Actuel7 - Page 1 - actuelN° 7 - du 11 au 17 juillet 2009 - 15 DH maroc MEDITEL Pourquoi Telefonica quitte le Maroc p.11 Maroc-IsraëlPaixauProche-Orient Barack Obama invite le Roi Mohammed VI à faire du Maroc le fer de lance de la réconciliation entre Palestiniens et Israéliens. Enjeux d’une nouvelle initiative diplomatique. Unpremier leMaroc? rôlepour Remaniement MohandLaenser Ministre d’État sans portefeuille Polémique CheikhYassine contre Ahmed Taoufiq L eMarocenmédiateurduconflitisraélo-pa- lestinien,l’idéen’estensoiguèrenouvelle.Et l’onpourraitêtretenté,sil’enjeun’étaitpas aussicrucialpourl’avenirdelarégion,dene voirdansledernieréchangedelettresentre WashingtonetRabatqu’unénièmeépisodedutrop longfeuilletonquisévitsurl’écrandeladiplomatieau Proche-Orient.Ceseraitfairepeudecasdelavolonté affichéeparlenouveauprésidentaméricaind’ouvrir unenouvelleétapedesrelationsdesÉtats-Unisavec lemondearabe(lirepages16 à 21). La diplomatie a certes ses règles qui, parfois, finis- sent par lasser des opinions publiques plus impatientes derésultatstangiblesquede vaguesdéclarationsd’intention ouderésolutionsmort-nées. Et,decela,l’histoireduconflit duProche-Orientn’estguère avare.Maisl’engagementdu nouveauprésidentaméricain, surcetépineuxdossier,moins de six mois après sa prise de fonction, mérite intérêt. Et cela pour trois raisons. Lapremièreestaffairedecalen- drier,quin’estenrieninnocent.Lalettreadresséepar BarackObamaàMohammedVI,unmoisaprèsson discours au Caire à l’adresse du monde musulman, confirme la volonté de la nouvelle administration américainedes’engagerfermementenfaveurdela résolution de conflits qui pèsent dramatiquement, et depuis trop longtemps, sur la vie de populations innocentes.Lasecondetientàl’objetmêmedel’échange épistolaire entre les deux chefs d’État. Car c’est rien de moins qu’à un rôle de «leader» que le président américainappelleleMarocdansl’élaborationd’une sortiedecrisesurleconflitduProche-Orient,etdans «la promotion de la réconciliation entre Israël et le monde arabe». La troisième marque d’intérêt n’est pas la moindre, puisqu’elle touche au non moins épineux dossier du Sahara, et à son statut à la veille d’une nouvelle session de négociations. Toute la questionestdesavoirsileMarocestaujourd’huien position de se placer en «leader» d’une diplomatie proche-orientaledonttoutdémontrequ’elleresteà reconstruire.L’histoirerécenteestmarquéedetrop d’échecs,auxresponsabilitéspartagées,pournepas s’interrogersurleschancesderéussitedelamission qu’appelle de ses vœux le président américain. De HassanII–etsesmultiplesmédiationsentreIsraéliens etPalestiniens(iliramêmejusqu’àaccueilliren1986 ShimonPeres,alorsPremier ministre, en son palais d’Ifrane,aumomentmême où Tsahal massacrait les combattantspalestiniens) – à MohammedVI, prési- dent du Comité Al-Qods, la diplomatie marocaine n’a pas toujours emporté l’adhésiondespaysarabes frères. Elle ne s’est pas moinsefforcéedeplaiderà tousniveaux,enmultipliant chaquefoisquenécessaire les démarches auprès des instances internationales, l’arrêtdesagressionsrépé- téesd’Israëlàl’égarddesPalestiniens,etd’encourager les négociations en faveur de la création de deux États souverains. Cetteconstanceneseraàl’évidencepasinutiledans la partie qui s’ouvre désormais. En délicatesse avec certains pays membres de la Ligue arabe – dont il a boudé le dernier sommet – et en dépit des échecs passés, le Maroc tient aujourd’hui une formidable opportunitédeseplacerenpositiondeleadershipsur ledélicatdossierdelaréconciliationentrelemonde arabeetIsraël.Et,cefaisant,d’apparaîtrecommeun partenaire incontournable d’une diplomatie arabe renouvelée. ■ 3Édito actuel / Semaine du 11 au 17 juillet 2009 Le Maroc tient une formidable opportunité de se placer en position de leadership sur le délicat dossier de la réconciliation entre le monde arabe et Israël. Unediplomatie àreconstruire ■ actuel actuel Sommaire ÉCRIVEZ-NOUS À courrier@actuel.ma actuel / Semaine du 11 au 17 juillet 2009 4 N°7 - DU 11 AU 17 JUILLET 2009 Le Maroc en émissaire de la paix ? «Nature et culture» à Mogador L’OCP mise sur l’externalisation Sapho, rockeuse pour la paix Festivals, livres, musique... Notre sélection 16 26 30 60 64 SActualités 06 COURRIER DES LECTEURS 08 LA SEMAINE EN PHOTOS 10 DÉCRYPTAGES 12 ÉTAT-MAJOR | Les grandes espérances de Fathallah Oualalou SDossier 16 Diplomatie | Peut-on faire la paix avec Israël ? SÉconomie 26 PORTRAIT | Amyn Alami , «Nous serons prêts pour la reprise» 30 SECTEUR | L’OCP parraine les PME audacieuses 34 STAR | Somaca, l’atout flexibilité 35 WARNING | Sodea-Sogeta, la faillite d’un système SPolitique 36 RELIGION | Cheikh Yassine contre Ahmed Taoufiq 38 GOUVERNEMENT | Bruits de remaniement SSociété 40 REPORTAGE | La côte des plages poubelles 44 DROITS DE L’HOMME | Le ras-le-bol des réfugiés subsahariens 46 FAIT DIVERS | Drame au Fondouk des aveugles 48 ARRÊT SUR IMAGE | Sajid, la disgrâce SMonde 50 ARRÊT SUR IMAGE | Les Hans et les musulmans s’affrontent 52 AFGHANISTAN | Une économie sous narcotiques 54 CHINE | Flambée de violences au Xinjiang 55 ALGÉRIE | Le torchon brûle entre Alger et Paris 56 CHRONIQUES DES DEUX RIVES de Lino Bacco et Narjiss Rerhaye SCulture 58 FESTIVALS | Timi’star, de Bilal à Rays El Baz 60 PORTRAIT | Sapho, itinéraire d’une femme libre 64 CAHIER DE VACANCES STendances 70 TOURISME | Les chiconomics chez Mickey ! 72 VOITURE | L’Alfa Mito, une sportive qui tient la route 74 DÉCO | Riad Madani, un musée à ciel ouvert 78 SHOPPING | À la page des serviettes de plage 80 PEOPLE | Fahd Benchemsi «gourmand de sensations» 82 LES CHOIX DE... | DJ U-Cef, le grand mix SDirectrice de la publication: Meriem Lahrizi Conseiller de la rédaction: Henri Loizeau Assistante de la rédaction: Meriem Zraidi Tél. 05 22 95 18 15 / 18 16 REDACTION Directeur de la rédaction: Eric Le Braz Chefs de service: POLITIQUE/INTERNATIONAL : Abdellatif El Azizi ÉCONOMIE : Mouna Kably SOCIÉTÉ/CULTURE : Bahaâ Trabelsi Rédacteurs: Yanis Bouhdou, Amanda Chapon, Khadija El Hassani, Tarik Qattab, Zakaria Choukrallah, Saïd Lahlou Correspondantes: Sofia Amara (Beyrouth), Maud Ninauve (Tanger) Photographe: Brahim Taougar Ont collaboré à ce numéro: Alx, Inès Asensi, Cyril Bonnel, Alixanne C., Malika El Aoudi, Jorge Garcia, Icham Kadiri, Magali Letty, Meriama Moutik, Laurent La Vieille Chroniqueurs: Lino Bacco Narjis Rerhaye Crédits photo: AFP, MAP et AIC Press EDITION Rédacteur en chef technique : Driss Douad Directrice artistique: Fadoua Damiri Secrétaire de rédaction : Annabelle Lhomme Maquettiste : Youssef El Moutassaddik Révision: Laila Lebbar Conception graphique: Studio Baylaucq & Co PUBLICITE Mouna Drissi DIRECTION ADMINISTRATIVE ET FINANCIERE Fouad Imadi IMPRIMERIE Idéale, Casablanca DISTRIBUTION Sochepress Imprimé au Maroc – Printed in Morocco. 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Exerçant en qualité d’architecte et d’urbaniste depuis 50 ans au Maroc, j’apprécie vivement votre courage d’aborder de front ce problème de la sécurité du bâtiment - qui a été mis en évidence par des études récentes malheureusement mises au placard-et qui appelle d’autres considérations non moins préoccupantes sur la qualité, l’habitabilité et partant, la conception même des bâtiments. Le phénomène aberrant de l’auto-construction, auquel certains promoteurs contribuent, porte une large part de responsabilité - généralement inconsciente et motivée par le souci premier des lotisseurs de vendre le plus de terrain possible au détriment des espaces publics et la réduction drastique de la voirie dont la largeur n’excède souvent pas 2 à 3 mètres, voire 1,50 m pour ces immeubles de 5 à 6 étages de la périphérie de Fès(!), et dont les bâtiments dépourvus de cour ne disposent souvent pour leur ventilation intérieure que de gaines de 1 à 2 m² sur plus de 10 m de hauteur sur lesquelles s’ouvrent… des fenêtres. Des constructions réalisées sans autre souci que d’occuper l’espace - même dans les zones inconstructibles, comme les bords ou les fonds de carrière, à la limite de ravins de plus de 20 m de hauteur (Jenanates) au mépris de