actuel n 113 - Page 1 - Actuel est un magazine hebdomadaire marocain francophone, appartenant au groupe « Logique Presse ». Des sujets très variés y sont abordés (économie, politique, société, culture...). Ce magazine généraliste se veut le porte-parole d'un Maroc moderne, dynam w w w . a c t u e l . m a actuelN° 113 - du 22 au 28 octobre 2011 - 15 DH- 3 € المغرب Primé... Homosexualité, érotisme et religion. Les bonnes feuilles du brûlot de Mohamed leftah CensurE' Chimicolor La chute de l’empire Agouzzal p.30 Législatives 2011 Reportages, interviews, échos, débats... actuel au cœur de la campagne électorale p.40 D evinette.Pouvez-vousciterl’undesder- nierslivresinterditsd’entréeauMaroc ? Le grand malentendu de Ali Amar ? Le jour du roi de Abdellah Taïa ? Vous n’y êtes pas. C’est La revanche du clitoris. Avec un tel titre, on imagine un livre porno ou uneincitationàladébauche.Quenenni !Ils’agit d’unessaiféministeécritparunsexologueetune journaliste.Maisilfautcroirequelesservicesde publicationduministèredelaCommunicationne se contentent de lire que les titres... En revanche, les livres de Ali Amar et de Abdellah Taïa n’ont jamais été interdits. Simplement, personne n’a pris le risque d’importer le premier. Et le second estrestédansleslimbesquelquetemps,sansau- torisationniinterdiction,avantquelaremisedu prixdeFlore,lacombativité deAbdellahTaïaetlespres- sions médiatiques – actuel yavaitprispart –arrachent l’autorisationdediffusion. Ce qui advient du Dernier combatducaptainNi’mat,le trèsbeauromanposthume deMohamedLeftah,rappelle étrangement les mésaven- tures du Jour du roi. Voilà un livre lauréat – à l’unani- mité ! –duprestigieuxprix delaMamounia,introuvabledanslepaysdeson auteur.L’ouvrage,quiracontelapassiondévorante d’unpiloteretraitédel’aviationégyptienneetde sonjeuneserviteur,estestampillé« pursouffre » sur la jaquette de l’éditeur. Ce pourrait être un boncandidatàlacensure.Maiscommelemontre notre enquête, aucune interdiction véritable ne frappe ce livre, on s’est contenté de renvoyer les exemplaires à l’éditeur... On ignore pourquoi, et le ministère de la Com- munication... ne communique pas sur cette affaire en dépit de nos appels insistants depuis deux semaines. Si ce n’est pas de la censure, cela y ressemble fortement comme les deux lames d’une paire de ciseaux. Mais c’est une censure sournoise qui n’a pas besoin d’oukazes. Comme 5Edito actuel / Semaine du 22 au 28 octobre 2011 Levicedelavertu actuel si malgré tous les changements que connaît le Maroc et, en dépit de l’article 25 de la nouvelle Constitution qui stipule que « sont garanties les libertés de pensée, d’opinion et d’expression sous toutes ses formes. Sont garanties les libertés de création,depublicationetd’expositionenmatière littéraireetartistiqueetderecherchescientifique et technique », les vieux instincts liberticides perdurent. Maisàquoisertcettecensuremolledansunsiècle où tout ce qui est interdit... finit par se retrouver en libre accès sur Internet ? Pire, chaque coup porté à la liberté de pensée amplifie la publicité autourdecequ’onvoudraitcacher.Lacensureest l’expression ultime de la bêtise, elle provoque le contraire de l’effet recherché. Cette volonté de régenter nos cerveaux est aussi un symptôme d’une société qui refuse d’avancer. Ce n’est plus le Makhzen qui pilonne,maisdesmini-caïds qui croient savoir ce qui est bon pour autrui. Nous avonsencorenosmilicesde la vertu qui s’autorisent à verbaliser(ouàbakchicher) le quidam qui s’achète un packdeSpéciale.Lesmêmes utilisentsansvergognel’article490ducodepénal, qui punit d’emprisonnement toute personne ayantdesrelationssexuelleshorsmariage,pour rançonner les couples en voiture alors que la loi, par ailleurs en contradiction flagrante avec les pactesinternationauxratifiésparleMaroc,précise quel’infractiondoitprouverlarelationsexuelle. La vertu a ses vices et la censure n’est plus l’apa- nage d’un arbitraire étatique mais un réflexe atavique.Nousavonsinventéunecensurediffuse, impalpable, fourbe. La censure est devenue la grimace de la vertu. ■ La censure est l’expression ultime de la bêtise, elle provoque le contraire de l’effet recherché. Sommaire écrivez-nous à courrier@actuel.ma actuel / Semaine du 22 au 28 octobre 2011 6 n°113 - du 22 au 28 octobre 2011 Pur soufre... Après le rond-point, l’impasse. La « harira » ! La CDG mécène met en scène. 