actuel 122 - Page 1 - Actuel est un magazine hebdomadaire marocain francophone, appartenant au groupe « Logique Presse ». Des sujets très variés y sont abordés (économie, politique, société, culture...). Ce magazine généraliste se veut le porte-parole d'un Maroc moderne, dynam w w w . a c t u e l . m a actuelN° 122 - du 24 décembre 2011 au 6 janvier 2012 - 15 DH- 3 € المغرب Finance islamique Le Maroc fait sa révolution p.32 Pauvreté Vivre avec moins de 20 DH par jour p.44 30900 postes CV ! Gouvernement OBJECTIF VERT YasminaBaddou, EmirKusturica,HassanBensalah,KarimBoukhari, FrançoisCluzet,HamidChabat,JamalMikou,NoureddineetMelita...LESGENS peopleactuel RABAT ÀMARRAKECHONSELA PÈTE MDRAVECBENKI People Le cahier spécial du mois C’ est une histoire de fous. Les 800 habitants du douar de « Khadak Ri- hane » ne savent plus où ils habitent. Ce village du Rif est partagé par un ruisseau (d’où le nom) qui délimite deux communes : Bab Berred et Sahbet Malha. Depuis plus de quinze ans, les habitants du douar réclament l’électricité. Et les deux communes se défaussent et se renvoient l’une, l’autre, la balle. Personne ne veut payer et le douar qui ne dépend de personne reste à l’écart du monde. Car il n’y a pas que l’élec- tricité qui fait défaut ici. Il n’y a pas d’école non plus à Khadak Rihane. Les enfants doivent parcourir cinq kilomètres pour rejoindre le premier établissement. Sauf l’hiver quand la piste, construite par les habi- tants eux-mêmes, devient impraticable et que l’oued déborde à cause des pluies. Pour Abdellah Eljout, élu communal à Bab Berred et qui défend ces exclus, « les habitants ne demandent qu’une seule chose : être traités comme tous les douars voisins, c’est- à-dire, avoir le courant électrique, l’école pour les enfants, et une route praticable pour sortir de l’isolement ; ils se moquent de la géographie et encore plus de la logique administrative qui les exclut ». Comment en est-on arrivé là ? Si ce douar est enclavé, ce n’est pas par hasard. Tous ses habi- tants sont noirs, descendants d’esclaves de la région de Chefchaouen. On les a exilés ici, loin des regards... et aujourd’hui de la modernité. Cette histoire kafkaïenne est exemplaire. Voilà un douar, héritage honteux de notre passé es- clavagiste, soumis à un imbroglio administratif légué par le protectorat. Le Maroc utile et inutile trouve ici son expression la plus absurde. Mais de nombreuses zones de montagne subissent les mêmes discriminations. Dans ce qu’on ap- pelle les zones pastorales marocaines, le taux de mortalité maternelle avoisine les 270 décès pour mille accouchements : 30 fois plus qu’en 3Edito LedouardesNoirs actuel Europe ! Le Maroc des autoroutes et du TGV, le pays du Morocco Mall et des tapis rouges de Marrakech, le royaume du Casa Finance City et du Twin Center a la tête dans le futur et les pieds dans la fange. Quand nous vivons au XXIe siècle, d’autres croupissent au moyen-âge. Alors que nous nous enivrons de modernité, nous avons tendance à oublier cette pesanteur. Au regard de ce scandale permanent qui ne nous émeut pas plus qu’un documentaire animalier, la fré- nétique course aux maroquins que nous ont donné à voir les partis cette semaine apparaît d’autant plus pitoyable. Iln’yauraprobablementpas deministred’Aménagement duterritoiredanslepremier gouvernementBenkiraneet c’est dommage. Redessiner notre pays, pour redonner une chance à ceux qui ne vivent pas au même siècle que nous, devrait être une priorité transversale. Le ministre qui héritera du développement rural sait en tout cas le chantier qui l’attend. On peut déjà lui suggérer une première visite sur le terrain. Il lui faudra louer un 4x4 et pré- voir la journée. Il pourrait d’ailleurs partager les frais avec ses collègues en charge de l’Energie, de l’Education et de l’Equipement. Une visite au douar des Noirs serait une bonne introduc- tion pour mesurer l’ampleur de la tâche qui les attend et voir un résumé du pays que nous ne voulons plus. ■ Redessiner notre pays, pour redonner une chance à ceux qui ne vivent pas au même siècle que nous, devrait être une priorité transversale. actuel / Semaine du 24 décembre 2011 au 6 janvier 2012 actuel souhaite à ses lecteurs et annonceurs de très belles fêtes et une très heureuse année 2012, et vous donne rendez-vous le 7 janvier prochain. Sommaire écrivez-nous à courrier@actuel.ma actuel / Semaine du 24 décembre 2011 au 6 janvier 2012 4 n°122 - du 24 décembre 2011 au 6 janvier 2012 La dernière minute de suspense Le nouveau visage de la finance Qui veut aller loin ménage sa monture Dis-moi combien tu gagnes... 