toutes les règles d’hygiène, de sécurité, de stabilité et bien plus encore, de confort élémentaire (près de 100 000 personnes vivent à Fès dans ces ghettos à risques). Un film réalisé par FISA- MAGHREB, il y a quelques années a stigmatisé ces situations dramatiques qui depuis lors n’ont fait que s’amplifier (1). Pourtant il existe bien des règlements d’urbanisme, de voirie et de construction! Faut-il croire qu’ils sont inadaptés à la situation actuelle ou, allègrement et impunément, contournés? (1) Sidi Boujida, Ain N’Okbi, Sahrij Gnaoua, Aouinat El Hajjaj, Jenanates JeanPaulIchter Architecte urbaniste, ancien inspecteur d’urbanisme à Fès, architecte de la 1ère opération de reconstruction d’Agadir, aujourd’hui consultant. actuel / Semaine du 11 au 17 juillet 2009 Vousavezréagi surnosdossiersou notredernierédito. Ecrivez-noussur courrier@actuel.ma ouexprimez-voussur legroupeFacebook: «actuel:l’esprit ouvert…sinonrien!». Sécuritédesconstructions Tousresponsables! Réactions à l’édito du numéro 6 C'est un sujet qui me touche personnellement. Et franchement, vous êtes restés soft en pointant du doigt plutôt le code de la presse que les pratiques judiciaires au Maroc, dans les dossiers mettant en accusation les journaux locaux. Il suffit de préciser au lecteur que dans l’affaire d’Économie et Entreprises, les défenseurs de la société Primarios et ceux de la Mamounia, n’ont pas plaidé en appel. Le juge a pris seul l’initiative de tripler la mise. Il faut indiquer également au lecteur que dans l’affaire Lamrabet, le juge est allé chercher seul une nouvelle condamnation : interdiction d’exercer pendant 10 ans. Deux exemples qui démontrent clairement que le sort des médias se décide ailleurs que dans les juridictions du pays et que les règles qui s’y appliquent figurent ailleurs que dans le code de la presse. KhalidTritki Réponse : Vous avez raison de souligner ces précisions. Mais l’édito ne rentrait pas dans les détails de l’affaire « Economie et Entreprises» et il était essentiellement consacré au jugement « Kadhafi ». Nous persistons par ailleurs à penser que si un Code de la Presse avec des peines cohérentes, réalistes (et maximales) était en vigueur, les juges ne s’aventureraient pas à prendre des décisions aussi aberrantes. On sort d'élections communales surréalistes qui fragilisent nos institutions; on a Tel Quel, Le Journal, E&E, Al Ahdat, Al Massae et Al Jarida al Aoula qui s'en prennent plein la figure et vous pouvez vous permettre d'écrire que ce jugement "n'est pas scandaleux", s'agissant du procès de Tripoli contre les 3 quotidiens arabophones. Ces jugements sont aussi scandaleux que nous sommes impuissants devant l'évolution de notre pays. La liberté de la presse est tout. Nous n'avons plus d'éthique, de code de conduite. La violence prime déjà. C'est dommage, grave et dramatique. JamalAmar Réponse : Il faut lire les éditos jusqu’au bout. Ces jugements zélés ne sont pas scandaleux au regard de la loi. C’est la loi qui permet de tels jugements, qui est scandaleuse. Et c’est pour ça que nous demandons sa réforme et un nouveau « code de conduite ». Actualités8 Ces enfants rieurs vont bientôt courir sous les balles. Et la petite blonde périra dans un attentat... avant la fin du film. Cette fiction sur la guerre d’Algérie vient d’être tournée à Casa par la réalis- trice Nicole Garcia avec Jean Dujardin et Sandrine Kiberlain . ■ Roses et pimpantes comme des majorettes, ce sont les tambouri- neuses de la fanfare de Taglaoui qui ouvraient le festival du Zawaj à Derb Sultan. On y a marié gratuitement douze couples issus de familles défavorisées de ce quartier populaire de Casablanca. ■ On s’est beaucoup serré la main à la Villa des Arts le 30 juin pour CasaArt. Mais sans effusions excessives entre l’ex-président de la CGEM Moulay Hafid El Alami et l’actuel président Mohamed Ho- rani qui conversent sous l’oeil attendri de l’épouse de ce dernier. ■ Tournage à Casablanca Des rires avant le drame Défilé au pas cadencé Les mariées étaient en rose CGEM story Il ne