challenge 364 - Page 1 - Bcp lance un compte courant islamique Diplomés chomeurs quelle solution réforme judiciaire de l anapec SPORT. Halte au football jetable INVESTISSEMENTSÉTRANGERS. Une année pas si mauvaise Quelles solutions? L'HEBDO MAROCAIN DES DÉCIDEURS Diplômés-chômeurs Délaisdepaiement. Lanouvelleloi n’afinalementrienchangépourlesentreprises www.challenge.ma 15DH - 2T N° 364 Du 3 au 9 février 2012 L e nouveau Chef de gouvernement, Abdelilah Benkirane, était à Davos accompagné de Horani le patron de la CGEM. Il faut arrêter de parler du Maroc avec des oeillères. Ce pays est réellement une exception forgée par l’histoire. Le monde économique, les grands patrons, n’ont aucune réticence, aucune peur, face à l’arrivée des islamistes aux affaires. Il faut d’ores et déjà que le PJD et le programme du gouvernement ne s’attaquent nullement aux entreprises. A Davos, seul le Maroc a pu présenter où les politiques et le patronat sont sur la même ligne, dans le contexte des révolutions arabes. Ce n’est pas une thématique de communication, c’est un atout de progrès. Les islamistes ont été adoubés par les électeurs, sans être majoritaires. Ni les patrons, ni les syndicats, ni l’opposition ne veulent stopper le pays. C’est là une exception que l’honnêteté intellectuelle impose de signifier. Pouvoirs publics et patronat partagent le même constat. Le Maroc est condamné à améliorer sa compétitivité, à offrir un meilleur cadre aux investissements, qu’ils soient locaux ou étrangers. Ce consensus exceptionnel doit être noté comme tel. Le patronat marocain a le devoir de continuer à investir, à rechercher des marchés, à innover quand il peut. Nonobstant toute référence à la majorité politique. Les élections du 25 novembre ont d’abord prouvé que le Maroc était un pays stable pouvant accepter des alternances. La démarche du gouvernement et du patronat confirme que l’avenir est assuré : il est commun à tous les Marocains, c’est le développement, la modernité. ■ MobilisationMobilisation généralegénérale par Kamal Lahlou ÉDITO 3Du 3 au 9 février 2012 40-41 34 4 Du 3 au 9 février 2012 Les Éditions de La Gazette 58, avenue des FAR, Tour des Habous 13ème étage, Casablanca 20000, Maroc Tél. : 0522 54 81 50 à 52 Fax. : 0522 31 80 94 DIRECTION Président directeur général et directeur de la rédaction Kamal Lahlou Direction de la rédaction Adil Lahlou, Rafik Lahlou, Jamal Berraoui Conseillers Mohammed Ennaji Samir Sobh Secrétaire de rédaction Adama Sylla RÉDACTION Nouredine El Abbassi, Hayat Gharbaoui, David Jérémie, Badya Khalid, Nawal Maftouh, Saloua Mansouri, Mar Bassine Ndiaye, Michel Roussel, Karim Touach CORRESPONDANTS Brahim Boulid (Agadir-Souss), Ahmed Zouine (El Jadida–Safi-Abda-Doukkala), Mohamed Lebbihi (Kalaât Seraghnas–El Haouz), Mahjoub Talbi (Benguerir-Rhamnas), Jawad Rami (Fès- Boulmane-Meknès–Tafilalet), Abdelmajid Tanani (Béni Mellal-Tadla), Mahjoub Ansari (Sahara), Ahmed Lemrini (Tétouan Nord-Sebta), Zahreddine Taybi(Oujda-Oriental), Karima El Harrati (Ouarzazate-Massa Drâa) Traduction et rewriting : Omar El Anouari Correspondante à Paris : Nawal Lachguar Experts & consultants Najib Salmi,Habib Adil, Mohamed Ameskane, MAQUETTE New Publicity PAO Mohamed Douhabi - Saâd Faquihi PHOTOS Taoufiq Mouannis Ahmed El Ouahi AFP AIC PRESS RÉVISION Latifa Ejjawi, Larbi Alaoui PUBLICITÉ New Publicity 58, avenue des FAR, Tour des Habous 14ème étage, Casablanca 20000, Maroc Tél. : 05 22 54 81 53 à 57 Fax : 05 22 30 97 07 - 05 22 30 09 90 E-mail : publicite@new-publicity.com ABONNEMENT ET DIFFUSION Yassine Dinia infos@leseditionsdelagazette.com tél. : 05 22 54 81 97 IMPRESSION IMPRIGEMA, Casablanca DISTRIBUTION Maroc : Sochepress France : Presstalis Dépôt légal : 02/2004 ISSN : 1114-7458 Tirage : 20.000 exemplaires www.challenge.ma SCANNER 6-10 ECLATSDEVOIX12-13 COMMUNICATOR, Benkirane à l’épreuve des faits ParMohamedEnnaji INTERVIEW 14-15 Fouad Benseddik, membre du Comité de direction et directeur des méthodes de Vigeo “Plus de 60 entreprises ont procédé à des audits de responsabilité sociale” DOSSIER16-23 Diplômés-chômeurs : quelles solutions ? ENTREPRISES & MARCHÉS 25-41 Agriculture Le sort de la campagne suspendu aux pluies de mars Investissements étrangers