16 32 40 44 60 La ville des mille et un styles SActualités 06 nouvelle génération | Anouar Zine 08 la semaine en images 10 décryptage 14 dernière heure SDossier 16 gouvernement | ça coince et ça grince SEconomie 32 banques | Finance islamique, le Maroc fait sa révolution 34 banques | Najib Boulif : « Il est temps d’accueillir les enseignes islamiques ! » 38 bourse SPolitique 40 partis | Le PSU se positionne SSociété 44 niveau de vie | 20 dirhams par jour et par personne SMonde 48 egypte | La guerre qui oppose l’armée et le peuple 50 irak | La fracture communautaire s’aggrave 52 chronique des deux rives SCulture 54 portrait | Biyouna, née star 56 agenda STendances 58 voyage | Séville, la belle andalouse 60 auto | Fiat Doblò Famille à bord ! 62 nouveaux produits, nouveaux marchés 66 les choix de... | Preity Zinta, l’ange de Bollywood photo de couverture photomontage actuel actuel est édité par Logique Presse. SARL. Capital social : 15 millions DH. Directeur et éditeur : Henri Loizeau Directeur de la publication : Abdellatif El Azizi Directeur commercial : Moulay Ahmed Alami Directeur de la rédaction : Eric Le Braz Rédactrice en chef adjointe : Mouna Kably Assistante de la rédaction : Meriem Zraidi Tél. 05 22 95 18 15 / 16 05 29 00 20 02/ 30 03 Fax. 05 22 95 18 14 SRéDACTION Chefs de service : politique : Abdellatif El Azizi économie : Mouna Kably culture : Amira-Géhanne Khalfallah Rédacteurs : Yanis Bouhdou, Zakaria Choukrallah, Ali Hassan Eddehbi, Khadija El Hassani, Fatim Ezzahra El Hajji, Abdelhafid Marzak. Chroniqueurs : Fouad Benseddik, Pascal Boniface, Driss Jaydane. Correspondants : Cyril Bonnel (Paris), Gaëlle Lucas (Madrid), Maud Ninauve (Tanger), Salima Yacoubi Soussane (New York). Photographe : Brahim Taougar Ont collaboré à ce numéro : Mohamed Mouhim, Layal Rhanem, Inès Asensi, Hasna Belmekki, Zineb Ochfy, Aymen Elouadie. SéDITION Rédactrice en chef technique : Keiko Catala Secrétaire de rédaction : Ferdinand Demba Révision : Laila Lebbar Directrice artistique : Fadoua Damiri Maquettiste : Youssef El Moutassaddik, Conception graphique : Studio Baylaucq & Co. SPUBLICITé Tel : 05 22 36 77 02 / 79 01 Directeur commercial : Moulay Ahmed Alami ma.alami@actuel.ma Responsable commerciale : Ghizlane Malki g.malki@actuel.ma Chefs de publicité : Safaa Aqraou s.aqraou@actuel.ma Karima El Afi k.elafi@actuel.ma Assistante commerciale : commercial@actuel.ma IMPRIMERIE Idéale, Casablanca DISTRIBUTION Sochepress Imprimé au Maroc – Printed in Morocco. Tous droits réservés. Reproduction interdite sauf accord de l’éditeur. Tirage : 20 000 ex Sactuel 1, bd Abdellatif Benkaddour 20050 Casablanca, Maroc Dépôt légal : 2010PE0042/ Libéralsanscomplexe Anouar Zine SEntrepreneur à succès et politicien patient, à 33 ans, Anouar Zine est un jeune loup du parti du cheval doté d’une sagesse d’éléphant. est un vrai, un pur, un libéral qui n’a pas honte de l’être. Il a beau dire que son modèle, c’est l’UMP, il use d’une rhé- torique à l’américaine. Son discours de droite décomplexé n’est pas très à la mode et il ne milite pas dans le parti le plus trendy, mais ce jeune loup de l’Union constitutionnelle a de la suite dans les idées et des idées sur tout pour introduire une dose de libéralisme dans la santé, l’éducation ou le logement. Le libéralisme, ça s’apprend tout petit. Avec un père commercial chez Procter, le jeune Anouar Zine a l’ADN du capita- lisme dans le sang et un discours assorti : « Le libéralisme, c’est la même chance pour tout le monde au début. Mais après, la compétition est ouverte. Parmi