18 30 40 58 62 Suzuki, les Japs attaquent. SActualités 08 nouvelle génération | Zineb Benlemkaddem 10 la semaine en images 12 décryptage 16 dernière heure SDossier 18 édition | Le dernier combat de Mohamed Leftah SEconomie 30 industrie | Chimicolor, la fin d’une légende 36 economie | Tanger Med, quai des brumes au terminal 2 38 bourse SPolitique 40 législatives 2011 | Une rentrée sous le signe de la « continuité » 42 législatives 2011 | L’avortement devrait-il être légalisé ou dépénalisé ? 43 législatives 2011 | Thami Khyari : « La gauche peut gagner » 44 législatives 2011 | Alliance : au G8, la nuit ne porte pas conseil SSociété 46 biodiversité | Dr Chaouki Alfaiz : « Il est urgent d’agir » SMonde 50 échange de prisonniers | Noam Chomsky : « Les Palestiniens sont considérés comme des sous-hommes » 51 Syrie | L’engrenage 52 arrêt sur image 54 chronique des deux rives SCulture 56 art | Taroudant : Sculpture en « live » 58 exposition | Fondation CDG « Deuxième regard » ou l’expérience du troisième œil 60 agenda STendances 62 automobile | Suzuki SX4, la conquête du Royaume 64 high-tech | Silence, on tourne 65 nouveaux produits, nouveaux marchés 66 les choix de... | Mohamed Moujahid, l’obstiné photo de couverture brahim taougar/actuel actuelactuel est édité par Logique Presse. SARL. Capital social : 15 millions DH. Directeur et éditeur : Henri Loizeau Directeur de la publication : Abdellatif El Azizi Directeur commercial : Moulay Ahmed Alami Directeur de la rédaction : Eric Le Braz Rédactrice en chef adjointe : Mouna Kably Assistante de la rédaction : Meriem Zraidi Tél. 05 22 95 18 15 / 16 05 29 00 20 02/ 30 03 Fax. 05 22 95 18 14 SRéDACTION Chefs de service : politique : Abdellatif El Azizi économie : Mouna Kably culture : Amira-Géhanne Khalfallah Rédacteurs : Yanis Bouhdou, Amanda Chapon, Zakaria Choukrallah, Ali Hassan Eddehbi, Khadija El Hassani, Charlotte Hennebicque (chef de rubrique), Fatim Ezzahra El Hajji, Abdelhafid Marzak, Meriama Moutik. Chroniqueurs : Fouad Benseddik, Pascal Boniface, Driss Jaydane. Correspondants : Cyril Bonnel (Paris), Gaëlle Lucas (Madrid), Maud Ninauve (Tanger), Salima Yacoubi Soussane (New York). Photographe : Brahim Taougar Ont collaboré à ce numéro : Paola Abboud, Zineb Bennouna, Mohamed Mouhim. SéDITION Rédactrice en chef technique : Keiko Catala Secrétaire de rédaction : Ferdinand Demba Révision : Laila Lebbar Directrice artistique : Fadoua Damiri Maquettiste : Youssef El Moutassaddik, Conception graphique : Studio Baylaucq & Co. SPUBLICITé Tel : 05 22 36 77 02 Directeur commercial : Moulay Ahmed Alami ma.alami@actuel.ma Responsable commerciale : Ghizlane Malki g.malki@actuel.ma Chefs de publicité : Safaa Aqraou s.aqraou@actuel.ma Karima El Afi k.elafi@actuel.ma Assistante commerciale : commercial@actuel.ma SAdministration Responsable administratif et financier : Khalid Zghiguida IMPRIMERIE Idéale, Casablanca DISTRIBUTION Sochepress Imprimé au Maroc – Printed in Morocco. Tous droits réservés. Reproduction interdite sauf accord de l’éditeur. Tirage : 20 000 ex Sactuel 1, bd Abdellatif Benkaddour, 20050 Casablanca, Maroc Dépôt légal : 2010PE0042/ Février2.0 Zineb Benlemkaddem SLes dinosaures ont fait leur temps et la relève arrive. Chaque semaine, actuel présente les futurs leaders du pays... errière un voile fashion et une tenue BCBG, se cache une militante aguerrie. Si elle rompt avec le dress code révolutionnaire d’usage, Zi- neb Benlemkaddem, 27 ans, n’hésite jamais à crier dans les mégaphones et à encadrer les foules nombreuses lors des manifestations dominicales du 20-Février. Professeur d’anglais à l’American Language Center de Rabat et coordinatrice de projet à l’ONG Pea- ceMaker, Zineb est devenue de facto le porte-parole du M20 dans les mé- dias british et US. Son dernier