Actuel2 - Page 1 - «Oulad chlayda» Monfils ne veut pas parler arabe P. 46 PAM Chronique d’un pustch annoncé P. 39 actuelN° 2 - du 6 au 12 juin 2009 - 15 DH maroc 388 Uneamitiéà Pages16à21 Karim Wade Driss Benhima Maroc-Sénégal F ouad Ali El Himma peut prêter le flanc à de nombreuses critiques, mais l’âme du PAM a au moins une qualité indéniable : il n’inspire pas d’indifférence. C’est d’ailleurs l’essence de sa stratégie actuelle. Il occupe le terrain médiatique, provoque l’adversaire et surprend l’électeur par des déclarations iconoclastes. L’homme du sérail déstabilise les gouvernements. Le pivot du Makhzen s’improvise opposant opportuniste face à un premier ministre impopulaire. L’influent mais réservé ami du roi révèle, à mi-vie, des dons de bateleur populiste. La gesticulation n’est qu’appa- renteetlesréférencess’imposent. Celui qui fut l’un des fossoyeurs de Basri avant d’en occuper le fauteuil reproduit aujourd’hui les méthodes de tribalisme électoral archaïque du ministre de Hassan II. Spontanément, on songe aussi à Nicolas Sarkozy avec qui nous avons détaillé quelques points communs dans le numéro 1 d’actuel et dont il vient cette semaine d'illustrer à son paroxysme la stra- tégie de rupture. FAH va d’ailleurs encore plus loin que l'actuel locataire de l'Elysée (et ex ministre de l’intérieur de Jacques Chirac). En renonçant au gouvernement, il rejoint son autre mentor français, François Bayrou, l’inoxydable opposant qui s'est éloigné de sa famille politique pour se consacrer à sa carrière présidentielle. De Bayrou, il revendique le centrisme et benchmarke le symbole. L’un comme l’autre ont choisi de s’attacher à un tracteur, même si le premier est un authentique fils de paysan tandis que le second a surtout croisé des fellahs derrière les vitres teintées des Mercedes du Pa- lais. Le tracteur c’est surtout le symbole viril des faux modestes, un char d’assaut socialement acceptable. Là s’arrête la comparaison. Car si François Bayrou traverse un authentique désert – ses amis l’ont tous trahi pour des postes de ministres ou de députés – , c’est dans une caravane princière que FAH va fouler ses premières dunes avec ses 46 maroquins. Pendant sa cure d’opposition, il ne risque pas grand- chose et sûrement pas un soudain manque de respect. Peu d’hommes inspirent autant la crainte. On fantasme sur ses dossiers, réels ou supposés, les langues les plus volubiles semblent soudainement anesthésiées quand on évoque celui dont on craint le nom. Fouad Ali El Himma est un moqadem permanent dans nos têtes. On lui prête beaucoup d’influence. On ne prête qu’aux riches certes. Mais il faut avoir de sacrés moyens pour rester l’ami du Roi quand on devient l’ennemi de son Premier ministre. L’homme qui veut renouveler la politique prendprétexted’unehistoirede cuisine électorale pour rompre avec ses alliés. Pas très glorieux comme motif de rupture, un clash sur la constitution, la politique économique ou une réforme de société aurait été plus présentable. Mais le PAM se moque de ces détails. Son cynisme politique est authentiquement moderne. A la fois légitimiste et opposant, il embrigade les notables et va siéger aux côtés du PJD. «Pour ne pas leur laisser le monopole de l’opposition», susurrent ses affidés. FAH joue avec la politique. C’est amusant la politique. Sacré Fouad. En apparence, il gagne sur tous les tableaux. Rien ne semble pouvoir arrêter ce tracteur devenu bull- dozer. Sauf des bulletins de vote, peut-être… ■ 3Edito actuel / Semaine du 6 au 12 juin 2009 «On ne prête qu’aux riches certes. Mais il faut avoir de sacrés moyens pour rester l’ami du Roi quand on devient l’ennemi de son Premierministre. » Dutracteuraubulldozer actuel SDirectrice de la publication: Meriem Lahrizi. Conseillers de la rédaction: Henri Loizeau, Eric Le Braz, Driss Douad. Assistante de la rédaction: Meriem Zraidi