mes amis d’enfance, certains sont en prison, certains sont pauvres, d’autres sont cadres ou en- trepreneurs. » Son enfance, il l’a passée à Mers Sultan, « au-dessus du bar Fifty-Fifty, où on mange la meilleure pâte à pizza au monde ». Il étudie le français en lisant Le Matin, L’Opi- nion ou Maroc Soir qu’il va chercher pour son père, et en apprenant par cœur les ré- pliques des films qui passent au cinéma Lynx où il rentrait gratuitement grâce à une voisine caissière. Ce n’est pas la mi- sère. Mais on ne roule pas non plus sur l’or chez les Zine. « On était six, il y avait du pain chaud mais on ne le mangeait jamais car il fallait finir le pain froid de la veille. » Ça rend ambitieux. Anouar fait du droit comme son frère, multiplie les petits bou- lots, travaille gratuitement comme jour- naliste chez Kifach pour apprendre le mé- tier, se forme au management, au marke- ting, à la com’ et aux sciences politiques à Strasbourg. Journaliste à L’Economiste, il vole rapidement de ses propres ailes, créant sa petite entreprise en 2001, à tout juste 23 ans. Dix ans plus tard, il est à la tête de Sawab Invest, un groupe de com- munication de huit sociétés, de l’agence conseil au cabinet de design, qui emploie une soixantaine de salariés. Voilà ce qui occupe 80% de son temps. Les 20% restants, il les consacre à la po- litique. Il adhère à l’UC en 2006. L’année suivante, il est tête de liste à Hay Hassani. Il aime « sincèrement » ce parti qui corres- pond à ses idées et qui laisse les jeunes aller au charbon. Entre les fondateurs contemporains de Maâti Bouabid et les nouveaux adhérents, il y a un fossé gé- nérationnel où peuvent s’engouffrer les ambitieux... qui ont la foi. Après quatorze ans d’opposition, il faut l’avoir : « On peut avoir l’impression que ce parti ne mène à rien. Quand on est carriériste et qu’on veut un poste à l’ONE, ce n’est pas le bon parti. Il ne reste que ceux qui y croient. » Prêt pour cinq nouvelles années d’opposition ? « Cinq ans, ce n’est pas sûr, il ne faut pas insulter l’avenir. On est en embuscade. » Traduisez : quand les lois organiques auront été votées, la caution de gauche n’aura plus lieu d’être... « On attend le moment où ça va craquer entre le PPS et le PJD. Ce n’est pas un projet mais une probabilité. » Quand on vous dit qu’il ne pratique pas la langue de bois. Volubile et convivial, Anouar Zine dé- tonne dans une classe politique ver- moulue. Et il a réponse à tout. L’UC, parti de l’administration ? « Pas tant que ça : nos députés sont sortis de la salle pour l’élection de Ghellab au perchoir. » La fusion avec le RNI ? « C’est un débat mé- diatique. Mais on n’en parle pas à l’inté- rieur du parti. Une fusion en politique, ça n’a pas de sens. Un parti a vocation à gagner ou à disparaître. » Le libéra- lisme, toujours... Et le RNI, justement, ça ne l’a jamais tenté ? « C’est un parti appréciable. Mais on y voit des gens ar- river le jeudi pour être nommés le ven- dredi. Chez nous, t’es pas militant, tu passes pas. » Et vlan. Quant à la position ambiguë de l’UC, ni dans la majorité ni dans l’opposition, il en fait son affaire. « Nous apporterons un soutien critique à celui qui a été choisi pour son programme jusqu’à la limite de ce qui est tolérable sur le plan idéologique ; je pense aux libertés individuelles. » Si Anouar Zine ne s’est pas présenté aux législatives de 2011, il n’a pas chômé en gérant la com’ du parti du cheval. Il im- pose son slogan « Le Maroc pour tous » et supervise la production de 60 millions de flyers. Son prochain objectif, c’est le congrès de l’UC et l’entrée au bureau po- litique. Anouar Zine avance step by step. « Dans la politique, une carrière se construit au moins en dix ans. J’ai démarré en 2006. J’espère être prêt en 2016... pour 2017. » L’en- trepreneur pressé sait être sage en poli- tique. Une vraie garantie de longévité. Eric Le Braz Nouvelle génération ©DR actuel / Semaine du 24 décembre 2011 au 6 janvier 2012 Actualités8 Son histoire a déjà attiré 15 millions de Français dans les salles. Quand François Cluzet rencontre