manque que les sous-titres S Grille-neurones Non, contrairement aux vidéos qui circulent sur le net, le GSM ne peut pas faire sauter du pop corn. C’est en réalité un buzz lancé par une compagnie d’assurance sur youtube.com: mot clés (phone+pop corn). VU SUR LA TOILE actuel / Semaine du 11 au 17 juillet 2009 Cette chaise roulante a été développée par le constructeur japonais et le labo de recherche Riken. La particularité de ce prototype? Il obéit aux ondes cérébrales de son «pilote», le chercheur Choi Kyuwan. Ce véhicule est destiné aux graves handicapés moteurs. ■ X-man C’est le dernier modèle de Toyota S Humour ramadanien «Pétition pour décaler le Ramadan en la mémoire de M. Jackson.» C’est l’idée d’un groupe facebook qui réunit les fans du défunt roi de la pop. Son créateur estime que «dans 12 ans, le Ramadan de 1442 se téléscopera avec celui de 1441, à force de reculer». BrahimTaougar/actuel BrahimTaougar/actuelYoshikazuTsuno/AFP AicPress 9Actualités / LA SEMAINE EN IMAGES Toujours à la Villa des Arts le 30 juin, l’ambiance est plus chaleu- reuse entre Noureddine Ayouch, le pacha de Shem’s et Hassan El Fad, qui est en train de mettre à l’épreuve son légendaire sens de l’humour pendant ce très long smack. ■ Réunie autour de la rédactrice en chef Soundouss El Kasri, l’équipe du quotidien gratuit peut savourer ses derniers chiffres de diffu- sion: 33365 exemplaires certifiés. Selon aufait, les 2/3 de ses lec- teurs ne lisaient jamais de quotidiens avant de les découvrir. ■ Accueillis en famille et en fanfare par des jeunes flamands, ces fringants sexagénaires à vélo viennent de relier le plat pays à la corniche de Casablanca en 21 jours. Objectif de ces cyclistes belges pas dopés: remettre un chèque à une ONG de Dar Bouazza. ■ Big bisous Il ne leur manque que la parole +116% en 5 mois «aufait» fête ses performances Malines-Casa 3000 km sur une selle Porteurs du virus H1N1? Nouveau look? Message politique? Ces deux jeunes festivaliers de Timitar ne sont en tout cas pas passés inaperçus dans la foule qui assistait au concert de Bilal (voir aussi notre article page 58). ■ Bal masqué Transe hygiénique à Agadir S Konnichiwa Bleach, Naruto, Death note ou One Pièce, vous l’avez sans doute deviné, il s’agit de mangas! Si vous raffolez de ces BD japonaises, voici une bonne adresse: www.anime-story.com actuel / Semaine du 11 au 17 juillet 2009 S Musique équitable Vous voulez soutenir des jeunes artistes? Une seule adresse: fairtrade music. L’écoute est libre et gratuite, et les artistes touchent 100% des bénéfices de vos achats ! www.fairtrade-music.com BrahimTaouguar/actuel BrahimTaouguar/actuel BrahimTaouguar/actuel PhilpipeSerieyspouractuel Actualités10 actuel / Semaine du 11 au 17 juillet 2009 Lesdonnéesperson- nellessousprotection ● LES FAITS Alors que le décret d’application de la loi 09-08 sur la protection des données personnelles vient d’être publié au Bulletin Officiel, un séminaire était organisé le 7 juillet pour présenter et débattre de ses applications. Il était coprésidé par le ministre Ahmed Reda Chami et le sénateur français Alex Türk, président de la CNIL, chargée de veiller à la pro- tection des données. Son équivalent au Maroc, la CNDP (Commission nationale de contrôle des données à caractère personnel) devrait être créée à la rentrée. ● LE COMMENTAIRE Le but de la CNDP, selon Alex Türk, serait de protéger «la liberté d’aller et venir et la liberté d’expression». Rien que ça. Il s’agit en effet d’empêcher l’utilisation abusive de données privées par des entreprises, des partis politiques ou même des organes gouvernementaux, qui auront deux ans pour se mettre en conformité. Cependant, Alex Türk prévient que pour pouvoir mener à bien sa mission, il faut que la CNDP soit «totalement indépendante, financièrement et politiquement, et que sa légitimité soit reconnue par tous». ● ET DEMAIN Quelle indépendance et quelle autorité seront reconnues à la Commission par les différents organes gouvernementaux? Telle est bien, précisément, la question. Il est