REDACTION Chefs de services: POLITIQUE/ INTERNATIONAL : Abdellatif El azizi ÉCONOMIE : Mouna Kably CULTURE/TENDANCES : Géraldine Dulat SOCIÉTÉ : Bahaâ Trabelsi Rédacteurs: Amanda Chapon, Khadija El Hassani, Saïd Lahlou, Karim Moucharik Ont collaboré à ce numéro: Inès Asensi, Cyril Bonnel, Malika Guillemain-Loudifa, Nabil Melaki, Sofia Amara, André Lari Chroniqueurs: Narjis Rerhaye, Pierre Blanc-Sahnoun Correspondante: Tanger: Maud Ninauve Photographes: Brahim Taougar, Jorge Garcia, Doc Jivago, Mustapha Errami Crédit photo: AFP, MAP et AIC Press EDITION Secrétariat de rédaction: Annabelle Lhomme Directrice artistique: Fadoua Damiri Maquettiste : Achraf Semmah Conception graphique: Studio Baylaucq & Co Révision: Danielle Penot PUBLICITE Mouna Drissi DIRECTION ADMINISTRATIVE ET FINANCIERE Fouad Imadi IMPRIMERIE Idéale, Casablanca DISTRIBUTION Sochepress Imprimé au Maroc – Printed in Morocco. Tous droits réservés. Reproduction interdite sauf accord de l’éditeur. Tirage: 20 000 ex actuel est édité par Logique Presse. Directrice générale: Meriem Lahrizi. 155 Boulevard d’Anfa, 20050 Casablanca, Maroc Tel : 05 22 95 18 15 / 18 16 Télécopie : 05 22 95 18 14 Dépôt légal : en cours actuel Sommaire ÉCRIVEZ-NOUS À courrier@actuel.ma actuel / Semaine du 6 au 12 juin 2009 4 N°2 - DU 6 AU 12 JUIN 2009 06 16 43 58 64 Nadal terrassé par un Viking. Benhima: «On signe!» Casa-plage fashion. Le sacre de Lockwood à Fès. Un marathonien au grand cœur SActualités 06 LA SEMAINE EN PHOTO 08 DÉCRYPTAGE 10 ÉTAT-MAJOR | Jamal Mikou, TFZ ou l’esprit d’équipe 12 POLITIQUE | Pays-Bas cherche Marocains plus doux SDossier 16 RAM/ASI, les dessous d'un accord à 388 millions de DH SEconomie 26 INTERVIEW | Mohamed Horani «Les patrons doivent s'impliquer de façon continue!» 30 FRANCE | Pour les MRE, la crise est bien là! 34 STAR | Jorf Lasfar Energy Compagny: investir à bon escient 35 WARNING | Industrie de conserve de poisson: des milliers d’emplois menacés SMaroc 36 POLITIQUE | Journal de campagne électorale 39 POLITIQUE | PAM: chronique d’un pustch annoncé SSociété 40 REPORTAGE | La double vie du parc de la Ligue arabe 42 L'HISTOIRE | Les cris de Nora 43 L'AIR DU TEMPS | Baignades bâchées 45 RÉGIONS | Plan Azur: Saïdia ouvre le bal 46 VIE PRIVÉE | L’arabe des «oulidates chlayda» 48 ARRÊT SUR IMAGE | Maroc SMonde 50 ARRÊT SUR IMAGE | Monde 52 LIBAN | Portrait d'un rénégat 54 SPORT | Le mercato des Marocains 56 CHRONIQUES DES DEUX RIVES SCulture 58 FESTIVAL | Un lundi de Fès 60 FESTIVAL | Le tremplin toujours dans le Mouv 61 INTERVIEW | Yann Arthus-Bertrand: «Tout journaliste non engagé est un con!» 62 LES CHOIX DE LA SEMAINE STendances 64 TÊTE-À-TÊTE | Lahcen Ahansal, du souffle et du cœur 68 VOYAGE | Berlin, 20 ans de renaissance 70 BIEN-ÊTRE | J’ai testé le yoga bikram 72 VOITURE | Lancia Delta, l'androgyne 74 DÉCO | Les somptueuses villas d’Es Saadi 78 SHOPPING | Tenues de festival 80 PEOPLE | Les sept péchés de Saadia Ladib 82 PORTRAIT | Mohamed Allal Sinaceur, génération Ben Barka Le programme d’Horani 26 Actualités6 Les municipales ? Une campagne qui passionne ! A une semaine du scrutin, voici à quoi ressemblait les panneaux électoraux du boulevard d’Anfa à Casa. Une chaude ambiance et des incitations à voter qui devraient booster le taux de participation ■ Après les grands couturiers, c’est la rue parisienne branchée qui commence à briser un tabou. Le collectif «Hommes en jupes» or- ganise des soirées et des sorties. Ces mâles revendiquent l'égalité vestimentaire avec les femmes. Nous c’est fait, on a la djellabah. ■ «Ce n’est pas son jeu qui m’a surpris, c’est plutôt le mien. Je n’ai pas joué mon meilleur tennis, je n’ai même pas joué mon tennis du tout». Ainsi parlait un Rafael Nadal fracassé après son élimi- nation en huitième par le Suédois Robin Soderling. , . ■ J-8 Election, morne plaine Street wear Les hommes osent les jupes Rolland-Garros Nadal : nada S Bing ! Microsoft a repensé son mo- teur de recherche MSN Live et l’a mis en ligne lundi. 