le néo-Souiri Philippe Pozzo di Borgo, tétraplégique richissime qu’il incarne dans le film Intou- chables, c’est un grand moment d’émotion sur le tapis rouge. n « En souvenir du marché central, avec toute ma nostalgie », dit Mourabiti sur cette banderole publicitaire devant le chantier du centre commercial... pour lequel on a rasé ce marché ! D’autres en ont aussi profité pour regretter l’ancien symbole de Guéliz. n FIFM Intouchables mais touchants Marrakech Débat autour du marché central LahcenZinoun,DouniaBenjellounetHassamGhancyontprésenté le film Legrandvoyaged’IbnBattûta aucinémaImaxduMorocco Mall. Contemporain de Marco Polo, l’explorateur marocain a par- couru trois fois plus de territoires que l’aventurier vénitien ! n En 1968, Vaclav Havel s’oppose au régime soviétique et mènera plus tard son pays vers la démocratie. Le 18 décembre 2011, la Ré- publique tchèque est en deuil. L’ancien président et dramaturge aura lutté contre le despotisme jusqu’à son dernier souffle. n Imax Hommage à Ibn Battûta Vaclav Havel La figure du printemps tchèque sRacisme sur pelouse Lors du match Brest-Auxerre, Kamal Chafni, milieu de terrain de l’AJA, est expulsé du terrain. Suite à une faute non sifflée, le joueur consulte l’arbitre qui aurait eu pour réponse un « casse-toi l’Arabe » et un carton rouge. Une enquête est ouverte. vu sur la toile s« L’islam dominera le monde » C’est le message des islamistes britanniques manifestant à Londres. La charia est leur modèle rédemp- toir. Les islamistes souhaiteraient remplacer Buckingham Palace par une mosquée… Rien que ça ! ©BrahimTaougar/actuel ©BrahimTaougar/actuel©BrahimTaougar/actuel ©AFP actuel / Semaine du 24 décembre 2011 au 6 janvier 2012 9Actualités / La semaine en images LagrandedameduCap-Vertnousaquittésle17décembreà70 ans. « Certains disent que c’est du jazz ou du blues, d’autres prétendent que c’est de la musique brésilienne, mais personne ne le sait réelle- ment. » C’est ainsi que la Diva définissait sa musique. Saudade… n Deux comédiens lisent des extraits de roman et le public est invité à réagir. C’est à la Fnac que ça se passe un jeudi par mois. Ce premier cercle littéraire était de qualité et particulièrement animé grâce aux interventions de lecteurs à la dent dure ! n Cesaria Evora La diva aux pieds nus Fnac Lecture à deux voix L’Institut d’Egypte, fondé par Napoléon, a pris feu lors des der- niers affrontements. Les œuvres historiques et autres archives sontperdues.Une« catastropheculturelle »selonlegouvernement français : 200 000 ouvrages inestimables sont partis en fumée. n Zergane Thani sur Abir, de l’écurie du docteur Azzedine Sedrati, a remporté le grand prix de l’Union du Maghreb arabe « finger in the nose ». C’était à l’hippodrome du Royal golf d’Anfa, di- manche 18 décembre. n Egypte Qu’en penserait Bonaparte ? Pur sang C’est la fête de l’Uma sSilly silicone ! 30 000 porteuses de prothèses mammaires de la marque PIP ont été contactées par les autorités sanitaires, pour retirer leurs implants soupçonnés d’être hau- tement cancérigènes. Cinq cas de cancer du sein ont été détectés. sAprès Bunga Bunga, baby, baby Karima Mahroug, plus connue sous le joli pseudo de Ruby, a mis au monde une petite fille : Sofia Aida. Non, le papa n’est pas Silvio Berlusconi mais un propriétaire de discothèque, Luca Risso. ©BrahimTaougar/actuel ©AFP ©BrahimTaougar/actuel ©AFP actuel / Semaine du 24 décembre 2011 au 6 janvier 2012 Actualités / décryptage10 Transmission Entreprises en danger ● les Faits Mal gérée jusque-là, la transmission des entreprises familiales commence à être prise au sérieux par les fondateurs. Mais le chemin est encore long. C’est ce que révèle le baromètre lancé conjointement par le cabinet BDO et l’ANPME. ● le commentaire Véritable tabou, la transmission d’entreprise est souvent mal, ou pas du tout préparée. De son vivant, un chef d’entreprise conçoit rarement son départ à la retraite doublé d’une passation de pouvoirs à un successeur qu’il aurait auparavant préparé. En cause, des raisons psychologiques profondes liées au refus de