fait d’armes est sa participation au lan- cement d’un tout nouveau concept qui a fait le tour des réseaux sociaux : Feb 2.0 (février 2.0). « Les actions collectives se limitaient, jusqu’à présent, aux manifestations. Après plus de six mois, certains d’entre nous ont compris que la mobilisation passe aussi par la recherche d’une alternative constructive », estime la jeune militante. D’ou l’initiative d’introduire le concept Feb 2.0, l’objectif étant de préparer le terrain pour un 20 février 2012 beaucoup plus fort, avec une approche inclusive « où les citoyens dé- sireux de construire le Maroc de demain puissent partager leurs idées et projets ». Mais ceci n’empêche pas cela, et Zineb promet que « la pression sera maintenue dans les rues et appuyée par le hashtag #Feb2.0 sur twitter ». Militante tout court Sans avoir à lui poser la question, Zineb Benlemkaddem se définit d’elle-même. « Je ne suis pas uniquement membre du 20-Février ni cybermilitante exclusivement. Je suis avant et après tout, une citoyenne indépendante qui milite pour un Maroc meilleur. » Voilà qui est dit. En effet, à son retour des USA, après un séjour de trois ans partagé entre études en sciences po- litiques et Trading, Zineb s’est interrogée sur la manière de contribuer à un chan- gement positif au Maroc. « Le social était le seul carré par lequel passait un peu de lumière dans le cachot qui enfermait tous ceux qui voulaient réellement changer un pays accablé par l’analphabétisme, la cor- ruption et la pauvreté », explique-t-elle. D’ailleurs dans la vidéo où elle présente le Feb 2.0, elle dresse aussi – peut-être invo- lontairement – le portrait d’une nouvelle jeunesse marocaine bien née et que l’on croyait jusque-là insouciante et insensible à son environnement. « Je mange bien, je loge bien et j’ai un bon boulot. Cela me paraissait normal, jusqu’à ce que je voie de mes propres yeux à quoi ressemblait la misère de beaucoup d’autres jeunes. Sans eux, je ne me serais peut-être jamais rendu compte de l’importance de ce que j’avais », disait, avec émotion, la voix off de la vidéo… « Le M20 n’est infiltré par personne ! » En réalité, avec son verbe acéré et son éloquence, Zineb vient de mettre le pied en politique. Disons plutôt qu’elle vient de se découvrir des talents cachés en la matière. Au début du Printemps arabe, elle était à la fois « choquée et émerveillée » de voir des jeunes agir avec autant de force sur le cours des événements dans leurs pays. « J’ai vu la première vidéo du 20-Février. J’ai pensé qu’il était temps de commencer à mili- ter pour une répartition équitable des richesses dans ce pays », raconte-t-elle. S’ensuivra une belle aventure et une série de manifs réussies jusqu’à la date du 15 mai. « J’ai été traumatisée. Ce qui était supposé être un pique-nique paci- fique pour protester contre l’existence du centre de détention secret de Témara a tourné au désastre », se souvient Zineb avec amertume. Cette mésaventure a se- lon elle marqué un tournant dans l’évolu- tion du mouvement, dans la mesure où la réaction violente des autorités, suivie de la mort de Kamal Ammari à Safi, a fait peur à beaucoup de gens. « Au lieu d’en vouloir aux autorités, une catégorie en a voulu aux jeunes du mouvement », s’exclame- t-elle. La théorie du phagocytage du M20 par la gauche radicale et les légionnaires d’Al Adl Wal Ihsane n’a pas non plus de sens à ses yeux : « On ne peut parler d’in- filtration que quand on parle d’un mou- vement fermé. Quand, le 20 mars dernier, 800 000 personnes ont manifesté sans dérapage dans tout le Maroc, on ne par- lait pas d’Annahj ni d’Al Adl, car ils étaient noyés dans la majorité ! » Logique après tout. Ali Hassan Eddehbi Nouvelle génération DR actuel / Semaine du 22 au 28 octobre 2011 Actualités10 Marie Dedieu, otage d’un commando somalien depuis le 1er octobre, est décédée. Handicapée et atteinte d’un cancer, cette Française de 66 ans résidait au Kenya. Depuis peu, l’armée kenyane combat les shebabs somaliens, les accusant d’avoir enlevé d’autres touristes. n Il vient d’être crédité d’un sondage