72% des utilisateurs estimaient que les résultats de recherche étaient trop désorganisés. www.bing.com VU SUR LA TOILE actuel / Semaine du 6 au 12 juin 2009 Pour sa première visite en Arabie Saoudite, et avant sn discours du Caire, Barack Obama a reçu l’ordre du mérite des mains du roi Abdallah. Il a aussi été accueilli par un nouvel enregistrement de Ben Laden sur Al Jazira. ■ Décoration Barack Hussein chez Abdallah S Ibn Kafra winner Trophée « Maroc Blog Awards » du meilleur blog politique en 2009. Ce blog très riche analysefinement l’actu politique chaque jour. ibnkafkasobiterdicta. www.wordpress.com BrahimTaougart/actuel AFP DR AFP 7Actualités / LA SEMAINE EN IMAGES Encore un homme en jupe et qui tournoie lui ! Mais juste le temps d’une performance pour le vernissage de l’exposition Passerelle VII «Lisières et débordements». Quant à la jupe elle reste en sus- pension jusqu’à la fin de l’expo le 15 juillet. ■ Et de neuf ! Le Raja a décroché un nouveau titre de champion du Maroc en allant battre à domicile les relégués de Mohame- dia (0-1). Mouhssine Mitouali peut exulter à califourchon sur la tranversale. ■ Juste après le coup d’envoi le mercredi 27 mai du Forum de Fès sur l’Union pour la Méditerranée, on les a bien cherchés ces 400per- sonnalités des deux rives qui étaient censées ressuciter le projet Sarkozy. Apparemment, le sujet ne passionne pas grand monde. ■ Villa des Arts de Casa Une performance tourbillonnante Championnat GNF1 Rajaoui hta el mout ! Union pour la Méditerrannée Politique de la Fès vide Lycée Chaouki à Casablanca, le 2 mai à 14 h. Juste avant l’épreuve d’anglais du baccalauréat marocain. Les lycéens révisent leurs classiques. Where is Brian ? Moins d’un jeune Marocain sur deux obtient son bac (voir aussi page 44). ■ Bac Le stress avant l’épreuve S Sweet home C’est le premier film «com- pensé carbone»: pour toutes les émissions de CO2 engen- drées par le film sont com- pensés. En ligne le 5 juin. Un mois plus tard au cinémas. www.home-2009.com actuel / Semaine du 6 au 12 juin 2009 S Tor passe à travers Tor est un logiciel qui améliore sécurité comme intimité et contourne les restrictions. Idéal si votre fournisseur bloque l’accès à un site web. www.torproject.org BrahimTaougar/actuel BrahimTaougar/actuel DR DocJivgopouractuel Actualités8 actuel / Semaine du 6 au 12 juin 2009 AF447nerépondplus ● LES FAITS Dans la nuit du lundi 1er juin, un Airbus A330-200 de la compagnie Air France, disparaît en plein océan Atlantique. À son bord, effectuant le trajet Rio-Paris, 216 passagers dont trois marocains (photo) et 12 membres d'équipage. Bientôt il faut se rendre à l’évidence: il n’y a plus aucun espoir pour le vol AF447. Le lendemain, les premiers débris sont localisés. ● LE COMMENTAIRE Les circonstances de l’accident (un acte terroriste est en effet déclaré «peu probable»), sont difficiles à déterminer. À 4 heures du matin, après être entré dans une zone de turbulences, l’appareil a envoyé des messages automatiques pour an- noncer, selon Air France, un «cer- tain nombre de défaillances, notam- ment une panne électrique.» Puis, plus rien. L’avion a-t-il été foudroyé? Certes, la zone de convergence intertropicale appelée aussi «pot au noir » est connue pour ses tempêtes violentes qui sont «évitées comme la peste par les pilotes», nous dit Ahmed Khatiri, pilote de la RAM. Mais il ajoute que «ce sont les fortes turbulences, pouvant briser un ap- pareil, qui sont le plus à craindre; la foudre, elle, n’est pas dramatique». Pour le moment, la thèse privilégiée est celle d’un concours de circons- tances malheureux. ● ET DEMAIN Avec une boîte noire qui repose probablement à plus de 4000m de profondeur, le mystère ne sera peut- être