Une année pas si mauvaise Congrès de l’Eau à Marrakech Le Maroc veut être un exemple pour l’Afrique Capital Investissement FINACorp prend 29% de Mellah Avenir Développement TextileAâmara rassure les opérateurs Délais de paiement La loi n’a finalement rien changé pour les entreprises Bricolage Un7ème magasin Bricomaavantfin2012 Bien-être Lebusinessdesdentsblanches Imprimantes HPmisesurleMaroc Sites de petites annonces Le géant mondial Schibsted Media Group fait bouger les lignes Evolution mensuelle Janvier marque-t-il un début de reprise ? Profit Warning de Mediaco Le chiffre d'affaires s'effondre Répartition des échanges en 2011 Lespersonnesmoralesetles OPCVMennetretrait Alioune Gueye, PDG d’Afrique Challenge Unintellectueldans lesaffaires africaines POLITIQUE 42-44 Poing sur les “i” Savoir raison garder ParJamalBerraoui Parlement, syndicats et programme à l’ordre du jour Pas de répit pour Benkirane ! INTERNATIONAL 44-46 Géopolitique Le grand maghreb face aux contraintes Présidentielles Sarkozy, le retour ? MAGAZINE SOCIÉTÉ 50-51 Moyen de paiement Le chèque, condamné ? CULTURE 52-54 Littérature judéo- marocaine SamLevy:unelettre d’amourà…Elle SPORT 56-57 Halteaufootballjetable! Par Najib Salmi AUTOMOBILE 58-61 FordC-Max En attraction à Marrakech Voiture de managers- Volkswagen Passat 2.0 TDI Valeur refuge Pratique:lesludospacesles pluscompétitifs Prix mini, volume maxi ! CHRONIQUE 62 Les ténèbres et les miroirs Le dictateur arabe ParJamalBerraoui SOMMAIRE 16-23 56-57 Immobilier 6 Du 3 au 9 février 2012 SCANNER Le nouveau ministre de la Communication ne marche pas dans les souliers de l’ancien. Il a reçu une délégation de la Fédération Marocaine des Médias, présidée par Kamal Lahlou. Le ministre a tenu d’abord à expliquer qu’il avait de la considération pour tous les partenaires, en référence à la campagne indigne de la FMEJ (Fédération Marocaine des Editeurs de Journaux). Ensuite, le débat a porté sur le nouveau contrat-programme, les radios privées, la presse gratuite, les agences de presse, la presse sur Web. Sur tous ces sujets, le ministre a montré un grand intérêt et a formulé son désir de prolonger le débat avec la FMM, seule entité qui regroupe tous ces nouveaux médias. Après deux heures de dialogue, il a été convenu d’un nouveau rendez-vous entre les deux parties, la FMM devant présenter un mémorandum auparavant. La FMM chez El Khalfi VITE DIT Qualifié de « traité secret », la com- munauté internationale se soulève contre l’ACTA, l’accord commercial anti-contrefaçon. En effet, une pétition mondiale fait le tour du Net pour contrecarrer cet accord qui, rappelons-le, est déjà signé par le Maroc. Cette pétition a pour objet de faire pression sur l’Union européenne pour ne pas ratifier cet accord. Tout ceci se fait sur fond de crise cybernétique mondiale, suite à l’arrestation du propriétaire du site Megaupload et la fermeture de ce dernier. Beaucoup de bruit autour de cet accord pour le moins contro- versé et loin d’être totalement transparent ! Une pétition mondiale contre l’ACTA Ameur tire à boulets rouges ! L ’information a fait l’effet d’une bombe. L’ancien ministre des MRE, le socialiste Mohamed Ameur (photo), a ouvert le feu sur l’ac- tuelle direction de son parti l’USFP ! Profitant d’une cérémonie d’un hommage en son honneur, Mohamed Ameur n’a pas fait de quartier : «Une opposition moderniste ne peut être assurée par une direction conservatrice ».Il n’en a pas fallu plus pour l’accuser de faire le jeu d’une tension prématurée ! Ameur, toujours considéré comme le poulain de l’an- cien patron socialiste Mo- hammed El Yazghi prépare déjà les luttes antérieures au 9 ème Congrès ! LES NOTES DE CHALLENGE Kamal Lahlou.Mustapha El Khalfi. DES CITOYENS QUI ASSURENT La lutte contre la corruption n’a aucune chance d’aboutir si les citoyens ne s’impliquent pas. Le dossier du marché du gros de Casablanca, repose essentiellement sur des témoignages, des dénonciations circonstanciées de citoyens écœurés par la corruption et ses ravages. Soutenu par Transparency, l’un d’entre eux a monté un dossier qui sert aujourd’hui au procureur. Cette attitude est la seule valable en démocratie. Ceux qui payent pour régler leurs affaires et