à 38% face à Hollande au deu- xième tour, il sort d’une réunion intense avec Angela Merkel sur la crise, mais il retrouve le sourire en quittant la clinique où son épouse Carla vient d’accoucher d’une petite fille. n Carnet noir Mort d’un otage Carnet rose Sarko qui stresse, Sarko qui rit Les trois lauréats du prix Grand Atlas (de d. à g.) : Mehdi De Grain- court, dans la Catégorie jeunesse ; Zakia Daoud, Prix de l’essai, re- présentéeparsonéditeurAbdelkaderRetnani ;etHassanAmrani,le Prixdelatraduction.LejuryétaitprésidéparAzzouzBeggag(àg.). n La police anti-émeute lance des grenades lacrymogènes aux ma- nifestants qui incendient des poubelles et vandalisent des vitrines devant le Parlement à Athènes, le 19 octobre. En cause, le pro- chain vote du nouveau plan d’austérité censé sauver la Grèce. n Prix Grand Atlas Photo de famille Crise grecque Un plan qui met le feu aux poudres sSauvetage d’un orphelin Ce bébé dauphin n’a que 7 jours. Trouvé sur une plage uruguayenne, il est dans les bras du directeur d’un centre de réhabilitation où l’on va prendre soin de lui… vu sur la toile actuel / Semaine du 22 au 28 octobre 2011 sLe retour de Ben Ali ? Qu’on se rassure, le dicta- teur n’est de retour que pour quelques secondes dans ce spot qui incite, avec brio, les Tunisiens à voter le 23 octobre. Aux urnes citoyens ! AFP AFPBrahimTaougar/actuel AFP 11Actualités / La semaine en images Le prince héritier a remis dimanche à Dar Es-Salam le trophée du Grand prix du saut d’obstacle – qui porte son nom – à la cavalière Katie Prudent, vainqueur de cette étape du Morocco Royal Tour. Amourdel’équitationoubieninitiationàses« devoirsprinciers » ? n Le leader du Hamas, Ismaïl Haniyeh, étreint l’un des prisonniers palestiniens relâchés en échange de Gilad Shalit, le 19 octobre, lors d’une cérémonie d’accueil à Gaza. Le Hamas redore ainsi son blason après le coup d’éclat de Mahmoud Abbas devant l’ONU. n Famille royale Moulay Hassan au travail Prisonniers palestiniens L’art de la récup’ Mercredi, à Taipei, des Tibétains se font raser en brandissant des photosdemoinesquisesontimmoléspourprotestercontrel’occu- pation chinoise. Lundi, une nonne tibétaine est morte après s’être immolée : 9e cas que Pékin qualifie de « terrorisme déguisé ». n Si les Marocains n’ont pas rejoint le mouvement des « indignés » le week-end dernier, ils étaient quelques dizaines à manifester, lundi17octobreàRabat,àl’occasiondelaJournéemondialecontre la pauvreté. n Le printemps tibétain L’immolation, terrorisme déguisé ? Maroc Marche à contretemps sBye bye google buzz ! Google annonce la fermeture de sa première tentative de contrer Facebook, le réseau social Google Buzz, pour mieux se fo- caliser sur Google+, qui compte déjà 40 millions d’utilisateurs. actuel / Semaine du 22 au 28 octobre 2011 sL7a9eddansleVar Le groupe français « HK et les Saltimbanks » a rendu un vibrant hommage au rappeur du 20-Fé- vrier lors d’un concert dans le Var. L7a9ed, toujours retenu à Oukacha, attend son jugement. La vidéo fait le tour de Facebook. AFP MAP AFP AFP Actualités / décryptage12 actuel / Semaine du 22 au 28 octobre 2011 ● les Faits A Beni Bouayach, dans le Nord, des marcheurs ont hissé le drapeau de la « république du Rif », en marge des manifestations du 20-Février. A Safi, des marcheurs indignés contre la mort d’un diplômé chômeur dans des circonstances non élucidées ont, eux, osé des propos ciblant la personne du roi. ● le commentaire Le mouvement du 20-Février montre des signes de fatigue due à la baisse de mobilisation, poussant une infime minorité à la radicalisation. Que faut-il penser de ces dérapages, d’ailleurs dénoncés par les coordinations du M20 ? Qu’ils sont le fait de quelques illuminés et que, tant qu’ils ne virent pas aux appels à la haine ou à la diffamation, on est obligé de les tolérer tant bien que mal. Une manifestation, c’est aussi quelques écarts de langage, et cela participe de l’apprentissage de la démocratie. Une réaction disproportionnée de l’Etat face à ces bourdes pourrait faire le lit des extrémistes et compliquer la