jamais complètement levé sur ce drame qui a marqué les esprits du monde et du Maroc. Un drame pourtant sans commune mesure avec les 4000 personnes mortes sur nos routes en 2008... ■ A.C. ● LES FAITS Tout le microcosme politico média- tique bruissait, voici quelques jours, de bruits de couloir sur l’imminence du retour d'Al Jazeera à Rabat. ● LE COMMENTAIRE Contrairement à ce qui a été publié, il n’existe pas de pourparlers pour la réouverture du bureau d’Al Jazeera à Rabat. En fait, le secrétaire général du ministère de la Communication avait bien reçu les responsables d’Al Jazeera, Aymane Jadallah, Youssef Chouli et Abdelkader Kharoubi, le 26 mai dernier, mais il s’agissait de débloquer la situation des deux correspondants de la chaine à Rabat, Anas Ben Saleh et Mohamed Bakkali dont l’accréditation n’a pas été renouvelée pour 2009. Au menu également, l’utilisation d’une liaison Internet pour la transmis- sion d’images sans autorisation de l’Agence Nationale de Réglemen- tation des Télécommunication et le tournage de documentaires sans feu vert du ministère de la Commu- nication. Tels l’émission «Témoin du siècle» où Ahmed Manssour avait interviewé deux ex-détenus de Tazmamart, Ahmed Marzouki et l’ex pilote Salah Hachad. Les autorités marocaines avaient interdit en mai 2008, la diffusion, depuis Rabat, du journal d’informations maghrébines. Officiellement «pour non-conformité avec les règles de la Haute autorité de la communication audiovisuelle au Maroc». ● ET DEMAIN Il suffirait, semble-t-il, que la chaîne qatarie revienne à de meilleurs sentiments vis-à-vis, essentiellement, du dossier du Sahara pour que Rabat revoie sa position et que les choses se débloquent pour Al Jazeera. ■ A.E.A ● LES FAITS Lors du salon du Bourget prévu du 15 au 20 juin, l’ONDA veut mettre en avant la spécificité de son offre: des locaux Ready to output, des unités de services prêtes à l’emploi et la possibilité de démarrer la production en 24 heures, en plus d’une série de prestations de base. ● LE COMMENTAIRE La participation marocaine a opté cette année pour un stand commun au salon du Bourget pour améliorer sa visibilité. Toutefois, l’ONDA veut se démarquer en mettant en avant les atouts compétitifs de l’Aéropole de Casablanca. Première zone spécialisée dans l’aéronautique au Maroc, elle propose une première tranche de 147 hectares commercia- lisée à 70%. Une deuxième tranche de 30 hectares sera lancée début en 2010 avant d’enchaîner avec une troisième tranche de 280 hectares, selon l’évolution de la demande. ● ET DEMAIN Sous l’effet de la crise qui sévit en Europe, sous-traitants et donneurs d’ordres, en quête d’optimisation de coûts, auront sans doute à arbitrer entre la Tunisie et le Maroc. Le Maroc raflera-t-il la mise? En jouant sur la complémentarité des zones de Casablanca et Tanger, il augmentera certainement ses chances. ■ M.K. ▲ SalonduBourget: l'ONDAaffûte sesarmes ▲ ALJazeera:pas deretouràRabat DR BrahimTaougar/actuel AFP ▲ 9Actualités / DÉCRYPTAGE actuel / Semaine du 6 au 12 juin 2009 ▲ CDGCapitalchange delook Leprotectionnisme enquestion ▲ Lecanularhistorique ▲● LES FAITS La lettre d’Edmond Amran El Maleh, «Le héros démasqué» datant de mai 2009 et concernant la photo en pre- mière page de l’ex-agent du Mossad, David Littman présenté comme un héros dans une série «point d’his- toire» au journal «Le soir». Edmond Amran El Maleh s’indigne que «Le soir» ait accordé une longue inter- view dans laquelle David Littman s’est vanté du travail humanitaire qu’il a accompli au Maroc il y a près d’un demi siècle, alors qu’en réalité c’était un «trafiquant d’enfants et d’esclaves» qui devrait être jugé pour son «action criminelle». ● LE COMMENTAIRE Au delà de l’indignation d’un écrivain de renom, de ses envolées lyriques, de sa verve de militant et de son attachement viscéral à son pays, le texte