la perte du pouvoir. Toutefois, les mentalités commencent quelque peu à changer, selon les résultats du baromètre de BDO/ANPME. Sur la centaine d’entreprises de l’échantillon (plus de 40 entreprises familiales), 46% intègrent désormais l’idée de transmission parmi leurs options stratégiques, contre 39% deux ans auparavant. Plus nombreux sont les dirigeants fondateurs qui envisagent la vente à un tiers, plutôt que la succession familiale. Selon le baromètre, 4 patrons sur 10 seraient prêts, aujourd’hui, à faire ce choix, contre 3 sur 10 en 2009. ● Et demain La sensibilisation sur la préparation de la transmission ne suffit pas pour limiter l’hémorragie des entreprises familiales qui disparaissent chaque année, faute de repreneur. Les pouvoirs publics devraient se pencher sur les aspects juridiques et fiscaux pour mieux encadrer, voire encourager une transmission dans les meilleures conditions. K.E.H. ● les Faits Une fois n’est pas coutume, ce sont des dizaines de militants de l’USFP conduits par Fathallah Oualalou qui ont assisté dimanche dernier à la cérémonie de recueillement sur la tombe de Omar Benjelloun à Casablanca. ● le commentaire Trente-six ans après la disparition de Omar Benjelloun (18 décembre 1975), les zones d’ombre autour du meurtre de ce dirigeant de la gauche persistent même si ses deux assassins Mostapha Khezzar et Ahmed Saâd ont été condamnés à l’époque et relaxés depuis. L’implication de la Chabiba islamia, dont le leader Abdelkrim Motii est condamné à mort par contumace, est avérée. Or le parti au pouvoir aujourd’hui, le PJD, n’est autre que le prolongement de la Chabiba puisque Benkirane a milité avec ses camarades au sein de cette mouvance. Que cherche l’USFP en ressortant le cadavre de Omar Benjelloun du placard ? Pour répondre à la fronde interne qui demande le départ des caciques du parti, la direction de l’USFP se radicalise et durcit le ton envers le PJD. Mais le passage dans l’opposition n’a pas calmé les vingtfévrieristes du parti qui revendiquent le départ du bureau. ● Et demain Les caciques de l’USFP jouent la carte de la surenchère et promettent de mener la vie dure au gouvernement pour se démarquer « politiquement et idéologiquement de cette alliance contre nature (ndlr : avec le PPS) », comme se plaît à le répéter Fathallah Oualalou. A. E. A. ▲ USFP Les caciques s’accrochent ©DR ©DR Polisario : le spleen de Mohamed Abdelaziz ▲ ● les Faits Les travaux du 13e congrès du Front Polisario, qui se sont tenus dans la zone tampon de Tifariti, située à 370 km à l’est de la ville de Laâyoune, sous le slogan « l’Etat sahraoui indépendant est la solution », ont été marqués par des prises de bec violentes entre la direction du front et les membres du secrétariat national. ● le commentaire Les travaux, qui devaient s’achever le week-end dernier, se sont poursuivis jusqu’à mercredi en raison de la forte opposition à la reconduction du mandat de Mohamed Abdelaziz qui vient d’être élu pour la énième fois, mais ne pourra désormais plus se présenter pour une autre législature. Dans la foulée, les frondeurs ont réussi à arracher la promotion de l’Union générale des étudiants sahraouis au rang d’organisation de masse, un quota pour les femmes au sein du secrétariat national, ainsi que la mise en place de mécanismes de contrôle. Mohamed Abdelaziz a été lâché par ses amis espagnols puisque ni le Parti socialiste ni le Parti populaire d’Espagne n’ont envoyé de représentants au congrès. ● Et demain En perte de vitesse, Mohamed Abdelaziz est tenté d’opérer une fuite en avant, comme il l’a confié au quotidien Moujahid. « Si les négociations à travers les Nations unies n’aboutissent pas avec le Maroc, nous continuerons notre soulèvement populaire dans le cadre de l’Intifada, mais nous préserverons aussi notre droit de retour en guerre. » A. E. A. ©DR ▲ actuel / Semaine du 24 décembre 2011 au 6 janvier 2012 Actualités / décryptage12 ● les Faits Le 15 décembre dernier, devant le Mégarama de Casablanca, une dizaine de personnes a appelé au boycott du concert de Hindi Zahra programmé ce