ainsi difficile d’imaginer le tout- puissant ministère de l’Intérieur se plier aux consignes ou accepter des contrôles de la CNDP… Mais il est toujours permis d’espérer. A.C ● LES FAITS Nabil Benabdellah a été remercié de son poste d’ambassadeur du Maroc en Italie. Motif invoqué: une querelle ayant opposé son épouse à la femme du ministre des Affaires étrangères, Taïb Fassi-Fihri. Objet de la dispute, une place d’honneur réservée aux VIP devant assister à une cérémonie dans le cadre de la Biennale de Venise. ● LE COMMENTAIRE C’est parfois pour des motifs aussi absurdes que certains postes et fonctions se font et se défont au Maroc. Benabdellah dément évidemment tout lien entre sa «démission» et l’incident de la Biennale. Et ne dit mot du vif échange ayant opposé les deux femmes. Mais il ne fournit aucune autre justification. En attendant, nous sommes rappelés à une triste réalité: la gestion de la chose diplomatique continue d’être une affaire non pas de stratégie, mais d’hommes. Si elle s’est modernisée ces dernières années, la diplomatie marocaine pâtit toujours des visions personnelles de ceux qui la font (et parfois la défont). Faut-il s’en étonner alors que le titre même d’ambassadeur est parfois accordé tantôt pour mettre au placard quelque importun, tantôt pour récompenser tel bon serviteur de l’État. ● ET DEMAIN Alors que l’action diplomatique marocaine est sollicitée sur de nombreux fronts – de l’affaire du Sahara à la place du Maroc dans le monde, en passant par le conflit au Proche-Orient –, peut-on se permettre le luxe de tels écarts? La réponse est toute trouvée. T.Q ● LES FAITS En venant à bout d’Andy Roddick en finale de Wimbledon, Federer entre définitivement dans la légende. Quinze titres du Grand Chelem à ce jour. Un soulagement avant tout. ● LE COMMENTAIRE Il est inclassable. C’est pourtant la classe personnalisée, dont aucun autre avant lui n’a su faire preuve. Son mental a du cœur, et son style de jeu magnifie le mot élégance. Ses quinze titres, enfin, illustrent sa légende. Federer est désormais le champion des champions, tous sports confondus. La culture de la gagne, les défis qu’il s’impose inlassablement lui donnent des ailes. Les blessures de Nadal lui ont certes ouvert la voie mais ne remettent nullement en cause ses records. Roddick a offert son meilleur tennis, en vain. Sous les regards de Rod Laver, Pete Sampras et Björn Borg, Federer est devenu le plus grand tennisman de tous les temps. Unique. ● ET DEMAIN C’est un tout autre Roger qui se présentera désormais sur les courts. Un joueur qui n’a plus rien à prouver. Avant cette nouvelle finale de Wimbledon, il jouait non seulement contre ses adversaires mais aussi contre les légendes d’antan, dont Sampras et ses 14 majeurs sur surface rapide. Roger ne jouera pas en mode gala, en grand professionnel qu’il est, mais en mode plaisir. Désinhibé. La place de numéro 1 mondial sera en jeu dès l’US Open. Rafa, le tennisman boxeur, n’a sûrement pas dit son dernier mot. Ça tombe bien, Federer non plus... S.L. ▲ RogerFedererentre danslalégende ▲ Nabil Benabdellah remercié MAP GlynKirk/AFP ▲ AICPRESS 11Actualités / DÉCRYPTAGE actuel / Semaine du 11 au 17 juillet 2009 ▲ Meditel:pourquoi TelefonicaquitteleMaroc ChaâbiversusAzoulay: Essaouiramonamour ▲ Lesoulémasdonnent leurfeuvertpourleHaj ▲ ● LES FAITS Le Conseil des oulémas a tranché dimanche 5 juillet. Les quelque 300000 pèlerins marocains iront bien accomplir les rituels du Haj au mois de novembre prochain. Avec cette déclaration, le Conseil met fin aux rumeurs sur l’annulation de la cérémonie à cause des risques de pandémie de grippe A-H1N1. ● LE COMMENTAIRE Plus de 3 millions de pèlerins prendront part aux rituels du Haj dans un cadre où la promiscuité est la règle. De plus, les pèlerins afflueront forcément de pays où la grippe A-H1N1 a été détectée. Au Maghreb, seule la Tunisie a décidé de suspendre la Omra et ne donne pas encore un feu vert définitif pour le Haj. Dans le monde, les autorités sanitaires ont déjà interdit des rassemblements