tâche aux modérés du 20-Février. Cela dit, il appartient aussi au mouvement de faire son autocritique et de mieux cadrer l’action de protestation qui s’effiloche et qui peine désormais à séduire. ● Et demain La meilleure réaction de l’Etat consisterait à prouver aux Marocains que les réformes attendues seront au cœur des préoccupations du futur gouvernement, et les revendications exprimées, entendues. Z.C. ▲ M20, dérapages incontrôlés DR ▲ Parlement : à quoi servent les députés ? ● les Faits Alors que le roi s’apprêtait à quitter le Parlement, vendredi dernier, un député de l’Union constitutionnelle, Mohamed Qouba, a défrayé la chronique en lançant une lettre au souverain. ● le commentaire La pratique est aussi vieille que la monarchie. Des citoyens, se sentant injustement traités par l’administration ou la justice, se réfèrent à l’arbitrage royal en jetant un pli sur son passage. Mais le plus surprenant, c’est qu’un représentant de la nation ait recours à un procédé utilisé par les couches les plus défavorisées et, de surcroît, de plus en plus décrié par le palais en raison de l’inflation du phénomène. « J’ai fait des signes au roi à quatre reprises pour lui remettre ma lettre, mais il ne m’a pas entendu, alors je l’ai lancée près de lui. Il n’y a aucun mal à cela », justifie le député. L’honorable élu qui semble avoir confondu le verbe servir la nation avec « se servir », a expliqué noir sur blanc la nature de son problème, qui se résume au refus d’un banquier de débloquer un crédit à sa fille pour renflouer son entreprise… La portée symbolique de cet incident n’a pas échappé aux autres députés qui ont crié au scandale. ● Et demain Pour normaliser le Parlement, il suffirait que les honorables repré- sentants de la nation comprennent qu’un député est censé être présent aux séances, participer à des com- missions et rendre compte dans sa circonscription. A.E.A. AFP Les femmes aux com- mandes… financières ! ▲ ● les Faits 1 321 000 foyers, soit 19,1% des familles marocaines, sont pris en charge principalement par des femmes, selon le HCP. Et ce ne sont pas les plus éduquées qui portent le pantalon. Les non- diplômées représentent 86,3% des femmes soutiens de famille. ● le commentaire Lors d’un reportage, une femme battue par son mari nous avait confié qu’elle achetait de sa poche de la drogue et de l’alcool pour son mari « homme au foyer », sous peine d’être tabassée. Cette histoire n’est bien sûr pas représentative, mais elle montre que la réalité s’éloigne de plus en plus de la vision fantasmée que notre société a de l’homme : il n’est plus le patriarche. Et cela est aussi valable dans les milieux populaires. La réalité économique et l’évolution des mœurs ont transformé la femme en acteur (financier) à part entière du couple. Mais pas de la société. Si les chiffres sont têtus, la société l’est davantage et continue de consacrer l’infériorité en droits des femmes. Pire, ce sont souvent elles les premières gardiennes du temple car, qu’elles soient modernes ou traditionnelles, elles perpétuent leur propre minorisation. ● Et demain Le rapport du cinquantenaire a déjà préfiguré le rôle de plus en plus important qu’endossera la femme. Le reste est une affaire de temps, mais pas seulement : il faut donner à la moitié de la société ses pleins droits. Z.C. DR Actualités / décryptage14 ● les Faits La gestion déléguée des déchets prend l’eau. Mohammédia est noyée sous les immondices, suite au bras de fer qui oppose le délégataire français Tecmed à la ville, depuis plusieurs mois déjà. ● le commentaire Les deux parties font monter la pression à coups de déclarations médiatiques. Pour Tecmed, c’est la ville qui n’assume pas ses engage- ments de mise à disposition d’une décharge pour accueillir les ca- mions de la société. Toujours selon le délégataire, le point de transfert de Mesbahia qui permettait le traitement quotidien des déchets publics est saturé. Une solution de rechange provisoire avait été trou- vée, à savoir la décharge de Bouz- nika. Mais depuis peu, les camions de Tecmed ne sont plus autorisés