Marches traditionnelles de Lisbonne», un défilé de danseurs folkloriques. Les troupes ais- sawa, tizwa, gnaoua, guedra et hiti ont étonné les 250000 spec- tateurs présents. ■ C’est la saison des festivals en Allemagne aussi! Il y a peu d’in- dignés mais énormément de gothiques au pays des Goths: 20000 d’entre eux sont venus au Wave-Gotik Treffen, un fes- tival à Leipzig. ■ Ça change du fado Les Gnaoua à Lisbonne Goth the feeling Tenue incorrecte exigée SRocco plus fort que Bardot «Si tu l’abandonnes, je t’enc…» C’est le message subtil lancé par la porno star pour défendre les chiens abandonnés. VU SUR LA TOILE actuel / Semaine du 18 au 24 juin 2011 SUn thé avec un terroriste Attention les murs ont des oreilles et Al-Qaïda lit vos tweets. C’est le message de la sécurité britannique qui demande de veiller à ne pas divulguer d’infos sur les réseaux sociaux. Sinon autant trinquer avec le mollah Omar. MustafaOzer/AFP BrahimTaougar/actuelMAP JanWoitas-DPA-/AFP 9Actualités / LA SEMAINE EN IMAGES Hchouma totale à Casa. Tous les services publics semblent avoir déserté le prestigieux boulevard Mohammed V durant le chan- tier du tramway. Le centre s’est transformé en coupe-gorge et en décharge à ciel ouvert. ■ Comme chaque année, les prestigieuses courses hippiques d’As- cot sont l’occasion de voir un concentré de mauvais goût excen- trique anglais. En 2011, on remarquera toutefois que chapeaux et robes sont assortis. Pippa reviens! ■ Casablanca à la dérive Bienvenue aux touristes! So British! On se bouge en rouge «Cher Medhi Qotbi, au nom de la République française, nous vous faisons Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres.» Le mi- nistre de la Culture français, Frédéric Mitterrand, a ainsi conclu son discours fleuri avant de remettre la médaille à l’artiste. ■ Des dizaines de milliers de Grecs ont envahi le centre d’Athènes pour protester contre le nouveau plan de rigueur du gouverne- ment. Le pays est au bord de la faillite et les indignés plus déter- minés que jamais. ■ Et une médaille, une! Qotbi, commandeur… des artistes Les indignés d’Athènes Manif à la grecque SCet homme n’est pas une lesbienne Il s’appelle Tom Mc Master. Cet Américain, étudiant à Edimbourg, s’est fait passer pour une blogueuse syrienne, féministe et lesbienne: Amina Abdallah Araf al Omari. actuel / Semaine du 18 au 24 juin 2011 SBladerural Ceci n’est pas une cabine de voyage spatio-temporel, mais un concept d’abribus! Nommé «Rural Bus Shel- ter» et fonctionnant à l’énergie solaire, cet abribus est destiné à la campagne et affiche les horaires et d’autres informations pratiques. CarlDeSouza/AFP BrahimTaougar/actuel LouisaGouliamaki/AFP DR Actualités / DÉCRYPTAGE10 Ambulants Quel souk! ● LES FAITS Pas une rue, pas une avenue, pas un quartier n’échappe désormais à la ruée des marchands ambulants, le phénomène est tel que même les lieux huppés de la métropole sont investis par ces nouveaux commerçants, nés spontanément au lendemain des manifs du 20-Février. ● LE COMMENTAIRE Pour éviter d’avoir un nouveau cas Bouazizi, ce marchand ambulant tunisien qui s’était immolé en janvier dernier, les autorités ont stoppé la chasse aux vendeurs ambulants. Résultat, selon des sources officieuses, il n’y aurait pas moins de 1500 nouveaux venus sur le marché. Enhardis par cette impunité et prêts au chantage à l’immolation, ils vont toujours plus loin, n’hésitant pas à proposer leurs marchandises devant les parkings des grandes surfaces. Cela devient carrément insupportable pour les commerçants qui, eux, payent leurs impôts rubis sur l’ongle. Selon une étude récente réalisée par le ministère de l’Industrie et celui de l’Intérieur, 238000 personnes exercent le métier de vendeurs ambulants en périmètre urbain. Un métier informel qui ferait vivre près de 1,3 million de personnes et générerait un chiffre d’affaires annuel de 46 milliards de dirhams. ● ET DEMAIN Si on apprend que 60% des vendeurs ambulants font ce métier depuis dix ans, avec un revenu moyen de 3100 dirhams par mois, l’économie informelle, conséquence du laxisme des