soir-là. Les manifestants reprochaient à l’artiste d’avoir chanté en Israël en novembre dernier. Ailleurs, en Arabie saoudite, le plasticien Ahmed Mater, dont l’œuvre est exposée actuellement au Museum of the Seam en Israël, fait l’objet d’une pétition et d’un boycott dans son propre pays. ● le commentaire Ceux qui désavouent Hindi Zahra devraient savoir qu’elle s’est produite le 11 novembre dernier dans le cadre d’un « concert pour la tolérance » précisément. L’artiste a prêté sa voix pour chanter la paix. Quant à l’œuvre Evolution of Man du Saoudien Ahmed Mater, exposée en Israël, il s’agit de l’initiative d’un collectionneur américain qui en est le propriétaire. Ce dernier l’a prêtée au musée dans le cadre de l’exposition « West End : A Clash of Civilizations and a Battle for Domination in the World of Tomorrow » qui, comme son nom l’indique, est dédiée au monde arabe… Un événement qui vise à mettre en lumière la renaissance du monde musulman au niveau politique et culturel. ● Et demain Il faudrait peut-être arrêter de chercher des polémiques là où il n’y en a pas, pour se concentrer sur les vrais combats… et ils sont nombreux ! A.G.K. ▲ Israël Liaisons dangereuses ©B.Tapugar/actuel ▲ Qotbisacré « Monsieurmusées » ! ● les Faits Le roi a nommé, lundi 19 décembre, l’artiste peintre Mehdi Qotbi président de la Fondation nationale des musées, dont l’objectif est de « promouvoir le rayonnement du patrimoine culturel national ». ● le commentaire La création de cette fondation n’est pas une surprise. Ce n’est que la mise en œuvre d’une loi adoptée en 2009. C’est aussi une réponse aux demandes insistantes de promotion et de rénovation des musées, très peu mis en valeur, et du patrimoine mal entretenu et peu « marketé ». Le choix de Mehdi Qotbi est, à ce titre, judicieux. Cet homme sait se vendre et saura peut-être faire la promotion du patrimoine marocain et le rendre rentable. Lobbyiste et pas seulement artiste, Qotbi a ses entrées à Paris et pourra, par exemple, contacter son ami Frédéric Mitterrand, ministre français de la Culture, pour faire transiter des expositions par nos musées. Il saura, peut-être aussi, lever des fonds privés comme il réussit à vendre ses toiles aux malls et institutions privées et publiques. Cela étant, sa nomination en a choqué plus d’un au sein du microcosme culturel. ● Et demain Malgré ses diplômes décrochés sur le tard à l’école des Beaux-Arts de Toulouse et de Paris, Qotbi est loin de faire l’unanimité au sein de la communauté artistique. De plus, il n’a guère d’expérience en matière de gestion administrative. Il lui reste donc tout à prouver. Z.C. ©B.Tapugar/actuel RAM interdit de parler à la presse ! ▲ ● les Faits Lundi 19 décembre, Othmane El Bouazizi, président de l’Aspenac (Association du personnel navigant commercial de RAM), se présente pour embarquer sur le vol de Tunis à 10h40. On lui annonce alors qu’il est déprogrammé et convoqué par le DRH. ● le commentaire Nous n’avons pu joindre Othmane El Bouazizi, mais une source à l’Aspenac nous a livré le contenu de cette convocation. On lui a reproché ses déclarations à la presse (Al Ousboue Assahafi, Al Massae, actuel...) dans lesquelles il défendait les hôtesses et stewards mis en congés forcés par la direction (voir actuel N°116). Pour la compagnie, ses propos impliquent qu’il ne peut plus être en contact avec la clientèle ! Menacé de licenciement, Othmane El Bouazizi est aujourd’hui sans affectation et sans nouvelles. Son avocat nous a indiqué avoir obtenu une ordonnance du tribunal de Casablanca pour une sommation interpellative de Royal Air Maroc, qui doit donc s’expliquer sur le motif de la déprogrammation et indiquer ses prochains vols. ● Et demain Cette sanction à l’encontre d’un représentant du personnel est extrêmement grave en termes de gouvernance et de liberté d’expression. Si les interlocuteurs des journalistes sont soumis à de telles pressions, qui parlera à la presse ? Et si Driss Benhima élimine des partenaires sociaux, avec qui pourra-t-il dialoguer ? E.L.B. actuel / Semaine du 24 décembre 