religieux pour éviter la propagation du virus. Au Mexique, foyer de la maladie, les responsables catholiques ont accepté, sans trop de résistance, de ne pas célébrer les messes dominicales. Prend-on des risques en autorisant le Haj cette année? Tout dépendra de la situation épidémiologique en novembre. ● ET DEMAIN À l’écriture de ces lignes mercredi 8 juillet, une nouvelle souche de grippe contenant des fragments de A-H1N1 a été découverte au Canada. Le nouveau virus est sans grand danger, mais rien ne garantit que d’ici à novembre une nouvelle souche plus virulente de la grippe porcine ne fasse son apparition. Les scientifiques de l’OMS craignent en effet une nouvelle mutation du A-H1N1. Et si jamais le virus se propageait au cours du pèlerinage… Z.C ● LES FAITS Le torchon brûle désormais entre Miloud Chaâbi et André Azoulay. Objet de la discorde, un article publié le 2 juillet dernier par notre confrère «L’Economiste», signé Nadia Salah, qui tresse des lauriers à André Azoulay et casse du sucre sur le dos de la famille Chaâbi. ● LE COMMENTAIRE L’article, au titre particulièrement laudateur – «Il était une fois André Azoulay» –, rappelle «qu’avec très peu de moyens et beaucoup d’énergie et de dévouement, le conseiller a décidé que la ville et ses habitants devaient remonter la pente». Azoulay est présenté comme le véritable sauveur de la cité des alizés car «sans l’énergie du conseiller, on ne sait pas très bien ce que serait devenu l’endroit, sauf à servir de base électorale pour la famille Chaâbi». Cette phrase a provoqué l’ire du milliardaire qui a adressé une mise au point particulièrement salée au quotidien et à plusieurs organes de presse. Dans son droit de réponse, Miloud Chaâbi charge violemment le conseiller royal qu’il soupçonne d’être derrière ce papier. Il l’accuse notamment d’avoir fait des affaires juteuses à Essaouira et met en doute les chiffres avancés par l’association Mogador sur le nombre des visiteurs d’Essaouira au cours du dernier festival Gnaoua. ● ET DEMAIN Entre un Chaâbi qui menace de durcir le ton et un André Azoulay qui estime, quant à lui, avoir été diffamé dans le droit de réponse du milliardaire, l’été risque d’être particulièrement chaud. A.E.A. ● LES FAITS Une AGE doit se tenir dans les tous prochains jours pour clarifier les positions des actionnaires au capital de Meditel. En jeu, le retrait de l’Espagnol Telefonica et de Portugal Telecom (PT), actionnaires chacun à hauteur de 32,2%. ● LE COMMENTAIRE Le dossier Meditel relève-t-il d’une formidable partie de poker menteur? Nombre d’observateurs ne sont pas loin de l’affirmer, parmi lesquels certains y voient l’habileté de l’Espagnol pour mettre la pression et in fine imposer ses conditions. D’abord démenti, puis confirmé, le retrait des deux opérateurs ibériques pose question. Il sera toujours aisé d’habiller le départ de ces actionnaires par une réallocation d’actifs au bénéfice d’investissements plus stratégiques. Et de se féliciter de l’intérêt porté par des investisseurs du Moyen-Orient pour pallier le départ des Européens. Mais qui s’interrogera sur la position quasi monopolistique, en valeur 80% (!), de l’opérateur historique marocain qui – fort d’offres quasi prédatrices, sous l’œil bienveillant de l’autorité de tutelle – étouffe dans l’œuf toute velléité de libre concurrence? ● ET DEMAIN La libéralisation du secteur des télécoms impose outre la plus grande transparence, la mise en œuvre d’une concurrence loyale, sous l’égide de l’autorité publique. C’est là la mission de l’ANRT. Au regard de la situation qui prévaut encore au Maroc, avec l’une des minutes les plus chères du bassin méditerranéen, il n’est pas sûr que cette mission soit totalement achevée… H.L MeriamaMoutikpouractuel DR DR 12 Actualités / ÉTAT-MAJOR ’aucuns le croyaient au crépuscule de sa carrière après son long pas- sage, neuf ans durant, à la tête du département des Finances. Mais c’etait compter sans la longévité politique de Fathallah Oualalou. Après avoir échoué dans son ambition de prendre