d’Edmond Amran El Maleh nous rappelle à quel point il est facile d’usurper l’histoire, et de créer de toute pièce des héros. Et il est clair que la participation abusive de la presse aux impostures ne peut que provoquer colère et ressentiment. Les relectures du passé sont censées servir à avancer un peu comme une thérapie collective qui guérirait les blessures. Si la rigueur n’est pas de mise, on remue la boue inutilement. ● ET DEMAIN Des années de plomb aux départs des juifs marocains arrachés «à un enracinement millénaire», en passant par la période obscure du protectorat, nous n’avons pas le droit de falsifier sciemment ou pas la vé- rité. Il est vrai que l’histoire peut être écrite et lue de mille et une façons, mais dans l’urgence de notre restruc- turation, et de nos élans à venir, nous nous devons de délivrer l’information avec vigilance et rigueur. ■ B.T. ● LES FAITS Pascal Lamy, le directeur général de l’Organisation mondiale du com- merce (OMC), met en garde les États contre toute montée du protection- nisme. Une démarche à laquelle se laisserait aller nombre de membres de l’OMC pour tenter d’enrayer les effets de la crise mondiale dans leur propre pays. ● LE COMMENTAIRE Pour beaucoup d’observateurs, les effets de la crise actuelle n’en seraient qu’à leurs prémices. Les frémissements, observés ici ou là, apparaissent trop fragiles pour espérer une amélioration sensible de la situation. Singulièrement en terme d’emploi, que tous les pays voient se dégrader. La tentative de repli sur soi, légitime aux yeux de ceux qui ont le plus à souffrir des effets induits de la crise, est assuré- ment mauvaise conseillère. La voix de Pascal Lamy peut-elle être en- tendue? Récemment reconduit à la tête de l’OMC, l’ancien commissaire européen, a l’oreille des grands de ce monde. Mais il concède que le «stress test» du système multilaté- ral reste à venir. ● ET DEMAIN La conclusion du Cycle de Doha, engagé en 2001, serait la bienvenue. Sauf qu’après les États-Unis, et la mise en place d’une nouvelle administration qui n’a pas encore trouvé ses marques, c’est l’Inde qui, au lendemain de ses élections, demande encore à réfléchir. Les confrontations nord- sud sur les dossiers agricoles et industriels ont encore de beaux jours devant elles.■ H.L. ● LES FAITS CDG Capital adopte une nouvelle architecture de marque et unifie l’identité visuelle de ses quatre filiales. Celles-ci portent désormais le même nom de référence CDG Capital. ● LE COMMENTAIRE C’est d’un revirement stratégique qu’il s’agit. Jusque-là, CDG Ca- pital a souffert d’un problème de positionnement, voire d’un déficit d’image par rapport à ses concur- rents directs. À travers sa nouvelle architecture, le groupe ambitionne d’améliorer la visibilité de ses filiales spécialisées, tout en structurant son offre globale. Des synergies réci- proques pourraient ainsi améliorer sa force de frappe sur le marché. Le groupe CDG, bras financier de l’État, rectifie donc le tir, 3 ans après la création de son pôle banque d’affaires. Sans doute aurait-il fallu adopter cette stratégie unifiée dès 2006 en s’appuyant sur la noto- riété de la marque mère. À défaut, CDG Capital a véhiculé une image incohérente où chacune des filiales conservait une dénomination propre. Désormais, Safabourse devient CDG Capital Bourse, CD2G se transforme en CDG Capital Gestion, Accès Capi- tal Atlantique en CDG Capital Private Equity et Miriad Gestion en CDG Capital Real Estate. ● ET DEMAIN Bien qu’il paraisse anodin, l’enjeu de cette opération est de taille, dans un contexte de contraction des marges et de concurrence exacer- bée. L’arrimage des filiales autour d’une marque forte comme CDG Capital devrait mobiliser les équipes, rassurer la clientèle et doper assez rapidement les résultats. ■ M.K. AFP DR BrahimTaougar Actualités / ÉTAT-MAJOR10 actuel / Semaine du 6 au 12 