à y pénétrer. Nouveau blocage. Tec- med brandit aussitôt la menace de mettre un terme au contrat, si une solution pérenne n’est pas trouvée. Selon les dernières déclarations de la société, la ville de Mohammédia aurait suggéré un nouveau site de déversement basé à Aïn Tekki. La proposition est à l’étude. ● Et demain Agadir connaît les mêmes déboires, faute d’une décharge sécurisée. A Meknès, Tecmed est à couteaux tirés avec son personnel, en grève depuis plusieurs jours pour arra- cher une augmentation de salaire. Le système de gestion déléguée des ordures ménagères, qui crée ici et là de singuliers dysfonctionnements, mériterait d’être remis à plat, pour une meilleure compréhension des droits et devoirs de chacun. M.K. ▲ Mohammédia souslesdéchets DR ▲ Fès US, go home ! ● les Faits Lundi dernier, Samuel Kaplan a été hué par les étudiants de l’université de Fès qui lui ont carrément interdit l’accès à l’intérieur du campus. ● le commentaire L’ambassadeur des Etats-Unis, qui devait animer une conférence avant de faire un don de livres à l’uni- versité de Dar Mehraz, n’a pas pu accéder à l’amphithéâtre réservé à cette manifestation. Les étudiants en colère n’ont pas hésité à jeter des pierres sur les voitures de police qui tentaient de frayer un passage. Auparavant, les étudiants marxistes léninistes qui menaient la fronde avaient effectué le tour du campus pour mobiliser le maximum de per- sonnes et faire barrage à l’ambassa- deur. Les étudiants expliquent leur décision par « l’interventionnisme insupportable de l’ambassadeur dans les affaires internes du Maroc et par la politique impérialo-sioniste des Etats-Unis ». L’ingérence amé- ricaine passe très mal. Quand les officiers politiques de l’ambassade des Etats-Unis rencontrent secrè- tement des membres d’Al Adl Wal Ihsane, cette initiative est considérée comme une tentative de cautionner un mouvement interdit. Même chose quand des diplomates américains se mettent à la même table que des Sahraouis comme Ali Salem Tamek. ● Et demain L’incident de Fès ne risque pas de re- mettre en cause le statut d’allié dont le Maroc bénéficie auprès de l’oncle Sam, mais il contrarie les analyses des Américains qui pensaient avoir comme uniques ennemis dans le Royaume, les islamistes. A.E.A. B.Taougar/actuel Diplomatie : corps et âme avec l’Arabie ▲ ● les Faits Le Maroc prend fait et cause pour l’Arabie saoudite dans l’affaire de la tentative d’assassinat de l’ambassadeur saoudien à Washington, présumé commandité par Téhéran. ● le commentaire Lundi dernier, lors d’un point de presse conjoint avec son homologue britannique, William Hague, en visite officielle dans le Royaume, le chef de la diplomatie marocaine, Taïeb Fassi Fihri, a déclaré que le Maroc « n’était pas étonné d’un tel comportement de la part de la direction iranienne dans les affaires intérieures d’un autre pays, et de son non-respect de la souveraineté des pays du monde libre ». Et d’ajouter : « Nous voulons exprimer notre entière solidarité avec l’Arabie saoudite et condamnons avec force cette tentative contraire aux valeurs et à la morale islamiques et humaines... » La diplomatie marocaine devrait, sans doute, attendre qu’on lui demande son avis sur la question, au lieu d’anticiper avec une telle réaction. ● Et demain En agissant de la sorte, le Maroc exprime sa gratitude envers l’Ara- bie saoudite, notamment pour son soutien au projet du TGV, tout comme il laisse entendre que le rétablisse- ment des relations diplomatiques avec Téhéran n’est pas au pro- gramme. Le Royaume espère aussi gagner des points auprès de ses amis américain et britannique, en s’alignant sur leurs positions dans cette affaire. Pourvu que cela contri- bue à renforcer leur soutien dans le dossier du Sahara. A.H.E. AFP actuel / Semaine du 22 au 28 octobre 2011 Actualités16 actuel / Semaine du 22 au 28 octobre 2011 AprèslespannesdeBlackBerrysurvenues la semaine dernière, inwi propose un serviced’indemnisationexceptionnel. Pour les clients du service BB prépayé, l’opérateuraccordedesjoursdeservice gratuits correspondant à la