autorités, risque de sonner le glas de l’économie tout court.A.E.A. ● LES FAITS Stroc Industrie, spécialisée dans la maintenance industrielle, s’introduit dans le deuxième compartiment de la Bourse. Elle augmente son capital en mettant sur le marché 288515 actions, au prix unitaire de 357 dirhams. Les souscriptions sont ouvertes du 20 au 22 juin. ● LE COMMENTAIRE Il est clair que la taille de l’OPV ne bouleversera pas la tendance du marché. Mais en entrant en Bourse, Stroc Industrie rappelle que des sources de financement alternatives existent. C’est donc un signal positif, la PME ayant dans le pipe un investissement de 70MDH. Mais, pour cette introduction, les ratios de valorisation retenus à 6 fois les fonds propres et à 16 fois les bénéfices, sont pour le moins surprenants. Certes, face à la pénurie de papier, Stroc Indutrie n’aura aucun mal à placer ses titres, compte tenu de la taille restreinte de l’opération. Mais de tels niveaux de valorisation sont, comme par le passé, des sources probables de mécontentement et favorisent des comportements purement spéculatifs. ● ET DEMAIN Les petits porteurs risquent d’être déçus et leur désaffection de la Bourse ne fera que s’amplifier. C’est la première opération de 2011 et d’autres sont attendues, comme S2M ou SGTM. Mais pour booster réellement le marché, il faudrait revenir à des niveaux de ratio de valorisation plus raisonnables qui ne dépasseraient pas 10 fois les bénéfices et 2 fois les fonds propres. M.K. ▲ Stroc en Bourse Gare à la surenchère BrahimTaougar/actuel DR Leaders de partis «Dégagez» ▲ ● LES FAITS Au lendemain du 20 février, échaudés par les slogans rageurs, les leaders politiques et chefs de partis ont annoncé solennellement qu’ils quitteraient les commandes à la première occasion. ● LE COMMENTAIRE Aux dernières nouvelles, Abdelwahed Radi, Mohand Lansaer et même Abbas El Fassi ne seraient plus aussi pressés de passer le témoin. Le premier s’apprête à rempiler pour une députation de plusieurs décennies à Ksibiya; Lansaer louche désormais sur la primature au cas où son parti raflerait le maximum de voix aux législatives; et Abbas El Fassi, qui devait quitter la direction de l’Istiqlal, en même temps que la primature, fait de la résistance. A l’évidence, devenir chef de parti, député ou maire pour nos dinosaures, c’est décrocher un contrat à durée indéterminée, une rente politique à vie. Il faut reconnaître que ces dirigeants ne sont évidemment pas seuls responsables de cette longévité politique. L’esprit clanique, pour ne pas dire tribal, des lobbies d’affaires et des militants corrompus leur apporte une légitimité politique équivoque dont la pérennité au pouvoir est garante des intérêts les plus immédiats. ● ET DEMAIN Le processus de démocratisation, en cours, devrait porter un coup dur à ces mandats à durée indéterminée qui ne survivent que dans des contextes politiques marqués par la corruption, le népotisme et la fraude électorale. A.E.A. AICPRESS ▲ actuel / Semaine du 18 au 24 juin 2011 Actualités / DÉCRYPTAGE12 ● LES FAITS Une ONG marocaine a critiqué la participation de trois artistes israéliens au festival international de danse orientale «Mediterranean Delight», qui s’est déroulé à Marrakech du 7 au 13 juin. L’ONG dénonce «une forme de normalisation avec Israël», qui plus est «une normalisation gratuite». ● LE COMMENTAIRE C’est Khalid Sefiani, le coordinateur du Groupe d’action marocain de soutien à l’Irak et à la Palestine, qui a fait cette déclaration à l’AFP, dimanche dernier. Il aurait mieux fait de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler. Si accepter un citoyen israélien sur le territoire marocain est une «normalisation» de nos rapports avec Israël, cela voudrait dire que nous avons «normalisé» nos rapports il y a bien longtemps; et nous la renouvelons chaque fois qu’un Israélien vient passer ses vacances au Maroc, ou en pèlerinage sur la terre de ses ancêtres, etc. D’ailleurs, une des trois artistes visées a encore de la famille (ses frères) au Maroc. Qu’y a-t-il donc derrière cette déclaration? Probablement