juin 2009 e directeur général Tanger Free Zone travaille en équipe avec un bras droit et une véritable dream team. Vous lui deman- dez un portrait de lui, il vous tend une photo de groupe. Vous voulez connaître ses plus proches collaborateurs, il vous présente toute son équipe. Jamal Mikou n’est pas un altruiste compulsif, mais un pragma- tique. « Nous devons tous être très proches car nous devons être hyper réactifs, et sans esprit d’équipe, le bateau coule », assure-t-il. Il est vrai que la vague fut énorme : à peine arrivé en 2003, le nouveau patron inaugure la TFZ avec le Premier ministre, accueille des centaines d’investisseurs étrangers et travaille désormais main dans la main S Patron à l’écoute de son staff, le directeur de la zone franche de Tanger sait soigner ses méthodes de management. Portrait d’un dirigeant ancré dans la modernité. avec TMSA Tanger-Med. Jamal Mikou choie donc ses ouailles : vu le travail, personne n’est de trop dans son équipe de quinze personnes. « Avant, celui qui avait l’infor- mation avait le pouvoir. Aujourd’hui, c’est celui qui sait régler les problèmes. Alors il faut savoir écouter. » Tout le monde doit être entendu ? On laisserait presque un C.V. Mais peut-il être aussi attentif et ac- cessible à tout son staff ? «S’il n’est pas joignable, c’est que son por- table et son BlackBerry n’ont plus de batte- rie », assure son plus proche collaborateur Omar Chaib. Plus concretement, Jamal Mikou a imposé un label éthique au sein de l’équipe, le « label social » de la CGEM : deux réunions par an, sorte de team building intra-muros, pour parler droit du travail, de l’ambiance, du danger de la corruption, etc. « Une question de respect », promet- t-il. Une question de communication aussi. C’était son domaine au siège de l’ONA. Partisan de la méritocratie. À Tanger, Jamal Mikou n’a embauché aucun «dircom». Il maîtrise le discours : « La crise a du bon. Pendant des années, beaucoup de gens ont gagné de l’argent facilement et à la télé, c’est le fric qui fait la vedette. Au- jourd’hui, on réapprend le goût de l’effort ». Il vante alors la méritocratie et l’épanouis- sement personnel. Si certains sont forts en thème, Jamal Mikou l’est en relationnel. Il le dit lui-même. L’avantage, c’est le principe de la méthode Coué: à force d’entendre «confiance, respect, loyauté, compétence », on se dit qu’il y a quand même des mana- gers meilleurs que d’autres, l’inconvénient est qu’il faut savoir lire entre les lignes. ■ Maud Ninauve (correspondante à Tanger) JamalMikou TFZ,l’espritd’équipe TOUTE L’ÉQUIPE EN PHOTO. Pas de ja- loux. Les derniers arrivés: Mohamed Lar- bi Bahou, chargé de mission, Mouhcine Moutawakil, responsable d’exploitation et Taoufik Raissouni, ingénieur technique. Touria Mellak, secrétaire d’accueil, Sal- ma Gebari, assistante technique, Imame Agzenay, attachée commerciale et Najwa Bellaj, assistante de direction : jeunes et fidèles, c’est leur premier « vrai boulot ». Le noyau dur, la toute première équipe : Hanane El Mamoun devenue contrôleuse de gestion, Mehdi Raissouni, respon- sable technique, Mohamed Fikreddine, responsable administratif et financier, Jawad Houari, au service douane et son frère Khalid au service course. Said ah- med Zaidi est chauffeur depuis deux ans. A droite de Jamal Mikou, Omar Chaib, di- recteur commercial. ■ S Sa dream team LE POLITICIEN Abdellatif Achab «Avec la crise, on réapprend le goût de l’effort», souligne Jamal Mikou. Actualités12 ien ne va plus entre le gouvernement hollandais et les jeunes marocains. Les troubles à répétition dans des quar- tiers chauds du pays ont provoqué la colère des officiels néerlandais. «Le gouverne- ment en a assez des jeunes provocateurs maro- cano-néerlandais», écrit le Telegraaf à la une. «Le tabou qui reposait sur la désignation ex- plicite de ce groupe comme étant le plus grand