pleurnichent après font perdurer le système du «bakchich». Pour arrêter la corruption, il faut que les citoyens la dénoncent, refusent de s’y soumettre, acceptent de témoigner. Tous contre les corrompus, nous y mettrons fin! 10/10 LES NULS DES A.E Saâd -Eddine El Othmani a tenu son premier briefing après sa visite en Algérie. Ses conseillers en communication ont cru bon de sélectionner quelques médias et de leur réserver « la primeur » des non-résultats de cette vaine visite. Cette attitude est incompréhensible par rapport à un ministre qui débute et qui a tout intérêt à avoir bonne presse. Maintenant, il est tout à fait en droit de choisir des médias avec lesquels il veut entretenir des rapports particuliers, à condition que l’information soit accessible à tous. Ceux qui lui ont conseillé ce choix savent qu’ils l’exposent à « la mauvaise volonté » d’une partie de la presse. Pour notre part, nous continuerons à informer objectivement, sans voir le ministre, nos sources étant multiples et bien informées. Ceux qui croient nous « punir » se trompent de clients. Ils nous renforcent dans notre conviction: ils sont vraiment nuls! 0/10 8 Du 3 au 9 février 2012 SCANNER LES NOTES DE CHALLENGE UN PROCÈS NORMAL Notre confrère Driss Chahtane (photo), directeur de « Al Michaâl » était poursuivi pour des accusations graves. Il a dignement assuré sa défense, son avocat est devenu ministre de la Justice entre-temps. Durant toute la procédure, il s’est refusé le recours au cinéma, au fameux film de l’atteinte aux libertés. Dès lors, ce procès s’est passé comme dans toutes les démocraties. Le jugement est tombé. «Al Michaâl» est condamné à une amende de 10.000 DH. Chahtane déclare qu’il veut «se conformer à la loi» et accepte ce jugement, même s’il aurait préféré la relaxe. Pour notre part, nous saluons cette attitude citoyenne qui ne fait pas de toute poursuite de journaliste, normale dans un état de droit, une «guerre contre la liberté d’expression». 10/10 LES MÉDECINS IRRESPONSABLES A nouveau, ils remettent ça ! Les médecins de la santé publique se sont mis en grève pour 48 heures. Ils ont obtenu une revalorisation conséquente, ils mettent la pression pour obtenir plus, alors même que tous les Marocains s’accordent pour dire qu’ils travaillent peu, mal et que la corruption est généralisée. Ils ont refusé l’accord passé entre le ministère de la Santé publique et les syndicats et créé leur propre « syndicat » corporatiste, cassant le lien qui les unissait aux autres catégories. Il faut réclamer à l’Etat plus d’autorité pour restaurer le service public. Il n’y a qu’au Maroc que les fonctionnaires grévistes sont payés et qu’il n’y a pas de service minimum assuré. Les médecins qui laissent des patients mourir pour protester sont indignes de porter la blouse blanche et doivent être virés. 0/10 Risma ouvre près de 1.000 chambres en 2012 L e groupe Risma compte cette année poursuivre sa phase d’investissement pour inau- gurer l’ouverture de plusieurs éta- blissements hôteliers de différents standings tout au long de l’année. Au mois de mars, c’est l’ex-Palmariva (propriété de la Somed et loué par Risma) qui ouvrira 250 chambres sous l’enseigne Pullman du groupe Accor. Le même mois, c’est le Sofitel Agadir (173 chambres et suites) qui devra être lancé, suivi par celui du Sofitel Casa City Center au mois de juin et de trois Ibis Budget d’ici la fin de l’année, à El Jadida (mai), Agadir (juin/juillet) et Fès (dernier trimestre 2012). En tout, ce sont quelque 1000 nouvelles chambres qui seront créées par le groupe cette année. Risma prévoit par ailleurs le démarrage des travaux de nouveaux établissements sur le site de Casanearshore. Le spécialiste catalan en conseil, Europraxis Consulting et Tourism & Leisure (T&L-Europraxis) qui fournit des services de conseil spécialisés dans l’industrie hôtelière, des loisirs et du tourisme va bientôt ouvrir son antenne à Casablanca, au boulevard Massira plus précisément. C’est la holding marocaine, H&S Invest, qui représente les intérêts de la famille Belkhayat, qui a signé un accord avec Europraxis pour son installation au Maroc. «L’antenne, qui devrait être opérationnelle dans un mois, se spécialisera dans le consulting en