durée de la panne.Etconcernantlesabonnés,inwi remboursera, au prorata, l’équivalent de4joursdeconnexion.Pourrappel,la panne qui avait touché plusieurs pays dont le Maroc, était survenue chez le fabricant canadien RIM. n BlackBerry inwi indemnise LoideFinances Une nouvelle version Le projet de loi de Finances a cessé de jouer l’Arlésienne et a finalement été adopté en conseil de gouvernement, avant d'être soumis au Parlement vendredi. Mais surprise, le « Fonds national de solidarité sociale », principale innovation du projet initial, a tout simplement disparu de la nouvelle mouture. Ce fonds prévoyait des taxes supplémentaires et une première do- tation de deux milliards pour venir en aide aux plus démunis. Le lobby des banques et des assurances a bien fonctionné. n Polisario KhadijaHamdiprise lamaindanslesac Joli coup de la Ligue des partisans pour l’autonomie au Sahara marocain à Tindouf. Elle a gravé et fait circuler dans les camps séparatistes un CD-ROM décrivant, documents et chiffres à l'appui, l’implication de Khadija Hamdi (l'épouse de Mohamed Abdelaziz) et de Mohamed Lamine El Bouhali, respectivement ministres de la Culture et de la Défense du gouvernement de la RASD, dans des détournements de grosses sommes en devises et de dons en nature provenant des aides humanitaires étrangères. Le document largement diffusé dans les camps de Tindouf, à quelques semaines de la tenue du congrès du mouvement, a déstabilisé la direction du Polisario. n Frédéric Debord, DG d'inwi. BrahimTaougar/actuel millions de dirhams, c’est le montant du capital libéré du Moroccan Financial Board, société gestion- naire de Casablanca Finance City. SLe chiffre 140 SLe regard de Mouhim l Kitea envisage d'ouvrir son capital en 2012. La quote-part du capital et le programme de développe- ment sont à l'étude. l Midaoui s’intéresse de près à Ghellab. Les magistrats de la Cour des comptes épluchent soi- gneusement les dossiers des carrières, des agré- ments de transport et des grands marchés. l Depuis le 18 octobre, la police judiciaire enquête sur le scandale des recru- tements au ministère de la Santé. En ligne de mire, la direction des ressources humaines et les recrute- ments depuis 2006. Selon une source syndicale, la corruption dans les recru- tements et la promotion interne aurait permis à des responsables de s'enrichir de plus de 6 MDH. l La justice a débouté Samir Abdelmoula dans sa plainte pour diffama- tion contre Le Journal de Tanger. Après plusieurs audiences plénières marquées par l’absence du plaignant, le tribunal s’est prononcé en rejetant la plainte pour « vice de forme consécutif et inobservation de la défense du plaignant des règles de procédure ». l Zineb El Rhazoui, fon- datrice du MALI, et son compagnon Ali Amar, ex- directeur du Journal Heb- domadaire, travaillent sur une plateforme numérique de blogueuses arabes, dénommée « Hurrya » (liberté). Un projet au financement opaque, qui reprend un peu le concept de Ni Putes Ni Soumises avec une touche politique plus marquée.n Les bruits du village Ciment Encore une nouvelle usine Asment, filiale du groupe Cimpor, s’apprête à construire une nouvelle cimenterie. Outre la reprise de la demande locale et le potentiel de croissance du secteur de la construction au Maroc, l’opérateur justifie son investissement par sa volonté de pénétrer l’Afrique subsaharienne. Apparemment, le coût du transport du ciment ne serait pas aussi dissuasif qu'on le pense. n Dernière heure 17 [ lu dans la presse arabophone ] Drogue Unvasteréseaude traficauditionné La Chambre criminelle de Salé a auditionné, le 18 octobre, quatre Espagnols membres d'un réseau international de trafic de drogue, démantelé en octobre 2010. Le réseau, qui opérait depuis le Maroc, s’adonnait au trafic de cocaïne et de haschich à l’échelle internationale par voies terrestre, maritime et aérienne. Ce réseau qui disposait de contacts en Amérique latine, en Europe et en Afrique, faisait non seulement sortir du haschich du Maroc mais importait également d’importantes quantités de drogues dures via le Mali. Le