facteur d’agitation dans les quartiers urbains a été définitivement brisé par les ministres Ter Horst (Intérieur) et Hirsch Ballin (Justice). Il ne faut plus tolérer le comportement irrespectueux des jeunes Marocano-Néerlandais, ont-ils fait valoir à la Deuxième Chambre, à la suite des troubles à Gouda. Il faut réagir non seulement aux faits délictueux, mais aussi à la nuisance des intimidations, des insultes ou des crachats. Personne ne doit rester impuni», rappelle le quotidien. Ce n’est pas la première fois que le torchon brûle entre les jeunes d’origine maro- caine et les autorités néerlandaises. En 2005, le gouvernement de ce pays avait tenté d’impo- ser à la communauté de choisir entre la natio- nalité d’origine ou la hollandaise. Sauf que le Maroc et les Pays-Bas n’étaient pas parvenus à un accord sur la question de la double natio- nalité que La Haye voulait supprimer pour la 3e génération d’immigrés. Sur cette question, le 25 mai, Ernst Hirsch Ballin, a été reçu par son homologue marocain, Abdelouahed Radi. Au cours de cette entrevue, qui s’est déroulée à Rabat, les deux responsables ont abordé plu- sieurs questions relatives à la double nationalité, mais aussi à la famille, à la protection des droits des enfants et à la lutte contre la criminalité. Sans avoir trouvé de réponse, bien entendu. ■ Pays Bas ChercheMarocainsplusdoux e procès pour dif- famation intenté par Kadhafi contre les trois journaux in- dépendants a été re- porté au 15 juin par le tribunal de pre- mière instance de Casablanca à la demande des avocats de la défense pour prépa- rer leurs plaidoiries. Al Massae, Al Jarida Al Oula et Al Ahdat Al Maghribiya sont poursuivis par l'ambassade de Libye au Maroc pour la publication récente d'articles portant, selon Tripoli, «at- teinte à la personne et à la dignité d'un chef d'État». «J'ai juste écrit une chronique intitulée Nous et le Maghreb, qui évoque l'absence de démocratie dans les pays maghrébins, y compris en Libye. Mais je crois que ce qui n’a pas plu aux Libyens, c’est que je parle de la prise de pouvoir par Kadhafi comme un putsch et non pas une révolution», nous a confié Ali Anouzla, le directeur du quotidien Al Jarida Oula. Procès Kadhafi n’aime pas la critique SAffaireBelliraj: peine de mort pour le cerveau Le 1er juin dernier, le tribunal de Salé à condamné Abdelkader Belliraj (photo AFP), accusé principal dans le réseau terroriste du même nom démantelé en février 2008, à la peine capitale. Mustapha Moatassim, le patron du parti islamiste Al Badil Alhadari et Mohamed Marouani du Mouvement pour la Nation, ont eux écopé de la perpétuité. Pour Abdelhafid Sriti, correspondant de la chaîne libanaise Al Manar, et de Maa Al Ainine Laabadla, membre du conseil national du PJD, la sentence est de 25 ans de prison ferme. SCommunales: alliance du croissant et de la faucille Une fois n’est pas coutume, Achabiba Islamiya s’est alignée sur le parti d’extrême gauche Annahj Addimocrati pour appeler au boycott du scrutin du 12 juin. Dans un communiqué signé par son secrétaire général, Hassan Bakir, Achabiba Islamiya demande aux Marocains de boycotter les élections communales, puisque les candidats des partis politiques «n’ont ni la morale, ni le comportement du bon croyant».■ [ INFOS EXPRESS ] s Guerre d’écoutes Les services secrets algériens ont fait appel à la société algérienne des télécommunications par satellite pour la mise en place d’un service de «repérage des espaces, la surveillance des bases et des complexes mobiles et le maintien d’une liaison permanente», dans des régions comme le Sahara, les régions frontalières, et en haute mer. Si ce service est proposé aux sociétés pétrolières du Sud et aux entreprises de transport aérien et maritime, il concerne particulièrement l’armée et les services sécuritaires qui veulent avoir un œil sur les frontières avec le