stratégie, télécommunication, tourisme, transport et logistique, mais également en sport», nous apprend Moncef Belkhayat (photo). Europraxis s’installe au Maroc Condoléances La direction des Editions de la gazette, de New Publicity et la rédaction de «Challenge Magazine» présentent leurs sincères condoléances à Driss Bencheikh, directeur du pôle agroalimentaire de la SNI (Ex ONA), et à toute sa famille suite au décès de son regretté père, Ahmed Bencheikh. «Nous sommes à Dieu et à Lui nous retournons». SCANNER 10 Du 3 au 9 février 2012 Une centaine de Marocaines porteuses de l’implant PIP ? La Société Financière Internationale (SFI) s’active depuis ces derniers temps en opérant des transactions d’envergure au Maroc. Et la filiale de la Banque Mondiale ne devrait pas a priori s’arrêter là. D’autres projets seraient dans le pipe. Le vice-président de la SFI est par ailleurs attendu au mois de mars au Maroc, l’occasion pour lui de réaffirmer les ambitions de la société au Maroc. M2T, la société marocaine spécialisée dans les solutions réseaux, mais plus connue avec ses guichets uniques multiservices «tashilate», s’attaque au marché camerounais, affirmant sa ferme volonté à se positionner sur l’Afrique subsaharienne. En effet, après une première implantation réussie au Sénégal, le président directeur général de M2T, Mourad Mekkouar, affirme concrétiser son premier contrat au Cameroun dès 2012. Pour information, cette société a réalisé un chiffre d’affaires de 75 millions de dirhams en 2011. Le vice-président de la SFI en mars au Maroc «Tashilate» de M2T, bientôt au Cameroun N ouveau rebon- dissement dans l’affaire des im- plants mammaires PIP. De sources proches du dossier, il y aurait à peu près une centaine de Marocaines por- teuses de ce fameux implant controversé. D’ailleurs, le ministère de la Santé s’est rétracté par rapport à sa première sortie médiatique où il rassurait la population sur l’inexistence de ces implants sur le sol marocain. Il affirme désor- mais que les implants PIP ont bel et bien été commer- cialisés au Maroc. Doit-on cette sincérité «soudaine» au nouveau ministre de la Santé ou à une situation qui devient de plus en plus alar- mante ? Quoi qu’il en soit, le ministère a appelé toutes les Marocaines ayant un im- plant mammaire à consulter un médecin pour se rassurer. Il a même mis des centres dédiés à la disposition de ces femmes. Les Conseillers du Commerce Extérieur de la France (CCEF) au Maroc vont co-animer le 28 mars prochain une importante réunion de travail qui devra regrouper une délégation d’hommes d’affaires français du Medef (organisation patronale), des businessmen marocains de la CGEM et des membres du gouvernement. Cette opération est menée sous l’égide de l’ambassade de France au Maroc. Le but est de réaffirmer le soutien de la France au nouveau gouvernement mis en place et de faire part des préconisations du patronat à l’adresse des pouvoirs publics. Le tourisme devrait être l’un des thèmes d’importance qui seront abordés. Une réunion pour réaffirmer le soutien des Français au Maroc C’est le nombre de brevets d’invention déposés à l’Office Marocain de la Propriété Industrielle et Commerciale (Ompic) au cours de l’année 2011, en majorité par des personnes morales (entreprises, universités et centres de recherche). LE CHIFFRE 167 VITE DIT Thierno Tanoh, vice-président de la SFI La Royal Air Maroc (RAM) va lan- cer au cours de ce premier trimes- tre un appel d’offres pour l’achat d’un lot d’avions SuperJet (d’envi- ron 100 places) pour le transport régional et international. D’ores et déjà, des opérateurs comme le Canadien Bombardier, le Bré- silien Embraer ou l’Italien Alenia aeronautica qui s’est associé avec le Russe Sakhoi, seraient intéressés par ce marché. Auto Hall poursuit son développement stratégique à travers le Royaume, développe ses activités en 2012. En effet, le revendeur automobile et de matériel agricole va ouvrir de nouvelles succursales dans les régions. Il a ainsi acquis des terrains dans ce sens. Le bud- get prévu pour ces investissements se monte à 450 millions de DH. La RAM veut acquérir de nouveaux avions Auto Hall multiplie les ouvertures ECLATS DE VOIX COMMUNICATOR, Benkirane à