le désir de faire une réapparition dans les journaux, selon l’adage «qu’il n’y a pas de mauvaise publicité», en évoquant l’un des deux thèmes sacrés qui mettent–presque–tous les Marocains d’accord: le Sahara et la cause palestinienne. ● ET DEMAIN C’est en récoltant des dons, en faisant pression sur l’ONU, ou en favorisant les négociations, que l’on peut aider les Palestiniens. Et sur ce registre, ce ne sont pas ceux qui aboient qui en font le plus. L.L.C. ▲ Khalid Sefiani dérape DR ▲ Finances:la crise est devant nous! ● LES FAITS Les compteurs de la Caisse de compensation explosent. A fin avril, les dépenses de compensation ont augmenté de 77,5% pour caracoler à 15,5 milliards de dirhams. ● LE COMMENTAIRE Cette hausse vertigineuse des dépenses de compensation ne conforte pas les prévisions du ministre des Finances, Salaheddine Mezouar. Le montant budgétisé en 2011 par la Caisse de compensation était de 17 MMDH. Il a ensuite été porté à 32 milliards en février après la hausse des prix des produits alimentaires sur les marchés internationaux. Cette rallonge n’a pas suffi à stopper l’hémorragie des dépenses de compensation qui se sont aggravées sous l’effet des bouleversements politiques dans la région arabe. Cela a impacté le déficit du trésor qui bat, lui aussi, des records. Parallèlement, les recettes fiscales ne suivent pas le trend haussier des dépenses, d’autant que les opérations de privatisation se font rares. Hormis la cession de la Société des Sels de Mohammédia à Delta Holding, pour 655 MDH, les analystes s’attendent à la cession de 8% de Maroc Telecom avant la fin de l’année. ● ET DEMAIN La marge de manœuvre de l’Etat n’a jamais été aussi restreinte et le déficit budgétaire est parti pour se creuser, pour dépasser les 8 ou 9%. Pour l’heure, la bouffée d’oxygène des recettes d’exportations provient des ventes de phosphates. Le gouvernement réussira-t-il à échapper à une loi de Finances rectificative? M.A.H. BrahimTaougar/actuel Greffiers La parade avortée ▲ ● LES FAITS Censée contourner la paralysante grève des greffiers, une proposition de loi vient de faire son introduction au Parlement. Objectif, faire remplacer les greffiers par des citoyens… en cas de besoin. ● LE COMMENTAIRE La proposition a été déposée par le groupe istiqlalien à la Chambre des représentants. Déjà en colère contre «l’immobilisme» du gouvernement Abbas El Fassi dans le traitement de leur dossier, les greffiers ont haussé davantage le ton, annonçant encore plus de grèves et de sit-in de protestation. C’est ainsi que les tribunaux du pays ont de nouveau été à l’arrêt du mardi au jeudi. Ceci, pour dénoncer une manœuvre voulant que tout citoyen peut, après avoir prêté serment, se muer en greffier et faire le travail à la place d’un autre. Cette mesure faisait office de bâton, après la carotte offerte lors de l’avant- dernier conseil de gouvernement, où l’exécutif a validé le projet de loi sur un statut particulier des greffiers. Mais ni l’une ni l’autre option ne semblent venir à bout d’un mouvement qui dure depuis plusieurs mois et qui pénalise aussi bien les citoyens que les avocats. La réforme tant attendue de la Constitution, avec l’indépendance promise de la justice, y changera-t-elle quelque chose? Rien n’est moins sûr. ● ET DEMAIN A quand une réforme qui mettrait à plat tous les dysfonctionnements? A commencer par l’injustice voulant que 60% des 13000 greffiers du Maroc touchent moins de 2600DH/mois. T.Q. actuel / Semaine du 18 au 24 juin 2011 AbdelhakSenna/AFP Actualités14 actuel / Semaine du 18 au 24 juin 2011 «Les élections sont effectivement libres au Maroc. Le problème, c'est qu'elles sont aussi inutiles». Toujours égal à lui-même, Ahmed Reda Benchemsi, s'est exprimé docte- ment lors de l’Oslo Freedom Forum 2011pour brocarder la monarchie et nous resservir le fameux «culte de la personnalité et la quasi-divinité du roi». Pour «révéler la vraie nature du régime marocain», Benchemsi rappelle son expérience de directeur du magazine Tel Quel et Nichane «persécutés» par le Makhzen. ■ «Professeur» Benchemsi Investissements Les PME aussi Le Private Equity Fund III (MPEF), planche sur l’aide à apporter à d’autres petites et moyennes entreprises (PME) marocaines qui sont essentiellement tournées vers l'exportation. Doté d'un capital cible de 200 millions d'euros, ce fonds qui s’est assigné pour objectif essentiel «de garantir des investissements dans des PME maghrébines possédant un fort potentiel de croissance économique et à forte capacité productive», a déjà bénéficié aux PME marocaines avec un total de cinq participations. ■ Rabat La Cour pénale à la barre La rencontre organisée par la Commission nationale du droit international humani- taire, mardi à Rabat, sur le thème «La Cour pénale in- ternationale dans le monde actuel», s’est transformée en réquisitoire contre cette Cour à l’impartialité dou- teuse. C’est Omar Dkhil, président de la commission de la justice, de la législation et des droits de l'homme à la Chambre des conseillers, qui a ouvert le feu sur la Cour, accusée de se sou- mettre «aux grandes puis- sances, notamment en ce qui concerne les dernières agressions israéliennes perpétrées à l'encontre de la Palestine et du Liban». ■ Ahmed Réda Benchemsi à Oslo. ● C’est Saga qui a décroché le marché de la campagne institutionnelle pour le référendum sur la Constitu- tion, qui sera lancée par le ministère de l’Intérieur. ● Kadem Saher a tellement fait le plein de ministres et de personnalités au concert de Bab Makina à Fès, samedi dernier, que l’ambassadeur d’Irak, arrivé en retard, a dû savourer le spectacle debout. ● On parle de Menouar Alem, ambassadeur du Maroc auprès de l'UE pour remplacer Youssef Amrani à la tête du secrétariat géné- ral du ministère des Affaires étrangères. Amrani devrait s’occuper à plein temps du secrétariat général de l'UPM. ● Malgré les 18 MDH promis par Yasmina Baddou en 2011, dans le cadre de la lutte contre le Sida au Maroc, les associations ne sont pratiquement plus approvisionnées en matériel médical pour effectuer le test du VIH/Sida. ● Conséquence de la chute du cours du dinar, le trafic de devises a explosé à la frontière maroco-algé- rienne, les Algériens bra- dant leurs millions de dinars contre quelques milliers d’euros. ● Avant la tenue des lé- gislatives, de nombreuses figures politiques très controversées ont été priées de tirer élégamment leur révérence. Mohamed Archane devrait passer la main le 18 juin au cours de la tenue du congrès du conseil national du Mouvement démocra- tique et social (MDS). ■ DR Selon le ministère de la Justice, les 70 grèves payées en 2010 représentent 234000 journées de travail perdues et correspon- dent à un manque à gagner évalué à 430 millions de dirhams. SLe chiffre SLe regard de Mouhim Les bruits du village DécèsAmmari Contre-enquête La mort de Kamal Am- mari, premier «martyr» du 20-février, serait due aux coups que lui ont porté des policiers durant 7 minutes. C’est en tout cas la conclu- sion de deux ONG marocaines, «l’obser- vatoire marocain des libertés publiques» et «le médiateur pour la démocratie et les droits de l’homme» qui a mené une enquête sur place. Les associations mettent aussi en cause les centres hospita- liers transformés en lieux d’arrestation de manifestants, ce qui retient ces derniers de s’y rendre mettant ainsi leur vie en danger. ■ Dernière heure 15 [ LU DANS LA PRESSE ARABOPHONE ]Plages propres Peut mieux faire A peine 20 plages ont pu obtenir le label internatio- nal «Pavillon bleu» sur les 64 plages inscrites dans le programme national «Plages Propres», lancé par la Fon- dation Mohammed VI pour la protection de l'environ- nement. Des baies comme Saïdia, Mdiq, Fnideq, Asilah, Bouznika, Laâyoune... ont été jugées en fonction du respect des critères suivants: l'in- formation, la sensibilisation et l'éducation à l'environ- nement; la qualité des eaux de baignade; l'hygiène et la sécurité; l'aménagement et la gestion. ■ Azur2020 Zenaguirevoitle concept Dans quelques jours, le mi- nistre du Tourisme dévoilera à Saïdia sa stratégie «Azur 2020» qui devrait, selon lui, donner