tribunal poursuivra jusqu'au 24 octobre l'audition des 41 membres du réseau, dont deux femmes. n Fès Çachauffeàla mairie La dernière session ordinaire du Conseil de la ville de Fès a failli tourner au pugilat, les élus de l’opposition ayant traité Chabat de tous les noms. « Dictateur, salaud, voleur… », le bouillonnant maire de Fès n’en attendait pas tant pour charger le PAM et les partis du G8 qualifiés de « double zéro ». Malgré l’appel au calme des élus du PJD, les conseillers du PAM ont claqué la porte. Ces derniers sont en guerre contre Chabat, depuis février 2010, quand la mairie a validé un arrêté municipal interdisant la consommation du narguilé dans les lieux publics. n IER LesPalestiniens aussi Après les Egyptiens et les Tunisiens, c'est au tour des Palestiniens de s'intéresser à l'expérience de l’Instance équité et réconciliation. Une délégation palestinienne, conduite par Ahmed Youssef, planche depuis quelques jours à Rabat sur la démarche des Marocains pour corriger les exactions des années de plomb. n Sothema 80MDHpourse remettreàneuf Les laboratoires Sothema ont entamé un large programme d’investissement d’un montant de 80 millions de dirhams pour renouveler leur matériel de production. Objectif : se doter, d’ici l’année prochaine, des dernières technologies dans des locaux plus spacieux n Irlande Lespommesde terreàlatrappe Les autorités marocaines auraient saisi et procédé à la destruction de 1 000 tonnes de pommes de terre. Selon le portail d’informations nord-irlan- dais, Belfast Telegraph, la cargaison en provenance de l’Ulster, une des quatre provinces de l’Irlande, aurait coûté à leurs pro- priétaires 500 000 livres sterling. Les pommes de terre rejetées par les auto- rités marocaines auraient été considérées comme affichant des taux élevés de « gale argentée », une ma- ladie fongique spécifique à ce produit agricole. n A u moment où des rumeurs persis- tantes circulent sur la mauvaise gestion des finances des partis, la population a soif de savoir où passent ces fonds versés aux formations politiques pour leur fonctionne- ment et le financement de leurs activités. Dans un souci de transparence, le président de l’Instance centrale de prévention de la corruption a demandé que la Cour des comptes publie ses rapports sur les finances des partis politiques. Une initia- tive hautement louable. Pour ma part, je (Abdellah Bek- kali, ndlr) salue le courage de M. Abdeslam Aboudrar, et je me joins à lui pour demander qu’il lui soit apporté une ré- ponse au plus tôt. Et je pense même qu’il serait judicieux que les responsables de cette instance, ainsi que tous les responsables administratifs et judiciaires, se penchent sur le financement global des partis. Ainsi, l’initiative de M. Aboudrar pourrait avoir une importance cruciale, surtout qu’il sait pertinem- ment comment sont financés certains partis… n Al Alam L’argentnoirdespartis Al Khabar Des prisonniers de retour au bercail ? Al Khabar du mercredi 19 octobre rapporte qu'une ONG italienne a récemment révélé que des négociations seraient en cours entre l’Italie et le Maroc. Objectif : transférer des prisonniers marocains vers les établissements pénitentiaires du Royaume. L’ONG révèle que 20% des personnes incarcérées en Italie sont d’origine marocaine. Attajdid Pro-Hamas Le quotidien Attajdid, proche du PJD, a publié un édito qui encense le Hamas pour avoir obtenu la libération de 1 027 prisonniers palestiniens contre le soldat Gilad Shalit. Le journal estime qu’il s’agit d’une « leçon » à tous ceux qui doutent de l’efficacité de « la résistance palestinienne ». Al Massae Que sait Fatiha Mejjati ? Fatiha Mejjati, veuve de l’ancien cadre d'Al-Qaïda Karim Mejjati, a été longuement entendue par la police, rapporte le quotidien Al Massae. Des éléments de la police, venus à son domicile à Casablanca, ont décliné leur identité puis présenté une convocation avant de la conduire au poste. Un mystère entier entoure l'objet de cet entretien. n actuel / Semaine du 22 au 28 octobre 2011 DR
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