l’épreuve d E st dans l’erreur celui qui croit que l’actuel Chef de Gouvernement n’a pas de projet ! Parole d’honneur, il en a bien un, clair comme de l’eau de roche, qui ne le quitte jamais, et qu’on ne saurait désormais ignorer : la COMMUNICATION ! Et il s’y tient, il faut lui en savoir gré de sa constance. Il communique et communique encore et toujours, c’est même l’axe central de sa politique. Il en a certes le savoir-faire, c’est indéniable, mais la communication a ses périls lorsqu’on finit par en faire un espace d’action vidé de toute substance, lorsque la dérive en vue maintient le communicant dans son cocon à bonne distance de la réalité. Autrement dit, lorsque la communication entend se suffire à elle-même, être à la fois la semence et le fruit, le cri d’espoir sans autre impact que son propre écho. Elle enivre alors le communicant au point de saouler son auditoire ! Il finit par vivre d’effets d’annonce lorsque le réel ne se plie pas à son bon vouloir. C’est le dilemme auquel devra désormais faire face le Chef de gouvernement. Longtemps, en sa qualité de chef de parti dans l’opposition, il a ratissé large, il en avait tout le loisir et ne s’en est guère privé. La plasticité du discours de prêche a nourri son autorité et légitimé ses propos, tant que ceux- ci, livrés à l’insouciante critique du vent, ne prêtaient guère à conséquence. Il a alors donné libre cours à sa langue débridée pour critiquer, fustiger, descendre en flammes tout ce qui représentait selon lui le mal. La tâche était relativement aisée. Le prêcheur, tapi chez lui derrière le politique, menaçait, brandissait, à tout bout de champ, l’enfer et le paradis. Il haranguait militants et grand public, tous deux en extase devant son discours simpliste et manichéiste. En parfait communicateur, il excelle dans l’univers du virtuel. Il faut dire que la critique morale et virulente, nourrie de hadiths et de versets, flirte quasiment avec la magie et la prestidigitation. Dans une société profondément inégalitaire, corrompue, et largement sous l’emprise du ciel, où la pauvreté extrême côtoie le luxe provocateur, le prêche a délaissé le minbar et migré vers la rue plus payante où il n’a plus de concurrent. Là, il a tiré à boulets rouges sur les nantis, sur le vice, sur la dépravation, sur le jeu, sur l’alcool et que sais-je encore, pour mettre le feu à une poudrière prête à exploser. Mettant en scène le diable et le bon Dieu, il a produit l’illusion de la délivrance de l’oppression dont le peuple 12 Du 3 au 9 février 2012 des faits MOHAMMED ENNAJI mohammedennaji@yahoo.fr Est dans l’erreur celui qui croit que l’actuel Chef de Gouvernement n’a pas de projet ! Parole d’honneur, il en a bien un, clair comme de l’eau de roche, qui ne le quitte jamais, et qu’on ne saurait désormais ignorer : la COMMUNICATION ! Et il s’y tient, il faut lui en savoir gré de sa constance. Il communique et communique encore et toujours, c’est même l’axe central de sa politique. est si friand. La fiction s’en est retrouvée gonflée à bloc, le prêcheur masqué surfe à fond sur les vagues des grands principes de justice et d’égalité. Le peuple est aux anges ; demain sera le jour du jugement dernier pour les ci-devants pleins aux as qui sucent les richesses des opprimés et devront en rendre des comptes. La stratégie s’est révélée payante, le PJD a gagné les élections. Entre temps, l’artiste loin de se départir de son art s’est au contraire pris à son propre jeu. Maître communicant, le chef de parti a continué à hanter le Chef de gouvernement devenu, en quelque sorte, son porte-voix. La communication a fini par devenir le maître mot d’une formation en mal de projet concret et efficace. Elle est le recours propre à pallier le vide et à le meubler d’illusions. Plus même, un labyrinthe où le PJD prend le risque sérieux de perdre toute inspiration qui le mette en mesure d’affronter sans transiger la dure réalité du terrain. On a alors vu le chef faire montre d’un semblant de transparence sur les mystères du pouvoir, encensant au passage ses propres qualités de chef novateur faisant face à tous les défis. Puis il a fait feu de tout bois jusqu’à mobiliser les siens, il a ainsi invoqué la mère, les enfants, mais aussi