un coup de fouet aux stations balnéaires en cours de construction. Pour attirer des capitaux étran- gers, Yassir Zenagui opte, non pas pour des réalisations par tranches, mais pour des chantiers lancés tous, de ma- nière concomitante, pour que la station balnéaire soit en- tièrement opérationnelle dès son ouverture. Echaudé par le semi-échec de la station Saïdia, Zenagui milite donc pour la mobilisation massive de capitaux qui permettra de construire, en parallèle, les aires touristique et résiden- tielle ainsi que les marinas et autres commerces. ■ Fès Ben Harper chante l’Amé- rique spirituelle Le public a retenu son souffle quand Ben Harper a quitté la scène pour des- cendre dans la foule avant d’interpréter en solo un gospel magnifique. L'Américain, honoré par une majorité de jeunes au concert de clôture du festival de Fès, nous a confié que «c’était la première fois qu’il venait au Maroc et qu’il avait été complètement envoûté par l’atmosphère spirituelle qui règne sur la médina de Fès». ■ Carburant Shell Maroc se relifte Shell Maroc va investir 70millions de dirhams d’ici la fin de l’année pour réno- ver le réseau existant et lan- cer cinq nouvelles stations- services. Parallèlement, 291stations bénéficieront d’une mise à niveau, tant au niveau de l’identité visuelle que de l’aménagement de l’aire d’accueil.■ McKinsey Çacontinuede plusbelle! Encore un nouveau marché pour McKinsey. Le cabinet de consulting vient d’être chargé d’élaborer une stratégie de développement socio-économique pour les provinces du Sud d'ici 2020. Une réunion préparatoire vient de se tenir à la wilaya de Oued Eddahad El Gouira. Motus et bouche cousue sur le montant du marché. ■ La campagne de dénigre- ment que subissent des dirigeants de l’association islamiste Al-Adl Wal Ihssane est d’«une grande couardise», estime le journaliste Ahmed Najim, dans son portail goud. ma. L’éditorialiste connu pour ses positions modernistes et sa forte opposition aux idées islamistes reproche à certains médias et aux services d’insti- guer une guerre psychologique contre la Jamaâ, à coup de photographies et de vidéos personnelles. «Le recours à ces méthodes nauséabondes pour attaquer Al-Adl va avoir l’effet inverse que celui escompté par les services», écrit-il. Pour Ahmed Najim, l’Etat est forcément impliqué car celui qui a posté la vidéo s’est désigné comme un «jeune royaliste». Il ne pouvait disposer de ces vidéos sans les appuis financiers et logistiques d’un service. Recourir à ces méthodes remet en cause les velléités de réforme annon- cées par le Maroc et jette la suspicion sur des institutions qui ne devraient pas porter atteinte aux libertés indivi- duelles, au risque de détruire des familles entières. Pour le journaliste, il faut que le débat soit basé sur les idées. ■ DR Goud.ma La sale guerre Al Ahdath Al Maghribia Le prix des grèves Plus de 14000 dossiers commerciaux sont blo- qués dans les rouages des tribunaux du pays. En cause, la série de grèves des huissiers de justice qui paralysent tous nos tribu- naux. Le quotidien cite à ce titre les affres que subis- sent nombre de citoyens, notamment les Marocains résidant à l’étranger qui, souvent, rentrent bre- douille dans leur pays de résidence. ■ Akhbar Al Youm Un bloc anti-PJD Plus de 1000 associations se sont constituées en un bloc pour défendre le caractère moderniste de la nouvelle Constitution et faire face à la réaction du PJD, notamment, qui s’est soulevé contre la disposi- tion garantissant la liberté de croyance au Maroc. Le bloc va plus loin en deman- dant une nette séparation entre le religieux et le politique.■ Al Mounataf Sit-in Citant sa présidente, le quotidien nous informe que l’association «Touche pas à mon enfant» entend mener une série de manifestations et de sit-in de protestation en France, en Espagne et aux Etats-Unis. Elle entend par là appeler à ce que l’identité du ministre français, qui se serait livré à des actes pédophiles à Marrakech, soit révélée.■ actuel / Semaine du 18 au 24 juin 2011
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