2011 au 6 janvier 2012 ©B.Tapugar/actuel Actualités14 Sontravailaétésaluépartousceuxqui attendent de la télévision ouverture et professionnalisme.Medi 1TV,quis’était déjà distinguée par sa couverture des événementsduPrintempsarabe,asus- cité l’intérêt des téléspectateurs maro- cains pour la chose publique lors de la campagne législative.Lachaînequedi- rige Azzouzi ne cesse de progresser et d’affirmer, avec moins de moyens que ses consœurs, un positionnement ori- ginal en équilibrant ses programmes entre information, fictions et débats. Huit nouvelles émissions verront le jour en 2012, dont une grande série- événement et un magazine de société, autour de la famille. n Medi 1TVElle a tout d’une grande Proparco50 millions d’euros pour BCP Le groupe Banque Populaire vient de conclure une convention de prêt de 50 millions d’euros sur douze ans avec la filiale de l’Agence française de développement, Proparco. Il s’agit d’une ligne de finan- cementàlongtermepourpermettreàlabanqueauchevald’accom- pagner les entreprises en zones franches et de répondre à leurs be- soins de financement en devises. Cette convention intervient trois mois après l’octroi du prêt subordonné de 10 millions d’euros par Proparco à la Fondation Banque Populaire pour le microcrédit. n Monétique HPS au Vietnam HPS vient de remporter un contrat avec la première banque vietnamienne, Mekong Development Bank, grâce à sa solution fétiche PowerCard qui facilite la gestion des services monétiques comme l’émission et le traitement des cartes de crédit et de débit, ainsi que des cartes prépayées. Mekong Development Bank dispose d’un réseau de 40 succursales présentes dans les grandes villes du Vietnam. HPS n’en est pas à sa première expérience au Vietnam. L'entreprise marocaine avait conclu un premier contrat en 2007 avec Fullerton Financial Holdings qui compte une dizaine de banques asiatiques. n ©BrahimTaougar/actuel SLe regard de Mouhim l Le 31 décembre 2011 prendra fin le dernier agrément pour l’exploitation de carrières de sable, délivré à un gradé de l’armée. Il s’agit de la carrière d’Azemmour exploitée par le général Mohamed Belbachir, l’ex- patron de la direction de la Sécurité militaire. l A quelques jours du départ du gouvernement El Fassi, la direction du Budget relevant du ministères des Finances a donné son aval pour l’achat de limousines grand luxe à plusieurs directeurs d’entreprises publiques. l Le nouveau gouvernement tunisien compte bien récupérer la fortune des Ben Ali à l’étranger. Au programme, les investissements de Leïla Trabelsi au Maroc. L’ex-épouse de Benali a notamment contribué à la fortune d’une grande dame du monde des affaires casablancais. l Mustapha Khalfi, le cerveau du PJD qui occupe également la fonction de communicateur en chef des islamistes, multiplie les rencontres avec les têtes de file du 20-Février pour tenter de les rallier à la cause du nouveau gouvernement. Les services du DRS algérien suivent de près les multiples contacts des camarades de Benkirane avec les responsables du FIS qui visent leur réhabilitation dans le paysage politique algérien. Abdallah Jaballah, ancien chef d’Ennahda Wal Islah, est un habitué du PJD. n Les bruits du village FestivalMorin président C’est Edgar Morin qui présidera le jury du Festival du film de Tanger qui aura lieu du 12 au 21 janvier prochain. Le cher- cheur du CNRS et pro- fesseur Honoris Causa est plus connu pour ses travaux en socio- logie et en philoso- phie. Pourtant, Morin est aussi un homme de cinéma. Parmi ses œuvres, Chronique d’un été qu’il coréalise en 1961 et pour lequel il obtient le prix de la Critique au festival de Cannes. Le jury Court métrage sera, quant à lui, présidé par le ci- néaste ivoirien, Fadika Kramo-Lanciné. n C’est le montant de la baisse des réserves de change en 2011 qui ne couvrent plus que cinq mois d’importations. SLe chiffre 17 actuel / Semaine du 24 décembre 2011 au 6 janvier 2012 en milliards de dirhams Dernière heure 15 [ lu dans la presse arabophone ]Mamda 300 000hectares sousassurance multirisque climatique Mamda assure 