son chapelet, sa cravate et tutti frutti. D’autres responsables lui ont emboîté le pas, on connaît désormais leurs itinéraires, leurs marques de voiture, leurs habitudes culinaires et, cela va de soi, leur horaire et lieu de prière. On sait peu cependant sur leurs programmes. Pourtant qu’eussions-nous aimé que la magie fonctionnât précisément là ! Mais il y a loin de la coupe aux lèvres, comme dit la sagesse populaire. Et voilà que se profile le risque d’une communication effrénée qui perd le sens de la mesure et, parfois, s’écarte de la lucidité dont est redevable aux électeurs tout Chef de gouvernement. C’est le cas quand le nôtre clame tout haut sur un plateau à Davos, à l’adresse des hauts responsables de ce monde, qu’il n’entend en aucun cas partager une table où l’on servirait du vin ! Le Maroc est pourtant un pays qui sait recevoir et garnir sa table au goût de ses hôtes. Le Chef du Gouvernement parle sans doute en son nom personnel, mais il sait pertinemment qu’il n’officie pas dans un meeting ; il n’ignore pas non plus ce que le vin représente dans les autres croyances dont au moins la religion chrétienne si proche de la nôtre. Si les chefs d’Etat musulmans avaient adopté le long de l’histoire son attitude, eh bien ils n’auraient jamais reçu à leur table beaucoup de grands poètes ou de savants arabes. Il n’ignore pas non plus que les chrétiens constituent une partie notable du peuplement arabe, et qu’il serait peut-être mal indiqué de les mettre à part quand ils sont nos hôtes et encore plus de les sommer de se passer de boire. Nous sommes une culture de l’inclusion et non de l’exclusion, et la vigne présente chez nous de longue date, gavée de notre eau et de notre soleil, n’y est pas parvenue par hasard, elle y est en expression de notre terre qui va combler le palais de nos invités. Le Chef de gouvernement, et c’est son devoir, devrait être plus à l’écoute des autres civilisations. Le vin chez elles n’est pas synonyme de déchéance. Je donne la parole pour en dévoiler l’esprit à une femme, encore une et des meilleur(e)s, écrivain, académicienne, actrice et autres choses encore, un grand personnage de la culture française où le vin occupe la place que l’on sait : Colette. « La vigne - nous confie-t-elle - le vin sont de grands mystères. Seule, dans le règne végétal, la vigne nous rend intelligible ce qu’est la véritable saveur de la terre. Quelle fidélité dans la traduction ! Elle ressent, exprime par la grappe les secrets du sol. Le silex, par elle, nous fait connaître qu’il est vivant, fusible, nourricier. La craie ingrate pleure, en vin, des larmes d’or. » ■ 13Du 3 au 9 février 2012 L’INTERVIEW DE LA SEMAINE Fouad Benseddik, membre du Comité de direction et directeur des méthodes de Vigeo “Plus de 60 entreprises ont procédé à des audits de responsabilité sociale” Pour la première fois, Vigeo, agence de rating et audit RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises), a évalué la responsabilité sociale de quarante entreprises cotées à la Bourse de Casablanca. Pour Fouad Benseddik, directeur des méthodes de Vigeo, le Maroc fait partie des pays émergents pour la prise en compte des facteurs RSE. PROPOS RECUEILLIS PAR CÉLIE GOURDON Challenge. Pourquoi avez-vous choisi d’évaluer uniquement des entreprises cotées en bourse ? Fouad Benseddik. Il s’agit d’une notation qui est destinée à des investisseurs et à des gérants de capitaux (banques, fonds de pensions, assurances...). Elle est rémunérée par eux et intervient indépendamment de toute sollicitation de la part des entreprises évaluées. Or, ces opérateurs achètent et vendent des actions émises sur le marché financier par des entreprises cotées. C’est pourquoi nous avons donc choisi les quarante premières entreprises de la Place de Casablanca, vingt-trois dans le secteur de l’industrie et dix-sept dans celui des services. J’ajouterai que la Place de Casablanca est la première que Vigeo note en Afrique. La région Moyen-Orient et l’Afrique du Sud suivront car nous souhaitons élargir l’univers de notation aux émergents. Les investisseurs en sont de plus en plus demandeurs. C.Vous avez noté quarante entreprises marocaines et seulement huit ont été récompensées par un