la tête d’un USFP dont il est l’une des figures les plus emblématiques, il revient vite à la charge. Cette fois, pour prendre la mai- rie de Rabat, une des rares villes au Maroc où la formation ittihadie a su sortir son épingle du jeu. Pari gagné. Ceci, à la faveur d’une coalition constituée contre son rival et maire sortant, Omar Bahraoui, et dont le meneur n’a été autre que le PJD. C’est donc avec le parti islamiste que l’an- cien président de l’UNEM, et universitaire S Après neuf ans au ministère des Finances et de nombreux mandats municipaux, Fathallah Oualalou prend la tête de Rabat. Passage obligé, une alliance contre-nature avec le PJD, décidée au nom de l’intérêt de la ville. au verbe bien trempé, devra composer. Ce sera le cas au bureau du Conseil de la ville, où la formation de Abdelilah Benkirane compte désormais trois vice-présidents, avec un certain Lahcen Daoudi comme deuxième vice-maire. Pour les meneurs de cette alliance contre- nature, c’est l’intérêt de la ville qui aura primé. Et pour la capitale, Oualalou voit grand. L’homme se définit d’abord comme un «amoureux de la ville» dont il veut faire «un modèle en matière de démocratie lo- cale», «une capitale digne du 21e siècle». Il compte en cela sur ses qualités propres: la rigueur et le strict respect des procédures, à la différence de son prédécesseur. Le temps est aux nuances... Il est également riche d’une grande expé- rience en gestion des affaires publiques. Entre autres fonctions, Fathallah Ouala- lou a été, à diverses reprises, conseiller municipal à Rabat et député de la capitale, quatre mandats durant (1977, 1984, 1993 et 1997). Autre corde à son arc, celle d’avoir géré un département des Finances aussi stratégique que sensible, avec le sens du consensus et un esprit fédérateur en pré- alables essentiels. Un passage pendant le- quel il a eu à gérer nombre d’oppositions, incarnées par le même PJD, notamment à l’occasion des débats parlementaires sur la loi de Finances. Aujourd’hui, le temps est aux nuances, «réhabilitation du politique» oblige. Mais combien de temps durera la lune de miel dont les deux formations se félicitent vivement? Les toutes prochaines semaines le diront. D’autant que le tout nouveau maire fixe le rayonnement cultu- rel et artistique de la ville comme l’une de ses principales priorités. Avec un PJD parti- culièrement à fleur de peau quand il s’agit d’organisation de festivals notamment, la tâche risque de ne pas être de tout repos. Tarik Qattab Lesgrandesespérances deFathallahOualalou Loin de craindre les différents courants qui traversent l’alliance qui l’a porté maire, des libéraux du PI aux islamistes du PJD en passant par les centristes du RNI et les imprévisibles du PAM, Oualalou parle plutôt d’un bloc «pour l’éthique». Il ne devra pas moins composer avec «une mauvaise équipe où les islamistes ont bonne place», comme l’a déclaré le maire sortant, Omar Bahraoui. Trois dirigeants du PJD, dont son secrétaire général S Les différences font l’union actuel / Semaine du 11 au 17 juillet 2009 AICPress Fathallah Oualalou, nouveau président du Conseil de la ville de Rabat. Lahcen Daoudi Driss Lachgar Réda Benkheldoune adjoint, Lahcen Daoudi, siègent en tant que vice- maires au bureau du Conseil de la ville. À ceux-là s’ajoutent deux membres du RNI et deux membres du PI. Sans oublier les deux membres du PAM qui se sont retirés récemment de ce parti au profit de la coalition des partis politiques de Rabat. Seul véritable allié, Driss Lachgar, membre du même USFP et 10e vice-maire. Comme pour légitimer cette composition, certains se plaisent à la comparer à celle du gouvernement de l’alternance. Et comme pour renvoyer l’ascenseur à la formation islamiste, c’est l’alliance USFP- PJD qui a porté Réda Benkheldoune, dirigeant au sein de la formation de Benkirane, à la tête de l’arrondissement Agdal-Ryad. ■ Actualités / POLITIQUE14 es Algériens vien- nent eux aussi de lancer leur Fonda- tion algéro-améri- caine pour la culture, l’éduca- tion, la science et la technologie (FAACEST), dont l’objectif est de «contribuer au renforcement des relations entre l’Algérie et les Etats-Unis et promouvoir l’image de l’Algérie aux Etats- Unis ». Composée de personna- lités algériennes résidant aux Etats-Unis, et à leur tête le doc- teur Elias Zerhouni qui a dirigé, de 2002 à 2008, l’Institut na- tional de la Santé (Etats-Unis), cette association est supervisée par un lobbyiste connu, l’avocat James Bailey. Une réponse au soutien massif des sénateurs américains au plan d’autonomie marocain. Alger tente de revoir sa stratégie de lobbying auprès de Washington, et a mis sur pied cette association qui a pour objec- tif principal d’approcher les députés américains des États du sud, liés à l’industrie pétrolière et gazière, afin de les convaincre de s’aligner sur la position algérienne. C’est Abdallah Baali, l’am- bassadeur algérien aux Etats-Unis qui a mis sur pied l’association en collaboration avec le cabinet de lobbying « Foley Hoag » qui conseille l’am- bassade sur le dossier du Sahara. ■ Sahara LobbyistesalgériensauxUSA ’idéologue en chef des salafistes vient de s’éteindre dans sa cellule de la prison Zaki de Salé (ci-dessus). Mohamed Amine Akalay qui est mort vendredi dernier d’une crise cardiaque, a été enterré le lendemain à Tanger au cours de funérailles auxquelles ont pris part des centaines d’islamistes qui ont fait le déplacement de toutes les régions du royaume. Pratiquement inconnu des médias, l’homme est pourtant le plus ancien prisonnier islamiste du Maroc puisqu’il avait été mis en prison en 1997, sur ordre de Driss Basri lui-même. Il avait été condamné à trois ans de prison pour « atteinte aux valeurs sa- crées ». Après les attentats du 16mai, il se retrouve encore une fois en prison pour trois ans supplémentaires. En mai 2008, il renoue avec la geôle après avoir été soupçonné d’avoir hébergé l’un des salafistes qui s’étaient enfuis de la prison de Kénitra au cours de ce même mois. ■ Islamistes Une grosse pointure s’en va SCommunales: le boycott des gauchos jugé C’est ce vendredi 10 juillet que le tribunal de première instance de Casablanca devait rendre son verdict dans l’affaire des sept militants du Parti d’Annahj Addimocrati (Voie démocratique) poursuivis pour avoir appelé au boycott des élections lors de la campagne électorale du scrutin du 12 juin. « Un crime » qui tombe sous le coup de l’article90 du Code électoral qui interdit de mener ouvertement campagne contre les élections. ■ S Fauxbillets: le Maroc aussi La police espagnole vient de démanteler un réseau de falsification de l’euro qui inondait l’Afrique de fausse monnaie. L’arrestation de 17 personnes et la perquisition de 24 ateliers disséminés en Espagne et en Bulgarie, ont permis de saisir un demi-million de faux billets de 100, 200 et 500 euros. Du côté marocain, Bank Al-Maghrib a fait état de 15.202 faux billets de banque marocains épinglés en 2008. Un chiffre en progression de 4% en comparaison avec 2007. Pour ce qui est des devises, on enregistre une hausse de près de 9% par rapport à 2008. Dans le lot, l’euro se taille la part du lion avec 64% du total des faux billets repérés en 2008. ■ [ INFOS EXPRESS ] SÉlections en Mauritanie : le grain de sel marocain La frontière du Maroc avec la Mauritanie a connu une affluence record dernièrement. Plusieurs centaines de Marocains des régions du Sud ont ainsi fait le déplacement afin de participer à la campagne électorale pour le scrutin présidentiel du 18 juillet. Ces Maroco- Mauritaniens, à la double nationalité, appartiennent à des tribus très influentes chez notre voisin du Sud. La campagne risque d’être animée en raison de l’entrée en jeu de trois nouveaux candidats, les ténors de l’opposition Ahmed Ould Daddah et Messoud Ould Boulkheir ainsi que l’ancien président (2005-2007), Ely Ould Mohamed Vall. [ TERRORISME ] L L actuel / Semaine du du 11 au 17 juillet 2009 JimWatson/AFP AbdelhakSenna/AFP Le docteur Elias Zerhouni va prendre la tête de la Fondation. DR
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