30 000 hectares de céréales contre les risques climatiques, un objectif ambitieux qui avait été arrêté avec le ministère de l’Agriculture dans le cadre d’une meilleure couverture de la filière céréalière et légumineuse. Cet exploit a été réalisé grâce à un dispositif mis en place en 2011, offrant une meilleure proximité avec les agriculteurs, un outil sophistiqué en matière de cartographie des terres agricoles, ainsi qu’un système d'information approprié. Grâce à ces performances, la Mamda doublera sa taille en 2011 comparativement aux années précédentes. De nouvelles niches de développement de l’assurance agricole sont en cours d’étude avec la définition de produits spécifiques pour les cultures maraîchères et l’arboriculture. Logementsocial Dufoncierpour Addoha Addoha Essalam, filiale du groupe Addoha, vient d’acquérir du foncier au quartier Hay Hassani à Casablanca. Au programme, la construction de 10 000 logements sociaux qui devraient générer un chiffre d’affaires de 2,5 milliards de dirhams dans les dix-huit prochains mois. n Tétouan Brasdeferavec Tecmed Après six jours de grève des employés de Tecmed Maroc, ayant provoqué l’ire des riverains et noyé Tétouan sous les immondices, la commune urbaine a fini par prendre les choses en main, notamment le ramassage des ordures. Il est même question d’entamer la procédure de rupture du contrat avec le délégataire si le conflit social perdurait. n Nouakchott Lepatrondela MAPchassé Les autorités mauritaniennes ont demandé au chef du bureau de la MAP à Nouakchott, Abdelhafid El Bakkali, de quitter le territoire mauritanien sous 24 heures. Selon la MAP, aucune notification officielle n'a été formulée pour expliquer cette décision. n Ghellab danslatourmente Dans une mise au point, Karim Ghellab a nié s’être servi de son poste de ministre pour bénéficier d'un lot de terrain relevant du domaine public maritime sur la plage Petit Val d'or, près de Témara. Toutefois, dans une plainte adressée au ministre de la Justice le 5 septembre dernier (dossier n° 4 965), l’Instance de protection des biens publics pointe 53 irrégularités, objet d’une enquête judiciaire, dont l’acquisition de lots de terrain à Sidi Abderrahmane (Casablanca), ainsi que de deux appartements à Rabat et Marrakech. n D es têtes sécuritaires sont tombées à Casa- blanca, nous apprend le quotidien Assabah. La raison ? Une colère royale due à des cafouillages lors du passage du convoi du roi sur l’autoroute à Aïn Sebâa. Ainsi, le chef de la zone de sécurité a été remercié et renvoyé à Taourirt, le chef de la circulation a, quant à lui, été envoyé à Bouarfa. A l’ori- gine, une manifestation de la population des Carrières centrales se plaignant des conditions de relogement. Les protestataires ont décidé de marcher aux abords de l’autoroute. Malgré la mise en place d’une barrière de sécurité, le convoi royal a dû modifier son trajet. Les responsables sécuritaires convoqués devraient déjà avoir rejoint leurs nouveaux postes et les sanctions pour- raient même ne pas s’arrêter là. La colère de la population est aussi due à une réunion sans résultat avec le gouver- neur. Des responsables au sein de ce département pour- raient également faire l'objet de mutations disciplinaires. Des sources déclarent au quotidien que ce cafouillage a été très mal perçu, alors que le planning de la visite royale était connu par les respon- sables de la ville. L’intention d’organiser la manifestation aussi. n Assabah ColèreroyaleàCasablanca ©DR LA question de la semaine sur La question de la semaine prochaine Retrouvez-nous sur notre page fan facebook.com/actuelmaroc 2011 fut une année imprévisible, 2012 le sera encore davantage. Vos pronostics ! Après les révélations de commande de matériel de surveillance massive par le Maroc, pensez-vous faire l'objet d'une quelconque surveillance ? n J'en suis persuadé n Ma vie est sans intérêt, personne ne me surveille n J'ai des soupcons mais comment savoir actuel / Semaine du 24 décembre 2011 au 6 janvier 2012 63 % 38 %
actuel 122 - Page 1
actuel 122 - Page 2
wobook
actuel