royaume et suivre de près ce qui se passe au niveau du Sahara sous contrôle marocain. [ SAHARA ] R L actuel / Semaine du 6 au 12 juin 2009 190 journalistes étrangers ont visité le Maroc entre mai 2008 et mai 2009. EmileKouton/AFP DominiqueFaget/AFP DR Guusje Ter Horst (à g.) et Ernst Hirsch Ballin. AFP Actualités / POLITIQUE14 SConfidentiel Dangereuses connexions Les services de sécurité prennent très au sérieux les nouvelles menaces que fait peser indirectement sur le Maroc la mutation de la branche d’Al Qaïda au Maghreb. En effet, un rapport confidentiel concocté par les services algériens chargés de la lutte antiterroriste s’attarde longuement sur «une dangereuse mutation de l’ex Gspc, devenu Al Qaïda dans les pays islamique, vers l’option d’une guérilla urbaine». Selon ce document, l’organisation terroriste serait en train de préparer sa reconversion totale dans le crime organisé financé par les barons de la drogue locaux qui ont des connexions avec ceux du Rif. ■ SSkhirat Diner diplomatique Le cercle des diplomates de Rabat a organisé un dîner le week-end dernier à Skhirat, avec les épouses des ambassadeurs accrédités au Maroc, en présence de la princesse Lalla Asmaa. La soirée, qui s’est déroulée au Centre International de Conférences Mohammed VI a pour objectif de financer plusieurs projets d'associations marocaines travaillant dans le domaine de l'éducation, de la santé et de la promotion de la femme rurale. ■ SDiffamation Abdelmounaïm Dilami condamné Abdelmounaïm Dilami, le patron du quotidien marocain Assabah a été définitivement condamné par la justice française pour diffamation envers un journaliste de la chaîne publique France 3. L’affaire remonte au 4 novembre 2007, quand Assabah a publié un article intitulé « Les services de renseignements algériens disposent du dossier Ben Barka ». Dans cet article, Assabah affirmait que Joseph Tual était « le pivot dans l’appareil des renseignements algériens car il ne cache pas son hostilité à l’égard du Maroc ». Un propos jugé diffamant par le tribunal correctionnel de Paris. ■ SDisparition Le dossier Ben Barka s’enfonce C’est un témoin clé de l’affaire Ben Barka qui vient de passer l’arme à gauche. L’agent secret français, Marcel Le Roy dit Finville, mis en cause dans l'affaire de la disparition à Paris de l'opposant marocain Mehdi Ben Barka et qui est décédé vendredi à l'âge de 89 ans, avait dirigé l'un des organismes les plus secrets du Service de documentation extérieure et de contre- espionnage (Sdece). Mis en cause dans l'enlèvement de Mehdi Ben Barka, il a été suspendu de ses fonctions en janvier 1966. ■ [ INFOS EXPRESS ] [ VERBATIM ] «LePartiauthenticitéetmodernité s’assignepourmissionderompre aveclespratiquesantérieures, decontribueràlareconstitution dupaysagepolitiquenationalet defairedelapolitiqueautrement. Nousallonsmeneruneopposition selonuneapprochedifférente, uneoppositionconstructiveetforte deparsoncontenu,empreinte detransparenceetd'audace» FouadAliElHimma,membredubureaunationalduPAM. «Lefichagedesétrangers,lesquotas d’arrestations,lesprisonspour sans-papiers:lesméthodessont lesmêmesquelegouvernement deVichyutilisaitcontrelesJuifs» GeorgesGumpel,unjuiffrançaisquiahébergéunjeunesans- papiersmarocainpourévitersonexpulsion. «Lajustice,legouvernement etleministèredel’Intérieur ontdonnésatisfactionauPAM enluiaccordantledroitàlanon- applicationdel’article5duCode électoral,permettantainsi auxdéputésquil’ontrejoint deseportercandidatsalors quelamajoritédespartisyétaient hostiles.Cepartiaalorsannoncé sonpassagedansl’opposition.Cette pratiquerelèvedelamauvaisefoi.» AbbasElFassi,1er ministre,chefdupartidel’Istiqlal. «Lesprofssontobligésdefermer lesyeuxsurlesélèvessurpris enflagrantdélitdetricheaubac.» RachidRabiï,candidataubac. MAP actuel / Semaine du 6 au 12 juin 2009
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