trophée «top performers RSE». Cela veut-il dire que les trente-deux autres sont de mauvaises élèves ? F. B. En récompensant les meilleures; et en ne stigmatisant pas celles qui n’ont pas obtenu de bons résultats, nous voulons envoyer un message positif et créer un cercle vertueux. Nous ne disons absolument pas que les trente- deux entreprises non-récompensées sont de mauvaises élèves. Il faut savoir 14 Du 3 au 9 février 2012 que nous travaillons avec des données qui sont rendues publiques ou que l’on veut bien nous communiquer durant le rating. Nous notons, non seulement les engagements effectifs des entreprises, mais aussi leur façon d’en rendre compte, de communiquer à ce sujet. Or, beaucoup d’entreprises marocaines, comme en France il y a dix ans, n’ont pas encore mesuré l’importance de transmettre ce type d’informations. Les huit entreprises auxquelles Vigeo a voulu rendre hommage recueillent les scores les plus élevés, grâce à l’étendue et la pertinence de leurs informations publiques et grâce aussi à leur réactivité tout au long du processus de rating. En saluant publiquement les huit top performers, c’est un message d’émulation par l’exemple que nous voulons porter. Ces huit entreprises sont positivement signalées par Vigeo SON PARCOURS > Fouad Benseddik, 54 ans, est docteur d’état en sciences politiques. En 2002, il fait partie de l’équipe des fondateurs de Vigeo. Il crée en 2004 la succursale de ce groupe au Maroc. Aujourd’hui, il est mem- bre du Comité de direction, directeur des méthodes et des relations institutionnel- les de l’agence. SON ACTUALITÉ > Les notes des entreprises marocaines évaluées par Vigeo ont été dévoilées le 30 janvier, jour de la remise des prix des 8 trophées «top performers RSE». L’ENTREPRISE > Vigeo, née en 2002, est une agence de rating et audit RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises), leader en Europe. Elle couvre 2000 sociétés dans le monde et compte 120 collaborateurs répartis sur ses sites de Bruxelles, Milan, Paris, Casa- blanca, Londres et Tokyo. L’agence Vigeo Maroc emploie 20 personnes. 15Du 3 au 9 février 2012 aux investisseurs et gérants de capitaux, locaux et internationaux. A commencer par ceux qui considèrent les facteurs de responsabilité sociale comme un élément à part entière de leur obligation fiduciaire. C. Bien qu’elles soient cotées, les entreprises marocaines ne publient pas leurs indicateurs sociaux. Pourquoi ? F. B. Parce que rien ni personne les y oblige et qu’elles n’en voient pas spontanément l’intérêt. Ceci n’en donne que plus de mérite aux pionnières qui, sans autre contrainte que la volonté de leurs dirigeants ou de leurs actionnaires, ont compris l’avantage de rendre publiquement compte de leurs objectifs et de leurs indicateurs sociaux. Celles qui ne publient pas encore ce type d’informations vont sans nul doute suivre rapidement leur exemple. Les investisseurs sont de plus en plus attentifs à la responsabilité sociale des entreprises. Ils prennent ces facteurs en compte pour gérer leurs portefeuilles. Il existe également un consensus de la recherche qui consiste à penser que s’engager sur ces sujets est un facteur de performance et de réussite. C’est donc l’intérêt des entreprises que de donner de plus en plus d’information sur leurs actions à ce niveau. C. Quid de vos critères d’évaluation ? F. B. Pour établir notre référentiel de notation, nous nous sommes appuyés sur les normes publiques internationales, les valeurs universelles, les principes posés par l’ONU et l’OCDE, permettant de questionner de façon précise la gouvernance et les systèmes managériaux. Vingt critères ont été activés, regroupés en six domaines : la valorisation du capital humain, le respect des droits de l’homme, la protection de l’environnement, la transparence et l’efficacité de la gouvernance, l’éthique des affaires (prévention de la corruption, intégration des standards sociaux et environnementaux dans la chaîne d’approvisionnement..) et la contribution au développement économique et social des régions d’activité. Ces vingt critères sont examinés selon trois items: pertinence des politiques, cohérence du déploiement, efficacité du résultat. Cinquante cinq experts de dix bon climat d’une entreprise. C. Le Maroc est signataire de plusieurs traités de libre-échange intégrant des obligations de RSE. Il a adhéré aussi au Comité d’investissement de l’OCDE. Est- ce à dire que tout cela n’est que formalité ? F. B. Pas du tout! Ce qui est en jeu pour les entreprises, c’est de démontrer qu’elles respectent un ensemble de principes d’action qui leur sont opposables, en tout état de cause.. En matière sociale, par exemple l’amélioration de l’employabilité de leurs équipes, de respect des droits de l’homme, la non- discrimination entre les femmes et les hommes ou la liberté d’association, en matière environnementale (réduction des consommations d’eau, d’énergie, des émissions de gaz carbonique), en matière de gouvernance pour montrer que leurs Conseils d’ administration se préoccupent vraiment des intérêts à long terme de l’entreprise ou de prévenir la corruption, et ainsi de suite. A priori, tout le monde souscrit à ces principes. On se rend compte que ceux qui « performent » le mieux, qui surmontent les crises et qui se différencient positivement, sont ceux qui intègrent ces principes à leurs stratégies et à leurs processus et qui en rendent compte, en appui sur des indicateurs mesurables et clairs. C. Le patronat marocain a mis en place un label de responsabilité sociale des entreprises. Qu’en pensez-vous ? F. B. C’est un label qui fait honneur à la CGEM (Confédération Générale des Entreprises au Maroc) et à celles des entreprises qui s’y engagent. Il est même devenu une référence à l’international. Ce label a été officiellement salué par le Sommet France-Afrique de Nice, il y a un peu plus d’un an. Les deux initiatives dont vous venez de parler sont des raisons pour lesquelles Vigeo s’est intéressé et implanté au Maroc depuis plusieurs années. Nous sentons que le Maroc a compris que, pour assurer sa place dans la mondialisation, ses entreprises doivent gagner en compétitivité et que, donc, il doit s’élever au niveau des standards internationaux sur la question de la RSE. Il n’y a pas de raison pour que cela ne continue pas à progresser dans le bon sens au Maroc. ■ nationalités différentes ont travaillé pour cette évaluation. Une fois l’évaluation terminée, nous communiquons un rapport d’une vingtaine de pages par entreprise à nos clients (opérateurs financiers et investisseurs). C. Jusqu’en 2004, Lydec était la seule entreprise marocaine à commanditer un rapport sur son bilan social. Depuis, combien lui ont- elles emboîté le pas ? F. B. Ce que Lydec avait réalisé en 2004 était un audit de responsabilité sociale sollicité et rémunéré par elle. Et elle avait publiquement rendu compte de ses résultats. Depuis, plus de soixante entreprises ont volontairement procédé à des audits de ce type. C. Quels sont les avantages pour une entreprise de faire une telle démarche ? F. B. L’audit de responsabilité sociale permet d’identifier les facteurs de risques de responsabilité et de mesurer leur niveau de maîtrise. Ces démarches aident les entreprises et leurs dirigeants à progresser. La responsabilité sociale permet de transformer des risques majeurs en leviers de performance : la cohésion du capital humain, l’efficience de l’organisation et des opérations, la réputation et la sécurité juridique. La plupart de ces risques ne sont pas assurables. On ne peut pas les externaliser, ils sont dévolus à la fonction dirigeante. Les entreprises qui s’engagent sérieusement sur cette voie ont en général un bon climat social. Elles suscitent des sentiments forts d’appartenance, de la coopération parmi leurs membres, elles innovent; leurs clients et leurs actionnaires sont en confiance. C. Etes-vous souvent sollicités par des investisseurs désirant miser sur une entreprise marocaine pour une notation sur celle-ci ? F. B. Il nous arrive en effet d’intervenir dans des opérations de fusion-acquisition. Soit pour de l’analyse comparée des entités en rapprochement, soit pour permettre aux cédants de consolider leurs assurances à l’attention de leurs partenaires acquéreurs. La bonne identification des risques de responsabilité sociale et de leurs niveaux de maîtrise est un élément de mesure du
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